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Pour un autre 18 juin

Ecrit par Lilou le 18 juin 2016. dans France, La une, Politique, Actualité, Société

Pour un autre 18 juin

Nous ne récoltons dans nos rues que ce que nous avons semé en laissant les loups rentrer dans nos villes, nos idéologies et nos âmes. Le problème idéologique que connaît la gauche est ancien. En 1933 déjà, Léon Blum prévenait la SFIO de ce qu’il adviendrait en cas de fracture au sein de la SFIO par ces mots célèbres « je suis épouvanté » prolongés par un dernier murmure « c’est du fascisme ». On sait ce qu’il se passa ensuite dans ces dogmatiques des gauches devenus après 1936 nationaux et autoritaires (Déat, Doriot, Bergery sortez de vos tombes avec vos uniformes de la Wehrmacht et vos silences d’aout 1939). Manu, tu passeras dans l’histoire comme Blum, ton procès se déroulera comme les loups de 2016 le prévoient. Toi, moi et beaucoup d’autres ripaillerons toute une nuit attendant comme les Girondins que l’aube se lève, à la manière de celle du 30 octobre 1793. Comme en 1793 ou en 1933, ce qui est en question aujourd’hui n’est pas le cœur de la pensée mais plutôt la traduction de leurs quêtes du pouvoir avec tout son cortège habillé des fantasmes virils du parrain en fin de route.

Il ne faut pas se tromper sur ce qui se déroule en ce moment même si le sentiment qui domine est qu’il est trop tard parce que le fruit est méchamment corrompu ! Je n’aurais pas dû voyager dans le monde entier et ainsi pouvoir comparer les systèmes sociaux des autres pays avec le nôtre. Je ne me serais ainsi pas insurgé avec autant de force aujourd’hui contre vos faux semblants et vos mensonges permanents dont vous nous abreuvez sur la grande misère sociale française. La grande misère de mon si beau pays, c’est vous et votre quête permanente du pouvoir, c’est ce personnel politique de plus en plus fascisant et nourrissant les haines et les peurs, c’est votre silence assourdissant quand justement il faudrait faire preuve de la parole fondée sur le respect d’autrui et la justice sociale mesurée non pas à l’aune de son minuscule avenir d’élu politique ou syndical mais à l’échelle d’un monde qui rigole de vos privilèges de riches et qui crève de la vraie faim des misères les plus noires.

La CGT et Sud agitent en ce moment le bocal du grand soir. Comme toutes les officines de l’autre extrême du reste… Toutes les ficelles y passent à commencer par une propagande des plus nauséabondes comme aux meilleures heures d’un Thorez rentrant de Moscou et fonçant vers Boulogne Billancourt donner à ceux qui travaillent un peu du gros rouge qui tache pour leur apprendre à se révolter. Ce qui est en question pour les joyeux drilles aux drapeaux rouges (et noirs) n’est pas l’article 2 de la loi. Surtout pas ! Chacun convient en effet qu’il est préférable de taper à la porte de son entreprise pour agir et négocier, à la manière d’un syndicalisme allemand s’étant enfin débarrassé de sa paternité avec l’inénarrable Marx, plutôt que de taper aux portes dorées (n’est-ce pas Monsieur Lepaon) d’une centrale aux 14 mots de vocabulaire et qui semble ne pas comprendre les urgences humaines et humanistes du 21ème siècle. Non, ce qui est en question ce sont les élections syndicales de l’année prochaine et votre gestion prévisible des dégâts à la fois d’une abstention record (nous, gens de France, on vous emmerde à vouloir nous faire dire que vous êtes notre force de pensée et d’action, regardez vos taux de syndiqués), et d’une tannée historique car à nous, ceux qui travaillent pour de vrai et qui ne passons pas nos journées emmurés dans les cellules syndicales ou avachis sur les feuilles jaunies des pamphlets racistes de l’action française et du Manifeste de 1848, vous nous broutez menu. Vous rappelez-vous que toutes vos expériences de pouvoir se sont terminées dans le sang (toujours celui des autres du reste) ? Vous alimentez des bataillons exsangues chargés d’interdire aux autres de travailler avec des peurs et des haines et en utilisant des réflexes idéologiques que le grand soleil débile de Corée du Nord vous envie. Vous manipulez ces travailleurs qui ne comprennent pas que leur combat n’est pas le vôtre, vilement électoraliste. Vous utilisez les différences entre les uns et les autres pour construire des murs que d’autres nomment aussi des communautarismes. Agissant de la sorte, vous comptez et fixez vos troupes…

Comme du reste, Bruxelles...

Ecrit par Lilou le 26 mars 2016. dans Monde, La une, Ecrits, Politique, Actualité

Comme du reste, Bruxelles...

Frappés comme les Français le 13 novembre dernier à Paris avec ses 130 hectolitres de larmes (comme du reste le 12 janvier à Charlie Hebdo et à l’hyper Cacher et ses 17 morts, je suis Charliiiiiiie, comme du reste le 27 janvier 2015 et ses 9 morts de l’hôtel Corinthia de Tripoli, comme du reste le 30 janvier 2015 au Pakistan et ses 61 morts, comme du reste les 11 et 12 février 2015 à Copenhague et ses deux morts par fusillades, comme du reste le 24 février 2015 et ses 34 morts de la gare routière de Kano, comme du reste le 18 mars 2015 et ses 24 morts du musée du Bardo, comme du reste le 2 avril 2015 et ses 148 étudiants morts debout dans les allées de l’université de Garissa, comme du reste le 22 mai 2015 et ses 21 morts de la mosquée chiite de Koudeih, comme du reste le 17 juin 2015 et ses 37 morts de N’Djamena, comme du reste le 26 juin 2015 et ses 38 morts sur la plage de Port El Kantaoui, comme du reste le 16 juillet 2015 et ses 5 morts de Chattanooga au cœur de la Caroline du Mort, comme du reste le 7 aout 2015 et ses 20 morts de Kaboul, comme du reste le 17 aout 2015 et ses 20 morts de Bangkok, comme du reste le 4 septembre 2015 et ses 30 morts du Cameroun, comme du reste le 20 septembre 2015 et ses 117 morts de Maiduguri, comme du reste le 10 octobre 2015 et ses 102 morts d’Ankara, comme du reste le 31 octobre 2015 et ses 224 russes vaporisés dans leur avion au-dessus du Sinaï, comme du reste le 12 novembre 2015 et ses 43 morts de Beyrouth, comme du reste le 24 novembre 2015 et ses 12 morts de Tunis, comme du reste le 2 décembre 2015 et ses 14 morts de San Bernardino, comme du reste le 8 décembre 2015 et ses 50 morts pour la plupart dans une école de Kandahar, comme du reste le 19 décembre 2015 et ses 4 morts de Mogadiscio…), je me permets de vous envoyer, chers amis belges, tout plein d’amour et de tendresses sans aucune ombre ni nuance.

C’est idiot, je le sais et j’adore à l’avance votre délicieux sens du verbe et de sa mise en bouche qui me le dira, de commencer une gentille lettre dans laquelle je vous glisse aussi toute la compassion d’un quidam de Toulouse (putaingggggg on célèbre chez nous ces jours derniers la 4ème année sans voir le sourire vivant et joyeux des enfants d’Ozar Hatorah et de celui de Imad Ibn Ziaten, j’aime me souvenir de ton nom comme ceux de Jonathan, Yaakov et des autres…), pour vous offrir bien malgré moi quelques augures de réconfort surmontés d’une pincée de « courage, on les aura ». C’est idiot aussi parce qu’au lieu de vous dire simplement les choses, j’ajoute une parenthèse longue comme un dimanche d’hiver 1943 à Ravensbrück. Professeur d’Histoire que je suis, il n’était pas question que j’oublie les autres violences aveugles de ces abrutis opposés au genre humain. Je ne me suis pourtant contenté que de 2 attentats par mois dans le temps long de la souffrance, que de 2 crimes contre l’humanité pour moi dans le temps court des gens heureux. J’aurais trop étiré mes peines sinon et nous aurions trop pleuré et cultivé à notre tour la haine. Et puis je me suis arrêté à 2015. En 2014 il y a eu 32658 morts dans des attentats de part le monde… Reflets du Temps quand tu me tiens…

Je l’ai décrété en fin de matinée à mon travail. Aujourd’hui 22 mars 2015 est instituée par la vox personae une journée mondiale sans blague belge. Ni blague tout court (du reste…) Les images sont malheureusement connues et célèbres depuis des années dans notre monde hyper médiatisé et coutumièrement violenté : des cohortes affolées d’autres quidams que moi parcourent des rues tremblantes pendant que des sirènes de pompiers déchirent Itélé, BFM et CNN alors que les pâtes au fromage vont refroidir sur la table familiale. Pendant ce temps là, des agences de pubs se creusent la tête pour trouver le bon mot espérant percer la gloire médiatique avec le prochain je suis tartempion (cette idée-là était géniale pour Charlie, après on rentre dans le matraquage publicitaire façon TF1 le dimanche soir).

Verdun, où est ta victoire ?

Ecrit par Lilou le 20 février 2016. dans Ecrits, La une, Histoire

Verdun, où est ta victoire ?

Le 21 février 1916, il y a tout juste un siècle, commençait l’affrontement le plus emblématique de la première guerre mondiale : la bataille de Verdun. Qu’avons-nous retenu de ses quelques 300.000 morts et de ses centaines de milliers de brouettes remplies d’amputés de la vie ?

La guerre de ce début de 1916 s’est enlisée depuis plus d’une année. Dans les boues de l’Artois et les craies de Champagne, nulle armée n’a réussi en 1915 à colmater la longue balafre du front qui serpente vilainement les champs de blé et les forêts de la mer du Nord aux frontières de la Suisse.

L’espoir de la Marne des premières semaines est déjà un lointain souvenir à l’image des promesses des plus anciens soldats de l’été 14 de fêter le début des vendanges depuis Berlin. Le compteur des morts français s’affole chaque jour de plus de 800 soldats qui ont tout juste le temps d’étrenner leur nouvelle tenue bleu horizon… Dans la campagne de Lacarre, plus personne ne chante les bonheurs à boire de ce pays basque, y a plus d’hommes mon bon Monsieur, y sont tous partis au front et ceux qui sont revn’us sont devenus branques, Jean Baptiste Lartigau, 37 ans et plus aucune illusion, ne sait pas encore qu’il ne reverra ni Noël et ni les siens. Sur l’autre rive de la Méditerranée, c’est un hiver doux mais pluvieux. Vincent Ambit, ouvrier agricole de Mers El Kebir et 36 ans de soleil dans ses artères stationne à Verdun avec son régiment de tirailleurs algériens. Il a bien écrit à ses parents comme tous les jours, ne t’inquiète pas maman, un jour calme de plus, les Boches n’ont aucun courage. Mais comment peut-on rassurer une mère qui sait parce que seule une maman sent ces choses-là que son fils est plongé dans la géhenne ? Comment peut-on rassurer une mère dont le cœur ne bat plus qu’un coup d’amour sur deux et qui sait combien les combats en Artois avaient été aléatoires parce que là-bas aussi, à cours de munitions, les soldats pour ne pas dire son fils, avaient terminé la sale besogne de la guerre à coups de pioches, de cailloux et probablement aussi de poings décharnés et guidés par l’énergie de la haine et de la survivance.

21 février 1916. Il est 7h15 dans le petit matin gelé des forêts des hauts de Meuse. Un peu plus bas, à une poignée de battements d’ailes de corbeaux, c’est une ville de garnison vieille comme la France qui se réveille en gardant jalousement le passé fondateur de son traité de 843 scellant au passage les premières affaires de familles entre ces peuples des deux côtés du Rhin. Les petits-fils de Charlemagne se disputent les bijoux de la couronne… Et l’avenir appartient à ceux qui luttent, qui futuri sunt moliti. En 843, qu’importe l’avenir, il est si lointain… Le 21 février 1916 à 7h15, 1200 canons allemands rassemblés derrière les crêtes à une petite vingtaine de kilomètres pilonnent pour faire mal tout ce qui bouge. 1200 canons de 77 mm, de 150, de 210, de 305 ou de 420. Cette autre version de l’apocalypse traduit la tactique du Kronprinz allemand qui croit plus que tout dans les valeurs du trommelfeuer, le feu roulant ! On dit qu’au même moment, à Mers El Kébir, Madame Ambit perdit l’équilibre sur ses épluchures de pommes de terre qui étaient pourtant posées sur la table, et qu’au pays basque un vol de palombes, les larmes aux yeux, s’enfuit d’un coup d’ailes tout droit vers l’Espagne… 2 millions d’obus s’écrasent en une longue journée sur une poche de France d’à peine 10 kilomètres de long, un obus de gros calibre toutes les deux secondes, les autres plus petits empêchant de compter le temps suspendu à l’effroi. On a entendu la canonnade jusque dans les Vosges à 150 kilomètres de là. Et le pire reste à venir. A 16h45, 60.000 fantassins allemands, abrutis par cette incroyable fureur et gorgés de mitrailleuses lancent l’assaut sur 6 kilomètres de large. Et ce n’est pas tout… Dans son génie absolu, l’armée allemande teste ce jour-là et à grande échelle le petit nouveau de ses inventions : le flammenwerfer, les lance-flammes qui brûlent tout, souvenirs et corbeaux compris.

Cher Père Noel

Ecrit par Lilou le 19 décembre 2015. dans La une, Ecrits

Cher Père Noel

L’année dernière, je n’ai pas tout compris dans tes cadeaux. Je me demande finalement si je ne nourris pas une fâcheuse tendance à te confondre avec un conclave réunissant tous les bons dieux qui font des miracles. Mais bon je te renouvelle quand même mes remerciements pour toutes les grosses choses que tu m’avais apportées sous le sapin en plastique. La dernière fois que j’ai pris un sapin en vrai de vrai, j’ai failli crever l’œil de la caissière, j’ai recouvert les fauteuils de ma voiture de ses épines avant d’arriver à la maison et j’ai ramené le sapin chez le marchand pour participer à une œuvre humanitaire mais comme je n’avais pas le bon emballage, il m’a gentiment demandé d’en faire un barbecue. Alors maintenant c’est plastique, et barbecue aussi !

J’avais commandé entre autres un ventre plat de jeune homme et un compte en banque bien rempli. C’est bien que tu y aies pensé tout au long de l’année et pas seulement au sortir des congés d’hiver, mais pour 2016, essaie de ne plus confondre les deux ! Aussi, je te renouvelle cette commande-là !

Je me suis bien servi tout au long de l’année de ta cocotte en fonte arrivée sous le sapin. Elle peut servir aussi bien en été qu’en hiver. Je pense y avoir déjà cuit des troupeaux entiers de bêtes à poils et à plumes. Les murs de la cuisine peuvent en témoigner, et si cette année je pouvais compter sur une hotte aspirante de compétition, genre cuisine de Master chef, je pense que je pourrais envisager de moins parfumer la maison d’effluves aux mille et une épices. Ça ne serait pas trop mal et du meilleur effet parce que même quand les pompiers viennent chez moi avec les calendriers, ils déposent sans mots dire sur mon joli porte-manteau leurs armes et bagages en me demandant de les accompagner à leur table. C’est bien et bon pour le moral, mais du coup avec tout ce qu’on a goûté de saveurs diverses et variées, ils ont oublié de me laisser le calendrier en repartant.

Les bouteilles de rouge aussi étaient merveilleuses. Mais je remarque de plus en plus qu’on nous ment quant au contenu. Il était annoncé sur la caisse en bois que chacune faisait 75 cl, je me permets d’en douter et de m’en ouvrir à ton jugement. Je parvenais il y a quelque temps encore à dégonfler ces breuvages de Bourgogne, de Stellenbosch ou de Madiran en deux fois, c’est-à-dire en une petite journée d’agapes. Là, j’ai l’impression en écoutant le bouchon chanter son bonheur de m’attaquer à une partie d’échecs où le mat sera atteint en 3 coups et dans le regret de la défaite consommée avant même que d’avoir réfléchi. C’est en une seule expression le coup du berger pour mes boutanches. Je me permets très modestement de contester cet état des choses. A quoi ça sert que d’éteindre en 3 fois et assez sèchement le soleil de Hidden Valley ou de Corton Charlemagne ? Donc pour cette année, si tu pouvais plutôt penser à faire rectifier le contenu des rouges qui célèbrent l’amour des bonnes choses, quitte à mettre ta barbe dans les machines à remplir les flacons, ce serait bien. Cela étant dit, je pense que pour aller plus vite, tu as beaucoup de boulot en ce moment, tu ferais mieux de changer le format des caisses. Tu sais, il existe ce que l’on nomme des magnums. C’est aussi bien et, paraît-il, ça se dégonfle moins vite.

Brun blanc rouge, impair et passe

Ecrit par Lilou le 12 décembre 2015. dans France, La une, Politique, Actualité

Brun blanc rouge, impair et passe

Je n’ai jamais osé être de gauche quand j’étais jeune de peur de devenir de droite en vieillissant. Ainsi pensait élégamment ce magnifique Antoine Blondin prostré dans sa solitude et ses chemins intérieurs. Etre de droite ou de gauche quelle importance aujourd’hui ? Jaurès ou Monnet, Bach ou Schubert, Rousseau et contrat social, Montesquieu et l’esprit des lois, salade et rhubarbe, et pauvre Rutebeuf, que sont mes amis devenus ? Notre paysage politique s’est tout entier fait envelopper dans l’à peu près d’une époque où ça doit buzzer, tweeter, enfiler des mouches sur des plateaux télé dans le prime time de la grand-messe du journal télévisé. Cette politique-là donne l’immense privilège de faire savoir qu’en deux coups de cuillères à pot, les grands problèmes contemporains ainsi que ceux qui n’ont pas encore été décelés seront résolus. On pourrait même trouver des faiblesses ici ou là pour expliquer que Philae (le robot, pas le chien) ne répond plus. Et in fine pour reprendre leur souci de bien faire avec leur sémantique de premier communiant les positionnant bien au-dessus de la mêlée, se demander pourquoi on n’avait pas pensé à tous ces prix Nobel avant ? Avec à chaque fois l’air du petit innocent qui ne s’est pas encore fait prendre les doigts dans le pot de confiture…

Alors et par souci de clarté pour répondre à tous ceux qui prétendent répondre à ma place, je n’irai pas par 4 chemins pour dire pourquoi il m’est aujourd’hui devenu inutile de remplir mon devoir civique pour une République réduite à n’être devenue belle et légendaire que lorsqu’elle pleure ses morts. 1988, belote, rebelote et même dix de der. Premiers bulletins pliés en 4 et première victoire ! Mitterrand réélu… Par la suite, par un seul scrutin raté, même quand je me suis trouvé à l’autre bout du monde les pieds et les poings dans la face noire de la planète. Pas un seul manqué… Y compris lorsqu’il a fallu défendre une certaine idée de la république alors que Jacques II jouait un score soviétique face au borgne endimanché comme s’il avait gagné au loto et tout surpris d’être là. Dimanche dernier, je n’y suis pas allé. Je ne peux même pas plaider contre cette excommunication civique en prétextant un Monopoly en 3 sets ou une gueule de bois géante, le week-end ressemblait à ces délicieuses journées sans enjeu où les alcôves et les soupirs se remplissent de la flemme espérée toute la semaine. Non rien. A moins que ce ne soit l’envie qui m’ait manqué…

Ma gauche avait commencé à mourir en 1993, balayée aux législatives parce qu’emportée par les hommes contre,plus que par des idées de bonne volonté. Bérégovoy s’en était d’ailleurs allé au paradis des honnêtes hommes juste avant que le bal des prétentieux ne commence derrière son corbillard. C’est dans ces années-là que se sont construites les déroutes d’aujourd’hui. Le parti socialiste est devenu une fabrique à slogans, à tweeter qu’on dit même aujourd’hui. C’est dans ces années-là qu’est morte l’idée de progrès social durable dans la machine à penser de la maison mère. Le progrès social ne se tweete pas, il se pense, il s’écrit, il se réfléchit, il s’expérimente. Il s’observe à l’aune du labourage des conditions de vie des ouvriers, des employés, des sans-grade, des professeurs, des avocats, des secrétaires, des sans-emploi, des décrocheurs, des débiles et des mourants. Il se compare avec d’autres façons de penser la justice sociale, il se coordonne avec l’Idée Syndicale dans le sens où le projet d’associer des travailleurs pour le bien commun et dans le dialogue avec l’Entreprise fut légalisée en France par deux fois sous la troisième République, il se projette dans la démocratie le long de valeurs républicaines qui font du débat et de l’honnêteté intellectuelle des principes au moins aussi solides que l’épaisseur des fondations de la Bastille. Il s’émoustille des conseils parfois tempétueux de ceux de la rue, ceux de la France d’en bas comme dirait l’ancien vicomte de Matignon qui n’a toutefois pas dit que des âneries. Quoique ! Mais bon, cette gauche-là, incapable de lier l’utile à l’agréable, la pensée haute avec les tweets si vous préférez, passe son temps les yeux rivés sur la calculette, sur le bon mot et la montée au ciel du journal d’Anne, Claire ou de David (à propos qu’est devenue Chazal ?), sur ses frondes et ses commisérations, presque sur une acceptation de ses diversités non pas de choix politiques (ce serait trop beau) mais de ses mille et une ambitions personnelles. Manuel est arrivé trop tard, il finira certainement avec moi dans la chapelle de la conciergerie. Le repas y sera aussi beau et aussi noble que celui servi dans la nuit du 30 octobre 1793.

O réforme, ô désespoir (partie 2) Comment ?

Ecrit par Lilou le 28 novembre 2015. dans La une, Education

O réforme, ô désespoir (partie 2) Comment ?

Et puis, à la porte de ma classe, ça toque dur… « Comment qu’on fait » crient en chœur les chefs d’établissement et les inspecteurs ? Ben je sais pas… N’est-ce pas à vous d’organiser les emplois du temps et de dire comment vous mettrez EPI et AP à l’intérieur des emplois du temps, en relation avec les moyens annuels que l’on appelle la dotation horaire globalisée ? N’est-ce pas à vous que de nous accompagner avec l’éclairage des accompagnements aux programmes ? N’est-ce pas à vous, coiffé du statut de premier pédagogue de l’établissement que de faire du « conseil pédagogique » l’instance qui permettra la résonance de toutes les énergies que vous devez identifier et qui ne demandent qu’à essaimer ? N’est-ce pas à vous de repérer, les uns et les autres, qui pourrait accompagner (quelle horreur dans ce cadre-là le terme de « former ») la mise en place de la loi avec les relais que sont les corps d’inspection, les pilotes de projets existants, les directeurs d’écoles primaires plus à même avec les professeurs des écoles de généraliser l’intelligence de ce qu’est l’interdisciplinarité ? N’est-ce pas aussi à nous tous la tâche ardue de convaincre les sceptiques par la parole et ce mot qui n’est pas gros : « la pédagogie de projet » qui n’abandonne en rien la discipline parce que justement elle la conforte avec d’autres ? N’est-ce pas à vous que de missionner les coordonnateurs sur la base de cette pédagogie de projet, disciplinaires et interdisciplinaires, et de faire en sorte que le projet d’établissement et le contrat d’objectifs ne soient pas que des rengaines de façades ?

Peut être Watson mais quels sont les moyens accordés ? Les moyens !!! Le mot est lâché. Traîtres comme les obus allemands sur le Bois des Caures en février 1916 ! Le mot est lâché, « les moyens »… Félonie, Allemands de la Guerre ou Anglais de Fachoda, levez-vous !

N’est-il pas temps de calmement nous pencher sur… nous-mêmes, sur l’organisation de notre temps de travail. Sur notre capacité retrouvée à dire et redire encore ce que nous faisons dans notre temps de travail (oui, nous ne sommes pas qu’au golf, au shopping ou à Roland Garros quand nous ne sommes pas devant les élèves…) et comment nous le faisons afin que de pouvoir dégager quelques éclaircissements à minima, et peut être aussi quelques marges de manœuvre ?

Nous travaillons 18 heures (ou 15 heures) en classe face aux élèves. Pour tout un chacun c’est ici que se situent nos leviers d’actions, c’est ça dire que c’est là que se fonde notre temps de travail. Mais bon, il faut corriger un peu. Ce chiffre est donné sans compter les corrections et les préparations de cours. C’est sans compter aussi le travail de concertation qui se fait déjà, les conseils de classe, les réunions avec les parents, les évaluations au socle (à condition que, et en vieux briscard des collèges que je suis et qui peut voir, chacun le fasse ce qui est très très très loin d’être le cas), sans compter aussi les participations aux instances pour certains d’entre nous. Et sans compter enfin le débit normal ou anormal que proposent parfois les réunionites aigües de certains établissements. Tout cela fait (ou doit faire) 1607 heures annuelles, comme tout le monde soumis aux 35 heures. Fait… Doit faire en tout cas. Parce que si un paquet de copies de Troisièmes est équivalent en temps qu’il faut pour peler des cacahuètes à un paquet de Premières ou de Terminales, c’est qu’il y a un problème quelque part. Il existe la même distorsion pour ne pas dire « silence pesant » avec les collègues des écoles primaires qui sont présents face aux élèves 23 heures par semaine (et qui ont eux aussi leur lot de préparations, de corrections, de réunionites aigües et de rencontres avec les parents ou de formation à l’initiation musicale, le pédalo sur les lacs en pente ou la place du futur antérieur dans la grammaire française). La capacité à mesurer le temps de travail des enseignants pose problème ! Stop d’avance avant de prendre un destroyer contestataire sur le museau.

#drinkforyou

Ecrit par Lilou le 21 novembre 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

#drinkforyou

J’imagine parfaitement le bonheur de ces deux-là qui vendredi soir sont allés boire un coup, mater un match de foot, se déjanter les oreilles au Bataclan ou ont préféré flâner menotte droite serrant mimine gauche le long des rues de la liberté guidant le peuple.

Je l’imagine parce que ce bonheur, c’était le mien dans ces mêmes rues parisiennes, à ces mêmes heures du soir et du sourire lumineux jusqu’à mercredi soir dernier, Paris est une fête. U2 dans un Bercy chauffé à blanc, tourisme d’histoire parce qu’il faut bien se remplir la tête de choses intelligentes, se faire mal aux pieds à marcher sans cesse dans les rues de la ville aux milles et une tentations et boire des coups partout pour fêter toujours le bonheur retrouvé et la douceur de l’automne comme de la vie qui file.

Je n’ose imaginer depuis une semaine le silence qui règne dans leurs bureaux ou dans leurs maisons, puisque ces deux-là ne reviendront pas. Bandes de têtes de nœuds, vous avez brisé nos bonheurs. A tous. Mais vous ne briserez jamais nos vies.

Vos vagues meurtrières de janvier voulaient politiser les cibles, enfin voulaient fallacieusement (comprendrez-vous ce mot ?) nous faire croire que ceux là étaient morts parce que structurellement ils étaient un danger pour la paix de vos grottes et de vos esclavagismes médiévaux. Des policiers, des caricaturistes, des Juifs, de « sacrés dangers » en un mot… Ce coup-ci vous avez frappé ceux-là mêmes qui portaient les millions de pancartes cimentant la devise hivernale de tout un peuple derrière Charlie et les immondes carnages de janvier. Le vendredi 13 novembre, la stratégie n’a pas changé, vous les avez aussi tués dans le dos, vous les avez vus désarmés, innocents des minutes qui tournent les yeux dans les yeux, amoureux incertains d’un soir ou buveurs de bibine devant l’éternel et corrupteurs du temps qui passe. Vous avez vu tout ça et vous avez tiré. Vous les avez tués dans le dos à coup de 7,62, de clous et de boulons, et d’une connerie à méchante haleine. A méchante haleine… Dans le dos… Même un nœud au bout d’une tête aurait pensé à cet instant-là. Que vous dire pour vous dire autrement les choses. Que vous montrer ?

La France et les Français sont restés sidérés pendant ces quelques heures terribles de ce vendredi 13. Et puis, parce qu’il faut bien que le quotidien politicard soigne son retour, la litanie des petits meurtres entre amis est revenue. « Faut bien continuer à vivre » nous disent-ils aussi ! Union politique et pas sacrée donc aussi salubre que les égouts de Paris un lundi matin à l’heure du laitier. C’est à qui mieux mieux, c’est à qui fera le buzz le plus vite dans une sorte de concours Lépine des solutions pour lutter contre le terrorisme. Quelle nouvelle ? Le petit chat est mort avait dit en son temps Molière dont la moquerie des cours royales nous manque tant !N’avais-je pas compris que depuis la nuit des temps, le deuil doit par nature imposer le silence et le respect que nous devons par essence humaine à ceux qui sont partis aussi injustement ? Ne suis-je pas en train de comprendre qu’on se fout donc aussi dans mon pays de ce ferment social qui façonne les âmes, mêmes les plus faibles « on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu », nous rapporte Marcel Pagnol. Les uns qui nous disent ce qu’il faut faire mais qui oublient sans cesse que ce sont quelques-unes de leurs décisions ou de leurs dérives qui ont charpenté la maison du diable dont sont sorties les têtes de nœuds de vendredi. Les autres qui se regardent en silence le nombril depuis qu’en Syrie on tue, on pille, on viole et on assassine 250.000 personnes. Et d’autres qui ne bougent pas d’un iota ni d’une virgule leurs discours et leurs prêts à penser fascisant ou communisant ayant déjà traîné derrière eux des dizaines de millions de morts. Quand allez-vous comprendre que vous seriez bien mieux au bord d’une rivière à tâter de l’Ablette, du Calicoba ou à vous demander si traverser par le fond ne vous irait pas mieux ?

O réforme, ô désespoir (partie 1) Pourquoi ? Pour qui ?

Ecrit par Lilou le 14 novembre 2015. dans La une, Education

O réforme, ô désespoir (partie 1) Pourquoi ? Pour qui ?

Cette réforme pose le cadre à la fois du territoire de la classe et aussi des collèges (mais pas que) et qui consacrera les espaces de ce qui doit être enseigné lors de la scolarité obligatoire, comment il doit l’être dans le contour républicain de la massification de notre système éducatif dans lequel aucun élève ne doit être laissé au bord du chemin. Les enquêtes nationales et internationales sont en effet suffisamment douloureuses pour nous montrer que beaucoup de choses doivent être repositionnées afin de nous permettre de réussir dans la mission régalienne d’éduquer la totalité de nos générations à un avenir « choisi » et « solidifié » pour ne pas dire inscrit dans le marbre de la confiance en l’avenir humaniste de tout un chacun. Nous sommes à peu près tous d’accord là-dessus.

Quelques centaines de milliers de professionnels de l’éducation nationale sont concernés dans le premier rang de cette classe et qui ont tous l’ambition du grand et du beau, du merveilleux et presque indicible instant de la « chose » transmise aux élèves, de la beauté intrinsèque du théorème de Pythagore à la dernière discussion enflammée d’un poilu de Sologne évoquant la pacification des esprits sous les bombardements et sachant qu’il va mourir 10 minutes plus tard en passant par les vers déchirants d’un Rimbaud aux abois ou par la profondeur du « la » de contrebasse chez Bach, plus profond que la profondeur. Et j’oublie ici, mais la passion est finalement trop forte pour ne pas le dire, les derniers mots en latin de César agonisant dans les bras de Brutus et le formidable enjeu qui sera de faire réciter à ma fille au CP du Goethe dans le texte… Enseigner est une passion, ce que l’on enseigne est notre moteur. Et je l’avoue, dans ma progression annuelle, j’ai souvent langui d’arriver à telle ou telle leçon parce que je savais que je serais performant plus que de coutume, que le ventre enseignerait tout seul et que je donnerais raison à Jean Jaurès à chaque battement de cœur : on enseigne ce que l’on est.

Dans la classe toujours, il y a aussi des millions d’élèves en phase finale avec la scolarité obligatoire. On est au bout du long processus républicain de service public et qui consiste à outiller la totalité des enfants à l’histoire et géo, aux mathématiques, à la musique, aux sciences de la vie et de la terre, aux langues vivantes, aux parcours d’orientation… Au monde aux connaissances et aux compétences qui nous entourent en quelque résumé maladroit. Urbi et orbi, l’Ecole travaille pour solidifier les bases sociales de ses contours dans l’idée républicaine en ce qu’elle a de plus noble.

Reflets des Arts : Exro Rap, le meilleur contre le pire

Ecrit par Lilou le 31 octobre 2015. dans La une, Musique

Reflets des Arts : Exro Rap, le meilleur contre le pire

Exro Rap. Sept lettres reçues ce weekend sur ma boite à sms plus habituée à la douceur du temps qu’il fait plutôt qu’à la violence du temps qui passe. Exro Rap et son one shot : de la dynamite dans le cœur des uns et une dague dans l’âme des autres. Exro Rap enfin pour dire que le moins que l’on puisse ajouter juste avant d’aller voir sur youtube cette rencontre en forme de hachoir maori, est qu’on ne ressort pas indemne de cette rencontre suspendue au-dessus de certitudes pétries sur le même sol mais pas dans le même monde.

https://www.youtube.com/watch?v=WbC5BDPi-ak&feature=youtu.be

Ce serait compliqué d’expliquer pourquoi ces 2 minutes et des brouettes me touchent au moins autant que tout un stade irlandais psalmodiant comme un seul homme la culture profonde de Fields of Atherny, ou que Moments of Surrender découpant une à une la totalité des tribunes du stade de Wembley un soir d’aout 2010. De la musique, j’en suis resté à ce que j’en entends depuis toujours et à ce qui m’a construit, bercé par la croyance en un monde plus mélancolique que progressiste, en un monde plus juste aussi, davantage mozartien que varésien. Et même dans le style qui remue les foules dans ces stades immenses, il me semble que ce n’est que dans certains territoires des années 80 et 90 que vit l’âme du Pop. Quelques textes malgré tout dans mon pèlerinage de chansons aussi bien construites qu’interprétées et instruisant des images mentales fortes saupoudrées d’émotions éternelles. En un mot, mon univers musical est au moins aussi classique que les chapeaux de la reine d’Angleterre.

Pour moi le Rap est un univers de chausses trappes métalliques et inutiles destiné à beugler quelques vulgarités costumé de sale et habillé d’une pseudo révolte de fainéant. Le rap est tout ça, c’est sûr et je pouffe de comparer Schubert aux débiles en casquettes qui ne savent pas aligner 3 mots correctement. Je n’écoute d’ailleurs pas. Pourquoi le ferais-je, j’ai des principes suffisamment installés pour pouvoir m’asseoir sur l’illusion de mes certitudes. Mais bon, ce truc est arrivé et je dois avouer que tout au bout de ces 2 minutes, je dois maintenant conjuguer ma violence à l’imparfait et affirmer ici que le rap « était » pour moi cet univers de chausses trappes métalliques pour fainéants à 3 mots et casquettés de trucs qui brillent… Car depuis que mon téléphone m’a fait lire ces 7 lettres, depuis que cet exro rap a passé le diplôme de mes oreilles et de mon intérêt suffisant, je dois bien revenir sur certaines certitudes. Le rap est devenu une affaire de famille, un genre de truc où le sang parle avant la lumière et le son. Et le moins que l’on puisse dire est que le prochain repas de Noël pourrait être animé…

Musique d’abord. Je suppose qu’elle se situe davantage dans le style du rap que dans celle de la comptine pour enfant. Même si en écoutant entre les montées et descentes électroniques assez douces pour ce coup-ci, on devine des douleurs enracinées sur l’horizon des mémoires. En tout cas, la musique est moins forte et débilitante que j’imaginais. La base rythmique est assurée par une poignée de notes que je dirais jouées en arpèges sans trop savoir si ce mot existe dans la culture rap. Le tout permet d’accrocher la mélodie plus accélérée qui laisse à la voix assez d’espace pour l’écoute de mots se détachant parfaitement les uns des autres. La mélodie justement est assurée par une voix calée au plus juste, extrêmement touchante pour moi qui l’ai entendue venir au monde, et qui s’imbrique à la virgule près dans une batterie discrète articulant un ensemble que je ne puis autrement qualifier que « d’engageant ».

La gestuelle ensuite. Typiquement dans la culture entraperçue ça et là. Les bras balancent les mains que je souhaiterais davantage saluer que voir imprimer cette martialité que d’aucuns pourraient dire inquiétante. Mais je ne suis pas sûr des ombres. La lumière opaque ne permet pas de les considérer avec précision. Pourtant, c’est avec le soleil qui se lève que débute ce one shot mais la nuit tombe trop rapidement sur cette vie qui se lève et cette chanson qui déroule ses messages. Les mains balaient ensuite dans une parfaite symétrie les doutes qui consistaient à penser que cette chanson n’était que des mots mis les uns derrière les autres. Cette chanson est finalement un cri qui vient de loin et qui sort de sa grisaille par la gestuelle, heureusement, mais aussi par le regard du chanteur, le son et la révolte de l’être qui pudiquement sort de ses mots.

Ses mots, son lyrisme enfin. « Libre d’écrire ce que j’emprisonne », « Je prends tout le mal en patience », « on connaît que la défaite », « parce que cette vie m’a mis des gifles et que personne m’a défendu ». C’est comme pour Mozart ces phrases prises au hasard de ce qui est chanté ici, Exro a composé le silence qui suit l’écoute, le coup de poing si je puis dire.

Je n’avais jamais compris le sens du rap parce que je n’aime pas les casquettes et que forcément j’ai raison. Je ne l’ai toujours pas intégré. Mais ces mots me permettent de l’envisager et de me dire que ça carbure sous ces casquettes et ces regards sombres que propose Exro. La première chose que je me suis permis de dire après avoir repris mon souffle est que du talent dormait sous les cendres et qu’il n’était pas normal que cette explosion de créativité ne soit pas exploitée plus avant. Talent d’écriture certes, mais pas seulement. Talent de mise en scène aussi, talent musical, et le plus important d’entre tous, talent de création. J’ai des dictionnaires entiers de questions à poser à ce groupe avec la première d’entre elles qui agite mon bocal : pourquoi ne pas inverser cette énergie négative et douloureusement désespérante, des moines cisterciens devant une enluminure rarissime en un mot, pour en faire un truc qui permette d’asseoir un monde meilleur, votre fil des jours en un autre mot ?

La vie est compliquée, le vieil homme que je serai un de ces jours vous l’affirme et remplit son rôle de vieux singe vous apprenant à faire des grimaces. Je le sais et j’enfonce là une porte ouverte. Par contre, je sais aussi que si l’on ne regarde jamais autre chose que ce qui n’a pas fonctionné, y compris celle que l’injustice a de façon perverse laissée faire, alors on se construit uniquement dans l’impossibilité de se faciliter le chemin. Et quand on a du talent et l’envie de dire et de faire, c’est votre cas, cela devient un crime que de ne pas prendre en main les minutes qui conduisent à des heures, et les heures qui font des semaines, et les semaines qui façonnent le bonheur d’exister et de lancer des ponts vers l’avenir. C’est enfin un autre crime que de penser le néant avant l’être.

Le temps qui passe…

Ecrit par Lilou le 20 juin 2015. dans Ecrits, La une, Voyages

Le temps qui passe…

Depuis quelque temps déjà, j’avais fait de mes souvenirs une résidence secondaire. Mes élèves ne faisaient que chuchoter des leçons n’inspirant que le bachotage, mes enfants ne parlaient plus qu’à leurs moitiés et ma femme ne me parlait plus du tout. C’est donc dans un très grand silence que je repris la direction du grand large en posant mon sac à dos dans le gigantesque hall F de Roissy. Il est vrai que sans cette lettre pleine de mystères et qui en tout point me ramenait à la pièce centrale du vieux puzzle familial, je n’aurais fait que continuer de vieillir chaque jour un peu plus, mais chaque jour un peu plus loin.

C’est un mardi matin que ça a commencé. Mes deux premières copies par heure avalées sous l’air enjoué de Tout va très bien madame la marquise, 3 enveloppes dans la boite aux lettres accueillirent ma mine renfrognée du temps qu’il fait. Une facture, les impôts et une lettre manuscrite ! Belote, rebelote et… dix de der me traversa l’esprit, mais bon, j’avais du courrier écrit, à la plume ou au stylo, peu importe, j’avais une lettre de quelqu’un qui en avait pris la peine et le temps. Et ce n’était pas si fréquent pour ne pas dire presque unique.

Cette lettre écrite à la main vint briser mon rythme de prof errant. Je me mis à hauteur d’homme pour l’évaluer en commençant par m’habiller de fête pour l’ouvrir et en ponctuant cet enthousiasme par me servir du café qui n’attendait que moi, le chat n’en n’ayant jamais voulu. Je pris mon temps en soupesant l’enveloppe et en m’interrogeant sur le timbre qui n’y était plus. Ce nom était bien le mien, et il fallait que j’accepte l’évidence que quelqu’un quelque part s’arrime à ma dérive. Lentement avec un couteau sorti de sa naphtaline et surtout du lave-vaisselle, je pris du plaisir à déchirer le papier contre le métal et en déplia la courte lettre qui m’arracha comme un regret que l’on ne me pense pas davantage dans la longueur. C’est là que tout a recommencé finalement.

Bonjour

Je m’appelle Sutimin et je vis dans les îles de la Sonde, en Indonésie. J’ai réussi avec Internet à vous retrouver. Ce serait trop long de vous dire comment, ni ce que tout ça veut dire. Ma grand-mère vient de mourir. Elle a laissé un paquet rempli de photos et de cahiers en me demandant de vous retrouver et de vous le donner. Elle m’a dit que ces papiers appartenaient à son père. Elle m’a dit aussi que ce Jean Marie avait vécu ici de 1911 à 1916 et que de vous le dire devrait suffire à vous faire venir.

Je vous attends.

Je crois qu’on est cousins avec plein d’océans entre nous.

Sutimin, Kanawa, Indonésie

Sutimin, Kanawa, Indonésie, Jean Marie fantôme ressurgi des ombres familiales. Je mis du temps à récupérer de ces secondes suspendues au cœur qui bat d’ailleurs. Plein d’océans entre nous. Oui et même que des heures et des heures d’avion ça doit en faire des traversées d’océans. Et puis aussi des années et des années de frustrations que d’avoir vécu par procuration les rires et les chagrins qui font de la famille le sillon chaud de la mémoire. Combien ça en fait tout ça des kilogrammes de regrets et de fossés pleins de larmes ? Le soir même je prenais mon billet d’avion sans en savoir plus. Je n’en avais pas besoin. Ce prénom de Jean Marie m’ouvrait toutes les portes, et c’est dans l’immense bouillonnement de tous mes globules que je pris le train pour Roissy sans même me retourner sur les paysages de mon enfance.

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