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80 élèves et moi, et moi et moi…

Ecrit par Leia Organa le 28 janvier 2017. dans La une, Education

80 élèves et moi, et moi et moi…

Lorsque je discute avec certaines personnes, j’entends souvent le refrain selon lequel un prof est replié sur lui-même et ne connaît pas « la vraie vie ». Cette remarque est à mon sens erronée pour plusieurs raisons. Le métier offre un réel avantage pour capter un certain « air du temps » et approcher les diverses catégories de la population. Loin d’être un métier replié sur lui-même et corporatiste comme on l’accuse souvent à tort et à raison, il offre cette fenêtre sur la diversité et l’époque, peut-être aussi à un âge que l’on qualifie souvent d’ingrat.

Moi, professeure… Enseignante en lycée public en région parisienne, cette diversité, que je n’avais pas connue moi-même au lycée, mérite que l’on s’y arrête un instant. Actuellement, 80 élèves répartis sur les niveaux de 1ère et Terminale générale me font face chaque semaine. Il sont issus de plusieurs catégories sociales et culturelles souvent perplexes face à des programmes qui leur semblent parfois bien loin de leurs préoccupations personnelles, sauf exception. Faisons le compte : sur ces 80, je retrouve des fils et des filles de caissières de supermarché, de policiers, de dentistes, de commerciaux, de techniciennes de surface, etc. Il n’est donc guère possible d’enseigner de manière monolithique à des élèves certes issus de la classe moyenne mais vivant dans des milieux bien différenciés, culturellement et ethniquement.

Globalement, les parents sont très inégalement investis dans la scolarité de leurs grands ados. Une discussion avec mes collègues, eux-mêmes parents et habitant aux alentours de mon établissement, m’a alors éclairée : une bonne partie considère qu’à partir de la classe de 4ème leurs enfants sont grands et qu’à ce titre ils n’ont plus à se mêler de la scolarité de leur progéniture – d’autant que les passages dans la classe supérieure sont devenus quasi automatiques… jusqu’à celle de 1ère et l’arrivée du bac et son obligation de résultats ! C’est à ce moment que les parents jouent à nouveau leur rôle et sollicitent le lycée. En ce sens, le niveau de 1ère est devenu synonyme de stress et où s’expriment les attentes, les doutes et les interrogations.

Face aux maux contemporains présents chez les élèves… Selon les situations, que faire ? Comment susciter cette envie et cette implication en classe d’élèves plus ou moins motivés ? Globalement, le professeur d’histoire-géographie n’a pas de souci à se faire : le capital sympathie de la matière est au beau fixe (ce qui n’est pas forcément le cas des mathématiques par exemple, les collègues concernés me pardonneront…). Mais, comme ses collègues, il doit faire doit faire face à trois problèmes généraux. D’abord, il doit affronter le consumérisme, illustré par la question « mais madame, à quoi ça sert ? », qui revient souvent, notamment en cartographie où je dois parfois faire face à un véritable challenge : montrer que cela sert à « quelque chose » et que ce « quelque chose » est déjà présent dans leur vie de tous les jours. En première, lorsque la question surgit, j’opte alors pour une petite séquence destinée à leur démontrer que « tout est cartographie » autour d’eux, du jeu vidéo au téléphone portable en passant par le GPS de la voiture de leurs parents. Un exercice fondé sur la cartographie de l’imaginaire vient parachever la démonstration. Ensuite, il se heurte au niveau d’écriture et de vocabulaire. Et enfin, il se trouve face à une culture générale assez faible et même problématique chez certains élèves qui arrivent en classe de terminale avec un niveau proche de l’illettrisme (je mesure le poids de ce dernier mot…). Face à ce triple problème, le souci pour moi est de trouver un juste équilibre : ne pas sacrifier une forme, un fond et aussi une certaine exigence. J’estime que simplifier le vocabulaire ne rend pas service aux élèves, mais j’avoue que depuis cinq ou six ans, j’ajoute à mes devoirs d’étude documentaire un petit lexique pour expliquer des termes qui leur semblent compliqués afin que les plus faibles ne soient pas désavantagés. En classe, je termine toujours la lecture du document par une question rituelle : « y a-t-il des termes que vous ne comprenez pas ? ». Je pense que cette manière de procéder peut contribuer à enrichir leur vocabulaire d’une manière ou d’une autre. A ce titre, les vieux mots de vocabulaire comme « chienlit » fonctionnent très bien, retenus par les élèves.