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Brun blanc rouge, impair et passe

Ecrit par Lilou le 12 décembre 2015. dans France, La une, Politique, Actualité

Brun blanc rouge, impair et passe

Je n’ai jamais osé être de gauche quand j’étais jeune de peur de devenir de droite en vieillissant. Ainsi pensait élégamment ce magnifique Antoine Blondin prostré dans sa solitude et ses chemins intérieurs. Etre de droite ou de gauche quelle importance aujourd’hui ? Jaurès ou Monnet, Bach ou Schubert, Rousseau et contrat social, Montesquieu et l’esprit des lois, salade et rhubarbe, et pauvre Rutebeuf, que sont mes amis devenus ? Notre paysage politique s’est tout entier fait envelopper dans l’à peu près d’une époque où ça doit buzzer, tweeter, enfiler des mouches sur des plateaux télé dans le prime time de la grand-messe du journal télévisé. Cette politique-là donne l’immense privilège de faire savoir qu’en deux coups de cuillères à pot, les grands problèmes contemporains ainsi que ceux qui n’ont pas encore été décelés seront résolus. On pourrait même trouver des faiblesses ici ou là pour expliquer que Philae (le robot, pas le chien) ne répond plus. Et in fine pour reprendre leur souci de bien faire avec leur sémantique de premier communiant les positionnant bien au-dessus de la mêlée, se demander pourquoi on n’avait pas pensé à tous ces prix Nobel avant ? Avec à chaque fois l’air du petit innocent qui ne s’est pas encore fait prendre les doigts dans le pot de confiture…

Alors et par souci de clarté pour répondre à tous ceux qui prétendent répondre à ma place, je n’irai pas par 4 chemins pour dire pourquoi il m’est aujourd’hui devenu inutile de remplir mon devoir civique pour une République réduite à n’être devenue belle et légendaire que lorsqu’elle pleure ses morts. 1988, belote, rebelote et même dix de der. Premiers bulletins pliés en 4 et première victoire ! Mitterrand réélu… Par la suite, par un seul scrutin raté, même quand je me suis trouvé à l’autre bout du monde les pieds et les poings dans la face noire de la planète. Pas un seul manqué… Y compris lorsqu’il a fallu défendre une certaine idée de la république alors que Jacques II jouait un score soviétique face au borgne endimanché comme s’il avait gagné au loto et tout surpris d’être là. Dimanche dernier, je n’y suis pas allé. Je ne peux même pas plaider contre cette excommunication civique en prétextant un Monopoly en 3 sets ou une gueule de bois géante, le week-end ressemblait à ces délicieuses journées sans enjeu où les alcôves et les soupirs se remplissent de la flemme espérée toute la semaine. Non rien. A moins que ce ne soit l’envie qui m’ait manqué…

Ma gauche avait commencé à mourir en 1993, balayée aux législatives parce qu’emportée par les hommes contre,plus que par des idées de bonne volonté. Bérégovoy s’en était d’ailleurs allé au paradis des honnêtes hommes juste avant que le bal des prétentieux ne commence derrière son corbillard. C’est dans ces années-là que se sont construites les déroutes d’aujourd’hui. Le parti socialiste est devenu une fabrique à slogans, à tweeter qu’on dit même aujourd’hui. C’est dans ces années-là qu’est morte l’idée de progrès social durable dans la machine à penser de la maison mère. Le progrès social ne se tweete pas, il se pense, il s’écrit, il se réfléchit, il s’expérimente. Il s’observe à l’aune du labourage des conditions de vie des ouvriers, des employés, des sans-grade, des professeurs, des avocats, des secrétaires, des sans-emploi, des décrocheurs, des débiles et des mourants. Il se compare avec d’autres façons de penser la justice sociale, il se coordonne avec l’Idée Syndicale dans le sens où le projet d’associer des travailleurs pour le bien commun et dans le dialogue avec l’Entreprise fut légalisée en France par deux fois sous la troisième République, il se projette dans la démocratie le long de valeurs républicaines qui font du débat et de l’honnêteté intellectuelle des principes au moins aussi solides que l’épaisseur des fondations de la Bastille. Il s’émoustille des conseils parfois tempétueux de ceux de la rue, ceux de la France d’en bas comme dirait l’ancien vicomte de Matignon qui n’a toutefois pas dit que des âneries. Quoique ! Mais bon, cette gauche-là, incapable de lier l’utile à l’agréable, la pensée haute avec les tweets si vous préférez, passe son temps les yeux rivés sur la calculette, sur le bon mot et la montée au ciel du journal d’Anne, Claire ou de David (à propos qu’est devenue Chazal ?), sur ses frondes et ses commisérations, presque sur une acceptation de ses diversités non pas de choix politiques (ce serait trop beau) mais de ses mille et une ambitions personnelles. Manuel est arrivé trop tard, il finira certainement avec moi dans la chapelle de la conciergerie. Le repas y sera aussi beau et aussi noble que celui servi dans la nuit du 30 octobre 1793.

O réforme, ô désespoir (partie 2) Comment ?

Ecrit par Lilou le 28 novembre 2015. dans La une, Education

O réforme, ô désespoir (partie 2) Comment ?

Et puis, à la porte de ma classe, ça toque dur… « Comment qu’on fait » crient en chœur les chefs d’établissement et les inspecteurs ? Ben je sais pas… N’est-ce pas à vous d’organiser les emplois du temps et de dire comment vous mettrez EPI et AP à l’intérieur des emplois du temps, en relation avec les moyens annuels que l’on appelle la dotation horaire globalisée ? N’est-ce pas à vous que de nous accompagner avec l’éclairage des accompagnements aux programmes ? N’est-ce pas à vous, coiffé du statut de premier pédagogue de l’établissement que de faire du « conseil pédagogique » l’instance qui permettra la résonance de toutes les énergies que vous devez identifier et qui ne demandent qu’à essaimer ? N’est-ce pas à vous de repérer, les uns et les autres, qui pourrait accompagner (quelle horreur dans ce cadre-là le terme de « former ») la mise en place de la loi avec les relais que sont les corps d’inspection, les pilotes de projets existants, les directeurs d’écoles primaires plus à même avec les professeurs des écoles de généraliser l’intelligence de ce qu’est l’interdisciplinarité ? N’est-ce pas aussi à nous tous la tâche ardue de convaincre les sceptiques par la parole et ce mot qui n’est pas gros : « la pédagogie de projet » qui n’abandonne en rien la discipline parce que justement elle la conforte avec d’autres ? N’est-ce pas à vous que de missionner les coordonnateurs sur la base de cette pédagogie de projet, disciplinaires et interdisciplinaires, et de faire en sorte que le projet d’établissement et le contrat d’objectifs ne soient pas que des rengaines de façades ?

Peut être Watson mais quels sont les moyens accordés ? Les moyens !!! Le mot est lâché. Traîtres comme les obus allemands sur le Bois des Caures en février 1916 ! Le mot est lâché, « les moyens »… Félonie, Allemands de la Guerre ou Anglais de Fachoda, levez-vous !

N’est-il pas temps de calmement nous pencher sur… nous-mêmes, sur l’organisation de notre temps de travail. Sur notre capacité retrouvée à dire et redire encore ce que nous faisons dans notre temps de travail (oui, nous ne sommes pas qu’au golf, au shopping ou à Roland Garros quand nous ne sommes pas devant les élèves…) et comment nous le faisons afin que de pouvoir dégager quelques éclaircissements à minima, et peut être aussi quelques marges de manœuvre ?

Nous travaillons 18 heures (ou 15 heures) en classe face aux élèves. Pour tout un chacun c’est ici que se situent nos leviers d’actions, c’est ça dire que c’est là que se fonde notre temps de travail. Mais bon, il faut corriger un peu. Ce chiffre est donné sans compter les corrections et les préparations de cours. C’est sans compter aussi le travail de concertation qui se fait déjà, les conseils de classe, les réunions avec les parents, les évaluations au socle (à condition que, et en vieux briscard des collèges que je suis et qui peut voir, chacun le fasse ce qui est très très très loin d’être le cas), sans compter aussi les participations aux instances pour certains d’entre nous. Et sans compter enfin le débit normal ou anormal que proposent parfois les réunionites aigües de certains établissements. Tout cela fait (ou doit faire) 1607 heures annuelles, comme tout le monde soumis aux 35 heures. Fait… Doit faire en tout cas. Parce que si un paquet de copies de Troisièmes est équivalent en temps qu’il faut pour peler des cacahuètes à un paquet de Premières ou de Terminales, c’est qu’il y a un problème quelque part. Il existe la même distorsion pour ne pas dire « silence pesant » avec les collègues des écoles primaires qui sont présents face aux élèves 23 heures par semaine (et qui ont eux aussi leur lot de préparations, de corrections, de réunionites aigües et de rencontres avec les parents ou de formation à l’initiation musicale, le pédalo sur les lacs en pente ou la place du futur antérieur dans la grammaire française). La capacité à mesurer le temps de travail des enseignants pose problème ! Stop d’avance avant de prendre un destroyer contestataire sur le museau.

#drinkforyou

Ecrit par Lilou le 21 novembre 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

#drinkforyou

J’imagine parfaitement le bonheur de ces deux-là qui vendredi soir sont allés boire un coup, mater un match de foot, se déjanter les oreilles au Bataclan ou ont préféré flâner menotte droite serrant mimine gauche le long des rues de la liberté guidant le peuple.

Je l’imagine parce que ce bonheur, c’était le mien dans ces mêmes rues parisiennes, à ces mêmes heures du soir et du sourire lumineux jusqu’à mercredi soir dernier, Paris est une fête. U2 dans un Bercy chauffé à blanc, tourisme d’histoire parce qu’il faut bien se remplir la tête de choses intelligentes, se faire mal aux pieds à marcher sans cesse dans les rues de la ville aux milles et une tentations et boire des coups partout pour fêter toujours le bonheur retrouvé et la douceur de l’automne comme de la vie qui file.

Je n’ose imaginer depuis une semaine le silence qui règne dans leurs bureaux ou dans leurs maisons, puisque ces deux-là ne reviendront pas. Bandes de têtes de nœuds, vous avez brisé nos bonheurs. A tous. Mais vous ne briserez jamais nos vies.

Vos vagues meurtrières de janvier voulaient politiser les cibles, enfin voulaient fallacieusement (comprendrez-vous ce mot ?) nous faire croire que ceux là étaient morts parce que structurellement ils étaient un danger pour la paix de vos grottes et de vos esclavagismes médiévaux. Des policiers, des caricaturistes, des Juifs, de « sacrés dangers » en un mot… Ce coup-ci vous avez frappé ceux-là mêmes qui portaient les millions de pancartes cimentant la devise hivernale de tout un peuple derrière Charlie et les immondes carnages de janvier. Le vendredi 13 novembre, la stratégie n’a pas changé, vous les avez aussi tués dans le dos, vous les avez vus désarmés, innocents des minutes qui tournent les yeux dans les yeux, amoureux incertains d’un soir ou buveurs de bibine devant l’éternel et corrupteurs du temps qui passe. Vous avez vu tout ça et vous avez tiré. Vous les avez tués dans le dos à coup de 7,62, de clous et de boulons, et d’une connerie à méchante haleine. A méchante haleine… Dans le dos… Même un nœud au bout d’une tête aurait pensé à cet instant-là. Que vous dire pour vous dire autrement les choses. Que vous montrer ?

La France et les Français sont restés sidérés pendant ces quelques heures terribles de ce vendredi 13. Et puis, parce qu’il faut bien que le quotidien politicard soigne son retour, la litanie des petits meurtres entre amis est revenue. « Faut bien continuer à vivre » nous disent-ils aussi ! Union politique et pas sacrée donc aussi salubre que les égouts de Paris un lundi matin à l’heure du laitier. C’est à qui mieux mieux, c’est à qui fera le buzz le plus vite dans une sorte de concours Lépine des solutions pour lutter contre le terrorisme. Quelle nouvelle ? Le petit chat est mort avait dit en son temps Molière dont la moquerie des cours royales nous manque tant !N’avais-je pas compris que depuis la nuit des temps, le deuil doit par nature imposer le silence et le respect que nous devons par essence humaine à ceux qui sont partis aussi injustement ? Ne suis-je pas en train de comprendre qu’on se fout donc aussi dans mon pays de ce ferment social qui façonne les âmes, mêmes les plus faibles « on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu », nous rapporte Marcel Pagnol. Les uns qui nous disent ce qu’il faut faire mais qui oublient sans cesse que ce sont quelques-unes de leurs décisions ou de leurs dérives qui ont charpenté la maison du diable dont sont sorties les têtes de nœuds de vendredi. Les autres qui se regardent en silence le nombril depuis qu’en Syrie on tue, on pille, on viole et on assassine 250.000 personnes. Et d’autres qui ne bougent pas d’un iota ni d’une virgule leurs discours et leurs prêts à penser fascisant ou communisant ayant déjà traîné derrière eux des dizaines de millions de morts. Quand allez-vous comprendre que vous seriez bien mieux au bord d’une rivière à tâter de l’Ablette, du Calicoba ou à vous demander si traverser par le fond ne vous irait pas mieux ?

O réforme, ô désespoir (partie 1) Pourquoi ? Pour qui ?

Ecrit par Lilou le 14 novembre 2015. dans La une, Education

O réforme, ô désespoir (partie 1) Pourquoi ? Pour qui ?

Cette réforme pose le cadre à la fois du territoire de la classe et aussi des collèges (mais pas que) et qui consacrera les espaces de ce qui doit être enseigné lors de la scolarité obligatoire, comment il doit l’être dans le contour républicain de la massification de notre système éducatif dans lequel aucun élève ne doit être laissé au bord du chemin. Les enquêtes nationales et internationales sont en effet suffisamment douloureuses pour nous montrer que beaucoup de choses doivent être repositionnées afin de nous permettre de réussir dans la mission régalienne d’éduquer la totalité de nos générations à un avenir « choisi » et « solidifié » pour ne pas dire inscrit dans le marbre de la confiance en l’avenir humaniste de tout un chacun. Nous sommes à peu près tous d’accord là-dessus.

Quelques centaines de milliers de professionnels de l’éducation nationale sont concernés dans le premier rang de cette classe et qui ont tous l’ambition du grand et du beau, du merveilleux et presque indicible instant de la « chose » transmise aux élèves, de la beauté intrinsèque du théorème de Pythagore à la dernière discussion enflammée d’un poilu de Sologne évoquant la pacification des esprits sous les bombardements et sachant qu’il va mourir 10 minutes plus tard en passant par les vers déchirants d’un Rimbaud aux abois ou par la profondeur du « la » de contrebasse chez Bach, plus profond que la profondeur. Et j’oublie ici, mais la passion est finalement trop forte pour ne pas le dire, les derniers mots en latin de César agonisant dans les bras de Brutus et le formidable enjeu qui sera de faire réciter à ma fille au CP du Goethe dans le texte… Enseigner est une passion, ce que l’on enseigne est notre moteur. Et je l’avoue, dans ma progression annuelle, j’ai souvent langui d’arriver à telle ou telle leçon parce que je savais que je serais performant plus que de coutume, que le ventre enseignerait tout seul et que je donnerais raison à Jean Jaurès à chaque battement de cœur : on enseigne ce que l’on est.

Dans la classe toujours, il y a aussi des millions d’élèves en phase finale avec la scolarité obligatoire. On est au bout du long processus républicain de service public et qui consiste à outiller la totalité des enfants à l’histoire et géo, aux mathématiques, à la musique, aux sciences de la vie et de la terre, aux langues vivantes, aux parcours d’orientation… Au monde aux connaissances et aux compétences qui nous entourent en quelque résumé maladroit. Urbi et orbi, l’Ecole travaille pour solidifier les bases sociales de ses contours dans l’idée républicaine en ce qu’elle a de plus noble.

Reflets des Arts : Exro Rap, le meilleur contre le pire

Ecrit par Lilou le 31 octobre 2015. dans La une, Musique

Reflets des Arts : Exro Rap, le meilleur contre le pire

Exro Rap. Sept lettres reçues ce weekend sur ma boite à sms plus habituée à la douceur du temps qu’il fait plutôt qu’à la violence du temps qui passe. Exro Rap et son one shot : de la dynamite dans le cœur des uns et une dague dans l’âme des autres. Exro Rap enfin pour dire que le moins que l’on puisse ajouter juste avant d’aller voir sur youtube cette rencontre en forme de hachoir maori, est qu’on ne ressort pas indemne de cette rencontre suspendue au-dessus de certitudes pétries sur le même sol mais pas dans le même monde.

https://www.youtube.com/watch?v=WbC5BDPi-ak&feature=youtu.be

Ce serait compliqué d’expliquer pourquoi ces 2 minutes et des brouettes me touchent au moins autant que tout un stade irlandais psalmodiant comme un seul homme la culture profonde de Fields of Atherny, ou que Moments of Surrender découpant une à une la totalité des tribunes du stade de Wembley un soir d’aout 2010. De la musique, j’en suis resté à ce que j’en entends depuis toujours et à ce qui m’a construit, bercé par la croyance en un monde plus mélancolique que progressiste, en un monde plus juste aussi, davantage mozartien que varésien. Et même dans le style qui remue les foules dans ces stades immenses, il me semble que ce n’est que dans certains territoires des années 80 et 90 que vit l’âme du Pop. Quelques textes malgré tout dans mon pèlerinage de chansons aussi bien construites qu’interprétées et instruisant des images mentales fortes saupoudrées d’émotions éternelles. En un mot, mon univers musical est au moins aussi classique que les chapeaux de la reine d’Angleterre.

Pour moi le Rap est un univers de chausses trappes métalliques et inutiles destiné à beugler quelques vulgarités costumé de sale et habillé d’une pseudo révolte de fainéant. Le rap est tout ça, c’est sûr et je pouffe de comparer Schubert aux débiles en casquettes qui ne savent pas aligner 3 mots correctement. Je n’écoute d’ailleurs pas. Pourquoi le ferais-je, j’ai des principes suffisamment installés pour pouvoir m’asseoir sur l’illusion de mes certitudes. Mais bon, ce truc est arrivé et je dois avouer que tout au bout de ces 2 minutes, je dois maintenant conjuguer ma violence à l’imparfait et affirmer ici que le rap « était » pour moi cet univers de chausses trappes métalliques pour fainéants à 3 mots et casquettés de trucs qui brillent… Car depuis que mon téléphone m’a fait lire ces 7 lettres, depuis que cet exro rap a passé le diplôme de mes oreilles et de mon intérêt suffisant, je dois bien revenir sur certaines certitudes. Le rap est devenu une affaire de famille, un genre de truc où le sang parle avant la lumière et le son. Et le moins que l’on puisse dire est que le prochain repas de Noël pourrait être animé…

Musique d’abord. Je suppose qu’elle se situe davantage dans le style du rap que dans celle de la comptine pour enfant. Même si en écoutant entre les montées et descentes électroniques assez douces pour ce coup-ci, on devine des douleurs enracinées sur l’horizon des mémoires. En tout cas, la musique est moins forte et débilitante que j’imaginais. La base rythmique est assurée par une poignée de notes que je dirais jouées en arpèges sans trop savoir si ce mot existe dans la culture rap. Le tout permet d’accrocher la mélodie plus accélérée qui laisse à la voix assez d’espace pour l’écoute de mots se détachant parfaitement les uns des autres. La mélodie justement est assurée par une voix calée au plus juste, extrêmement touchante pour moi qui l’ai entendue venir au monde, et qui s’imbrique à la virgule près dans une batterie discrète articulant un ensemble que je ne puis autrement qualifier que « d’engageant ».

La gestuelle ensuite. Typiquement dans la culture entraperçue ça et là. Les bras balancent les mains que je souhaiterais davantage saluer que voir imprimer cette martialité que d’aucuns pourraient dire inquiétante. Mais je ne suis pas sûr des ombres. La lumière opaque ne permet pas de les considérer avec précision. Pourtant, c’est avec le soleil qui se lève que débute ce one shot mais la nuit tombe trop rapidement sur cette vie qui se lève et cette chanson qui déroule ses messages. Les mains balaient ensuite dans une parfaite symétrie les doutes qui consistaient à penser que cette chanson n’était que des mots mis les uns derrière les autres. Cette chanson est finalement un cri qui vient de loin et qui sort de sa grisaille par la gestuelle, heureusement, mais aussi par le regard du chanteur, le son et la révolte de l’être qui pudiquement sort de ses mots.

Ses mots, son lyrisme enfin. « Libre d’écrire ce que j’emprisonne », « Je prends tout le mal en patience », « on connaît que la défaite », « parce que cette vie m’a mis des gifles et que personne m’a défendu ». C’est comme pour Mozart ces phrases prises au hasard de ce qui est chanté ici, Exro a composé le silence qui suit l’écoute, le coup de poing si je puis dire.

Je n’avais jamais compris le sens du rap parce que je n’aime pas les casquettes et que forcément j’ai raison. Je ne l’ai toujours pas intégré. Mais ces mots me permettent de l’envisager et de me dire que ça carbure sous ces casquettes et ces regards sombres que propose Exro. La première chose que je me suis permis de dire après avoir repris mon souffle est que du talent dormait sous les cendres et qu’il n’était pas normal que cette explosion de créativité ne soit pas exploitée plus avant. Talent d’écriture certes, mais pas seulement. Talent de mise en scène aussi, talent musical, et le plus important d’entre tous, talent de création. J’ai des dictionnaires entiers de questions à poser à ce groupe avec la première d’entre elles qui agite mon bocal : pourquoi ne pas inverser cette énergie négative et douloureusement désespérante, des moines cisterciens devant une enluminure rarissime en un mot, pour en faire un truc qui permette d’asseoir un monde meilleur, votre fil des jours en un autre mot ?

La vie est compliquée, le vieil homme que je serai un de ces jours vous l’affirme et remplit son rôle de vieux singe vous apprenant à faire des grimaces. Je le sais et j’enfonce là une porte ouverte. Par contre, je sais aussi que si l’on ne regarde jamais autre chose que ce qui n’a pas fonctionné, y compris celle que l’injustice a de façon perverse laissée faire, alors on se construit uniquement dans l’impossibilité de se faciliter le chemin. Et quand on a du talent et l’envie de dire et de faire, c’est votre cas, cela devient un crime que de ne pas prendre en main les minutes qui conduisent à des heures, et les heures qui font des semaines, et les semaines qui façonnent le bonheur d’exister et de lancer des ponts vers l’avenir. C’est enfin un autre crime que de penser le néant avant l’être.

Le temps qui passe…

Ecrit par Lilou le 20 juin 2015. dans Ecrits, La une, Voyages

Le temps qui passe…

Depuis quelque temps déjà, j’avais fait de mes souvenirs une résidence secondaire. Mes élèves ne faisaient que chuchoter des leçons n’inspirant que le bachotage, mes enfants ne parlaient plus qu’à leurs moitiés et ma femme ne me parlait plus du tout. C’est donc dans un très grand silence que je repris la direction du grand large en posant mon sac à dos dans le gigantesque hall F de Roissy. Il est vrai que sans cette lettre pleine de mystères et qui en tout point me ramenait à la pièce centrale du vieux puzzle familial, je n’aurais fait que continuer de vieillir chaque jour un peu plus, mais chaque jour un peu plus loin.

C’est un mardi matin que ça a commencé. Mes deux premières copies par heure avalées sous l’air enjoué de Tout va très bien madame la marquise, 3 enveloppes dans la boite aux lettres accueillirent ma mine renfrognée du temps qu’il fait. Une facture, les impôts et une lettre manuscrite ! Belote, rebelote et… dix de der me traversa l’esprit, mais bon, j’avais du courrier écrit, à la plume ou au stylo, peu importe, j’avais une lettre de quelqu’un qui en avait pris la peine et le temps. Et ce n’était pas si fréquent pour ne pas dire presque unique.

Cette lettre écrite à la main vint briser mon rythme de prof errant. Je me mis à hauteur d’homme pour l’évaluer en commençant par m’habiller de fête pour l’ouvrir et en ponctuant cet enthousiasme par me servir du café qui n’attendait que moi, le chat n’en n’ayant jamais voulu. Je pris mon temps en soupesant l’enveloppe et en m’interrogeant sur le timbre qui n’y était plus. Ce nom était bien le mien, et il fallait que j’accepte l’évidence que quelqu’un quelque part s’arrime à ma dérive. Lentement avec un couteau sorti de sa naphtaline et surtout du lave-vaisselle, je pris du plaisir à déchirer le papier contre le métal et en déplia la courte lettre qui m’arracha comme un regret que l’on ne me pense pas davantage dans la longueur. C’est là que tout a recommencé finalement.

Bonjour

Je m’appelle Sutimin et je vis dans les îles de la Sonde, en Indonésie. J’ai réussi avec Internet à vous retrouver. Ce serait trop long de vous dire comment, ni ce que tout ça veut dire. Ma grand-mère vient de mourir. Elle a laissé un paquet rempli de photos et de cahiers en me demandant de vous retrouver et de vous le donner. Elle m’a dit que ces papiers appartenaient à son père. Elle m’a dit aussi que ce Jean Marie avait vécu ici de 1911 à 1916 et que de vous le dire devrait suffire à vous faire venir.

Je vous attends.

Je crois qu’on est cousins avec plein d’océans entre nous.

Sutimin, Kanawa, Indonésie

Sutimin, Kanawa, Indonésie, Jean Marie fantôme ressurgi des ombres familiales. Je mis du temps à récupérer de ces secondes suspendues au cœur qui bat d’ailleurs. Plein d’océans entre nous. Oui et même que des heures et des heures d’avion ça doit en faire des traversées d’océans. Et puis aussi des années et des années de frustrations que d’avoir vécu par procuration les rires et les chagrins qui font de la famille le sillon chaud de la mémoire. Combien ça en fait tout ça des kilogrammes de regrets et de fossés pleins de larmes ? Le soir même je prenais mon billet d’avion sans en savoir plus. Je n’en avais pas besoin. Ce prénom de Jean Marie m’ouvrait toutes les portes, et c’est dans l’immense bouillonnement de tous mes globules que je pris le train pour Roissy sans même me retourner sur les paysages de mon enfance.

Mon école me fait mal

Ecrit par Lilou le 30 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Mon école me fait mal

Réformes, grèves, tas de fainéants, vivent les vacances, otages d’orgies politiques, pédagologisme contre pédagoducon… Et les élèves dans tout ça ? La réforme du collège unique ! Déjà dans son intitulé, sa consigne même, c’est compliqué ! Comment réformer ce qui est unique sinon en le rendant pluriel ? Et comment s’étonner ensuite que ce faisant, dans ce pays aux plus de 1000 variétés de fromage, ceux qui s’émeuvent de l’absence de réformes poussent ensuite au crime de la réforme qui est là ?

Mais la question principale n’est pas dans ce nécessaire virage que doit prendre ce collège-là, unique et créé par des trente glorieuses en bout de souffle. Tout le monde en est d’accord, ce collège-là a vécu, et, au-delà se réformer, doit se moderniser, sous peine de s’enfoncer dans des abysses que Pisa évoque avec les mots pudiques des statistiques. La question principale est de savoir quel virage doit prendre l’école de France pour lui permettre de donner les moyens à Jules de continuer d’être le Ferry d’une école qui doit rester républicaine, égalitaire, fraternelle et libre (dans le sens révolutionnaire du terme).

Au pouvoir précédemment, les uns répondirent par une vision comptable de la question scolaire en France : trop chère. Donc suppressions massives de postes, quadrature du cercle pour savoir si x professeurs divisés par y élèves faisaient bien les bons comptes qui font les bons cadeaux fiscaux (aux poignées de z qui depuis se sont planqués en Suisse). Ils mirent ensuite un système savant où en réduisant le nombre d’heures à l’école primaire (qui revient à sucrer une demi-journée de savoirs de diverses natures), on parvient à réduire la voilure du nombre d’instituteurs (plus joli que le mot « professeur des écoles »). Et pour enfoncer le clou d’une école à laquelle l’état républicain se doit – parce que c’est son contrat social – de donner les moyens de lui faire assumer ses devoirs régaliens de l’éducation populaire au sens le plus large possible, on supprima aussi la formation des maîtres, trop chère et puis parce que Nico Premier le décréta, « on se forme sur le tas ma pov p’tite dame ». Faut dire qu’en matière de tas, le brave savait de quoi il parlait. Non, non, non, je ne souhaite pas évoquer ici la jolie Carlita, mais les autres tas qui, comme les hirondelles sur le fil, prirent le chemin du retour plutôt que celui du départ. Bref, patatras, l’école était mal partie, nous n’étions plus qu’une variable d’ajustement budgétaire.

François arriva. Tel le pommier sortant ses branches de la forêt de Chambord, lui et ses destriers ouvrirent les cahiers d’une école aux abois comme d’autres auraient tordu les poulailles de la vieille Pythie de Delphes. Constats noirs, comme des taxis londoniens, échecs et décrochages agitèrent la rue de Grenelle en faisant tomber sur l’école une mousseline d’urgences (s’ils nous avaient demandé, on aurait tout dit depuis un moment…). La glace de l’inaction ou plutôt de l’action par le négativisme entrouvert dans l’expérience Nico fut alors brisée. Et il fallait agir ! Et l’action ce coup-ci s’appellerait « nouveau collège 2016 ». Le moins que l’on puisse dire c’est que ce fut franc, massif et porteur de la modernité accommodatrice avec un monde en plein bouleversement.

Le tout bon des Reflets

Ecrit par Lilou le 23 mai 2015. dans La une, Gastronomie

Le tout bon des Reflets

Épaule d’agneau au barbecue et servie avec sa choukchouka (aussi appelée la « salade juive »).

 

Plat typique pied-noir.

Mais la polémique est vaste avec les amis algériens sur l’origine de ce plat…

On va donc rester sur l’appellation familiale qui sent bon les senteurs des repas de l’été arrivé.

Et puis franchement son passeport à ce plat, ça nous en touche une sans bouger l’autre…

D’abord il faut du temps…

Car la choukchouka doit être préparée la veille.

C’est une salade faite avec des légumes grillés au feu de bois.

POÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏ POÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏ et vive les miens !

Pour 6 personnes :

8 poivrons (vert et rouge)

8 tomates

1 boîte de poivrons grillés

1 boîte de tomates grillées

2 oignons (au moins)

2 aubergines

Thon à la catalane et tomate

Câpres, filets d’anchois (plein), olives (plein aussi), sel et poivre.

Faire cuire au feu de bois les légumes, les faire refroidir, couper en lamelles, mélanger, assaisonner (huile d’olive, vinaigre et 3 gousses d’ail écrasées), mélanger et mettre au frais 12 h au moins.

Pour Charlie et les cerfs volants…

Ecrit par Lilou le 10 janvier 2015. dans La une, Actualité

Pour Charlie et les cerfs volants…

Vous avez sali mon beau pays avec vos trous de balles et je vous emmerde. Vous avez tenté d’assassiner ce que je suis et je vous méprise. Je vous dis « vous » parce que vous êtes plusieurs, mais vous ne méritez rien d’autre qu’un hasardeux et hypothétique pronom « impersonnel » dont vous ne comprendrez jamais le sens, même le plus éloigné, puisque décervelés vous êtes et sous-merdes vous resterez même dans les livres que le vent de l’histoire n’emportera jamais.

Finissons là les anathèmes, on n’a jamais fait rentrer autre chose dans des trous de balles que des suppositoires, et si on pouvait tuer des ânes avec des figues molles, ça se saurait. Vous avez fait pleurer ma fille, et à mon tout petit univers à moi ça me suffit pour dire que vous m’êtes insupportables de faire pleurer des petites filles qui ne comprennent pas pourquoi vous n’aimez pas les cerfs volants.

Je ne suis pas certain que vous compreniez bien les enjeux que vous avez tenté d’assassiner hier avec vos armes lourdes et vos idées courtes. Vous ne savez du monde qui vous entoure que ce que votre fermeture d’esprit (ne peut-on d’ailleurs pas plutôt parler de muscle subliminal ?) vous dicte et vous conduit à faire. Vous êtes d’une banalité affligeante et votre vie est à l’image du reste de vos jours : minérale. Comprenez-vous ce que nous nous acharnons (avec discrétion ces dernières années) à défendre chaque jour et que l’on nomme notre liberté ? Je vous rappelle que ceux qui vous ont conduits jusqu’à ces impasses dénient à la moitié des Hommes de cette terre le droit d’être soignés et éduqués, je vous rappelle que votre lecture approximative et honteusement mensongère des textes sacrés vous conduit à cacher cette moitié merveilleuse des Hommes derrière des grilles et des habits qui, s’ils n’étaient pas colorés, ressembleraient à des pions sur un échiquier barbare. Je vous rappelle enfin que perdus dans les méandres (ouille, mot difficile) d’une vie de ratés, vous avez choisi d’exister de la plus cruelle des manières et en ce sens, en imitant des millions de destins perdus depuis la nuit des temps dans les affres (re-ouille, autre mot difficile) des totalitarismes qui creusent leurs sillons sur la misère humaine et sur votre souffle à pénible haleine. Ah ça oui, je vous emmerde de ne pas avoir lu Voltaire, Montesquieu et d’avoir ignoré dans vos déshérences les croyances que procurent les lectures attentives de Monsieur Glouton, Monsieur Tatillon, Madame Beauté ou Madame Tintamarre.

Joyeux Noël aux tranchées

Ecrit par Lilou le 20 décembre 2014. dans La une, Histoire

Joyeux Noël aux tranchées

Autant rentrer dans la plaie tout de suite, et de préférence avec une scie grossière à bois et rouillée. A Noël 1914, on n’y est pas allé avec le dos de la cuillère et les tranchées n’ont pas compté leurs plaies. Demandez le à Antonin Richard, jeune carmausin de 21 ans haché menu par de la mitraille dans l’Aisne le 25 décembre, comme aux centaines d’autres qui sont tombés ce jour-là. Mais curieusement, c’est avec un autre éclairage, beaucoup plus joli, que l’historiographie nous amène visiter ce 1914ème jour de la nativité afin de se souvenir que ce Noël aux tranchées fut un jour glorieux pour l’humanisme. Sapins de Noël, foot, cigares, hoquets anti-guerre, paix, on y a probablement dansé la carmagnole en s’échangeant des adresses pour les vacances. Ad vitam aeternam, ce jour de Noël est devenu un politiquement correct « Joyeux Noël » balayant le « silence on tue » long et sourd comme une nuit froide, glacée et tueuse aux tranchées. La mémoire a pulvérisé l’histoire parce que 100.000 hommes ont vécu une journée extraordinaire pendant que des millions d’autres ne vivaient « que » la guerre et n’avaient pour vin de messe « que » du sang et des larmes.

Ce jour de Noël 1914 fait partie de ces rochers à fleur de mémoire dans l’immense océan des faits pour lesquels le talent d’écriture en caractères gras du récit de l’histoire ou du roman national abonde trop dans le sens anecdotique. Noël 1914, l’histoire est belle. Des centaines de sapins de Noël, un ténor allemand et une musique soulevant tellement d’émoi qu’elle en trancha net les velléités offensives. Ce fait-là est avéré, incontestable, immortel même, et Christian Carion dans son film « Joyeux Noël » en tira l’occasion de faire pleurer les chaumières pour raconter cet événement exceptionnel. Ou plutôt pour nous dire que si la guerre tue, ce n’est pas de la faute de ceux qui pressent sur la détente, mais c’est de celle de ceux qui leur ont mis le fusil dans la main, et la haine dans la tête.

On le sait : la musique adoucit les mœurs. Le 24 décembre 1914, à Neuville Saint Vaast dans le Nord et tout au milieu d’un paysage dévasté par les obus et la haine, et parsemé de bouts de corps déchiquetés et livrés aux morsures de l’hiver et de l’oubli, des hommes abandonnés par leurs officiers supérieurs et par Dieu fraternisèrent dans un franc et sincère élan humaniste. Ce soir là, alors que depuis sa tranchée allemande Walter Kirchhoff envoyait dans le blizzard de la guerre longue un Stille Nacht, heilige Nacht. Alles schlaft, einsam wacht de derrière les fagots, un officier français sortit de la sienne, à une soixantaine de mètres de là, pour l’applaudir à tout rompre ! La légende dit même qu’au mépris de tous les dangers (le ténor allemand) traversa aussitôt le no man’s land et serra la main de son admirateur. Dans la bouillasse de ce no man’s land de boue et de chagrin, cet incroyable geste suffit à convaincre les soldats de poser les fusils et de marquer à leur manière la trêve de la nuit de Jésus retrouvé. La suite est plus confuse et le carnet de chants s’est ensuite perdu dans la mémoire. Avec quoi a-t-il été ensuite capable d’effacer en quelques notes le plus violent des conflits connus jusqu’alors ? Des noms circulent et se bousculent au portillon du doute pour atténuer les douleurs de ce Noël à la campagne tueuse. A-t-il chanté entouré des compagnons suintant le fiel de l’après-midi un des plus grands tubes de Puccini avec « E lucevan le stelle » et qui à lui seul pourrait attendrir les mâchoires de l’enfer ? A-t-il assoupi les craintes d’Helmut – charpentier à Eberswalde (Brandeboug) et soldat de Guillaume II – de voir Maurice – instituteur à Villegailhenc (Aude) et soldat de la République – lui sauter dessus sabre au clair, en entonnant le si délicieux una furtiva lagrima de Donizetti et qui, paraît-il, pourrait faire pousser des bananiers dans le désert ? La mémoire s’est perdue en tout cas, et il ne reste que le cinéma et les litres de ratures pour nous en parler. Ce dont les Historiens sont certains c’est que la veille, personne n’y était allé de main morte, et que le lendemain non plus. Les morts y avaient été ramassés à la pelle ou éparpillés à la grenade. La violence de base est plus tenace que Puccini et Donizetti réunis, c’est dire ! Et la trêve de Noël aux tranchées a duré moins longtemps qu’il ne faut pour recharger toute une batterie de 75 aux ordres du plus aveugle des nationalismes.

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