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Est-ce à la littérature d’écrire l’histoire ?

Ecrit par Lilou le 05 octobre 2013. dans La une, Histoire, Littérature

Est-ce à la littérature d’écrire l’histoire ?

Dit comme ça, bien évidemment que je dis oui ! L’histoire se nourrit de mots et de verbes avec autant de gloutonnerie qu’un sanglier devant un tapis de mûres sauvages… Mais bon, de là à confondre avec une histoire qui ne se nourrirait que de verbiage, il n’y a qu’un pas que les élèves en difficulté ont tendance à sans cesse reprocher à leurs professeurs, dont je me fais ici l’humble représentant. La littérature de l’histoire peut être embarrassée par le verbiage qui conduit à un récit pathologique et qui n’a pour objet que de rendre encore plus émotionnel ce dont il est question dans la narration. L’histoire a-t-elle donc besoin d’un rendu qui confine à l’émotionnel ?

On peut poser la question autrement… Les joueurs du XV de France ont-ils besoin qu’on leur lise une lettre de Guy Môquet avant de rentrer sur la pelouse du stade de France afin que chacun d’entre eux éprouve par la force des mots la fibre patriotique qui procure l’envie d’en étriper par paquet de douze ?

Non !!! Mille fois non !!! Et non !!! Et encore non !!!

Auschwitz n’a pas besoin que l’on charge la plume avec des larmes rougies par l’émotion et par l’approfondissement des dernières paupières des enfants qui s’endorment dans les bras de leurs mères.

En matière d’histoire, Auschwitz est La larme absolue.

Dans son ouvrage Le Rire, Henri Bergson nous expliquait que nous n’avions pas besoin de nous imaginer un lion lorsque l’on entend ce mot. Pour Auschwitz c’est la même chose que pour cette image du lion. Et à la seule évocation de ce lieu, nous savons. Sans devoir nous l’imaginer.

Auschwitz est La larme absolue, il est le chagrin qui coule en chacun de nous sans cesse, il est un flot continu de hurlements, il est un cri sans fin.

Auschwitz est le lion. Nous savons sans avoir besoin de nous l’imaginer que des enfants sont morts là-bas dans les bras de leurs mères, qui parfois les ont étouffés dans les chambres à gaz pour ne pas qu’ils souffrent de ce qu’elles pressentaient.

Rendez vous à Oran…

Ecrit par Lilou le 25 mai 2013. dans Souvenirs, La une

Rendez vous à Oran…

Mon Algérie à moi, comme la vôtre, commence avec mon enfance.

Pour être plus précis, elle commence depuis toujours. Et ça, vous ne pouvez pas comprendre. Demandez à vos enfants, ils vous le confirmeront. Peut être…

Nous, notre Algérie, ce sont vos souvenirs, votre accent, vos dates, vos photos jaunies, vos instituteurs raides comme la justice. Ce sont aussi des images impossibles comme un paysage que l’on vit en permanence par procuration. Ce sont des interrogations qui m’ont donné le sens de la métaphysique : comment se fait-il que mon père revendique des pieds noirs alors que je constate qu’ils sont aussi blancs que les miens ? Notre Algérie à nous est une quête permanente de l’imaginaire.

Notre Algérie, ce sont quelques dates qui vous ont tatoués. Mais avez-vous conscience qu’à nous aussi, elles nous ont marqués ? A l’école on étudie l’histoire de France et de Navarre. On y égrène nos totems du savoir comme d’autres les perles du chapelet : 800, 1214, 1610, 1789, 1916, 1944… C’est bien et vos impôts me paient pour que je continue à le dire à vos petits enfants…

Mais notre histoire à nous c’est aussi vos dates à vous. 1830, 1936, 1945, 1954, 1962. C’est aussi vos lieux, vos hommes et vos autres entonnoirs de mémoire : les tirailleurs de Douaumont, la légion et les képis blancs de Sidi-Bel-Abbès, Albert Camus, Sétif, vos tombes, la toussaint rouge, le balcon de 1958, les bateaux du port, les larmes et l’oubli du 5 juillet 1962. Et puisque je parle de la Grande Guerre, je pense aussi à tous ces événements qui ne parlent qu’à ceux qui connaissent l’odeur du camphre : les coins sombres des cours d’école, les poteaux de corners durs comme des matraques, les tacles assassins…

Quelques cartouches de la mondanité à Antananarivo…

Ecrit par Lilou le 04 mai 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Quelques cartouches de la mondanité à Antananarivo…

En janvier dernier, à la veille de l’embrasement de la rue et accessoirement des ministères et autres espaces de prospérité (comme quoi ici, l’un ne va pas sans l’autre), j’avais eu la chance de me trouver pris au milieu de cette mondanité d’un autre âge toute empreinte de Woodstock ou, c’est selon qu’on navigue au milieu de cette foule disparate, des grandes ambassades du temps de la coloniale.

– Le Mozambique va très mal, sa dette explose et les prix des produits courants augmentent !

– Tout à fait cher ami, il ne faudrait pas que cela profite aux partis d’opposition armés par les rebelles.

– Ces gens-là ne comprennent rien ! Sauf la force.

– Il faut recommencer dans ce pays par l’éducation des masses.

– Oui, mais des masses qui savent lire !

La fin de la conversation s’est ensuite perdue dans un rire jubilatoire de mes compagnons de flutes à champagne, tout pleins du plaisir vide de se sentir au-dessus du lot. J’en suis resté sans voix, je pense qu’ils m’ont pris pour un muet de passage dans la capitale. Une sorte de transparence silencieuse et dodelinant bêtement du pif dans leur monde de certitudes. Plus loin c’est un autre trio qui m’attendait. Quand on a un groupe de trois dans le viseur, on multiplie les probabilités de rencontrer des tiers de quelque chose. Et les effets en sont multipliés d’autant… Alors on se présente au paddock le sourire béta et approbateur aux lèvres.

De mer, de ciel bleu et de tout le reste…

Ecrit par Lilou le 23 mars 2013. dans La une, Souvenirs, Voyages

De mer, de ciel bleu et de tout le reste…

Nosy Komba ! Les clés ne servent pas davantage ici qu’un maillot de bain aux Kerguelen. Quelques bungalows, cimentés ce qu’il faut, enveloppés de fougères séchées et corsetés de bois que le temps a fini par vieillir et qui reposent sur ce bout de terre malgache… Le village de ces quelques bungalows se fait lentement absorber par la nature aussi luxuriante que généreuse. De l’intérieur, on est toujours partagé par la double écoute de la mer, juste au-dessous des pilotis et par les bruits de la jungle qui descendent pour avaler chacune des habitations. Même près des plages de la marée basse, on reste impressionné par ces grandes maisons si minuscules sous l’immensité des falaises de vert qui s’affalent brutalement vers la mer. On sait pourtant les habitations spacieuses mais comparées ou mises en perspective, on ne les voit que « petites ». Prises dans le gigantisme du vert qui dégouline de partout, elles ne sont que des détails. De l’extérieur, quand on navigue plus au large, c’est une épaisse forêt qui explose de lumière. Et dont on aime deviner sous sa carapace des espèces végétales ou animales endémiques.

Ces gens-là ont jeté la clé dans la mer. Toutes les clés. Et il ne sert à rien de partir à leur recherche. On ne retrouvera rien d’autre que des raisons d’espérer que le temps ne passe pas plus lentement. On arrive chez eux depuis Nosy Be en pirogue. Celles à balancier et surtout celles des cartes postales. On traverse un bras de mer assez large et on y est. Au bout de son voyage, on arrive enfin quelque part en accostant sur l’île minuscule de Nosy Komba. Il faut enlever ses chaussures pour pouvoir aller du rivage à la terre ferme et sèche. D’ailleurs, elles deviennent ici totalement inutiles. On le sait dès qu’on les enlève. Puis on s’y sent enveloppé par une mousseline de sentiments. Comme ceux qui naissent sous cet épais tapis végétal qui renvoie les vertes collines d’Irlande à de vagues souvenirs. Ces sentiments bruyants comme des portes qui claquent et qui laissent juste après un silence si gênant. J’ai la cafetière qui a trop chauffé, les fils se sont touchés, je me sens coupé en deux par la certitude d’être parvenu à un bout de tout et surtout à un bout de moi.

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