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Mon école me fait mal

Ecrit par Lilou le 30 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Mon école me fait mal

Réformes, grèves, tas de fainéants, vivent les vacances, otages d’orgies politiques, pédagologisme contre pédagoducon… Et les élèves dans tout ça ? La réforme du collège unique ! Déjà dans son intitulé, sa consigne même, c’est compliqué ! Comment réformer ce qui est unique sinon en le rendant pluriel ? Et comment s’étonner ensuite que ce faisant, dans ce pays aux plus de 1000 variétés de fromage, ceux qui s’émeuvent de l’absence de réformes poussent ensuite au crime de la réforme qui est là ?

Mais la question principale n’est pas dans ce nécessaire virage que doit prendre ce collège-là, unique et créé par des trente glorieuses en bout de souffle. Tout le monde en est d’accord, ce collège-là a vécu, et, au-delà se réformer, doit se moderniser, sous peine de s’enfoncer dans des abysses que Pisa évoque avec les mots pudiques des statistiques. La question principale est de savoir quel virage doit prendre l’école de France pour lui permettre de donner les moyens à Jules de continuer d’être le Ferry d’une école qui doit rester républicaine, égalitaire, fraternelle et libre (dans le sens révolutionnaire du terme).

Au pouvoir précédemment, les uns répondirent par une vision comptable de la question scolaire en France : trop chère. Donc suppressions massives de postes, quadrature du cercle pour savoir si x professeurs divisés par y élèves faisaient bien les bons comptes qui font les bons cadeaux fiscaux (aux poignées de z qui depuis se sont planqués en Suisse). Ils mirent ensuite un système savant où en réduisant le nombre d’heures à l’école primaire (qui revient à sucrer une demi-journée de savoirs de diverses natures), on parvient à réduire la voilure du nombre d’instituteurs (plus joli que le mot « professeur des écoles »). Et pour enfoncer le clou d’une école à laquelle l’état républicain se doit – parce que c’est son contrat social – de donner les moyens de lui faire assumer ses devoirs régaliens de l’éducation populaire au sens le plus large possible, on supprima aussi la formation des maîtres, trop chère et puis parce que Nico Premier le décréta, « on se forme sur le tas ma pov p’tite dame ». Faut dire qu’en matière de tas, le brave savait de quoi il parlait. Non, non, non, je ne souhaite pas évoquer ici la jolie Carlita, mais les autres tas qui, comme les hirondelles sur le fil, prirent le chemin du retour plutôt que celui du départ. Bref, patatras, l’école était mal partie, nous n’étions plus qu’une variable d’ajustement budgétaire.

François arriva. Tel le pommier sortant ses branches de la forêt de Chambord, lui et ses destriers ouvrirent les cahiers d’une école aux abois comme d’autres auraient tordu les poulailles de la vieille Pythie de Delphes. Constats noirs, comme des taxis londoniens, échecs et décrochages agitèrent la rue de Grenelle en faisant tomber sur l’école une mousseline d’urgences (s’ils nous avaient demandé, on aurait tout dit depuis un moment…). La glace de l’inaction ou plutôt de l’action par le négativisme entrouvert dans l’expérience Nico fut alors brisée. Et il fallait agir ! Et l’action ce coup-ci s’appellerait « nouveau collège 2016 ». Le moins que l’on puisse dire c’est que ce fut franc, massif et porteur de la modernité accommodatrice avec un monde en plein bouleversement.

Le tout bon des Reflets

Ecrit par Lilou le 23 mai 2015. dans La une, Gastronomie

Le tout bon des Reflets

Épaule d’agneau au barbecue et servie avec sa choukchouka (aussi appelée la « salade juive »).

 

Plat typique pied-noir.

Mais la polémique est vaste avec les amis algériens sur l’origine de ce plat…

On va donc rester sur l’appellation familiale qui sent bon les senteurs des repas de l’été arrivé.

Et puis franchement son passeport à ce plat, ça nous en touche une sans bouger l’autre…

D’abord il faut du temps…

Car la choukchouka doit être préparée la veille.

C’est une salade faite avec des légumes grillés au feu de bois.

POÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏ POÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏ et vive les miens !

Pour 6 personnes :

8 poivrons (vert et rouge)

8 tomates

1 boîte de poivrons grillés

1 boîte de tomates grillées

2 oignons (au moins)

2 aubergines

Thon à la catalane et tomate

Câpres, filets d’anchois (plein), olives (plein aussi), sel et poivre.

Faire cuire au feu de bois les légumes, les faire refroidir, couper en lamelles, mélanger, assaisonner (huile d’olive, vinaigre et 3 gousses d’ail écrasées), mélanger et mettre au frais 12 h au moins.

Pour Charlie et les cerfs volants…

Ecrit par Lilou le 10 janvier 2015. dans La une, Actualité

Pour Charlie et les cerfs volants…

Vous avez sali mon beau pays avec vos trous de balles et je vous emmerde. Vous avez tenté d’assassiner ce que je suis et je vous méprise. Je vous dis « vous » parce que vous êtes plusieurs, mais vous ne méritez rien d’autre qu’un hasardeux et hypothétique pronom « impersonnel » dont vous ne comprendrez jamais le sens, même le plus éloigné, puisque décervelés vous êtes et sous-merdes vous resterez même dans les livres que le vent de l’histoire n’emportera jamais.

Finissons là les anathèmes, on n’a jamais fait rentrer autre chose dans des trous de balles que des suppositoires, et si on pouvait tuer des ânes avec des figues molles, ça se saurait. Vous avez fait pleurer ma fille, et à mon tout petit univers à moi ça me suffit pour dire que vous m’êtes insupportables de faire pleurer des petites filles qui ne comprennent pas pourquoi vous n’aimez pas les cerfs volants.

Je ne suis pas certain que vous compreniez bien les enjeux que vous avez tenté d’assassiner hier avec vos armes lourdes et vos idées courtes. Vous ne savez du monde qui vous entoure que ce que votre fermeture d’esprit (ne peut-on d’ailleurs pas plutôt parler de muscle subliminal ?) vous dicte et vous conduit à faire. Vous êtes d’une banalité affligeante et votre vie est à l’image du reste de vos jours : minérale. Comprenez-vous ce que nous nous acharnons (avec discrétion ces dernières années) à défendre chaque jour et que l’on nomme notre liberté ? Je vous rappelle que ceux qui vous ont conduits jusqu’à ces impasses dénient à la moitié des Hommes de cette terre le droit d’être soignés et éduqués, je vous rappelle que votre lecture approximative et honteusement mensongère des textes sacrés vous conduit à cacher cette moitié merveilleuse des Hommes derrière des grilles et des habits qui, s’ils n’étaient pas colorés, ressembleraient à des pions sur un échiquier barbare. Je vous rappelle enfin que perdus dans les méandres (ouille, mot difficile) d’une vie de ratés, vous avez choisi d’exister de la plus cruelle des manières et en ce sens, en imitant des millions de destins perdus depuis la nuit des temps dans les affres (re-ouille, autre mot difficile) des totalitarismes qui creusent leurs sillons sur la misère humaine et sur votre souffle à pénible haleine. Ah ça oui, je vous emmerde de ne pas avoir lu Voltaire, Montesquieu et d’avoir ignoré dans vos déshérences les croyances que procurent les lectures attentives de Monsieur Glouton, Monsieur Tatillon, Madame Beauté ou Madame Tintamarre.

Joyeux Noël aux tranchées

Ecrit par Lilou le 20 décembre 2014. dans La une, Histoire

Joyeux Noël aux tranchées

Autant rentrer dans la plaie tout de suite, et de préférence avec une scie grossière à bois et rouillée. A Noël 1914, on n’y est pas allé avec le dos de la cuillère et les tranchées n’ont pas compté leurs plaies. Demandez le à Antonin Richard, jeune carmausin de 21 ans haché menu par de la mitraille dans l’Aisne le 25 décembre, comme aux centaines d’autres qui sont tombés ce jour-là. Mais curieusement, c’est avec un autre éclairage, beaucoup plus joli, que l’historiographie nous amène visiter ce 1914ème jour de la nativité afin de se souvenir que ce Noël aux tranchées fut un jour glorieux pour l’humanisme. Sapins de Noël, foot, cigares, hoquets anti-guerre, paix, on y a probablement dansé la carmagnole en s’échangeant des adresses pour les vacances. Ad vitam aeternam, ce jour de Noël est devenu un politiquement correct « Joyeux Noël » balayant le « silence on tue » long et sourd comme une nuit froide, glacée et tueuse aux tranchées. La mémoire a pulvérisé l’histoire parce que 100.000 hommes ont vécu une journée extraordinaire pendant que des millions d’autres ne vivaient « que » la guerre et n’avaient pour vin de messe « que » du sang et des larmes.

Ce jour de Noël 1914 fait partie de ces rochers à fleur de mémoire dans l’immense océan des faits pour lesquels le talent d’écriture en caractères gras du récit de l’histoire ou du roman national abonde trop dans le sens anecdotique. Noël 1914, l’histoire est belle. Des centaines de sapins de Noël, un ténor allemand et une musique soulevant tellement d’émoi qu’elle en trancha net les velléités offensives. Ce fait-là est avéré, incontestable, immortel même, et Christian Carion dans son film « Joyeux Noël » en tira l’occasion de faire pleurer les chaumières pour raconter cet événement exceptionnel. Ou plutôt pour nous dire que si la guerre tue, ce n’est pas de la faute de ceux qui pressent sur la détente, mais c’est de celle de ceux qui leur ont mis le fusil dans la main, et la haine dans la tête.

On le sait : la musique adoucit les mœurs. Le 24 décembre 1914, à Neuville Saint Vaast dans le Nord et tout au milieu d’un paysage dévasté par les obus et la haine, et parsemé de bouts de corps déchiquetés et livrés aux morsures de l’hiver et de l’oubli, des hommes abandonnés par leurs officiers supérieurs et par Dieu fraternisèrent dans un franc et sincère élan humaniste. Ce soir là, alors que depuis sa tranchée allemande Walter Kirchhoff envoyait dans le blizzard de la guerre longue un Stille Nacht, heilige Nacht. Alles schlaft, einsam wacht de derrière les fagots, un officier français sortit de la sienne, à une soixantaine de mètres de là, pour l’applaudir à tout rompre ! La légende dit même qu’au mépris de tous les dangers (le ténor allemand) traversa aussitôt le no man’s land et serra la main de son admirateur. Dans la bouillasse de ce no man’s land de boue et de chagrin, cet incroyable geste suffit à convaincre les soldats de poser les fusils et de marquer à leur manière la trêve de la nuit de Jésus retrouvé. La suite est plus confuse et le carnet de chants s’est ensuite perdu dans la mémoire. Avec quoi a-t-il été ensuite capable d’effacer en quelques notes le plus violent des conflits connus jusqu’alors ? Des noms circulent et se bousculent au portillon du doute pour atténuer les douleurs de ce Noël à la campagne tueuse. A-t-il chanté entouré des compagnons suintant le fiel de l’après-midi un des plus grands tubes de Puccini avec « E lucevan le stelle » et qui à lui seul pourrait attendrir les mâchoires de l’enfer ? A-t-il assoupi les craintes d’Helmut – charpentier à Eberswalde (Brandeboug) et soldat de Guillaume II – de voir Maurice – instituteur à Villegailhenc (Aude) et soldat de la République – lui sauter dessus sabre au clair, en entonnant le si délicieux una furtiva lagrima de Donizetti et qui, paraît-il, pourrait faire pousser des bananiers dans le désert ? La mémoire s’est perdue en tout cas, et il ne reste que le cinéma et les litres de ratures pour nous en parler. Ce dont les Historiens sont certains c’est que la veille, personne n’y était allé de main morte, et que le lendemain non plus. Les morts y avaient été ramassés à la pelle ou éparpillés à la grenade. La violence de base est plus tenace que Puccini et Donizetti réunis, c’est dire ! Et la trêve de Noël aux tranchées a duré moins longtemps qu’il ne faut pour recharger toute une batterie de 75 aux ordres du plus aveugle des nationalismes.

Le tout bon des Reflets - Le canard, le foie et le bonheur

Ecrit par Lilou le 13 décembre 2014. dans La une, Souvenirs, Gastronomie

Le tout bon des Reflets - Le canard, le foie et le bonheur

Le bonheur du foie, du canard et de l’oie débute toujours par la borne de la DDE qui administrativement ne sert qu’à couper du reste du monde, mais qui pour tout Gersois qui se respecte, même ceux du bout du monde, lui dit qu’il est rentré à la maison. Gers ! C’est écrit dessus, noir sur fond rouge et blanc, et c’est beau comme les armoiries des grandes chancelleries en goguette au temps de la grande Victoria. Et à chaque fois j’en fais péter le klaxon de ma voiture immatriculée 32 depuis toujours, juste pour confirmer aux premiers coteaux de ma Gascogne que je suis comme les canards sauvages, et que j’ai gardé un coup d’aile pour rentrer là où je suis né.

La plongée est ensuite autant vertigineuse qu’heureuse. A droite de la route, on ne dit pas au nord ou à l’ouest, s’étalent Gimont et son marché au gras, où l’on parle l’amour des bonnes choses depuis la nuit des temps. Puis viennent les premières collines, calmement posées par les plus hautes sphères de la création afin d’abriter le garde-manger du bon Dieu. C’est un relief apaisé et dessiné pour faire plaisir aux vents de l’Atlantique qui viennent y mourir en offrant à la terre des nutriments venus du bout du monde et tamisés par les forêts des Landes enserrant entre ses bras les premières pentes gersoises de la route de Bayonne à Toulouse.

Lectoure à ma droite. Mon rond de serviette m’y attend toujours, mais la maison est fermée. Son propriétaire a repris la charge du consulat du Gers en Exil à Madagascar. Je respire pour lui aujourd’hui l’air de notre nativité. Il le sait… Auch à ma gauche avec les fières et nobles flèches de sa cathédrale et dont on dit, les soirs de grand vent baignés de Tariquet et de chansons à boire, qu’elles ont servi de modèle à toutes les autres. Il faut faire attention à cette route de malheur, alors on ne les regarde pas trop, on se contente de les avoir en soi et aussi de savoir qu’elles sont toujours là, se rappelant à chaque mètre de bitume des souvenirs riants comme un printemps qui ne meurt jamais.

C’est Vic-Fezensac maintenant ! On passe les frontières de la raison et d’aucuns se demandent même s’il faut des vaccins pour traverser ces contrées sauvages et vierges de toute urbanité au sens universitaire du terme. Et puis, à la sortie de Vic, c’est l’Eden qui s’ouvre et qui s’offre comme une offrande sur le chemin de Saint-Jacques à chacun de mes battements de cœur et de cils. O tempora, o mores, je suis presque à la maison après un si long voyage. Plus que quelques coups d’ailes au-dessus de Dému, de Manciet et de la forêt de Bouit, et le calme se fera, plus sûr que le silence enveloppant les paysages enneigés des hauts plateaux andins seulement battus par les vents et les souvenirs.

Fusillés pour l’exemple, le chancre mou de notre histoire

Ecrit par Lilou le 22 novembre 2014. dans La une, Histoire

Fusillés pour l’exemple, le chancre mou de notre histoire

Tout ou presque a été dit sur ce « kyste mémoriel » que Stanley Kubrick le branque a dénoncé dans son film de 1957, Les sentiers de la gloire. Mais les jours de ces années 50 n’étaient pas à la fouille objective de notre nombril mémoriel, encore moins à la dénonciation de ce qui pouvait en dépasser. 1957 ? La France de Vichy est foulée aux pieds de ceux qui veulent nous faire entendre qu’il n’y avait 15 ans plus tôt que des Jean Moulin, et très peu de Gaston Bergery ou de Marcel Déat… 1957 ? La guerre est froide entre l’Est et l’Ouest, et il ne faudrait pas non plus rajouter dans les débats de la société française des Trente glorieuses une louche de doute sur des comportements qui ne sauraient être autre chose que glorieux. 1957 ? La guerre est chaude en Algérie, mais on ne peut la décrire autrement qu’en nous faisant écouter la voix des actualités de Pathé et de Gaumont nuancer ce que tout le monde, sauf les Pieds Noirs, appelle « les événements d’Algérie ».

Non Mister Kubrick, la France de 1957 s’apprête à voir Jacques Anquetil gagner le premier de ses cinq tours de France, tu n’as aucune chance avec ton chef d’œuvre sur la dénonciation de ces crimes que sont ces fusillés pour l’exemple des tranchées froides et boueuses de la Grande Guerre… Ce n’est pas le moment. Et contrairement à ce qui a été dit, ton film n’a jamais été censuré, il a seulement été victime d’autocensure. La diplomatie française a merveilleusement œuvré pour qu’il ne passe jamais ses frontières. Ton film sortira sur les écrans français en 1975, et en 1982 à la télévision.

Pourtant, l’objet du film est de montrer finement les effets de la résistance à l’engagement et surtout de nous faire comprendre les conséquences de cette résistance qui ne saurait être que le poteau. La société des années 50 manque de finesse. La Résistance dans ces années-là, c’est le grand Charles, c’est la mémoire du père ou de la mère de famille racontant à l’envi l’histoire des autres, c’est Noel Noel et ces Français bien tranquilles… Mais ce n’est pas ces autres résistants d’un autre âge et surtout bleu horizon, refusant ces ordres débiles du chemin des dames ou des craies de Champagne. Ce ne peut être eux. Ils ont passé l’âge…

Les Sentiers de la gloire n’est pas un film de guerre. Il est un film contre la guerre et ce faisant il est un film profondément antimilitariste. S’appuyant notamment sur l’affaire des Caporaux de Souin en 1915 et des martyrs de Vingré en 1914, ce film est avant tout une fiction faisant écho à ces kystes mémoriels qui ont tout de l’antihéros, voir du lâche au sens kubrickien du terme. Le moyen de maintenir la discipline, c’est de fusiller un homme de temps à autre, fait dire Kubrick à ce général français de ces années de plomb.

Ces années de plomb justement !! Dans le film, jamais l’Allemand n’est filmé. Remarquable que cette perspective ! Jamais dans ce film censé relater la guerre fratricide héroïque et glorifiant le sabre au clair et la baïonnette au canon, l’ennemi n’est vu, ni combattu. L’ennemi est autre, il est intérieur où il est invisible. Tout comme celui qui donne la mort par ailleurs ! 70% des tués de 14/18 l’ont été par des obus et donc par la main invisible d’un ennemi lointain se confondant avec ces paysages torturés et blessés. Ce point de vue-là est déterminant dans la compréhension du film : les soldats n’affrontent en fait qu’une seule chose dans cet assaut : la mort.

Par ce film, Kubrick nous jette à la figure que l’homme est un individualiste de nature. En effet, alors que dans la guerre, et conceptuellement, l’intérêt supérieur de la défense de la Nation est toujours largement admis, publié et traduit dans toutes les langues y compris le Grec et le Latin, Kubrick nous prouve que devant sa propre vie, l’homme peut (doit ?) se dresser en s’opposant parce qu’il sait que le combat est perdu d’avance. Alors dans cette option, où l’Homme est laissé à sa pensée, c’est sa survie individuelle qui prime. Et si l’on pousse la réflexion un peu plus loin sur cette attaque perdue d’avance et ordonnée par des Généraux dont la responsabilité est intouchable de par leurs étoiles de commandement, on peut dire que Kubrick a voulu dénoncer ici la validité des ordres donnés par un nombre réduit d’hommes, passionnés par eux-mêmes à une majorité d’autres, passionnés par la vie. Tiens tiens… La validité des ordres, et ce faisant l’acceptation de la hiérarchie…

Ce film décrit la tragédie silencieuse de trois soldats, plus ou moins tirés au sort et qui seront exécutés. Kubrick nous pose finalement la question suivante : qui est plus à même de juger ce qui est bon pour soi-même ? Il ne répond pas vraiment, nous laissant dans l’entonnoir de nos pensées avec cette réponse romantique qui consiste à accepter ou pas de faire le sacrifice de sa survie, quitte à désobéir, et ce faisant attendre des jours meilleurs ? Par cette demie réponse, Kubrick nous démontre magistralement que notre propre vie, notre intérêt finalement, prime sur le collectif.

«  sports d'été » : Ronds l’été, rectangles l’hiver

Ecrit par Lilou le 12 juillet 2014. dans La une, Souvenirs, Sports

«  sports d'été » : Ronds l’été, rectangles l’hiver

A moi, mes terrains de jeu sont rectangles l’hiver, et ronds l’été… Rugby, foot et corridas en d’autres termes. Pantouflard, populeux, nationaliste, barbare, blaireau, oui, on peut être toutes ces choses à la fois à conjuguer avec abnégation les défauts « visibles » d’aimer le foot, le rugby et les toros. Et tout ce qui va avec dont ceux qui n’y connaissent rien se délectent par quelques abus de langage au mieux, enfoncements de portes ouvertes au pire.
Dans quelques jours aura lieu à Nogaro, village planté là depuis 1000 ans en plein milieu de la route de Toulouse à Bayonne, la 55ème corne d’or… Une semaine pile avant que la vie s’y arrête, il est annoncé partout, et par vol spécial de palombes que tous les chemins du bonheur mènent dans la Rome gersoise, et que Ibaneza, vache brave parmi les braves, coiffera Fédérale dans le panthéon de la course landaise. Il paraît même que des alevins de truites sauvages s’entraînent à sauter très haut dans le ciel, depuis leur Adour natale, à 18 kilomètres de là, afin de pouvoir lundi 14 juillet voir ces vaches concourir pour le titre très envié de championne de France.
Ainsi est posé le décor d’un été aux terrains de jeu ronds comme les ruedos de sable jaune ou ocre qui l’hiver venu deviennent aussi beaux que le regret d’un souvenir qui ne s’éteint jamais.
Avant ce 14 juillet que tout un peuple attend, il faudra partir fêter Firmin du côté de Pampelune… 24 heures de cette vie-là, arrimée à la Navarre depuis la nuit des temps entre le 7 et le 14 juillet de chaque année, suffisent à traverser le monde pour le simple bonheur d’en être. Pampelune est une ville extraordinaire loin des logiques géographiques ou géométriques, il y a là-bas plusieurs centres, plusieurs cœurs, et de très nombreuses hypoténuses, ça dépend juste de là où l’on se trouve et surtout à quelle heure du jour ou de la nuit. C’est comme une expression concrète et sans cesse renouvelée du principe de la relativité.
Les journées de la San Firmin commencent quelques minutes avant 8h du matin. Un long couloir de 845 mètres de long joint deux des centres de la vieille ville. Et c’est par ce cordon ombilical de l’aube que les premières lueurs de la vie retrouvée sortiront. Des Barcial, des Sepulveda, des Miuras, des Balthazar Iban, des Victorinos… Des toros de 600 kilos par paquets de 6 et qui traînent avec eux des cohortes de drames et de légendes, des pages entières d’Hemingway, des courses longues tout à côté d’eux, des souvenirs immortels et des nuits sans sommeil… Ahhhh, je vous assure que savoir que l’on sera dans le couloir à 8h du matin procure une peur qui fait sauter le train de la nuit aussi sûrement qu’un rendez-vous matinal chez un croque-mort.

Les sanglots longs des violons de l’automne

Ecrit par Lilou le 07 juin 2014. dans Monde, La une, Politique, Actualité, Histoire

Les sanglots longs des violons de l’automne

Quel débordement ces jours derniers sur ce qu’il s’est produit le 6 juin 1944 en Normandie !!! Cela me fait penser aux campagnes électorales où, pendant quelques jours, les enjeux deviennent des pierres angulaires de la vie et disparaissent sitôt le couperet tombé.

Omaha et Sainte Mère l’Eglise agissent sur le même principe. On en parle uniquement les années en 4, on s’en émeut, on fait œuvre de mémoire, d’histoire et de compassion. On ranime les vieillards aux idées claires, on repart sur place sentir le souffle hébété de celui qui à la pointe du Hoc a vu pour la première fois la phénoménale armada d’Overlord… Et puis on retombe dans l’oubli le lendemain et on rendort les glorieux anciens dans la naphtaline. Et dans l’oubli. Comme ces sanglots longs des violons de l’Automne qui blessent mon cœur d’une langueur monotone…

Enormissime la quantité de mails reçus pendant les deux dernières campagnes électorales. Tous les ressorts de la peur y sont passés, de La république en danger aux lourds nuages de l’establishment corrompu en passant par les voix du recours auxquelles on me demandait de répondre. Une farandole de mails de gens très importants et dont je ne soupçonnais même pas la capacité à écrire à un quidam comme moi. Et moi qui n’ai répondu que par mon bulletin de vote…

Enormissime cette indécence à créer un évènement sur un autre évènement… Des reportages télé sur toutes les chaînes et conjugués à tous les temps, une flopée éditoriale dans les rayons des libraires où l’on sent avant tout l’opération de mode qui c’est sûr va faire vendre des bouquins, des magazines d’histoire militaire ou d’histoire tout court où le crétin le dispute bien souvent à la narration manichéenne façon « blanche-neige débarque au pays du mal ».

Et puis, après cette cataracte de mails de gens très importants qui tous professaient la bienséance pour ne pas dire le prêt à penser, pffffffff plus rien, l’oubli, l’abandon, le retour à l’enfant sans mère. Ou plutôt le retour à l’ordinaire des lendemains de fêtes (ou de désastre plutôt) avec gueule de bois, casque lourd et regrets éternels. Et bien pire, le retour aux meurtres à l’arme blanche et sans sommation qui pourtant étaient condamnés et bannis des mails et des conseils quelques jours plus tôt. Pis !!! Le retour par ces mêmes parangons de la vertu du plus bas degré de la communication entre les hommes : l’insulte de caniveau.

La semaine prochaine, quand les flonflons d’Omaha se seront envolés au gré des vents de la Manche, on passera à la coupe du monde de foot, au dos de Ribery et on reviendra aux couleurs chatoyantes de la culotte de Rihanna… Omaha redeviendra une plage parmi les autres, et les campings du coin se rempliront de tongs et de crèmes solaires. Omaha s’enfoncera dans un oubli en attendant qu’une année se terminant en 4 revienne. Dans dix ans. Où le même cirque médiatique reviendra…

Antananarivo XX Le 28 février, il était une fois à l’Ellis Park de Johannesburg

Ecrit par Lilou le 24 mai 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Antananarivo XX Le 28 février, il était une fois à l’Ellis Park de Johannesburg

J’ai marqué une pénalité et un drop à l’Ellis Park de Johannesburg. Je le jure. J’ai marqué une pénalité et un drop avec le maillot de l’équipe de France sur le dos dans le stade mythique de Johannesburg. Comme bouquet final de cette semaine si intense en Afrique du Sud, je ne pouvais rêver mieux. Même dans les contes à dormir debout les histoires ne se terminent pas comme ça. Et c’est pourtant ce qui s’est produit…

Johannesburg est une ville immense qui chante depuis 1958 aux oreilles de tous les sportifs du monde entier une chanson douce de forme ovale. Ce n’est pas là qu’a été inventé le rugby, mais c’est là qu’il y a acquis quelques unes de ses plus belles et plus célèbres pages servies parfois sur un canapé de gifles, rôtie aux châtaignes, agrémenté de mâchoires et molaires à servir chaudes. Et je n’oublie pas dans l’inventaire gastronomique de la pratique du rugby sud-africain les pruneaux, les poires, les marrons et les choux fleurs qui sont autant de signes, s’ils sont bien distillés, que le match fut viril mais correct.

Jouer au rugby ici, ou le toucher de quelque manière que ce soit, en d’autres termes s’adonner à la tambouille de la soupe de phalanges, fait naître les mêmes effets chez le fidèle ovale que les trémolos de la mitre du pape lorsqu’il prie à Bethleem, que les larmes du retour chez eux des exilés politiques, voire même le changement de couleur des saumons sauvages quand ils rentrent sur leurs rivages après avoir navigué sous tous les océans du monde tous plus dangereux les uns que les autres. On se sent apaisé de retour chez soi après un long voyage. On peut virer les pompes, s’affaler dans le canapé et regarder autour de soi pour demander ce qui a changé dans le quartier.

Ce rugby-là, cette Eglise-là peut-on même avancer sans blasphémer plus avant, possède ses basiliques sous lesquelles dorment pour toujours dans leurs cryptes souterraines interdites aux non initiés de vieux ballons de cuir, des chaussures couvertes de boues anciennes, des tableaux d’affichage hors d’état de marche. Dorment aussi des souvenirs longs comme des pipelines transcontinentaux et des moments de bravoure beaux comme les regrets d’Alfred de Musset.

L’Ellis Park est un point central dans cette carte de la géographie de la noblesse. Comme Twickenham à Londres, l’Eden Park à Auckland, Lansdowne road à Dublin, Le Parc des Princes de Paris. On y pratique avant tout le culte des anciens et du sport, la glorification de la victoire par-dessus tout en sachant que la défaite n’est qu’un moment. Un jour que les sociétés auront disparu, ces cathédrales seront toujours debout pour dire aux générations futures quelque chose qui commencera par « il était une fois le rugby ».

A mort l'arbitre !

Ecrit par Lilou le 10 mai 2014. dans Ecrits, La une, Sports

A mort l'arbitre !

Je suis un ballon de rugby. Je reviens tous les week-ends sur les prés verts de 100 mètres de longueur sur 50 de large, le dimanche si possible, et autant le dire sans plus attendre, mes dernières apparitions furent de celles qu’il me tarde d’oublier.

J’aime arriver un peu tôt les jours de match et sentir que mon corps retrouvera de sa forme ovale sous les mains expertes de mon compagnon du jour : l’arbitre. Gras comme un canard ou long comme un jour de pluie, frêle ou courbé, l’air paresseux ou respirant la vivacité d’esprit d’un secrétaire de mairie du front populaire, c’est toujours de l’usage de son sifflet que je pourrai au mieux vivre ma vie de ballon de rugby. Me gonfler à la bonne pression, c’est aussi important que de trouver l’équilibre du sel et du poivre sur le foie gras. Je sais que mon arbitre aimera me prendre par tous mes sens, et qu’à un moment connu de lui seul, il me regardera avec l’air passionné du labeur bien fait. Dans ses mains retrouvées du dimanche après-midi de match, je verrai son sourire de père de famille qui court de célébrations en célébrations, espérant toujours que dans sa retraite lointaine, le souffle de l’abbé Pistre lui souffle toujours cet air chaud de l’amour du sport : Sainte vierge, que c’est beau le rugby. Je le sais, mais depuis quelque temps je ne sais plus vers où je vais, et je sens que lorsque mon maître me ramène aux vestiaires, ce sont les doigts de la rage qui me dégonflent car la colère de vivre un temps reculé est devenue plus forte que le point final sur la feuille de match qui envoie le résultat à la fédération de rugby.

D’un côté les locaux. Tango et noirs depuis toujours, l’espoir de tout un peuple au milieu de la route de Toulouse à Bayonne. Nogaro a planté là son clocher depuis près de 1000 ans, et le rugby y prolonge depuis la nuit des temps l’espoir de voir tous les dimanches se renouveler la résurrection.

De l’autre les visiteurs. Des Béarnais, blancs et vert persil de Navarrenx (64190) qui ont dépêché 3 bus pour ce match qui fleure, sinon l’esprit des phases finales du championnat de France de fédérale 3, au moins le déplacement chez les cousins du Bas Armagnac sous l’air de la victoire en chantant.

Le mois de mai s’est habillé de soleil et d’un ciel presque bleu « tour de France ». Enfin peut-on entendre dans les minutes qui précèdent le coup d’envoi et un peu comme on vidange avec l’aide de tous ces mots sans fin les soucis qui hantent les attentes fébriles. La température est clémente. Je sens que ce sera un après-midi de fête et que ça pourrait rigoler pour le tableau d’affichage.

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