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LA TABLE - Deux grands vins de fêtes ...

Ecrit par Léon-Marc Levy le 17 décembre 2016. dans La une, Gastronomie

LA TABLE  - Deux grands vins de  fêtes ...

A table, sur des œufs brouillés aux truffes du Périgord, on ouvre sur un TROPLONG-MONDOT 2000. Une robe très foncée, sans trace d’évolution. Le nez, fin et délicat, délivre des notes de fruits rouges et de menthol. La bouche est structurée, sur des tannins encore très présents et élégants. On sent le merlot dominant par une fraîcheur tout au long de la bouche. La finale est ronde, pleine de classe, ponctuée par des goûts de clous de girofle. Je suis surpris de découvrir que ce vin est, à mon sens, accompli et ne fera pas mieux dans l’avenir. Mais c’est déjà superbe.

 

Sur un bœuf aux olives et zestes d’orange, on découvre un LA CONSEILLANTE 1989. La robe est évoluée, relativement claire. Dès le nez, on sait que l’on se trouve devant une bouteille exceptionnelle : c’est une explosion de senteurs incroyable ! Fruits noirs confits (cassis, bigarreaux, mûres), épices très orientales (cannelle, muscade, cumin). Le fruit en bouche est omniprésent, gras et succulent. Les épices s’épanouissent avec intensité jusqu’à une finale royale, longue, pénétrante, avant un effet rétro-olfactif d’une puissance rare. Ce vin est très supérieur au Pétrus de la même année, ce qui en fait sans aucun doute le meilleur Pomerol 89 à l’heure présente.

 

Bonnes fêtes et bons vins !

Pierre Pachet, Tlemcen

Ecrit par Léon-Marc Levy le 02 juillet 2016. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Pierre Pachet, Tlemcen

Au cœur d’un souvenir lointain de ciel bleu foncé, je retrouve Pierre Pachet avec ses yeux, bleus aussi, comme il y en avait peu autour de nous à Tlemcen. Tlemcen, belle cité de l’ouest algérien, où Pierre venait – il devait avoir 22 ou 23 ans – effectuer son service militaire. Plutôt civil en fait, car comme de nombreux jeunes intellectuels français, il avait fait le choix d’enseigner « aux colonies ». Je fus ainsi l’un des tout premiers élèves de Pierre Pachet, qui comptait alors au nombre des plus jeunes agrégés de France.

Nous, les jeunes gars de 3ème B2 du lycée de la ville (curieusement appelé « lycée franco-musulman » faisait remarquer Pierre dans un entretien récent à la Cause Littéraire), nous n’avions jamais vu de professeur si jeune, si frêle, si posé. Il n’eut jamais à élever la voix pour établir son autorité sur nous ; l’assurance de son savoir, la force de sa culture, sa bienveillance souriante mais exigeante ont amplement suffi à prendre la main sur les 43 (!!) élèves de la classe, des garçons pourtant solides et volontiers dissipés. Pierre avait un intérêt spontané pour ses élèves et établissait ainsi avec nous une sorte de complicité, presque de classe d’âge (nous n’avions après tout qu’une dizaine d’années d’écart).

Un jour de « composition » de version latine (sorte de partiel de l’époque), juste avant de distribuer les textes à traduire, il nous fit remarquer que seul un élève avait la position physique idéale pour l’exercice : papier de brouillon sur la table, Gaffiot sur les cuisses. Le copain s’appelait Mohammed Dib – homonyme parfait du grand écrivain tlemcénien et, par ailleurs, son neveu. Le jour des résultats, Mohammed était premier. Désormais, toute version latine en classe se ferait Gaffiot sur les genoux !

Pierre ne manquait pas un match de football de notre équipe de classe, qui était championne scolaire régionale. Il venait au stade près du Grand Bassin, plus par amitié pour nous que par passion du foot. On pouvait le voir, souriant et chambreur, sur les travées réservées aux spectateurs. Le lendemain, on avait droit à 10 minutes de débriefing du match en classe, une vraie récréation.

Jeune métropolitain un peu perdu dans une ville « exotique », Pierre cherchait bien sûr à se loger, et nous le fit savoir. Ma tante Julie avait une grande maison dans la Rue des écoles, en plein centre-ville. Elle me demanda de lui proposer une chambre chez elle. Affaire vite conclue : mon professeur de Latin-Français habitait chez moi ! Inutile de vous dire que j’en tirai un orgueil démesuré et que j’en espérai aussitôt une bienveillance particulière à mon égard. Cours toujours, j’attends encore !

Ma mère – trouvant que Pierre était un bon parti à marier, se mit en tête de lui trouver femme dans le cercle familial. C’est ainsi que Pierre fut invité à nombre de couscous et autres tafinas afin d’y rencontrer (sans qu’il le sût) « chaussure à son pied ». La persévérance de ma mère ne mena à rien mais ne la dissuada jamais par la suite dans sa vocation de marieuse.

« Débordements, sombres histoires de football 1938-2016 »

Ecrit par Léon-Marc Levy le 28 mai 2016. dans La une, Société, Sports

Avec l’autorisation de la Cause Littéraire

« Débordements, sombres histoires de football 1938-2016 »

13 histoires. Au football on aurait pu penser 11 mais les auteurs de ce livre ont dû y ajouter l’arbitre et le public, qui jouent un rôle souvent capital et dans le jeu et dans les « sombres » histoires qui constituent ce recueil. Sombres est le moins qui se puisse dire de la plupart des récits rapportés ici. Certains très connus de tous (au moins par ouï-dire, comme le « Calciopoli » (1) de 2006 qui vaudra à La Juventus de Turin – et à d’autres clubs italiens – des sanctions graves et le purgatoire de la relégation). D’autres bien connues des footeux seuls, comme les magouilles autour de la coupe du monde 1978 en Argentine, où le gouvernement putschiste de Videla n’entendait pas que « sa » coupe échappe aux Albicélestes (2). Et d’autres enfin, méconnues de tous (ou presque) comme la trajectoire brillante et funeste du joueur soviétique Eduard Streltsov, ou la sinistre histoire d’Alexandre Villaplana, premier capitaine d’une équipe de France sélectionnée en coupe du monde (en Uruguay 1930), et qui finira fusillé pour collaboration avec l’ennemi :

« L’air est glacé, ce matin du 26 décembre 1944, lorsque les condamnés sont acheminés au fort de Montrouge. Le peloton d’exécution patiente. Douze fusils prêts à donner le coup de grâce. Pas un mot ou presque. Les infâmes réprouvés sont sévèrement ligotés aux poteaux. Les balles sifflent de concert. Alexandre Villaplana, 40 ans tout juste, dit Alex Villaplane, s’affaisse pour la dernière fois. L’ancien premier capitaine de l’équipe de France de la première coupe du monde n’est plus ».

Totalitarismes (URSS, Corée du Nord, Argentine des généraux, Serbie), attrait du gain (Affaire OM-Valenciennes, Calciopoli), destins héroïco-tragiques de joueurs fabuleux, Matthias Sindelar (Autriche), Eduard Streltsov (URSS), Tony Adams (Angleterre), Rachid Mekhloufi (St Etienne puis « équipe FLN »), les ombres et les lumières ne manquent pas dans ce sport qui attire sur lui toutes les paillettes des médias. Ou plutôt, et c’est ce qu’illustrent superbement les auteurs de ce livre, parce qu’il attire les lumières des médias et le regard de millions (milliards) de spectateurs. Le foot est trop juteux, en termes d’argent et de pouvoir sur les foules, pour ne pas être l’objet de l’intérêt d’une troupe de brigands politiques ou financiers.

Et les joueurs en sont les exécutants, parfois honteux, parfois magnifiques, comme ce joueur autrichien, Matthias Sindelar qui, sous les yeux d’Adolf Hitler et des dignitaires nazis, ose l’impensable : faire gagner son équipe d’Autriche, lors du match de gala destiné à fêter l’Anschluss (AnschlussSpiel, 3 avril 1938), et où le Führer a ordonné en coulisses aux joueurs de faire match nul.

« Lorsque à la 70ème minute, « Mozart » (3) en personne siffle la fin du simulacre. Il s’élance, s’appuie sur un partenaire et conclut d’un but, après un une-deux espiègle dans un silence de cimetière. L’historien autrichien Wolfgang Maderthaner résume l’aplomb de l’attaquant vedette dans cette atmosphère hostile : « Les autorités nazies n’ont rien laissé au hasard : les Autrichiens n’ont pas le droit de marquer… Brusquement, Sindelar brave l’interdit. But !… Alors il lève les bras, poings serrés, en signe de victoire ». Quelques acclamations ponctuent son geste, aussi timides qu’anonymes » (4).

L’Esprit du Judaïsme, BHL, Grasset

Ecrit par Léon-Marc Levy le 12 mars 2016. dans La une, Littérature

avec l’autorisation de la Cause Littéraire

L’Esprit du Judaïsme, BHL, Grasset

Bernard-Henri Lévy est tout, sauf un philosophe. Ce qui n’enlève rien à la valeur de l’homme, ni à ses œuvres, ni même à… son agrégation de philosophie. Ses modes de pensée, ses interventions médiatiques, son implication sur le théâtre de quelques tragédies mondiales, font de lui – et encore une fois cela est un grand mérite – un témoin, un journaliste, un écrivain, un militant. Jamais un philosophe. En fait le débat philosophique visiblement l’ennuie. Le dernier exemple en date est la manière dont il exclut de ce livre le grand Spinoza – qui pourtant est central dans la construction de la figure du Juif d’Europe. Nous y reviendrons mais, Spinoza sort de son champ de pensée parce qu’il est « trop » philosophe : il néglige la synagogue (la « communauté ») pour ne s’intéresser qu’à la quête de la vérité de Dieu – sa liberté. Or BHL, comme l’homme de conviction qu’il est, mène combat contre ce qu’il appelle « le nouvel antisémitisme », et doit, par conséquent, plonger son propos dans la réalité culturelle et cultuelle de la communauté juive de France. Dans la synagogue, quand Spinoza est (par lui-même et contre lui-même) hors la synagogue. Spinoza se situe « sub species aeternitatis ». BHL regarde « Hic et Nunc ». Spinoza est un philosophe. BHL un homme de pensée tendu vers l’action immédiate. Il est donc tout (et souvent de façon valeureuse) sauf un philosophe.

Pour autant, son livre est riche en éléments importants pour penser la judéité moderne et son pendant « naturel », le nouvel antisémitisme. Ainsi, BHL a le courage de s’atteler à une question souvent délaissée par les penseurs juifs de nos jours, parce que fort embarrassante : la place d’Israël dans l’identité de tout Juif d’aujourd’hui.

C’est d’ailleurs, il faut le dire, la partie la plus forte de ce livre. Au Juif honteux a succédé, c’est incontestable depuis le début des années cinquante, ce que BHL appelle « le Juif d’affirmation », thèse déjà exposée une première fois dans un livre récent (1). Et, dans cette affirmation de soi, dans cet orgueil retrouvé après l’effroyable affront symbolique que représentait aussi – s’ajoutant à l’horreur du crime – la tentative d’extermination de la Shoah, la naissance et l’existence de l’état d’Israël joue évidemment un rôle déterminant. Il est indéniable que si le Juif d’aujourd’hui a relevé enfin la tête face à la haine millénaire et parée d’atours nouveaux, c’est par le miracle d’Israël – quoi que l’on pense de cet état et de ses choix politiques. BHL, et votre chroniqueur du jour, sont nés à 30 kilomètres de distance l’un de l’autre, en même temps que naissait l’état d’Israël. Et cette émergence d’une nation avec la génération post-Shoah a marqué l’avènement de Juifs nouveaux, l’avènement de ces Juifs qui ne craignent plus de l’être. Cette partie du livre donne par ailleurs des passages d’une vraie beauté littéraire (2).

Le Tout Bon des Reflets : le vin de Léon-Marc

Ecrit par Léon-Marc Levy le 27 février 2016. dans La une, Gastronomie

Clerc-Milon 2003. Grand Cru Classé de Pauillac

Le Tout Bon des Reflets : le vin de Léon-Marc

Dégusté le 20 février 2016 en très belle compagnie !
Pas une trace caniculaire dans ce bijou de Clerc-Milon 2003 – en un millésime donc qui, trop souvent – se fait lourd et surmûri. Frais, droit dans ses tannins mûrs, débordant d’un fruit généreux et acidulé, c’est l’une des vedettes de Pauillac en ce millésime. La robe très foncée est à peine colorée de tuile, signe de jeunesse confirmé par un nez de fruits noirs sans trop d’effluves de sous-bois. L’entrée en bouche explose de mûres, de cassis, d’épices douces. La suite est de velours, onctueuse et longue. La grande maison Rothschild à l’œuvre !

« Le juif errant est arrivé - Albert Londres »

Ecrit par Léon-Marc Levy le 25 avril 2015. dans La une, Histoire, Littérature

avec l'autorisation de la Cause Littéraire

« Le  juif errant  est arrivé - Albert Londres »

L’entreprise d’Albert Londres n’a pas d’équivalent connu. En 1929, en pleine « prospérité » de l’antisémitisme partout en Europe, il entreprend – en tant que journaliste – une vaste enquête-reportage sur les communautés juives d’Europe centrale et de Palestine. Ces choix sont parfaitement ciblés : Londres veut mesurer le chemin qui mène des ghettos misérables de Pologne par exemple à la genèse de la réalisation de l’idéal sioniste. « Ses » Juifs sont juifs. Pas « Israélites », terme qui désignait alors – pour les détacher du vilain Juif tout noir – les Juifs occidentaux, de France, d’Angleterre ou d’Italie entre autres, intégrés, prospères et propres sur eux.

Dans sa quête, Albert Londres va plonger au fond du gouffre sombre qu’est alors la vie juive des Shtetls (villages juifs) et des Ghettos de Varsovie ou de Prague. Son témoignage est hallucinant. A la représentation antisémite du Juif riche, puissant et influent, Londres va opposer, visite après visite, presque maison après maison, la réalité terrible d’une misère juive proche de la condition animale. Londres a tout pourtant pour dormir sur ses lauriers – son livre, Au Bagne, vient d’être joué sur la scène, tous ses livres sont des best-sellers – mais non, il va « s’embarquer » dans une aventure-reportage longue et difficile. Albert Londres ne connaît rien au sujet. Pour lui, c’est une raison de plus. Pour nous, un étonnement de plus.

Ce livre est le résultat de cette enquête. On devrait dire de cette quête car l’auteur est bien à la recherche de sens. Quel sens donner à la haine inextinguible que le monde voue aux Juifs ? Y a-t-il un sens seulement à cette haine ? Du quartier juif de Londres (London GB) à Prague, de Varsovie en Transylvanie, en Palestine enfin, il va déplier la carte du malheur juif jusqu’à la lueur hésitante de l’espoir sioniste. En 27 articles, tous publiés dans « Le Petit Parisien » sous le titre Le drame de la race juive : des ghettos d’Europe à la Terre Promise, Albert Londres va livrer le matériau de son travail d’enquête, qui sera la matière (retravaillée) de ce livre, qui rencontrera un grand succès.

La première étape est Whitechapel, le quartier juif londonien. Là, les Juifs sont intégrés, sont anglais. Et pourtant : « Demain vendredi, à la première étoile, alors que tout Londres travaillera encore, vous entendrez les rideaux de fer dégringoler dans Whitechapel ». Ils travaillent, vivent, étudient à l’école anglaise mais aussi au Talmud-thora, petites têtes couvertes de Kippoth et serrées les unes contre les autres.

« Ils étaient plus de cent par classe, serrés, aplatis, tels des dattes dans une boîte. Les Juifs n’ont jamais eu beaucoup de place. Les Nations leur mesurent le terrain. Ces enfants de Whitechapel étaient les uns sur les autres comme les morts de leurs cimetières de là-bas dont les pierres tombales se bousculent si effroyablement ».

Le vin de Léon–Marc : Léoville Las Cases 1990

Ecrit par Léon-Marc Levy le 11 avril 2015. dans La une, Gastronomie

Le vin de Léon–Marc : Léoville Las Cases 1990

Dernière dégustation : mars 2015

Note : 19/20. Garde : 2030

Ce Las Cases exceptionnel réussit l'exploit d'allier concentration massive de fruit et fraîcheur continue, tout au long de la dégustation. Une pointe de menthol vient même surprendre, en point d’orgue.

Dans une robe pourpre sombre, sans trace d'éclaircissement encore, ce vin offre au nez une explosion de fruits noirs, graphite, minéraux et sous-bois d'automne.

La bouche est grasse, onctueuse, mais jamais lourde, avec cette élégance particulière à Las Cases où toutes les saveurs sont déclinées dans une expression aristocratique, presque hautaine. Cela tient sans doute à la tonalité haute des St Julien, que Las Cases porte à une sorte d’aboutissement. Les saveurs tertiaires sont éblouissantes. Des tannins soyeux assurent un écrin parfait à la symphonie des goûts : épices, cassis, miel, tabac blond sur le "retour" olfactif avec des pointes de noix muscade. Une finale savoureuse vient ponctuer ce bijou.

Las Cases a produit encore une œuvre d’art en ce millésime magique !

Le tout bon : Pauillac

Ecrit par Léon-Marc Levy le 07 mars 2015. dans La une, Gastronomie

Le tout bon : Pauillac

Belle soirée pauillacienne, sur œufs brouillés aux truffes et rôti de porc confit aux abricots et raisins.

Lynch Bages 1999 : Toujours étonnant Lynch qui passe les petits millésimes avec une élégance parfaite. Un nez harmonieux et bien prononcé. Pauillacien par ses notes de fruits noirs (mûre) et de sous-bois d’automne. En bouche, bonne concentration de fruit et texture étonnamment étoffée pour le millésime. Saveurs de conifères, de mûre, avec une belle longueur. Une réussite. 16/20

Lynch Bages 1988 : Ce vin a toujours été un délice, à toutes les époques de sa maturation. Aujourd’hui il est au sommet. La robe, très sombre encore, est à peine évoluée. Nez explosif de fruit mûr, conifères, goudron, cerise noire. Un archétype de Pauillac. La bouche est une merveille d’équilibre, de suavité et de longueur. Finale épicée (cannelle, girofle). Texture grasse et soyeuse. Une perfection. 19/20

Comme on avait encore soif (!), on a ouvert un D’Armailhac 1998 : Superbe de fraîcheur et belle concentration. Grand équilibre de bout en bout. 15/20

Pauillac était en fête, et nous aussi !

Champagne ! Champagne ?

Ecrit par Léon-Marc Levy le 20 décembre 2014. dans La une, Gastronomie

Champagne ! Champagne ?

Deux mots sur la figure obligée de nos soirées festives, le truc à bulles, le champagne. Il en est de bons paraît-il et je n’en doute pas, encore que je n’en sache rien puisque je n’en goûte jamais. Ce court billet n’a pas pour objet d’en détourner les amateurs. Je peux même comprendre ce que la lumière, la fraîcheur et le pétillement de cette boisson peuvent avoir de séduisant. Seulement je veux dire haut et fort qu’il n’y aurait pas grave délit si nos fêtes de fin d’année se passaient de champagne !

Les vins blancs moelleux ou liquoreux sont de merveilleux apéritifs (plus que compagnons du dessert, sucre sur sucre bof !) : Sauternes, Barsac, Alsace Vendanges Tardives et vins étrangers (Autriche, Hongrie …) sont mes préférés. L’équilibre acide/sucre qu’ils offrent et leur fraîcheur sont une magnifique alternative de dégustation, autrement plus riche et complexe que la boutanche de roteuse (Gabin dans le texte). Sur du foie gras ils sont indépassables.

Les vins rouges – tous les bons vins rouges – peuvent être mis en apéritif (frais et fruités, par exemple Bourgogne, Loire, Sancerre) et réjouir les plus fins palais. Inutile de dire, je suppose, qu’ils sont le plus grand accompagnement possible des plats. Nos régions nous envoient une pluie bienfaisante de ces nectars, ne nous privons pas. Un mot à propos du poisson : si vous ne voulez pas mêler blancs et rouges, répétons que grand nombre de vins rouges arrosent fort bien les plats de poisson.

Et puis, même si vous choisissez le champagne, belles fêtes de fin d’année !

A propos de « Retour sur la question juive » d’Elisabeth Roudinesco

Ecrit par Léon-Marc Levy le 01 novembre 2014. dans La une, Politique, Littérature

avec l'autorisation de La Cause Littéraire

A propos de « Retour sur la question juive » d’Elisabeth Roudinesco

Cette chronique est une réflexion libre qui fait suite à la lecture du livre d’Elisabeth Roudinesco « Retour sur la question juive » (Albin Michel). Ce n’en est pas un compte-rendu.

Il fallait vraiment du courage pour opérer ce « retour ». Revenir sur « la question », aujourd’hui, après 2000 ans d’une histoire terrible, éclatée (dispersée), difficilement saisissable, et qui plus est, objet incessant des interrogations et des approches analytiques des plus grands penseurs (Karl Marx, Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Emmanuel Lévinas, etc…) constitue un défi des plus osés. Elisabeth Roudinesco l’affronte, avec la sérénité et le courage intellectuel qui s’imposent à l’entreprise.

A commencer par pourquoi ça fait « question », les Juifs ? Et à qui ? Les passions suscitées par des gens qui n’ont jamais constitué plus de 1% des peuples et nations qui les accueillent sont en elles-mêmes la plus incroyable des questions. Des assauts des légions romaines aux persécutions médiévales, des flots haineux de l’antisémitisme du XIXème siècle à la Shoah, et jusqu’à la basse continue honteuse de l’affect d’aujourd’hui, c’est, constamment, une poignée de gens au sein des nations du monde, qui figent, comme une éternité, la question de la haine inexpiable des autres. C’est dire à quel point elle travaille le tissu même de nos sociétés, jusque dans leurs syntaxes les plus enfouies. C’est dire aussi combien elle est la matière même de quelque chose d’éternel en l’homme, qui tient de la haine de l’Autre mais aussi et surtout de la haine de soi, en œuvre perpétuelle dans l’inconscient.

Parce que la « question juive » ne se pose pas à une ou à des nations. Elle se pose à l’homme en tant que tel. La Shoah n’a pas seulement anéanti six millions de Juifs, elle a anéanti l’homme et la possibilité de le penser comme être de raison et de morale. La question se pose aussi aux Juifs eux-mêmes. Enfin, pour être exact, à ceux qui se dénomment tels et dont on doit se demander ce qui les constitue. Et qui ne se privent pas, c’est le moins que l’on puisse dire, de se le demander infiniment.

C’est le premier « nœud » auquel s’attaque la réflexion du livre. Qu’est-ce qu’être Juif ? Bonjour le casse-tête ! Les religieux ont de la chance : d’abord parce qu’ils ont le support de vie que constitue la Foi. Ensuite parce qu’ils ont la réponse immédiate à la question : être Juif c’est appartenir à une religion, le judaïsme, et la pratiquer. Un Texte (la Bible), puis des textes (le Talmud), une tradition orale (le Midrach), des règles de vie, des rituels, des prières. Une religion quoi, qui pourrait être sans histoire si elle n’avait la particularité, et le malheur, d’être mère des deux grandes autres dans nos contrées. Et ce n’est pas un cadeau d’être premier. Jamais. Les suivants, en général, n’ont d’autre projet que de gommer le premier, l’effacer. C’est moi, le seul premier possible.

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