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SUFFOCATIONS Pour Mémoire

Ecrit par Laurence Biava le 31 janvier 2015. dans La une, France, Ecrits, Politique

SUFFOCATIONS Pour Mémoire

Réflexion/Point de vue/Mini-film des événements

Texte en réaction aux événements nationaux – 7 / 22 janvier 2015.

Sale mois de janvier. Sale et inédit mois de janvier. Inédit par sa cruauté, « irréel » par l’accumulation de ses tragédies. Odieux par son inhumanité, et les dommages collatéraux que ses drames ont suscités. Sale mois de janvier 2015 qui nous lie au fatalisme et nous fit définitivement sombrer dans la schizophrénie. A marquer d’une pierre blanche.

Car on s’en souviendra : 7 janvier : 3 attentats dans la seule et même journée, 17 morts dont 12 appartenant à la rédaction de Charlie-Hebdo, quatre délibérément abattus parce qu’ils étaient juifs, et deux policiers dans leurs fonctions, dont une femme. Depuis Merah, jamais le fanatisme islamiste n’avait frappé aussi durement. Encore une fois. Deux fois. Trois fois. Voici une République totalement déstabilisée. Une France que l’on a fait saigner. Une France qu’on a humiliée. Pourtant, quelques jours plus tard, la révolte a grondé. Et un instinct de survie sans commune mesure a fait se mobiliser le peuple français. Le 11 janvier, avec dignité, grandeur et ferveur, l’Esprit de Voltaire battait le pavé. Exaltée, la philosophie des Lumières. Quelle marche pour l’humanité, pour l’unité ! De ce sursaut national qui est allé en profondeur du pays, il fallait en être : juste une question de bon sens. Un devoir citoyen. Des manifestations gigantesques se sont alors formées pour rappeler les valeurs de notre République libre et laïque. Une chaîne humaine de presque 4 millions d’individus défilant dans les rues agglutinées de monde, bravant la dictature de la terreur. Sans distinction de partis affichés, la France célébrait l’Unité nationale retrouvée. Il y avait du recueillement et de la communion dans cette Union sacrée mondiale contre le fanatisme et pour la liberté. Et de la fraternité, et de la liesse même, dans cette belle France resserrée et soudée. On a tous espéré que cette marche politique et populaire soit salutaire. Définitive. Eternelle. A vrai dire, je n’ai pas compté le nombre de fois où, de Paris à Versailles, la Marseillaise a été chantée. J’aurais peut-être dû. Car oui, la rumeur se répandait déjà : « on n’avait pas vu ça depuis l’après-guerre ». J’ai échangé avec des gens qui avaient fait la guerre d’Algérie, et d’autres qui n’avaient encore jamais défilé. Anticipant sur tout le reste, François Hollande commentait déjà depuis le perron de l’Elysée : La France, capitale du monde et de la liberté. Se répandant comme une traînée de poudre, je suis Charlie est alors devenu le porte-drapeau de notre liberté bafouée. Piétinée. Morcelée. Dans cette course aux symboles, on s’afficha aussi avec un crayon, une déclinaison de « Je suis », des « Nous… », et toute une panoplie de signes distinctifs et plus authentiques les uns que les autres pour contrer la haine de l’ennemi indigne, pour signer le rassemblement. Je suis Charlie marquera les esprits pour toujours.

Le mot « illettré » utilisé par Emmanuel Macron

Ecrit par Laurence Biava le 27 septembre 2014. dans France, La une, Politique

Le mot « illettré » utilisé par Emmanuel Macron

Quelle flambée médiatique totalement inepte – pour ne pas dire disproportionnée –après le mot « Illettré » employé par le Ministre de l’économie pour qualifier, sur les ondes d’Europe 1, certaines salariées des abattoirs de Gad ! Encore un procès d’intention bien actuel, parfaitement dégueulasse et injuste à l’égard d’un membre du gouvernement, procès d’intention qui me met hors de moi.

Une personne illettrée est celle qui, bien qu’ayant été scolarisée, éprouve de grandes difficultés à lire, à écrire, et à calculer. Au delà de tous les dommages que ce type de pénurie(s), voire d’handicaps entraîne hélas, je ne vois pas en quoi le fait d’être illettré serait une insulte ou une injure. Il me semble bien que le terme illettré ne met nullement en défaut l’intelligence de celui qui a dû supporter des carences en lecture, en écriture et en calcul mais pointe plutôt le manque d’enseignements qui a empêché l’individu concerné d’être porté au maximum de ses compétences. La défaillance, si elle est encombrante, n’est nullement insultante.

Depuis quelques jours, on a l’impression qu’il faut bannir l’illettrisme de toute discussion de crainte de réveiller des peurs (à peine) ancestrales. La menace du Quart-Monde sans doute ? (oui, le Quart-monde, en France, il existe). Le ministre Macron a pourtant eu raison de briser ce tabou (finalement, c’est un tabou) en disant les choses telles qu’elles se présentent à nous. Evoquer les handicaps sociaux, dire la vérité et accepter de l’entendre, cette vérité, sans faire la sourde oreille, nommer les problèmes… : c’est étonnant qu’en 2014, dans un contexte de conjecture économico-politique particulièrement difficile où on reproche tout à tous sans discernement, il soit si difficile pour un ministre de faire entendre sa voix sans se faire systématiquement rabrouer, interpeller sur sa capacité à gérer les problèmes, ou rappeler à l’ordre par une certaine bien-pensance qui ne supporte pas ses élites institutionnelles.

Non seulement Macron n’a insulté personne mais il a en plus rappelé une vérité élémentaire en nommant « l’illettrisme ». Je suis convaincue qu’il n’a pas voulu « stigmatiser » – ce mot affreux – une partie de la population mais rappeler une situation qui ne s’améliore pas. A quelle sauce va-t-il être mangé dans les prochains jours ? Va-t-on le pendre sur la place publique comme au temps du Moyen-Age pour avoir osé employer un terme qualifié de « maladroit » par les plus nuancés des observateurs ? Figurez-vous que, si ça se trouve, lui, l’élitiste bardé de diplômes, son orthographe, sa sémantique sont peut-être approximatives, ses phrases cousues de fautes ! Non mais vraiment, on aura tout lu. Du plus minable au plus haineux. Comme toujours eu égard aux membres du gouvernement d’Hollande.

 

Quelques chiffres :

 

En France, le taux d’illettrisme des adolescents de 15 ans est de plus de 21%. C’est le chiffre le plus élevé d’Europe. 17% (chiffre officiel) des entrants en sixième ne maîtrisent pas la lecture, ni l’écriture, et par voie de conséquence, ni les maths, ni le reste des matières principales… « Il n’est pas inutile de rappeler également que plus de 2 millions de personnes qui travaillent en entreprise sont incapables de lire des indications de travail, de communiquer avec leurs collègues, de remplir une feuille d’impôt »… A Gad, il se trouve que le taux d’illettrisme est supérieur à la moyenne nationale. Tous ces constats chiffrés doivent nous interpeller sur la vulnérabilité des individus. Et se souvenir que les chiffres ne sont pas des insultes.

Ceux qui critiquent aujourd’hui le propos d’Emmanuel Macron ont vraisemblablement déjà oublié que l’illettrisme était la grande cause nationale française en 2013. C’est grave.

A mes yeux, la voici la première insulte. Avoir la mémoire courte, en 2014, c’est une insulte.

Car la mémoire courte anesthésie tout le reste : les élans du cœur, par exemple. Qui se soucie aujourd’hui des tranches de populations analphabètes, carcérales, pour ne pas les citer ?

La seconde insulte réside dans le fait de médire le plus petit que soi.

La troisième, c’est d’ignorer la différence. De taire les déficits. D’éloigner la vérité le plus possible en empruntant des contorsions remarquablement erronées sur ce qu’il aurait fallu dire ou pas. Faire ou pas. D’user de strates de raisonnements absolument moribonds pour discréditer la parole de ce jeune ministre.

La quatrième insulte, en conséquence, c’est de ne pas appeler un chat un chat. De reprocher tout et son contraire à celui qui possède un langage suffisamment élaboré pour précisément avoir su choisir ce mot significatif, clair, éloquent. Ceux qui cherchent midi à 14 heures n’ont qu’à se munir d’un dictionnaire…

L’insulte suprême, c’est l’exclusion sociétale de tous ces adultes illettrés alors que l’école est obligatoire depuis plus de 80 ans.