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La victoire de Castres, le rugby de Marcel…

Ecrit par Lilou le 09 juin 2018. dans La une, Sports

La victoire de Castres, le rugby de Marcel…

Qu’il me soit permis ici de dresser sur tout le long de la route qui sépare Toulouse à Castres une guirlande ininterrompue de joies illuminées se confondant dans les éclats de la victoire de Castres sur Montpellier. Castres ramène pour la 5ème fois de son histoire le Brennus chez lui, sur le frontispice du stade Pierre Antoine, tout au bout de cet interminable championnat de France de Rugby, et surtout tout au bout d’une transhumance à l’ancienne ayant conduit à la capitale plus du quart des habitants de la sous-préfecture du Tarn. La victoire de Castres, c’est le triomphe du rugby de Marcel plutôt que celui de Charles Hubert. C’est celui qui sent l’ail et la saucisse et qui laisse filer au vent léger du bonheur d’exister la certitude qu’en sport, tout reste à écrire. La victoire de Castres, c’est le rugby de la colère crottée des gens de Province qui balaye l’affairisme conduit par des énarques pour lesquels un demi de mêlée ou un talonneur n’est qu’une valeur marchande à bonifier à la sodomie du CAC 40. Le triomphe de Castres, c’est la victoire de ce peuple croyant que dans ce monde habitué aux choses écrites d’avance, il existe des raisons de vivre encore plus loin ses rêves qui font que dans les écoles de rugby, des gamins de 12 ans savent que le père noël existe et qu’un jour ils pourront être les orfèvres de ces courses fabuleuses sur 80 mètres pour tout au bout offrir à son âme sœur le ballon de la victoire.

Marcel justement ! Un tout petit bonhomme tout juste vieux nourrissant depuis toujours pour son club une passion ayant tous les traits de l’amour. Oh, pas parce que c’est son club, mais parce qu’il est né juste à côté. S’il avait vécu 50 kilomètres plus loin, il aurait chéri Albi, s’il était né au bord du Gers, alors il aurait été Auscitain jusque dans le choix de sa Marcelle. Dans ce rugby de terroir et de mauvaise foi, on aime son club parce que ses morts à soi y sont enterrés juste à côté. C’est comme ça et il est inutile d’être brouté du matin au soir avec les plus grandes étoiles de l’univers venant jouer pour le club voisin. Au mieux, Marcel n’aura pour eux qu’un faible regard de circonstance, au pire il n’aura rien, tellement dénué qu’il est Marcel, des dorures des autres.

Marcel, très tôt ce matin du 2 juin 2018 a chargé dans sa voiture les lourdes responsabilités d’avoir à monter à Paris autant ses espoirs de ne pas prendre la raclée promise par les experts du rugby français et par les cadors du championnat, Montpellier, que ses petits-enfants grimés depuis la veille au soir du bleu et de blanc éternels du Castres Olympique. Sa Marcelle, prévoyante depuis tous ces lustres lui avait même écrit l’itinéraire, arrêts de péage et bouffes pour le petit dernier, un peu turbulent, comprises : vers 14h, tu t’arrêtes à la station d’autoroute sur l’A20 « Salbris-Theillay » pour manger, tu as tout dans la glacière avec le nom pour chacun écrit en rouge (pour le repas du soir, c’est écrit en bleu) et tu trouveras aussi ton sandwich avec le saucisson que tu aimes tant. 17h, la Peugeot de Marcel s’arrête toute seule du côté de Rungis, très au sud du stade de France. Marcelle avait dit et écrit que conduire dans Paris serait trop difficile, alors, ce serait en RER que sa transhumance se poursuivrait à Marcel et à ses petits-enfants. 18h30, stade de France, Marcel est heureux, ça se sent, il est si près et si loin de tout ce qu’il est. Ses mains se multiplient pour ne pas perdre la petite chair de sa chair, ses yeux s’agitent comme des sémaphores multicolores ouverts sur l’horizon, et surtout sur ces grappes de supporters si souriants de se retrouver au milieu de ces peuples en fête. C’est qu’il en a des étoiles dans les yeux le Marcel !

RDT / 68 : 50 ans après, des nouvelles de mai 68 ?

Ecrit par Lilou le 19 mai 2018. dans La une, Ecrits

Mai 68 ? Un ton au-dessous…

RDT / 68 : 50 ans après, des nouvelles de mai 68 ?

Je n’ai plus aucune mémoire, je n’ai que des souvenirs nous souffle mai 68, notre mai 68 à nous, Français pas encore nés à cette époque, ou alors étudiants, jeunes parents, très lointains enfants dorénavant alourdis par cinquante ans de plus. Un demi-siècle, ça fait un bail. La plupart du temps ça se compte en souvenirs de bébés qui avec les années ont vécu, ont été accompagnés vers les sommets, puis laissés vers leurs destins d’Homme et de Femme. Ça fait aussi en chacun de nous des parents et des amis en moins, des ronds de serviettes vides en plus, avec leurs sourires évanouis et ces voix pour toujours envolées. Oui, 50 ans, ça en fait un bail avec ses litres de ratures comme ses immenses bonheurs. Mais bon, si on repart du point de départ de la bobine de nos histoires, nous souvenons-nous comme il le faudrait, à l’échelle du monde et peut être aussi à celle d’une histoire plus globale, de cette année 1968 qui pour nous, Français, n’a le plus souvent que les attributs d’un sang qui coula rouge et noir ?

1968 a mal débuté. Au Viêt-Nam, le 30 janvier, c’est l’offensive du Têt. Plusieurs centaines de milliers de combattants Nord-Vietnamiens lancent l’assaut contre les entrailles d’autres centaines de milliers de Sud-Vietnamiens ayant cru aux mirages des Marines américains à peine âgés de 20 ans avec leurs Lucky Strikeen guise de sourire et leur M16 en bandoulière. Commandés par le premier des faux cons, Lyndon B. Johnson, 58000 d’entre eux ne reverront jamais les collines de Burbank ou la Skyline de New-York. Janis Joplin a beau reprendre Summertime (1), rien n’y fait, le Viêt-Nam devient le père de tous les bourbiers. Khe Sanh finit par être dégagé à force d’y envoyer des B52 chargés jusqu’à la gueule de Napalm et d’autres berlingots au phosphore, mais bon, à la fin de l’année, le désengagement américain devient une évidence. 1968 marquera pour les Américains le début de la fin au Viêt-Nam. Elle posera aussi les jalons de l’humiliation politique devant les caméras du monde entier, et surtout elle signera pour sa jeunesse la fin de l’innocence. Aux USA, plus rien n’y sera comme avant. Surtout dans sa capacité à nous impressionner.

A Rome et à Berlin-Ouest, la guerre du Viêt-Nam cristallise les doutes de tous ceux ne se reconnaissant pas dans les envies de containement du cousin américain préférant les orages de bombes sur Hanoï à la poésie d’Otis Reading qui emporte tout sur son passage (2). Bien vrai ça disent les dizaines de milliers de manifestants de la Potsdamer Platz et de Trafalgar Square qui hurlent contre Washington. L’incompréhension entre ceux qui gouvernent et ceux qui n’y sont jamais conviés est immense, d’autant que pour le pouvoir américain tirant à vue, un bon « Noir » n’est qu’un Marine, les tripes à l’air et peu importe si juste avant de mourir il gorge son désespoir à grandes injections d’héroïne dans les rizières bordant le Mékong. Otis Reading lui, a tout du branleur dont personne ne veut : il est Black et il chante ! Peu importe les droits des minorités à géométrie variable, il n’est pas un héros de l’Amérique en guerre, il n’est « qu’un » parmi la minorité. Martin Luther King pointe l’injustice de cette Amérique inégalitaire en se demandant « pourquoi envoyer des jeunes Noirs défendre à 16.000 km de chez eux des libertés qu’ils n’ont jamais connues dans le sud-ouest de la Géorgie et dans l’est de Harlem, pourquoi envoyer des garçons blancs et noirs se battre côte à côte pour un pays qui n’a pas été capable de les faire asseoir côte à côte sur les bancs des mêmes écoles » ? Le coup est rude, la vérité blesse, la Maison Blanche semble perdre quelques-unes de ses candeurs de vierge pendant que les Beatles nous envoient Helter Skelter. (3) Pour un peu, on s’y croirait au droit des hommes et à la déclaration universelle… Mais le 4 avril, early morning, sur un balcon moite de la périphérie de Memphis, Martin Luther King est abattu comme un pigeon pour ne pas dire un chien de sale race par un extrémiste blanc qui ne se livrera qu’un an plus tard. Tout est à recommencer…

Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

Ecrit par Lilou le 07 avril 2018. dans France, La une, Politique

Après le « changer la vie », le « continuer la vie » ?

Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

On ne refait jamais sa vie, on la continue seulement comme dirait le Suisse*. Oui mais bon, faut bien avouer que pour le parti socialiste, la question est maintenant de savoir, et ça urge grave, comment on doit se réembarquer sur le navire historiquement en charge d’éclairer le progrès social et dorénavant dans la quête permanente de colmater ses fuites. La question, d’une infinie superficialité même, se prolonge pour les moins noyés dans un désespérant « si on doit se réembarquer » sur cet Inodus ramenant des 4 coins du monde les éparpillés des années de guerre civile de la rue de Solferino.

Faut dire qu’au parti socialiste, les derniers repas de famille ont été animés, presque meurtriers pour la plupart d’entre eux. Sans remonter aux obus de 420 mm tirés dès la disparition corps et biens de François (l’ancien), faut quand même se souvenir de tous ces tiraillements (à la culotte) de 2007 et de la candidature des désirs d’avenir, de tous ces plaquages assassins visant les carotides de 2012, puis de tous ces empoisonnements et égorgements de 2012 à 2017 pendant le règne de François (le jeune) à côté desquels les sautes d’humeur de l’ami Borgia passèrent pour des querelles de scouts imberbes. Grande famille pourtant à 200.000 adhérents en 2009, moitié moins aujourd’hui, des sections entières qui ont déserté les élections des fédéraux, un petit tiers à la Pagnol pour l’élection du premier d’entre eux le 28 mars dernier… Jaurès est mort, Blum aussi, Rocard nous a quittés, moi-même (en toute humilité) je ne me sens déjà plus très bien, mais la détestable impression d’aller pourtant mieux que notre si chère maison de Solferino n’a jamais été aussi riche de sens sous les ors du temps qui passe, et qui pour le parti socialiste broie en laissant beaucoup de cœurs se fermer sur le chemin de l’oubli.

Changer la vie qu’ils disaient pour 1981 un peu comme l’avait déjà évoqué Arthur Rimbaud dans sa vierge folle pensant certainement là à Agathe et à tous ses impossibles. On a tellement changé la vie que l’on repart de l’année zéro, une fois de plus. C’est curieux chez les Socialistes ce besoin systématique de faire la révolution tous les 20/30 ans et de constater qu’à chaque fois, il ne reste plus une tête à couper et de ne jamais lire Baudelaire ; Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe, Loin du noir océan de l’immonde cité, Vers un autre océan où la splendeur éclate, Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ? Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe ? 1920, 1936/40, 1969/72, 2002, 2016/18… Que de bons moments de franche camaraderie. Mais à la longue, c’est pénible.

Côte de bœuf en sa croûte sur son lit de jadis...

Ecrit par Lilou le 03 mars 2018. dans Ecrits, La une, Gastronomie

Un « tout bon des reflets qui vaut littérature... » La rédaction

Côte de bœuf en sa croûte sur son lit de jadis...

Quelques mots pour raconter une histoire où l’unique objet du désir sera juste de cuire au four une côte de bœuf avec un gratin dauphinois… Mais bon, aussi et surtout quelques mots pour décrire le plaisir habillé des intérêts d’un printemps que l’on fait venir plus vite en ouvrant grand le four sur une farandole aussi savoureuse que facile à composer.

 

D’abord la viande… Passons rapidement sur la nécessité d’aller chez son boucher à qui l’on claque la bise et auquel on demande des nouvelles du rejeton qui a du mal à s’en sortir avec la maîtresse du CM2 et ses foutus problèmes de robinets qui fuient. Cependant, disons quand même que la côte de bœuf doit avoir l’œil vif, un rien ravageur avec ses mensurations de première de la classe (les femelles qui naviguent à 750 kg se font draguoter par des mâles tutoyant la tonne). Rien qu’à voir sur son étal ces carrés droits comme des acteurs de la comédie française qu’on prépare à jouer du Molière, on commence déjà à voir les paysages reposés du Limousin comme on souffre avec les Parthenaises des grosses chaleurs du Poitou. A y penser sur ces gammes de notre Géographie, on pourrait même se prendre pour une Aubrac regardant délicieusement le train de Millau se tortiller vers Marvejols. C’est dans la conversation que naissent les images. La viande et le boucher doivent être bavards, sinon à quoi ça servirait que d’y rire du temps qu’il fait. Au creux d’un problème de math ou de la rudesse du métier d’éleveur, vous demanderez quand même une côte d’un gros kilogramme et de 5/6 cm de découpe. Plus large pénaliserait trop la suivante, et plus lourd ferait un peu trop pour deux personnes…

Ensuite les pommes de terre qui donneront au « lit de jadis » les mêmes émois que procure pour un séminariste sa rencontre prochaine avec l’évêque. Il existe autant de variétés de pommes de terre que d’Émeraudes sur la couronne de la princesse Eugénie. Mais bon, toutes non plus ne facilitent pas la conversation quand il s’agit de concevoir un gratin dauphinois ! Il faut par exemple oublier l’Amandine et l’Agata, pourtant bonnes à tout faire mais qui en matière de gratin n’offrent guère d’ambition, plus préoccupées par devenir de vraies servantes pour des purées ou des mets construits à partir de la vapeur. Non, pour le gratin, il faut penser à Louis XV et à la Pompadour, que de femmes ont la cervelle en leur poitrine. On peut aussi appeler l’archange de la patate de compétition, la Mona Lisa à moins que l’on ne préfère les promesses d’une nuit sans sommeil avec la Charlotte arrivée sur les marchés des papilles en même temps que François Mitterrand prit possession de l’Elysée. Leurs caractéristiques principales à servir le lit de Jadis doivent de se présenter au paddock « ferme au toucher » et « sensible à la caresse ». Faut pas déconner avec la patate de gratin, elle doit être aussi prometteuse qu’un regard de louve pris dans ces 3 moments d’histoire. Et rien d’autre !

Deputatus erectus

Ecrit par Lilou le 16 décembre 2017. dans France, La une, Politique, Actualité, Histoire

Deputatus erectus

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Le Tout bon des Reflets : Salaisons d’hiver, bonne heure de Noël

Ecrit par Lilou le 09 décembre 2017. dans Ecrits, La une, Gastronomie

Le Tout bon des Reflets : Salaisons d’hiver, bonne heure de Noël

Et c’est ainsi…

Début décembre est presque la date ultime pour envisager les bonnes choses étayant les raisons de fêter en avance le plaisir de voguer les cheveux dans le sillage du père Noël. Soyons clairs sur les principes ! En cuisine comme en Gascogne, Noël commence au début de décembre quand la pensée se repose enfin sur le nombre de convives, le choix des bouteilles et l’heure du premier Floc que l’on préfèrera toujours selon ses goûts et sa liberté de toucher à tout. Et rien que pour ça, autant ouvrir dès à présent une intention de mêler aux préparatifs une première mise en bouche, rouge pour ma part et épanouie en bas-Armagnac où rien d’autre que le bonheur n’y a jamais poussé. Les vignes s’élevant dans une solitude pleine d’autant de ferveur, ça se fête !

Faut être sérieux dans sa pensée. Noël s’étale sur plusieurs jours et selon des montées et descentes faisant ressembler ces jours d’agapes à une sérieuse étape de montagne (pyrénéenne) du tour de France. Mais plutôt que d’en dire trop, concentrons nos préparatifs sur les 48 heures entourant le passage du type en rouge. Si je compte bien, ça nous fait 3 apéros majeurs, 3 entrées de première catégorie, 3 sessions d’ouverture d’huîtres et 3 escalades par la face nord de viandes et de poissons élevés en pleine nature et au grain dans l’unique intention d’agrandir les sourires de ceux qui se retrouvent plus que jamais réunis.

Pour les huîtres, ce sera simple et on peut donc ne pas y penser de suite. Elles sont toutes bonnes, même celles qui donnent du mal à l’ouverture. Un conseil malgré tout pour ce délicat passage : quand vous ouvrez votre douzaine, pensez qu’elles n’aiment pas les vins du sud. Concluez ce triste constat en vous préparant tout à côté une solide rasade de Riesling voire bien davantage si la bourriche se conjugue au pluriel. Cela aura le double mérite de rentrer plus tôt dans la danse et aussi de désinhiber le huitricide invité de passage et qui éprouve autant de mal à gouter de l’animal que le viandard en éprouve à arracher la salade à son milieu naturel. Mais bon, lesdites huîtres étant encore en bordée du côté de la Normandie, de Marennes ou de Bouzigues, ne vous concentrez pour les 3 semaines qui arrivent que sur cette rumeur alsacienne au tanin aussi fruité que surprenant (quelle merveille que de sentir toute l’Alsace rentrer en son palais aurait psalmodié Louis XIV sirotant une coupe et signant négligemment le traité de Nimègue en 1679). Pour ce faire, goûtez et goutez encore ! D’ici 3 semaines, il en restera toujours quelque chose si ce n’est pas une certitude gasconne en forme de vérité historique !

Rugby français, de chair et de toc

Ecrit par Lilou le 25 novembre 2017. dans La une, Actualité, Sports

Rugby français, de chair et de toc

Au rugby comme dans la vie, il y a deux manières d’apprivoiser la défaite. Soit en la considérant de l’œil circonspect du colonel de tranchée y puisant des raisons d’y construire sa prochaine offensive stérile avec le peu d’hommes valides qui lui reste, soit en l’observant aux côtés de Descartes qui considérait déjà, sans l’écrire, que « ce qui nourrit la défaite contre les All Blacks est ce qui a construit leur victoire ».

Les Blacks jouent au rugby comme ils pensent. Les Bocks jouent au rugby comme ils survivent tout entourés qu’ils sont de triste mémoire, de beautés merveilleuses et de puits sans fond. Les Bleus, eux, se contentent de penser un rugby qu’ils essaient de jouer avec toutes les balourdises d’un candidat au permis de conduire qui a consciencieusement mangé son code Rousseau mais qui s’avère incapable de lever le museau du bout de sa calandre. Si nous pensons comme nous sommes, nous pouvons résumer la situation en nous disant que nous avons été concassés sur ces derniers matchs par des peuples archi dominés chez eux soit par des millions de moutons soit par des millions de gazelles. C’est à peu près ce qu’a dû se dire le même Descartes hésitant au soir de sa vie entre l’écriture de son discours sur la méthode avec son autre œuvre restée discrète et qui sombra dans l’oubli : De l’amour entre les hommes de rugby au pays du long nuage blanc.

On pourra tout dire sur ces matchs, énièmes branlées contre des hommes du bout du monde pourtant dépassés en nombre sur leurs terres par des pelotes Phildar et des gigots mais que l’on s’évertue à chaque fois à respecter comme des ancêtres s’étant échappés de l’enfer d’une mauvaise maison de retraite ! On pourra même dire avec l’air satisfait de la victoire en perdant que les Français ont gagné quelques bribes de match et que l’honneur est sauf. Rien que ça, mais bon, depuis que l’on a inventé en France le concept profond de « la brave défaite », on se sent moins ridicule en choisissant toujours de devenir écrivain plutôt que sportif ! Autant gorgé de défaites depuis bientôt dix ans qu’il pleut des larmes sur les commémorations de novembre, le rugby français continue de poursuivre consciencieusement sa traversée de l’hiver le plus sombre qu’il ait connu depuis Azincourt. Oui, dans ces matchs, les Français ont créé quelques occasions de s’enivrer de bières (sans alcool malgré tout, faudrait pas exagérer), oui quelques nouvelles bleusailles aux dents blanches et aux gestes précis permettent de mieux repenser l’avenir d’un french flair qui est un peu moins mort qu’il y a un mois. Oui, mais bon, au bout du tunnel, le noir est toujours de rigueur et le tableau d’affichage continue d’afficher ses 38/40 pions de moyenne contre les Black, gouttes au nez non comprises, et presque pareil contre les Boers quand novembre annonce le retour de ces Golgoths sur nos terres.

En Sologne coule la Sauldre et débordent les copains d’abord

Ecrit par Lilou le 21 octobre 2017. dans La une, Ecrits

En Sologne coule la Sauldre et débordent les copains d’abord

Le voyageur au long cours est comme le Petit Chose caché derrière les larmes discrètes de son exil. Ses pensées l’amènent souvent vers les étreintes de ses amis le voyant franchir bravement la passerelle ne sachant jamais quand il leur rejouera la partition du revoir. Son cœur quant à lui, musarde la plupart du temps le long de ces forêts peuplées de singes en hiver qu’il recherche avec toute la tension d’un démineur de Khe Sanh ou d’un guetteur d’Iceberg. Mais le voyageur au long cours est aussi un canard sauvage que personne ne se hasarde à apprivoiser dans une cage moins large que l’horizon. Tellement loin mais infiniment près, le voyageur sait toujours revenir sur les traces douillettes de ses premières envolées d’où il se délectait en solitaire de pouvoir par tous les temps distinguer de grands trois-mâts plus hauts que ses montagnes imaginaires. Le voyageur est comme ça, attaché au monde comme l’enfant sans mère l’est aux bruissements qui l’entourent. Il est toujours très loin perché, mais il aime plus que tout rentrer sur une terre qui lui semble être la sienne car c’est de là qu’il peut le mieux porter le regard apaisé d’un homme libre sur les paysages de son enfance.

A l’échelle de la France, et c’est déjà une magie que de faire œuvre de géographie pour décrire la vie qui coule, la Sologne est le bosquet vert en plein centre coincé par le Berry au Sud, la Beauce au nord, et bornée des villes médiévales de foire aux privilèges royaux que sont Orléans et Tours. A l’échelle de la Loire qui marque une franche séparation avec les terres du nord, la Sologne est marquée du sceau de sa citadelle imprenable, Blois, connue du reste du monde parce que son château fut le théâtre du meurtre très vintage du duc de Guise en 1588. Mais bon, évoquant Blois, ce reste du monde oublie toujours de citer les escaliers Denis Papin pour lesquels il en fallait de la sueur d’enfant pour les grimper triomphant. Et bien pire encore, il en oublie à chaque fois d’évoquer cette humeur joyeuse de chocolat se répandant comme un vrai bonheur sur tous ses alentours quand les usines Poulain tournaient à plein régime et surtout que les vents étaient d’Ouest et que la menace de la pluie nous demandait de rentrer à la maison. Blois, c’est Chambord, la Sologne c’est Blois, et la Loire ce sont ses châteaux qui ont donné à la Renaissance ses plus merveilleux soupirs en forme de rêves d’architectes italiens. Blois en est un joyau, mais que dire de Cheverny ou de La Ferté-Saint-Aubin qui essaiment sur la Sologne la musique de Lully comme la Canopée gazouille sur l’Amazonie ?

Oui, forcément.

Pourtant un peu plus loin que cette Sologne-là éclairée pour l’éternité des paillettes de la renommée, se cachent d’autres forêts aux arbres aussi grands et majestueux qu’à nuls autres pareils. S’y dissimulent en effet, dans la discrétion la plus digne, d’autres demeures du temps de François I° rentrant des guerres d’Italie ou d’un Louis XIV encore dans les culotes courtes de son si long règne. Ainsi, marchant de borderies en borderies, le voyageur de retour en sa Sologne s’y gorge à tous ses pas de l’enchantement de ces autres bâtisses faites de pierres blanches et de briques rouges, de ciel pourtant chargé mais toujours souriant et de lumières conjuguant le tendre regard à la joie de vivre. Poursuivant ses pas vers le soleil levant, le voyageur finira par croiser la Sauldre agissant pour la Sologne comme la Loire pour la France. Ni colonne vertébrale, ni véritablement son cœur, cette rivière douce à l’écoulement très poli en est pourtant une forme épousant celle de la Loire comme si dans son très jeune âge, ce confluent du Cher avait choisi de rester humble dans le seul dessein de ressembler aux paysans solognots aussi rustres que fidèles et qui un jour la peupleraient. Malgré la modernité qui déchire son silence de ses routes où tout passe trop vite, la Sologne est un immense hommage à la nature bataillant pour rester intacte et protéger ses colonies de grèbes à cou noir, d’écureuils roux ou de marouettes ponctuées venus là nicher pour l’été.

U2, ça fait Dublin par où ça passe…

Ecrit par Lilou le 15 juillet 2017. dans La une, Souvenirs, Voyages, Musique

U2, ça fait Dublin par où ça passe…

dedicated to Eric, Alain and Jeff

 

Le romantisme de se promener de nos jours à Dublin conduit à parcourir au pas du bonheur des rues autrefois grises et révolutionnaires s’étant aujourd’hui parées de la marche en avant d’une Irlande définitivement émancipée de son curieux Briton de grand frère. Dublin dressée face à Londres, c’est la brute qui a fini par dévorer son dompteur, c’est l’agneau qui a fait fuir le loup, c’est la patate de 1845 qui germe des sourires enfin revenus sur le million de cadavres abandonnés de la grande famine. Dublin partagée en deux par la Liffey jetant à la mer ses tonneaux d’eau douce vers la toute proche Liverpool, c’est tous les rouquins tachetés aux yeux clairs et les millions de moutons peuplant ses vertes collines merveilleuses et magiques qui d’un seul homme offrent à Molly Malone les reliefs bouleversants d’une terre de géants et de houblons toujours en fête. Dublin, c’est la ville port regardant sans cesse son autre moitié engloutie par la mer d’Irlande mais toujours peuplée par des millions de migrants tremblotant d’effroi à l’idée de traverser l’Atlantique à la recherche d’un monde meilleur et surtout plus juste. « In Dublin’s fair city, where the girls are so pretty, I first set my eyes on sweet Molly Malone, As she wheeled her wheel-barrow, Through streets broad and narrow, Crying, “Cockles and mussels, alive alive” ».

Sur Dublin la verte brûlent toujours les incandescences musicales portées par les tin whistles qui nous rappellent en permanence qu’écouter battre ainsi le cœur de l’Irlande profonde, c’est s’adresser directement à l’âme des hommes avec toute la gaucherie d’un enfant pauvre devant le proviseur d’un lycée prestigieux. A la sortie de son port, quand les hommes normaux prennent la mer, les Irlandais accompagnés par tous les Romantiques du monde rejoignent quant à eux cette fameuse terre ferme de la moitié soi-disant engloutie mais pourtant soutenue par les piliers d’une littérature bordant les songes de tous les amoureux de l’univers. William Butler Yeats nous le dit :

Si je pouvais t’offrir le bleu secret du ciel, brodé de lumière d’or et de reflets d’argent, le mystérieux secret, le secret éternel, de la vie et du jour, de la nuit et du temps, avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds. Mais moi qui suis pauvre et n’ai que mes rêves, sous tes pas je les ai déroulés.

Marche doucement car tu marches sur mes rêves.

James Joyce nous le confirme :

L’air frais de la chambre le fit tressaillir. Il se glissa sous les couvertures et s’allongea à côté de sa femme. Un par un, tous devenaient des ombres. Plutôt passer hardiment dans cet autre monde, dans la gloire sans tache de quelque passion, que flétrir et dépérir misérablement avec l’âge. Il pensa à la façon dont la femme couchée près de lui avait gardé enfermée dans son cœur pendant tant d’années l’image des yeux de son amant lui disant qu’il ne souhaitait pas vivre. Des larmes généreuses emplirent les yeux de Gabriel.

Dublin, même traversée par de si lointains souvenirs, reste accrochée à la constance d’un « reviens-y sans attendre » et recommence indéfiniment tes pas sur Grafton street en n’oubliant pas de tourner vers Windmill Lane où tu en sauras plus de tes goûts et de tes couleurs qu’en parlant pendant des siècles avec des savants du monde entier. Dublin ? Il en faudrait des pages et des pages pour produire des litres et ratures dont la vocation première serait d’ébaucher le commencement du début. Dublin est une magie, une éternité qui se joue perpétuellement des recommencements comme des renonciations, Dublin est l’espoir toujours vert en bandoulière, Dublin est la ville ne vivant jour et nuit que pour offrir des rêves en forme de trèfles toujours à quatre feuilles à condition de garder grands ouverts ses yeux aussi ronds qu’un calligramme d’Apollinaire. Dublin c’est la porte de l’Irlande.

Mais Dublin c’est aussi et enfin la porte d’entrée de ma génération. Dublin c’est toi, Dublin c’est moi, Dublin c’est nous…

Et tout au bout, Dublin est U2.

Ivan Fandiño, mort dans l’après midi…

Ecrit par Lilou le 24 juin 2017. dans La une, Actualité, Société

Ivan Fandiño, mort dans l’après midi…

Samedi 17 juin 2017, peu après 20h, Ivan Fandiño est mort dans l’ambulance du Samu quelque part sur la longue ligne droite accrochant pour toujours Aire-sur-l’Adour et Mont-de-Marsan. Son cœur plein de générosité et de supplément d’âme a lâché prise quelques poignées de minutes après avoir été salement blessé par un toro de Baltazar Iban prénommé Provechito. Né au cœur de prairies interminables nichées à l’ombre del valle de los caidos, il y a 4 ans, ce toro noir comme la mort a laissé le corps gracieux d’Ivan Fandiño ouvert comme un livre en plein milieu de la semana grande. Né à Orduña dans le pays basque espagnol il y a 37 ans, Ivan Fandiño était ce que l’on peut appeler un torero singulier vivant aussi souvent que possible comme un bienheureux sa passion pour cet art arrivé presque intact du fond des âges et dépêchant à chaque fois ses cohortes d’espoirs enlevant à la mort ce que la joie conjugue à de vrais moments de magie.

Finalement, Provechito et Fandiño étaient nés pour se rencontrer au bout de leurs vies incomplètes par une aussi brûlante que triste après-midi de Juin 2017. Nés pour ne plus jamais avoir à se quitter… Oui mais aussi et surtout parce que le dit le sempiternel pour le meilleur et pour le pire. Oui, sauf que venu du fin fond de cet art si baroque, le pire fut servi bille en tête et en guise d’apéritif.

A Aire-sur-l’Adour, tout près de Nogaro qu’en ces lignes il n’est plus utile de présenter, l’apéritif est un art de vivre. Il y est davantage qu’ailleurs une certitude de se savoir arrivé quelque part. Les arènes, dressées le long du fleuve, servent l’été à faire danser les 6000 et quelques Aturines et Aturins, afin que toute cette tribu rassemblée magnifie le bout du printemps. C’est comme ça depuis la nuit des temps et ce le sera encore dans 40 générations. On y vide des barriques entières de Floc de Gascogne et d’Armagnac, on y parle de la rudesse du métier d’agriculteur qui chaque année va de mal en pis, on s’y dispute sur les résultats parfois chaotiques des équipes de rugby (toutes, féminines compris), on s’y déprime de l’abatage massif des canards qui a conduit au bord du gouffre des dizaines de cousins gersois dans un silence médiatique de cathédrale. Mais au-delà de ces incontournables qui ont tout de la discussion de préchauffage chaque Juin de chaque année, Aire-sur-l’Adour retrouve ensuite le sourire qu’il communique à toutes ses borderies avec la générosité du mélange gasco/landais en plus. Cette année, maudite parce que ses arènes sont passées de pittoresques à plaza de mala muerte, ce sourire qui dit tant de choses aura la forme du deuil d’un homme que rien ne prédisposait à venir mourir ici empalé par un toro noir armé de cornes aussi larges qu’un tombeau et animé par l’envie de se battre comme un héros déjà mort. C’est ainsi et dans cet art qui touche aux frontières de la raison, il n’y a pas de quoi fouetter un chat me dites-vous déjà. Ce en quoi vous pourriez en bout de course avoir raison.

Ivan Fandiño était un torero laborieux dans le sens plus qu’enviable de travailleur acharné, qui aimait plus que tout son épouse, ses parents, ses amis ainsi que le combat à mort avec des toros durs que pas grand monde ne voulait. Lui, dans ces cornes du diable, ne voyait que le moyen d’accéder plus directement à l’état de grâce que procure celui de matador de toros devant Dieu et les Hommes. C’est ainsi et il ne servira à rien que de nourrir en y répondant les désolants commentaires qui se réjouissent de la mort d’un homme parce qu’un toro a su enfin comprendre la Corrida de Francis Cabrel et qu’il convient de danser ensemble sur la dépouille tiède de Fandiño. C’est ainsi et il ne servirait à rien que d’expliquer que certains hommes et femmes trouvent dans toutes les tauromachies des plaisirs immenses qui n’ont rien de la barbarie mais qui au contraire ont tout de la poésie. A rien !!! La mort d’un homme ne mérite que la réflexion d’avoir participé de près ou de loin, parce que son art nous parle tant et que l’on aime aller chercher le souffle des arènes comme celui de la mort, à ce que sur le coup de 19h30 ce samedi 17 juin 2017, un toro lourd de Baltazar Iban au sourire de veuve ne lui coupe définitivement son cordon ombilical.

L’âme d’Ivan Fandiño se consolidait au fil des corridas dures auxquelles il participait depuis son alternative en 2005 (son diplôme de matador) le long de 3 grands axes professionnels.

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