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« L’affaire » du Général Dumas

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 mai 2014. dans La une, Actualité, Histoire

« L’affaire » du Général Dumas

Il y a peu de temps, le Maire Front National de Villers-Cotterêts (dans l’Aisne), Monsieur Franck Briffaut, s’est illustré en refusant de commémorer l’abolition de l’esclavage, organisée dans cette ville depuis le 10 mai 2007, en rapport avec la personnalité du général métis de la Révolution, connu sous le nom de Général Dumas ! Ce Maire, membre du parti d’extrême-droite depuis plus de 35 ans, a prétexté qu’il était « contre toutes les commémorations », à propos desquelles il affirma qu’elles étaient très souvent liées à des « récupérations politiques ».

Il ne classe donc pas, apparemment, la fête de Jeanne d’Arc, qui avait lieu le 11 mai (!), ni dans la catégorie des « commémorations », ni dans celle des « récupérations politiques »… ! Pour justifier sa non-participation, il ajouta qu’il en avait assez de toutes les « repentances »… ! Et nous savons que l’actuel Premier Ministre, Manuel Valls, sans le citer, mit en cause son comportement, par rapport à des cérémonies qui étaient pourtant seulement « d’union républicaine ».

Mais alors, parlons un peu de ce Général Dumas, voyons quelle fut son action à l’époque de la Révolution et sous Bonaparte, en se posant – au passage – la question de fond sur ce qui a pu vraiment gêner ce Maire Front National dans cette « affaire » plus que regrettable !…

De son vrai nom Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, le Général Dumas naquit le 25 mars 1762 à Jérémie, dans l’île de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), et quitta ce monde le 26 février 1806 – justement à Villers-Cotterêts. C’était un mulâtre, ancien esclave, fils d’un blanc et d’une esclave noire, et père d’Alexandre Dumas et grand-père d’Alexandre Dumas fils. Quelle fut donc son action pendant la période allant de 1789 à 1806 ? Il faut en fait remonter à l’année 1786. Il se trouvait alors dans le cadre du régiment des dragons de la Reine, en tant que simple cavalier. En août 1789, une partie de son régiment fut envoyée à Villers-Cotterêts afin de sécuriser cette région. Il devint brigadier en février 1792. C’est probablement à ce moment-là qu’il entra dans une loge maçonnique. Sa carrière militaire connut alors une ascension fulgurante ! Son Ami, le fameux Chevalier de Saint-George, antillais comme lui, l’éleva au grade de lieutenant-colonel.

Il devint ensuite général de brigade, puis général de division – précisément le 3 septembre 1793. Ayant atteint la petite trentaine, il arriva à cette situation extraordinaire d’être le premier général d’origine afro-antillaise de l’armée française (bien avant Toussaint Louverture !). Il participa à plusieurs campagnes : Pyrénées occidentales (vers Bayonne), Vendée, Alpes, Belgique, etc. Le 17 août 1794, on le nomma Commandant en chef de l’armée de l’ouest. Dans ce cadre, il joua – pendant un temps – un rôle dans les guerres vendéennes, mais démissionna très rapidement, en raison des massacres organisés par la Convention l’année précédente. Il rédigea d’ailleurs un rapport extrêmement critique à ce propos, ce qui lui valut d’être rétrogradé dans ses responsabilités.

Les Iapodes, un peuple antique méconnu

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 03 mai 2014. dans La une, Arts graphiques, Histoire

Les Iapodes, un peuple antique méconnu

Depuis le 15 mars et jusqu’au 8 septembre 2014, une très intéressante exposition a lieu à Lattes (la Lattara antique), près de Montpellier et de Palavas-les-Flots, au musée archéologique Henri Prades, sous la responsabilité de l’Agglomération de Montpellier. Regroupant des éléments en provenance du musée archéologique de Zagreb (Croatie), elle se prolongera au musée d’archéologie de Catalogne de Gérone du 19 septembre 2014 au 3 février 2015. Soit une démarche exemplaire, de type européen, qui a été reconnue d’intérêt national par le Ministère de la Culture et de la Communication, Direction Générale des Patrimoines, Services des Musées de France ; tout ceci ayant permis un soutien financier exceptionnel de l’État. L’objectif de cette exposition consiste à faire découvrir un peuple de l’Antiquité réellement méconnu, les Iapodes, dont l’aire géographique correspondit à peu près à la partie intérieure de la côte adriatique de la Croatie, et la période historique de développement au 1er millénaire avant J.-C.

Des panneaux écrits nous expliquent excellemment bien l’histoire de ce peuple. On ne connaissait jusqu’alors que très peu de choses sur lui – vivant dans les zones croates actuelles du karst. En réalité, essentiellement grâce à des fouilles archéologiques (avec des sites un peu comparables à ceux des oppida gaulois : Mazin, Prozor, Otocac, etc.) et à quelques mentions et récits par des auteurs grecs et surtout romains. Il s’agissait donc de ce qu’on nomme une civilisation de type « protohistorique », puisque si les Iapodes ne connaissaient pas l’écriture, des textes font allusion à eux. En fait, nous avions là des groupes culturels multiples, sans structure étatique, dont la culture se développa pendant l’âge du bronze (précisément à partir du XIIe-XIe siècles avant J.-C.), puis – vers la fin de leur développement civilisationnel – les tous débuts de celui du fer. Ce peuple correspondait en réalité à des éléments semi-Illyriens, ensemble de groupes de souche indo-européenne qui s’étendirent à la fois sur l’ouest de la Croatie (nos Iapodes, donc), la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, et le Montenegro de l’Albanie et du Kossovo d’aujourd’hui. Les archéologues associent d’ailleurs ces différents peuples (venant des plaines de Pannonie) à la culture de Hallstatt – ou premier âge du fer (les Celtes, ou culture de La Tène, correspondant au second âge du fer). Mais, attention, car, avec les Iapodes, rappelons que nous nous situons très largement dans le cadre de l’âge du bronze, sauf en fin de période. En tout cas, ce peuple connut son point culminant vers la fin du IXe siècle avant J.-C. Par la suite, il faut signaler leurs premiers affrontements avec les Romains au cours du IIe siècle. Puis, après quelques tentatives d’alliances du type « foedus » (vers le milieu du 1er siècle avant J.-C.), il y eut la conquête de leur territoire par Octavien, le futur empereur Auguste – en 35 avant J.-C. – avec l’assaut des remparts de Metulum.

Qui était Richard Strauss ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 19 avril 2014. dans La une, Musique

Qui était Richard Strauss ?

En cette année 2014, nous fêtons le 150ème anniversaire de la naissance du compositeur postromantique allemand Richard Strauss, après avoir – dans le même ordre d’idée – commémoré notamment le bicentenaire de celles de Richard Wagner et de Giuseppe Verdi en 2013. Né en effet (à Munich) en 1864, celui qui fut un des plus grands chefs d’orchestre et créateurs de tous les temps mourut à Garmisch-Partenkirchen (en Bavière, près de la frontière autrichienne) en septembre 1949. « Strauss », un patronyme très répandu dans le monde germanique (pensons à la tradition autrichienne liée à Johann Strauss père et fils), et qui signifie tout simplement « bouquet » – ce qui fait effectivement très fête viennoise… !

Sans oublier l’influence d’Hector Berlioz (avec son célèbre Traité d’orchestration), Richard Strauss fut incontestablement, sur le plan musical, le continuateur de Richard Wagner et de toute la dynamique symphonique allant de Ludwig van Beethoven jusqu’à Gustav Mahler. Et pourtant ! En effet, son père était un anti-wagnérien et un pro-brahmsien notoire, qui avait pris le parti du fameux critique viennois Édouard Hanslick, contempteur de la « musique de l’avenir » (ou « à programme ») de Wagner et de Liszt au profit de la « musique pure » de Brahms, Schumann et Mendelssohn. Ce ne fut donc qu’à partir du début des années 1880 que Richard Strauss, devenu chef d’orchestre, prit ses premiers contacts avec des cercles favorables à la musique de Liszt et de Wagner. D’où ses deux premiers opéras : Guntram (1892) et Feuersnot (1901) – marqués du sceau wagnérien.

Mais, il ne fut certes pas qu’un simple continuateur, puisqu’il arriva à s’émanciper assez largement de l’ombre du « mage de Bayreuth », ceci – sur le plan de l’expression lyrique – dès la composition de son troisième opéra, Salome (1905). Dans la foulée, citons ses principales compositions opératiques, qui ont constitué une des bases essentielles de son œuvre : Elektra (1909) – dont il déclara que c’était « le maximum de ce que les oreilles des auditeurs peuvent entendre aujourd’hui ! » –, Der Rosenkavalier (Le Chevalier à la rose) (1911), Ariadne auf Naxos (Ariane à Naxos) (1912, revu en 1916), Die Frau ohne schatten (La Femme sans ombre) (1919), Intermezzo (1924), Arabella (1933), Capriccio (1942), etc. Une des raisons les plus incontestables du goût de Richard Strauss envers la composition d’opéras est liée à son mariage (et son amour) envers la soprano allemande Pauline de Ahna (une union matrimoniale qui eut lieu en 1894) ; c’est d’ailleurs pour elle qu’il écrivit – par exemple – le rôle de Freihild dans son premier opéra Guntram, déjà cité. J’ajoute que le compositeur eut la chance de pouvoir travailler avec un librettiste de génie, pour nombre de ses opéras : Hugo von Hofmannsthal, un écrivain et dramaturge d’exception !

Les raisons d’une défaite

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 05 avril 2014. dans France, La une, Politique, Actualité

Les raisons d’une défaite

Les résultats des municipales qui viennent d’avoir lieu en France ont infligé incontestablement une grande défaite au PS. Comme tous les observateurs de la vie politique de notre pays l’ont signalé, il s’est agi avant tout d’un record historique pour l’abstention. Celle-ci a été différentielle, c’est-à-dire qu’elle toucha essentiellement une partie de l’électorat traditionnellement acquis à la gauche. D’où la victoire de l’UMP (la « vague bleue » annoncée a bien eu lieu) et la percée (d’ailleurs assez relative) du FN. Je vais tenter ici, par une courte synthèse, d’analyser les causes de cette défaite de la gauche de gouvernement.

Il y a d’abord la crise que nous traversons, et qui n’est pas qu’économique. Celle-ci a joué en effet un grand rôle dans le vote sanction subi par l’exécutif français. En ce qui concerne l’économie, alors que le Président de la République François Hollande espérait une croissance de l’ordre de 1,5% l’an (ce que les « experts » avaient annoncé comme probable), pour 2013, nous avons tourné aux alentours de 0,2% ; loin du compte, donc, pour obtenir un début de baisse du chômage (avec accompagnement, grâce aux mesures prises : contrats de génération, emplois aidés, etc.). Il y eut aussi le poids de la montée des autres aspects de la « crise de civilisation » (Edgar Morin) que traverse notre vieux système démocratique : une crise à la fois politique, morale, et culturelle, avec la désunion des gauches, une meilleure connaissance des Français en ce qui concerne la corruption (ce qui est en soi, d’une manière paradoxale, un progrès de la démocratie… !), et le développement de l’indifférence citoyenne. Celle-ci s’ajoutant à la colère des catégories populaires du peuple de gauche.

Il y a ensuite tout ce qui n’a pas été compris, ou accepté, ou mal perçu, dans l’action gouvernementale. Avant tout, l’évolution « sociale-libérale » de la politique économique de l’exécutif (politique de « l’offre », traditionnellement classée à droite, vue comme des « cadeaux » faits aux chefs d’entreprise, en remplacement de celle de la « demande », de type keynésien). Ajoutons le déficit de communication et les couacs gouvernementaux, générant un sentiment d’absence – au moins relative – « d’autorité ». Ce qui pose le problème de la personne même de François Hollande : « Y-a-t-il un pilote dans l’avion ? », se sont dit un certain nombre de français… ! D’où la nomination de Manuel Valls comme Premier ministre, le 31 mars.

Le sentiment d’humiliation des peuples

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 15 mars 2014. dans La une, Actualité, Histoire

Le sentiment d’humiliation des peuples

Dans cette chronique, et à partir de l’actualité ukrainienne, puisque indirectement cette question touche à un certain sentiment d’humiliation du peuple russe (après l’effondrement de l’URSS et de ses pays satellites, au début des années 1990), je vais tenter de prendre, dans l’Histoire contemporaine, quelques exemples de ce sentiment – réel ou ressenti – d’humiliation. Je me limiterai à trois exemples : celui des Allemands après la Première Guerre mondiale (qui joua un rôle important dans l’arrivée d’Hitler au pouvoir), puis des peuples de culture musulmane, au sud et à l’est de la Méditerranée, surtout arabes (au moins depuis le XIXe siècle), et enfin tout ce qui concerne le peuple russe, et qui se trouve actuellement au premier plan des préoccupations internationales – avec la crise ukrainienne.

Il semble plus qu’évident que le plus fort sentiment d’humiliation – entre ces trois exemples –, et qui eut des conséquences terribles, concerne le peuple allemand après la Première Guerre mondiale. En effet, nous savons le rôle que joua, aux yeux de celui-là, le fameux « Diktat » (« Dictature ») du Traité de Versailles, qui fut un traumatisme considérable ! Au lieu d’aider la jeune République allemande de Weimar (née en 1918-1919), la trop célèbre « Chambre bleu horizon » française imposa des conditions draconiennes, au niveau territorial, financier, et même moral, au peuple vaincu !

L’article 231 de ce traité ne stipulait-il pas que l’Allemagne avait l’entière « responsabilité » dans le déclenchement de ce qu’avait été la guerre… ?! Alors qu’il aurait fallu aider les républicains allemands à mettre en place d’une manière solide – et pour longtemps – leur nouveau régime, on les étrangla, par exemple lors de l’occupation de Ruhr (entre 1923 et 1925), contribuant ainsi à la phase d’hyperinflation que connut le pays, ce trauma qui pèse encore aujourd’hui (en partie) sur les conceptions économiques monétaires de l’Allemagne… ! Rappelez-vous de ces travailleurs allemands – et encore, les salariés n’étaient pas les plus touchés par ce phénomène – allant chercher, chaque jour, leur salaire, avec une brouette, étant donné le nombre de billets nécessaires ! Le mark n’avait plus aucune valeur… ! On comprend que, dans ces conditions, Hitler et son parti (le NSDAP, ou parti nazi) surent jouer de tout cela. De plus, la « Grande Dépression », commencée en 1929 aux États-Unis, remit un second coup sur la tête de cette pauvre République de Weimar, qu’il aurait fallu aider à ce moment-là, alors qu’elle entraîna le coup de grâce, avec l’arrivée au pouvoir des nazis en janvier 1933.

Révolutions et rêve d’unité nationale

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 01 mars 2014. dans Monde, La une, Politique, Histoire

Révolutions et rêve d’unité nationale

Les récents (et brûlants) événements en Ukraine ont débouché il y a quelques jours sur ce qui apparaît pour l’instant comme étant, à Kiev, et pour la partie occidentale du pays essentiellement (pro-européenne), un processus de révolution démocratique. A l’instar de ce qui s’est passé plusieurs fois dans l’Histoire contemporaine, c’est au mois de février que ce dernier a semblé (provisoirement… ?) aboutir. Je vous propose donc, dans cette chronique, de revoir rapidement les exemples historiques célèbres de ces tentatives (plus ou moins réussies) de révolutions démocratiques du mois de février au cours de l’Histoire contemporaine, en ciblant ma réflexion historique sur ce que j’ai appelé dans le titre de ce texte : « Révolutions et rêve d’unité nationale ».

Le premier grand « février » eut lieu en France précisément en 1848. Nous avons alors assisté, dans notre pays, à une révolution démocratique (à l’origine parisienne) qui entraîna la chute du régime du Roi Louis-Philippe – connu sous le nom de « Monarchie de Juillet » (lui-même d’ailleurs issu d’une révolution : les célèbres « Trois Glorieuses » de Juillet 1830). Une fièvre de paroles s’empara alors progressivement de toute la France, provinces y compris, puisqu’on instaura un suffrage universel (il était censitaire avant cette révolution), certes uniquement masculin… Devant l’Hôtel de Ville de Paris, les révolutionnaires radicaux (que l’on pourrait qualifier de « socialistes ») souhaitaient que la « Seconde République » ait comme emblème le drapeau rouge. Et, c’est Lamartine, membre du Gouvernement Provisoire, qui, par un discours enflammé, arriva à convaincre tout le peuple présent, dans l’enthousiasme général de la foule fraternellement rassemblée, de conserver le drapeau tricolore (qui avait été rétabli par Louis-Philippe, « Roi des Français », et non plus « de France »). Une chose que l’on ne sait pas toujours : c’est justement à l’issue de cette révolution de Février 1848 que l’on ajouta le concept de « Fraternité » à ceux de « Liberté » et « d’Égalité » pour la devise républicaine. Enfin, un point supplémentaire important : même l’Église catholique soutint ce processus démocratique, en bénissant « les arbres de la Liberté », plantés un peu partout dans les villes et villages de France ! Rêve d’union nationale démocratique, donc, mais qui ne dura que quelques mois… En effet, en juin 1848, la bourgeoisie parisienne fit tirer sur les éléments les plus « avancés » du peuple, aboutissant ainsi à de terribles journées sanglantes ! Comment oublier enfin que tout ce beau rêve se termina avec le coup d’État du futur Napoléon III le 2 décembre 1851 ?! Première étape historique et première chimère ?!

Désir d’autorité et « Néo-Bonapartisme »… ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 15 février 2014. dans France, La une, Politique

Désir d’autorité et « Néo-Bonapartisme »… ?

Il est incontestable qu’on sent monter, depuis assez longtemps déjà, et comme en réaction par rapport à ce que fut « l’esprit de mai 68 » (rappelons-nous notamment du « Il est interdit d’interdire ! »), un désir d’autorité, voire d’autoritarisme, au sein d’une portion de plus en plus importante de la population française. Une sorte de climat s’est installé. Je ne vais pas me livrer ici à la publication de données chiffrées précises sur ce phénomène. Liberté sera laissée au lecteur de ce texte d’aller chercher d’éventuels renseignements sur ce point dans des sites ou des ouvrages traitant de ces questions. J’essaierai seulement, dans cette chronique, d’en voir quelques manifestations, les causes essentielles, et enfin les conséquences politiques auxquelles ce « désir » pourrait aboutir – centrées autour d’un « néo-bonapartisme ».

Prenons d’abord deux exemples de ce « désir » d’autorité. En premier lieu, au sein de l’École de la République, on sait qu’il arrive souvent que des parents d’élèves se plaignent du « manque d’autorité » de certains enseignants envers les élèves. N’entend-on pas très souvent la formule (chez des quadras, par exemple) : « De mon temps… ! ». Mais, attention, là où les choses se compliquent, c’est que cette récrimination dénonçant une carence d’autorité supposée s’adresse le plus souvent à l’égard des enfants… des autres… ! Soit un comportement sociologique assez « schizophrène », qui ne peut se comprendre, en fait, que lorsqu’on analyse ce qui s’est passé depuis au moins les 20 dernières années au sein de notre société : le développement d’un hyper-individualisme, reprenant les seuls mauvais côtés, donc sans les bons (à mon avis), de la mentalité américaine traditionnelle. En second lieu, sur le plan politique, il y a eu, au moins depuis les élections présidentielles de 2007, la demande de plus en plus fréquente, pour ne pas dire pressante, d’un « homme providentiel », ou d’une « mère de la nation » ! On a commencé à bien percevoir ce phénomène socio-politique, lors du second tour de ces élections de 2007 avec les candidatures de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal, d’une manière à la fois assez comparable et différente, sur la forme (je ne veux pas parler ici du fond, bien évidemment). Et cela s’est considérablement accru depuis cette date, comme nous le verrons dans la dernière partie de cette chronique.

Voyons ensuite le domaine des causes centrales de ce phénomène – qui n’est d’ailleurs pas uniquement français – mais relativement européen. Bien évidemment, toute cette question tourne autour de la crise, qui n’est pas qu’économique, mais multiforme (également sociale, culturelle, et politique – forcément). Elle correspond à la « grande mutation », ce carrefour de civilisation que nous traversons depuis une bonne vingtaine d’années, avec l’essor exponentiel de la « globalisation » (nous sommes, en France, le seul pays à utiliser le terme, qui fait très majoritairement seulement peur, de « mondialisation » !). Consciemment, ou plus ou moins inconsciemment, de plus en plus de Français se sont rendu compte que l’Hexagone – et même l’Europe, telle qu’on nous la propose aujourd’hui – se fait rattraper progressivement par les « pays émergents » (le BRIC : Brésil, Russie, Inde, et Chine). Et cela fait effectivement peur, entraînant le développement du thème (fallacieux) du « déclin », ou de la « décadence », utilisé par le Front National – afin de mieux tenter d’affaiblir notre République et notre démocratie ! Dans ce contexte de crise tous azimuts, et notamment de montée du chômage et d’une certaine baisse du pouvoir d’achat, un nombre de plus en plus important de Français, par ignorance de notre Histoire (je fais allusion ici essentiellement à celle du XIXe siècle), puis par crainte (j’insiste), développe une haine accrue (ou tout au moins une grande méfiance) vis-à-vis de « l’Autre », immigré, voire simple voisin !

Antisionisme, antijudaïsme, antisémitisme

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 janvier 2014. dans Monde, La une, Politique, Actualité, Histoire

Antisionisme, antijudaïsme, antisémitisme

C’est en tant qu’historien que je vais tenter de m’exprimer dans cette chronique, à propos d’une question à la fois fort ancienne et d’une actualité brûlante. En effet, de nos jours, où de nombreux repères culturels et historiques sont souvent soit ignorés, soit confondus, les notions d’antisionisme, d’antijudaïsme, et d’antisémitisme, restent – de plus en plus – utilisées l’une pour l’autre, alors qu’il ne s’agit absolument pas de la même chose ; cela même si, notamment chez une certaine extrême-gauche (pas toute, certes !), il y a eu incontestablement, depuis au moins une bonne trentaine d’années, un glissement progressif de l’antisionisme vers l’antisémitisme. Pour essayer de bien cerner tout cela, il convient de remonter – en ce qui concerne l’histoire contemporaine – à la fin du XIXe siècle, puis, après la « Shoah », à la (re)création d’un État juif en Palestine, précisément durant les années 1947-1948, juste après (et en conséquence de) la Seconde Guerre mondiale. Nous devrons même aller plus loin encore dans le temps, au cœur de l’Antiquité, pour l’antijudaïsme chrétien, bien antérieur à celui, toujours actuel, d’un nombre très important de musulmans.

Expliquons d’abord rapidement dans quel contexte naquit le sionisme. C’est Théodore Herzl, journaliste et écrivain austro-hongrois, ayant vécu entre 1860 et 1904, qui, horrifié par l’Affaire Dreyfus en France (entre 1894 et 1906), et alors qu’il était très hostile à l’idée de reconstruire un État juif pour les représentants de son peuple, finit par en devenir un des principaux théoriciens. Dans ses écrits, journaux, puis livres (notamment « Der Judenstaat », ou « L’État des Juifs »), il considéra désormais comme nécessaire de revenir sur la terre des ancêtres en Palestine (les Hébreux), afin de disposer « d’un abri permanent pour le peuple juif ». Au passage, rappelons que l’Empire turc, dit « ottoman », dominait alors de très nombreux peuples arabes – dont les Palestiniens actuels. Le sionisme des origines voulait donc tout simplement une recréation d’un État juif, selon les critères de ce que les historiens français spécialistes des questions d’identité appellent un « nationalisme d’existence », assez comparable – fait assez troublant, notons-le – à celui des Palestiniens d’aujourd’hui… Rien d’agressif, aucune idée de conquête, à cette époque-là !…

Les cinq pouvoirs en France

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 18 janvier 2014. dans France, La une, Politique

Les cinq pouvoirs en France

Nous savons tous que c’est le philosophe encyclopédiste Montesquieu qui, dans « De l’Esprit des lois » (1748), théorisa la distinction entre trois pouvoirs : l’exécutif, le législatif, et le judiciaire.

Influencé par le système de la monarchie britannique et celui de la Constitution de 1787 aux États-Unis (« cheks and balances », ou équilibre entre les grandes institutions), et en tant que libéral sur le plan politique, il insista sur la nécessité de bien séparer ces trois pouvoirs ; car, selon lui, ne pas le faire aboutirait inévitablement à la dictature – même pour un pouvoir populaire fondé sur une assemblée démocratiquement élue, mais sans contrepoids face à elle. C’est à partir des années 1920-1930, et surtout après la Seconde Guerre mondiale, qu’un « 4ème pouvoir » s’ajouta vraiment aux précédents : la presse écrite, et, comme nous disons aujourd’hui, les Médias ; ceci, avec d’abord la radio, puis la TV, et enfin internet. Parallèlement, surtout durant les 30 dernières années, un 5ème pouvoir s’ajouta aux autres : la « sphère financière ».

Mais alors, où en sommes-nous en ce début du XXIe siècle, notamment dans notre pays ? D’abord, il est évident que l’exécutif et le législatif ont perdu énormément de leur capacité d’action, essentiellement en raison de certains aspects de la construction européenne (sous une forme pas toujours appropriée), mais avant tout des effets de la mondialisation ultra (puis néo) libérale. Aujourd’hui, en 2014 – mais faut-il le regretter ? – nos gouvernants, sénateurs, et députés, ne peuvent plus agir qu’aux marges, sur le plan économique et social. Par ailleurs, il semble évident que le Parlement ne dispose pas d’assez de pouvoirs par rapport à l’exécutif ; c’est ce que voulut le Général de Gaulle lorsqu’il mit en place les institutions de la Vème République (entre 1958 et 1962). On peut même se demander parfois – comme certains de nos compatriotes – à quoi servent vraiment aujourd’hui les deux assemblées que sont la Chambre des Députés et le Sénat… ? On sait que la démocratie représentative est en crise de légitimité auprès de nombre de nos concitoyens, et que beaucoup d’entre eux réclament davantage d’intervention directe dans l’expression politique, notamment par le biais de la démocratie participative, ou internet – même si, par ce dernier canal, on voit très souvent que n’importe qui peut dire n’importe quoi, en faisant circuler de simples rumeurs !

L’humanisme dans les opéras wagnériens

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 décembre 2013. dans La une, Musique

L’humanisme dans les opéras wagnériens

Pour terminer la célébration du bicentenaire de la naissance de Richard Wagner, voilà un titre de chronique provocateur, lorsque l’on sait quelle fut l’instrumentalisation faite par l’Allemagne hitlérienne à propos du contenu des livrets des opéras du « mage de Bayreuth » ! Avec, notamment, la célèbre formule d’Adolf Hitler : « Celui qui veut comprendre l’Allemagne nationale-socialiste doit nécessairement connaître Wagner ! ». Et d’insister sur l’attrait du Führer envers les légendes médiévales germaniques mises en scène dans le cadre des spectacles qu’étaient les opéras wagnériens. Et dieu sait que le nazisme eut le goût de la mise en scène ! On pourrait même parler d’État-spectacle, avec « les cathédrales de lumière » des congrès de Nuremberg, un peu comme si l’hitlérisme se voulait un grand opéra wagnérien ! Sans oublier cette image, qui frappe tant les imaginations, d’un Hitler, accompagné de ses derniers partisans, au sein de son bunker, et écoutant – dans une vision totalement nihiliste et apocalyptique – le « Crépuscule des Dieux » (la dernière « Journée » de la « Tétralogie »).

Ou bien encore ces « Nibelungen » (nains), qui représentaient, pour les nazis, les races inférieures – et notamment les juifs. Or, je m’en vais ici prendre le contre-pied de ces représentations, en montrant l’importance de l’humanisme dans les opéras de Wagner.

Je précise qu’on entendra ici par « humanisme » l’amour de l’espèce humaine. Et je ne commencerai à faire allusion aux opéras wagnériens qu’après « Rienzi », qui est en fait une œuvre très particulière dans l’ensemble des partitions lyriques du compositeur allemand. Au sein de « Der Fliegende Holländer » (« Le Vaisseau fantôme »), la jeune Senta (fille du marin Daland) sauve l’âme du « Hollandais Volant » (image du « Juif Errant »), obtenant, en se sacrifiant pour lui, la rédemption de ce dernier, dans le cadre de leur transfiguration amoureuse pour un au-delà annonçant déjà le futur « Tristan et Isolde ». Avec « Tannhäuser », on retrouve un peu le même thème (qui obséda Wagner) : la pure Élisabeth (la nièce du Landgrave de Thuringe, une quasi sainte) obtient la rédemption du chevalier Tannhäuser en se sacrifiant par amour vis-à-vis de celui-ci. Pour « Lohengrin » (le « chevalier au cygne »), fils de Parsifal, prenant la défense des faibles (on disait, à l’époque de « l’amour courtois », de la veuve et de l’orphelin), on a affaire à un personnage surnaturel qui sauve la Princesse du Brabant (Elsa) des manigances organisées contre elle par les deux personnages d’Ortrud et de Frédéric von Telramund. Lohengrin épouse même Elsa, mais, en lui demandant de révéler qui il est, cette dernière le perd, et le chevalier doit repartir – une fois sa mission accomplie – vers le château de Montsalvat, où se retrouvent les chevaliers gardant le Saint-Graal. Avec « Tristan und Isolde » (« Tristan et Isolde »), l’impossibilité de vivre un amour absolu, en plein jour, aboutit, par la mort terrestre des deux amants, à une « renaissance », au sein d’un au-delà dans lequel ils pourront être heureux : « le Royaume de la nuit », visible par eux seuls.

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