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Deputatus erectus

Ecrit par Lilou le 16 décembre 2017. dans France, La une, Politique, Actualité, Histoire

Deputatus erectus

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Le Tout bon des Reflets : Salaisons d’hiver, bonne heure de Noël

Ecrit par Lilou le 09 décembre 2017. dans Ecrits, La une, Gastronomie

Le Tout bon des Reflets : Salaisons d’hiver, bonne heure de Noël

Et c’est ainsi…

Début décembre est presque la date ultime pour envisager les bonnes choses étayant les raisons de fêter en avance le plaisir de voguer les cheveux dans le sillage du père Noël. Soyons clairs sur les principes ! En cuisine comme en Gascogne, Noël commence au début de décembre quand la pensée se repose enfin sur le nombre de convives, le choix des bouteilles et l’heure du premier Floc que l’on préfèrera toujours selon ses goûts et sa liberté de toucher à tout. Et rien que pour ça, autant ouvrir dès à présent une intention de mêler aux préparatifs une première mise en bouche, rouge pour ma part et épanouie en bas-Armagnac où rien d’autre que le bonheur n’y a jamais poussé. Les vignes s’élevant dans une solitude pleine d’autant de ferveur, ça se fête !

Faut être sérieux dans sa pensée. Noël s’étale sur plusieurs jours et selon des montées et descentes faisant ressembler ces jours d’agapes à une sérieuse étape de montagne (pyrénéenne) du tour de France. Mais plutôt que d’en dire trop, concentrons nos préparatifs sur les 48 heures entourant le passage du type en rouge. Si je compte bien, ça nous fait 3 apéros majeurs, 3 entrées de première catégorie, 3 sessions d’ouverture d’huîtres et 3 escalades par la face nord de viandes et de poissons élevés en pleine nature et au grain dans l’unique intention d’agrandir les sourires de ceux qui se retrouvent plus que jamais réunis.

Pour les huîtres, ce sera simple et on peut donc ne pas y penser de suite. Elles sont toutes bonnes, même celles qui donnent du mal à l’ouverture. Un conseil malgré tout pour ce délicat passage : quand vous ouvrez votre douzaine, pensez qu’elles n’aiment pas les vins du sud. Concluez ce triste constat en vous préparant tout à côté une solide rasade de Riesling voire bien davantage si la bourriche se conjugue au pluriel. Cela aura le double mérite de rentrer plus tôt dans la danse et aussi de désinhiber le huitricide invité de passage et qui éprouve autant de mal à gouter de l’animal que le viandard en éprouve à arracher la salade à son milieu naturel. Mais bon, lesdites huîtres étant encore en bordée du côté de la Normandie, de Marennes ou de Bouzigues, ne vous concentrez pour les 3 semaines qui arrivent que sur cette rumeur alsacienne au tanin aussi fruité que surprenant (quelle merveille que de sentir toute l’Alsace rentrer en son palais aurait psalmodié Louis XIV sirotant une coupe et signant négligemment le traité de Nimègue en 1679). Pour ce faire, goûtez et goutez encore ! D’ici 3 semaines, il en restera toujours quelque chose si ce n’est pas une certitude gasconne en forme de vérité historique !

Rugby français, de chair et de toc

Ecrit par Lilou le 25 novembre 2017. dans La une, Actualité, Sports

Rugby français, de chair et de toc

Au rugby comme dans la vie, il y a deux manières d’apprivoiser la défaite. Soit en la considérant de l’œil circonspect du colonel de tranchée y puisant des raisons d’y construire sa prochaine offensive stérile avec le peu d’hommes valides qui lui reste, soit en l’observant aux côtés de Descartes qui considérait déjà, sans l’écrire, que « ce qui nourrit la défaite contre les All Blacks est ce qui a construit leur victoire ».

Les Blacks jouent au rugby comme ils pensent. Les Bocks jouent au rugby comme ils survivent tout entourés qu’ils sont de triste mémoire, de beautés merveilleuses et de puits sans fond. Les Bleus, eux, se contentent de penser un rugby qu’ils essaient de jouer avec toutes les balourdises d’un candidat au permis de conduire qui a consciencieusement mangé son code Rousseau mais qui s’avère incapable de lever le museau du bout de sa calandre. Si nous pensons comme nous sommes, nous pouvons résumer la situation en nous disant que nous avons été concassés sur ces derniers matchs par des peuples archi dominés chez eux soit par des millions de moutons soit par des millions de gazelles. C’est à peu près ce qu’a dû se dire le même Descartes hésitant au soir de sa vie entre l’écriture de son discours sur la méthode avec son autre œuvre restée discrète et qui sombra dans l’oubli : De l’amour entre les hommes de rugby au pays du long nuage blanc.

On pourra tout dire sur ces matchs, énièmes branlées contre des hommes du bout du monde pourtant dépassés en nombre sur leurs terres par des pelotes Phildar et des gigots mais que l’on s’évertue à chaque fois à respecter comme des ancêtres s’étant échappés de l’enfer d’une mauvaise maison de retraite ! On pourra même dire avec l’air satisfait de la victoire en perdant que les Français ont gagné quelques bribes de match et que l’honneur est sauf. Rien que ça, mais bon, depuis que l’on a inventé en France le concept profond de « la brave défaite », on se sent moins ridicule en choisissant toujours de devenir écrivain plutôt que sportif ! Autant gorgé de défaites depuis bientôt dix ans qu’il pleut des larmes sur les commémorations de novembre, le rugby français continue de poursuivre consciencieusement sa traversée de l’hiver le plus sombre qu’il ait connu depuis Azincourt. Oui, dans ces matchs, les Français ont créé quelques occasions de s’enivrer de bières (sans alcool malgré tout, faudrait pas exagérer), oui quelques nouvelles bleusailles aux dents blanches et aux gestes précis permettent de mieux repenser l’avenir d’un french flair qui est un peu moins mort qu’il y a un mois. Oui, mais bon, au bout du tunnel, le noir est toujours de rigueur et le tableau d’affichage continue d’afficher ses 38/40 pions de moyenne contre les Black, gouttes au nez non comprises, et presque pareil contre les Boers quand novembre annonce le retour de ces Golgoths sur nos terres.

En Sologne coule la Sauldre et débordent les copains d’abord

Ecrit par Lilou le 21 octobre 2017. dans La une, Ecrits

En Sologne coule la Sauldre et débordent les copains d’abord

Le voyageur au long cours est comme le Petit Chose caché derrière les larmes discrètes de son exil. Ses pensées l’amènent souvent vers les étreintes de ses amis le voyant franchir bravement la passerelle ne sachant jamais quand il leur rejouera la partition du revoir. Son cœur quant à lui, musarde la plupart du temps le long de ces forêts peuplées de singes en hiver qu’il recherche avec toute la tension d’un démineur de Khe Sanh ou d’un guetteur d’Iceberg. Mais le voyageur au long cours est aussi un canard sauvage que personne ne se hasarde à apprivoiser dans une cage moins large que l’horizon. Tellement loin mais infiniment près, le voyageur sait toujours revenir sur les traces douillettes de ses premières envolées d’où il se délectait en solitaire de pouvoir par tous les temps distinguer de grands trois-mâts plus hauts que ses montagnes imaginaires. Le voyageur est comme ça, attaché au monde comme l’enfant sans mère l’est aux bruissements qui l’entourent. Il est toujours très loin perché, mais il aime plus que tout rentrer sur une terre qui lui semble être la sienne car c’est de là qu’il peut le mieux porter le regard apaisé d’un homme libre sur les paysages de son enfance.

A l’échelle de la France, et c’est déjà une magie que de faire œuvre de géographie pour décrire la vie qui coule, la Sologne est le bosquet vert en plein centre coincé par le Berry au Sud, la Beauce au nord, et bornée des villes médiévales de foire aux privilèges royaux que sont Orléans et Tours. A l’échelle de la Loire qui marque une franche séparation avec les terres du nord, la Sologne est marquée du sceau de sa citadelle imprenable, Blois, connue du reste du monde parce que son château fut le théâtre du meurtre très vintage du duc de Guise en 1588. Mais bon, évoquant Blois, ce reste du monde oublie toujours de citer les escaliers Denis Papin pour lesquels il en fallait de la sueur d’enfant pour les grimper triomphant. Et bien pire encore, il en oublie à chaque fois d’évoquer cette humeur joyeuse de chocolat se répandant comme un vrai bonheur sur tous ses alentours quand les usines Poulain tournaient à plein régime et surtout que les vents étaient d’Ouest et que la menace de la pluie nous demandait de rentrer à la maison. Blois, c’est Chambord, la Sologne c’est Blois, et la Loire ce sont ses châteaux qui ont donné à la Renaissance ses plus merveilleux soupirs en forme de rêves d’architectes italiens. Blois en est un joyau, mais que dire de Cheverny ou de La Ferté-Saint-Aubin qui essaiment sur la Sologne la musique de Lully comme la Canopée gazouille sur l’Amazonie ?

Oui, forcément.

Pourtant un peu plus loin que cette Sologne-là éclairée pour l’éternité des paillettes de la renommée, se cachent d’autres forêts aux arbres aussi grands et majestueux qu’à nuls autres pareils. S’y dissimulent en effet, dans la discrétion la plus digne, d’autres demeures du temps de François I° rentrant des guerres d’Italie ou d’un Louis XIV encore dans les culotes courtes de son si long règne. Ainsi, marchant de borderies en borderies, le voyageur de retour en sa Sologne s’y gorge à tous ses pas de l’enchantement de ces autres bâtisses faites de pierres blanches et de briques rouges, de ciel pourtant chargé mais toujours souriant et de lumières conjuguant le tendre regard à la joie de vivre. Poursuivant ses pas vers le soleil levant, le voyageur finira par croiser la Sauldre agissant pour la Sologne comme la Loire pour la France. Ni colonne vertébrale, ni véritablement son cœur, cette rivière douce à l’écoulement très poli en est pourtant une forme épousant celle de la Loire comme si dans son très jeune âge, ce confluent du Cher avait choisi de rester humble dans le seul dessein de ressembler aux paysans solognots aussi rustres que fidèles et qui un jour la peupleraient. Malgré la modernité qui déchire son silence de ses routes où tout passe trop vite, la Sologne est un immense hommage à la nature bataillant pour rester intacte et protéger ses colonies de grèbes à cou noir, d’écureuils roux ou de marouettes ponctuées venus là nicher pour l’été.

U2, ça fait Dublin par où ça passe…

Ecrit par Lilou le 15 juillet 2017. dans La une, Souvenirs, Voyages, Musique

U2, ça fait Dublin par où ça passe…

dedicated to Eric, Alain and Jeff

 

Le romantisme de se promener de nos jours à Dublin conduit à parcourir au pas du bonheur des rues autrefois grises et révolutionnaires s’étant aujourd’hui parées de la marche en avant d’une Irlande définitivement émancipée de son curieux Briton de grand frère. Dublin dressée face à Londres, c’est la brute qui a fini par dévorer son dompteur, c’est l’agneau qui a fait fuir le loup, c’est la patate de 1845 qui germe des sourires enfin revenus sur le million de cadavres abandonnés de la grande famine. Dublin partagée en deux par la Liffey jetant à la mer ses tonneaux d’eau douce vers la toute proche Liverpool, c’est tous les rouquins tachetés aux yeux clairs et les millions de moutons peuplant ses vertes collines merveilleuses et magiques qui d’un seul homme offrent à Molly Malone les reliefs bouleversants d’une terre de géants et de houblons toujours en fête. Dublin, c’est la ville port regardant sans cesse son autre moitié engloutie par la mer d’Irlande mais toujours peuplée par des millions de migrants tremblotant d’effroi à l’idée de traverser l’Atlantique à la recherche d’un monde meilleur et surtout plus juste. « In Dublin’s fair city, where the girls are so pretty, I first set my eyes on sweet Molly Malone, As she wheeled her wheel-barrow, Through streets broad and narrow, Crying, “Cockles and mussels, alive alive” ».

Sur Dublin la verte brûlent toujours les incandescences musicales portées par les tin whistles qui nous rappellent en permanence qu’écouter battre ainsi le cœur de l’Irlande profonde, c’est s’adresser directement à l’âme des hommes avec toute la gaucherie d’un enfant pauvre devant le proviseur d’un lycée prestigieux. A la sortie de son port, quand les hommes normaux prennent la mer, les Irlandais accompagnés par tous les Romantiques du monde rejoignent quant à eux cette fameuse terre ferme de la moitié soi-disant engloutie mais pourtant soutenue par les piliers d’une littérature bordant les songes de tous les amoureux de l’univers. William Butler Yeats nous le dit :

Si je pouvais t’offrir le bleu secret du ciel, brodé de lumière d’or et de reflets d’argent, le mystérieux secret, le secret éternel, de la vie et du jour, de la nuit et du temps, avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds. Mais moi qui suis pauvre et n’ai que mes rêves, sous tes pas je les ai déroulés.

Marche doucement car tu marches sur mes rêves.

James Joyce nous le confirme :

L’air frais de la chambre le fit tressaillir. Il se glissa sous les couvertures et s’allongea à côté de sa femme. Un par un, tous devenaient des ombres. Plutôt passer hardiment dans cet autre monde, dans la gloire sans tache de quelque passion, que flétrir et dépérir misérablement avec l’âge. Il pensa à la façon dont la femme couchée près de lui avait gardé enfermée dans son cœur pendant tant d’années l’image des yeux de son amant lui disant qu’il ne souhaitait pas vivre. Des larmes généreuses emplirent les yeux de Gabriel.

Dublin, même traversée par de si lointains souvenirs, reste accrochée à la constance d’un « reviens-y sans attendre » et recommence indéfiniment tes pas sur Grafton street en n’oubliant pas de tourner vers Windmill Lane où tu en sauras plus de tes goûts et de tes couleurs qu’en parlant pendant des siècles avec des savants du monde entier. Dublin ? Il en faudrait des pages et des pages pour produire des litres et ratures dont la vocation première serait d’ébaucher le commencement du début. Dublin est une magie, une éternité qui se joue perpétuellement des recommencements comme des renonciations, Dublin est l’espoir toujours vert en bandoulière, Dublin est la ville ne vivant jour et nuit que pour offrir des rêves en forme de trèfles toujours à quatre feuilles à condition de garder grands ouverts ses yeux aussi ronds qu’un calligramme d’Apollinaire. Dublin c’est la porte de l’Irlande.

Mais Dublin c’est aussi et enfin la porte d’entrée de ma génération. Dublin c’est toi, Dublin c’est moi, Dublin c’est nous…

Et tout au bout, Dublin est U2.

Ivan Fandiño, mort dans l’après midi…

Ecrit par Lilou le 24 juin 2017. dans La une, Actualité, Société

Ivan Fandiño, mort dans l’après midi…

Samedi 17 juin 2017, peu après 20h, Ivan Fandiño est mort dans l’ambulance du Samu quelque part sur la longue ligne droite accrochant pour toujours Aire-sur-l’Adour et Mont-de-Marsan. Son cœur plein de générosité et de supplément d’âme a lâché prise quelques poignées de minutes après avoir été salement blessé par un toro de Baltazar Iban prénommé Provechito. Né au cœur de prairies interminables nichées à l’ombre del valle de los caidos, il y a 4 ans, ce toro noir comme la mort a laissé le corps gracieux d’Ivan Fandiño ouvert comme un livre en plein milieu de la semana grande. Né à Orduña dans le pays basque espagnol il y a 37 ans, Ivan Fandiño était ce que l’on peut appeler un torero singulier vivant aussi souvent que possible comme un bienheureux sa passion pour cet art arrivé presque intact du fond des âges et dépêchant à chaque fois ses cohortes d’espoirs enlevant à la mort ce que la joie conjugue à de vrais moments de magie.

Finalement, Provechito et Fandiño étaient nés pour se rencontrer au bout de leurs vies incomplètes par une aussi brûlante que triste après-midi de Juin 2017. Nés pour ne plus jamais avoir à se quitter… Oui mais aussi et surtout parce que le dit le sempiternel pour le meilleur et pour le pire. Oui, sauf que venu du fin fond de cet art si baroque, le pire fut servi bille en tête et en guise d’apéritif.

A Aire-sur-l’Adour, tout près de Nogaro qu’en ces lignes il n’est plus utile de présenter, l’apéritif est un art de vivre. Il y est davantage qu’ailleurs une certitude de se savoir arrivé quelque part. Les arènes, dressées le long du fleuve, servent l’été à faire danser les 6000 et quelques Aturines et Aturins, afin que toute cette tribu rassemblée magnifie le bout du printemps. C’est comme ça depuis la nuit des temps et ce le sera encore dans 40 générations. On y vide des barriques entières de Floc de Gascogne et d’Armagnac, on y parle de la rudesse du métier d’agriculteur qui chaque année va de mal en pis, on s’y dispute sur les résultats parfois chaotiques des équipes de rugby (toutes, féminines compris), on s’y déprime de l’abatage massif des canards qui a conduit au bord du gouffre des dizaines de cousins gersois dans un silence médiatique de cathédrale. Mais au-delà de ces incontournables qui ont tout de la discussion de préchauffage chaque Juin de chaque année, Aire-sur-l’Adour retrouve ensuite le sourire qu’il communique à toutes ses borderies avec la générosité du mélange gasco/landais en plus. Cette année, maudite parce que ses arènes sont passées de pittoresques à plaza de mala muerte, ce sourire qui dit tant de choses aura la forme du deuil d’un homme que rien ne prédisposait à venir mourir ici empalé par un toro noir armé de cornes aussi larges qu’un tombeau et animé par l’envie de se battre comme un héros déjà mort. C’est ainsi et dans cet art qui touche aux frontières de la raison, il n’y a pas de quoi fouetter un chat me dites-vous déjà. Ce en quoi vous pourriez en bout de course avoir raison.

Ivan Fandiño était un torero laborieux dans le sens plus qu’enviable de travailleur acharné, qui aimait plus que tout son épouse, ses parents, ses amis ainsi que le combat à mort avec des toros durs que pas grand monde ne voulait. Lui, dans ces cornes du diable, ne voyait que le moyen d’accéder plus directement à l’état de grâce que procure celui de matador de toros devant Dieu et les Hommes. C’est ainsi et il ne servira à rien que de nourrir en y répondant les désolants commentaires qui se réjouissent de la mort d’un homme parce qu’un toro a su enfin comprendre la Corrida de Francis Cabrel et qu’il convient de danser ensemble sur la dépouille tiède de Fandiño. C’est ainsi et il ne servirait à rien que d’expliquer que certains hommes et femmes trouvent dans toutes les tauromachies des plaisirs immenses qui n’ont rien de la barbarie mais qui au contraire ont tout de la poésie. A rien !!! La mort d’un homme ne mérite que la réflexion d’avoir participé de près ou de loin, parce que son art nous parle tant et que l’on aime aller chercher le souffle des arènes comme celui de la mort, à ce que sur le coup de 19h30 ce samedi 17 juin 2017, un toro lourd de Baltazar Iban au sourire de veuve ne lui coupe définitivement son cordon ombilical.

L’âme d’Ivan Fandiño se consolidait au fil des corridas dures auxquelles il participait depuis son alternative en 2005 (son diplôme de matador) le long de 3 grands axes professionnels.

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Ecrit par Lilou le 17 juin 2017. dans France, La une, Politique, Actualité, Histoire

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Manu, tu déconnes

Ecrit par Lilou le 13 mai 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Manu, tu déconnes

Pas compris mon cher Manu ce que tu mijotes avec ton pas de deux visant avant tout à prendre la tangente parce que le combat à mener te semble aujourd’hui devenu hors de portée. Tu serais vexé, rancunier façon revanchard, que ça m’étonnerait pas. C’est quoi cette idée de déserter la place quand ça va devenir intéressant ?

Tu sais que je me suis fait couper en deux et parfois en quatre pour te défendre quand pieds et poings liés dans la genèse d’une sociale démocratie à moderniser, d’autres égos te contestaient le droit de le faire ? Tu sais aussi que j’ai juré par avance (en disant « croix de bois croix de fer » en plus) que jamais tu n’abandonnerais ce combat-là. Je m’imaginais qu’un jour tu marcherais sur Solferino assis sur ton cheval blanc et que dans les intervalles je serais devenu ton chambellan et que je me serais occupé de tes photocopies, de 3 lignes et demi de discours et aussi de porter tes flingues de concours.

Bref, mon Manu le Catalan, parce que j’aimais l’idée à ce qu’on ferraille ensemble dans la mitraille d’une certaine idée de la gauche à reconstruire et que là tu te barres avant le chant du coq, je n’irai donc pas par 4 chemins. En partant du PS et refusant ainsi le combat âpre qu’aurait été un congrès de la refondation (avec baffes en guise de viennoiseries et mêlées relevées dès les premières prises de parole), tu déçois mon cœur qui imaginait que le vent viendrait de ton histoire d’homme debout pouvant refaire à défaut de Jarnac un coup d’Epinay !

Le vent ne viendra pas. En alimentant savamment ton investiture auprès de La République en Marche, tu fais en sorte de te faire virer du PS. Ils te vireront comme d’autres se libèrent d’une excroissance au milieu du visage et qui sur les photos de famille fait tache. Tu me fais penser à cet époux volage qui laisse traîner un zeste de parfum sur sa veste parce qu’il n’a pas le courage d’affirmer que 2+2 ne font plus 4 et qu’assumant sa lâcheté, il se rêve davantage dans les bras du martyr de la cause matrimoniale que dans celle de la vérité assumée. Ils te vireront, j’espère que tu n’en doutes pas.

Tu sais je suis allé au meeting de Benoît qui m’a dit entre les lignes de voter pour lui parce que l’histoire de la gauche était belle et que j’en étais devenu un obligé, pour ne pas dire un prisonnier. J’ai compris à ce moment-là que je ne voterai pas pour un parti ne regardant de son futur que les racines de ses plus beaux arbres. Il m’a semblé que dans l’esprit que j’avais pu voir de près pendant tes Primaires à Tournefeuille (31170), résidait la force de poursuivre l’aventure de la sociale démocratie solidement scellée et animée par la volonté farouche de l’adapter au monde dans lequel nous filons à la vitesse de la jeunesse flamboyante et culotée qui, elle, sait comment aller d’un point A à un point B sans passer par les autorisations bridant les émancipations. Bref mon Manu, je ne comprends pas où tu veux en venir à donner le sentiment que tu pars frayer avec les truites voisines parce que les saumons ne sont plus à ton goût. Il me semblait que dans ton attitude à venir, tu resterais le Danton jusqu’au-boutiste qui, les défaites et branlées consommées, deviendrait cet homme que célèbre si justement Rudyard Kipling.

Lourdes, l’autre miracle

Ecrit par Lilou le 25 mars 2017. dans La une, Ecrits

Lourdes, l’autre miracle

Quelques pas au hasard de chemins de traverse quadrillant le Sud-Ouest m’ont conduit ces jours derniers à Lourdes plantée depuis la nuit des temps au milieu de la Bigorre sous le regard fraternel du Pic du Midi. On y raconte bien des légendes à Lourdes. La moins épique, probablement, fut celle qui amena de vieux peuples colériques à se soumettre à Crassus, lieutenant de devoir de Jules César. Soumis, conquis, vaincus et concassés, ce fût-là et certainement pour la dernière fois que des Lourdais vivraient sans Lourdes. Des centaines de lunes plus tard, en 1858 exactement, c’est à une autre colère légendaire qu’eurent à faire face trois jeunes filles lourdaises. Pensez-donc ! Parties ramasser du bois mort le long du Gave furibard de ses flots de février, l’une d’elles aperçut sous la grotte de Massabielle un beau visage blanc cintré de bleu lui déclarant sans autre échappatoire qu’elle était « l’immaculée conception ». Ursule, la mère supérieure très tôt informée de la lumineuse rencontre, en avala sa cornette et toutes les perles de son chapelet, fermoir compris raconte-ton encore sous la basilique les jours de grand vent quand le vin de messe coule davantage qu’à l’ordinaire ! Peu importe finalement, 15 apparitions et 160 ans plus tard, la vie de Bernadette Soubirous reste célébrée dans le monde entier, et la sainte femme bercée de la si sainte apparition reste un mythe plus vivant que jamais. La colère ne sert donc pas à grand-chose, quand bien même divine elle serait…

Mais ce n’est pas vers la grotte éclairée que mes pérégrinations me conduisirent. Presque par accident, par confusion de route plutôt, ma voiture s’arrêta au pied du stade de Rugby, l’autre basilique de Lourdes, plus païenne que jamais dans ses habits bleu et rouge et dont on distingue de toutes les bordées aux alentours les poteaux de sa terre promise. Stade Antoine Beguere, c’est écrit dessus ! On y entre avec les pas comptés de celui qui vient voir un ami alité et que d’aucuns, la perfidie en bandoulière, anticipent comme étant parvenu au soir de sa vie. Nul chapelet ou crucifix n’y accueille le pèlerin égaré. Dans ce stade, le bois mort de Bernadette a la forme ovale du ballon de rugby et ses stalles contiennent près de 3000 places assises. On dit même que le 13 mars 1955, le stade avait tellement enflé que 20.000 fidèles lourdais et montois rivalisèrent de cantiques de bienheureux pour se recueillir auprès des 2 équipes en tête du championnat de France de rugby. Il y eut dans ce monument beaucoup de rivalité sportive, sans aucun doute. Il y eut surtout beaucoup de cœur à afficher urbi et orbi, la supériorité d’un terroir sur un autre… Je n’ai aucun doute là-dessus non plus, le vent de Bigorre et des Landes souffle en effet toujours ces curieux messages nous venant du fond des âges. C’était ainsi, et ce le sera toujours dans d’autres milliers de lunes.

Le stade est aussi vide que la grotte de Massabielle la veille de la première apparition. Tout y est pourtant en place, et si l’on tend l’oreille du côté du romantisme le plus assumé et surtout dans les pages d’histoire de ce jeu, on croit pourtant percevoir la ferveur en forme de clameurs vieilles de plus de 60 ans pour s’enthousiasmer des exploits de l’un des plus prestigieux clubs de rugby de France et de Navarre. Je ne jurerai d’ailleurs pas ne pas les avoir entendues, moi qui, cherchant l’air du temps glorieux du FCL, entrepris de traverser le terrain hanté par ses plus fameux exploits. Ma pélerinade commence par les quelques pas qui amènent au seul angle mort du stade, la sortie de ses vestiaires à l’ombre maintenant muette d’une foule si souvent heureuse. On sent dès la sortie de cet escalier bétonné de vieux les maints tumultes qui continuent d’y vivre dans le secret des souvenirs, on le sait, ça ne s’explique pas. C’est là que ça a débuté y aurait même pensé Louis Ferdinand de passage dans le coin avant de se raviser et d’écrire le Voyage au bout de la nuit en commençant autrement avec ça a débuté comme ça. Vingt mètres plus loin – il faut traverser la piste d’athlétisme – on se retrouve sur la ligne de touche, puis sur le rectangle vert qui pour de si nombreuses équipes mesura bien plus que 100 mètres sur 50.

Bien cher François,

Ecrit par Lilou le 04 mars 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Bien cher François,

Bien entendu ton discours de Paris confirmant davantage la permanence de l’hiver des Républicains à défaut du printemps qui tarde à leur pointer le bout de son museau. Si j’ai bien tout compris, la parole sera donnée au peuple, surtout pas à la justice. Au fait, étant du peuple qui ira voter, je me permets de te tutoyer, je n’ai pas l’éducation de la bienséance, ni celle des courbettes d’ailleurs, et puis je sais que ça t’énerve aussi. Alors à moi ça me plaît.

Bon, dans ton discours, tu détruis la justice ! Pour son calendrier, si je comprends bien, c’est jamais le bon moment. C’est vrai qu’avec la somme astronomique des mandats que toi et tes collègues vous vous coltinez dans votre besace à géométrie invariable, vous avez toujours qui traîne soit une élection, soit une primaire, soit un conseil d’administration, soit un dîner de ceci ou de cela, soit un discours à la Castro, soit un comité de pilotage, soit un comité directeur, soit un bridge en famille. Y en a qui disent tous les soirs qu’elles ont mal à la tête, y en a d’autres, comme toi, qui disent tout le temps que c’est pas le moment. C’est certain que dans ce cadre-là aussi, le calendrier de la justice tamponne toujours tes autres calendriers et que même je sais pas comment tu fais pour faire tant de trucs à la fois aussi intelligents. Au fait, la dernière fois que j’ai fêté mon anniversaire, j’ai pris une prune pour excès de vitesse ! La gendarmette, à qui j’ai imploré la clémence eu égard à ce jour si spécial, doit encore en rire… François, c’est jamais le moment quand on se fait prendre les doigts dans le pot de confiture. Tu es né vieux ? Tu n’as jamais été enfant ?

A propos du calendrier de la justice, j’ai pas compris que tu critiques sa vitesse de la lumière, toi qui pour Sarko l’ancien voulais accélérer les procédures et te plaignais sans cesse de son temps démesurément long ! Faudrait savoir !!! C’est jamais le bon timing pour toi, soit c’est trop long, soit c’est trop rapide ! Je crois avoir entendu exploser de rigolade Nicolas sur le coup de 12h30 quand t’en as presque parlé du temps judiciaire. Dirais-tu qu’en ce moment la justice se comporte comme un éjaculateur précoce que ça m’étonnerait pas et qu’à toi ça te plaît pas ! T’as jamais entendu parler de la séparation des pouvoirs qui fait que tu t’émoustilles dans un monde séparé du monde judiciaire ? Bon, je te comprends aussi, toute la famille de Sablé aux prises avec des arpenteurs de bonnes mœurs du travail et de la loi, ça gonfle un peu ta taulière quand même. Et pis t’aurais pu dire plutôt ce que tu en penses vraiment de la justice ! Et que de cette pensée savamment cultivée le long de tes usages, y a plutôt des gens qui ne devraient pas devoir être obligés de passer devant des hermines pas rigolotes parce qu’elle te regardent comme si tu leur devais de l’argent. Des comptes plutôt, et au nom de la loi en plus…

Mais bon, ça fait un peu lourdingue tes explications parce que si c’est tout à fait légal que d’utiliser le flouze de l’assemblée Nationale pour payer tes petites mains pour tous tes milliards de boulots, ça fait quand même cher le bulletin de salaire pour sa Pénélope (même quand on s’appelle pas Ulysse) et ses chérubins. Surtout quand on dit que dans ta France de demain, faudra que tout le monde fasse des efforts… Au fait François, où t’as donc mis le grisbi ? Parce que 1 million d’euros de salaire pour Madame, probablement autant pour toi, mille dieux que ça t’en fait une de cagnotte ! T’es sûr que tu as tout planqué sous ton matelas de Sablé (sur Sarthe hein, pas de Nançay malheureusement…). T’es sûr que t’as pas du cousinage avec Le Cahuzac quand même… ? Nous, quand on vit tout en bas de l’échelle, on se dit que quand on va exploser le loto et qu’on va repartir avec 1 million d’€ en pogne, on va pouvoir vivre toute une vie confortablement installés sur ce matelas. J’arrive pas à imaginer de pouvoir dépenser tout ça en une quinzaine d’années ! Avec ta leçon de pouvoir le faire dans ce temps-là, on voit quand on en a du fric, ça part aussi vite qu’une convocation chez les juges. Autant rester pauvres alors ! Et riches de plein d’autres trucs.

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