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OPINION

Ecrit par Luce Caggini le 13 février 2016. dans La une, Ecrits

OPINION

Très attaché aux valeurs de la République, dont il se réclame dans sa charte, Reflets Du Temps tient à préciser que tout texte qu'il publie n'engage par ses propos et prises de positions, que la responsabilité de son auteur(e).

 

Un emploi du temps à temps complet en un jour de trente-six heures, une semaine de trente-six jours et trente-six chandelles en moins de trente secondes. Jérusalem à temps complet.

Les Murs du Kotel tirent le rideau et nous en restons éberlués effondrés.

« Bataclan » : Paris défiguré.

Cicatrices sur les visages ivres de chagrin. Yeux dévastés sur les pierres tombales.

« Figures-Doubles-Prismes » de Pierre Boulez :

– Pourtant on ne se connaissait pas quand tu a écrit cette œuvre retentissante de vérités.

– Tu réponds : « majestueusement accordée à ta vie ».

– Moi : Vision picturale affolée, apaisée détruite, reconstruite sans savoir que les morceaux n’ont pas besoin de moi pour revenir à leur place, ou à la place qu’ils choisissent pour moi. « Figures-Doubles-Prismes » saute, danse et se casse le nez sur la dalle dure. Du temps de ma mère, mes tempêtes trouvaient refuge. J’entends mes cris d’enfant et mes cris de mère effrayée par le monde meurtrier de mon fils.

Productrice rutilante de paillettes asséchées par un coup de sirocco, j’ouvre la cérémonie des Oscars pour des acteurs qui ont l’exigence que l’on est en droit d’attendre en ces temps mauvais. Les trophées ont des allures de lauriers, un parfum de grand dérangement, une saveur de carton pâte car mon discours ne porte pas plus loin que ma propre vision des murs de l’Élysée.

– Merci Monsieur Finkielkraut de savoir être Français, de parler notre langue avec et sans accent et laissons les ordures se dissoudre dans les décharges : « taisez-vous pour le bien de la France » pourrit dans les bas-fonds d’une autre terre dont le seul nom a endeuillé nos familles. Tant que vous serez debout, la mèche au vent, nous nous sentirons à l’abri, chez nous.

Pierre Boulez n’en finit pas de répondre à « Répons »

Ecrit par Luce Caggini le 06 février 2016. dans La une, Ecrits

Pierre Boulez n’en finit pas de répondre à « Répons »

Ballade d’un cor de chasse prenant un faux départ parce qu’il n’avait pas regardé le chef d’orchestre.

Même un compas est capable de perdre le nord pendant la minute où le monde des immensités passe au monde des infinités. Pris dans les chemins de la ramification, pris de malaise devant le paganisme et pris de peur du jugement dernier, ma mémoire, mes comas, ma magnitude prise en défaut mirent le feu dans la pire des marées montantes mordant mon petit univers élémentaire chaste d’homme de quatre-vingt dix ans, un seul détail avait pris le relais entre le ciel et la terre : le mouvement de ma main gauche muette émettant entre trois et quatre mesures de la dernière partition de Réponsprenant son envol pour la dernière fois.

Le grand pouvoir de la mémoire temporelle des mimes que sont les meneurs politiques gonflés de munitions d’énarques épris de leur savoir nomadisant entre rigueur et impossibilité d’introduire un contrepoint dans le cadre d’un modique cours de solfège, de la mutation entre mi et mi bémol, me fit penser à mon malheureux état de chef d’orchestre allongé sur le doigt du violoniste en face de moi dans un état fébrile pendant une attaque de Répons.

Maintenant que je monte en mi mineur, mes conditions de géniteur de notes rêvent de la énième lumineuse étape pour un musicien, j’analyse les hautes performances de la millionième chose la plus importante c’est-à-dire répondre à Répons. Dès mon premier souffle, je savais que mon centenaire serait trois fois plus important que ma naissance donc même dans le doute tu ne pourras pas dire que tu ne le savais pas.

Mets les morts et les musiques dans la même réalité comme tu mets tes rêves en marche. Répondre à Répons fut un double cheminement car rien ne peut interrompre les oreilles d’entendre et les muets de parler sinon Répons n’aurait jamais vu le jour.

Anonymement un petit ange vient de me dire mémoire et photo ont le même immense pouvoir d’unir deux mondes minutés pour pédaler à la même vitesse dans deux urgences additionnées malgré deux états indifférés par leur relativité ; dans ces conditions nuées et durées gèrent une main et un manuscrit à la même vitesse par magie naturelle unifiant répondre et me répondre.

Mille Neptune et mille Vénus mènent leurs amours dans deux ordres de grandeur : belle mer et beau ciel mettent les voiles vers le dernier temps du mutisme.

Boulez est un homme vivant en dehors des muets et des sourds

Ecrit par Luce Caggini le 30 janvier 2016. dans Ecrits, La une, Arts graphiques, Musique

Introduction à la mémoire du « Monument à la limite du pays fertile », Paul Klee

Boulez est un homme vivant en dehors des muets et des sourds

Ma première aventure musicale s’engagea quand les notes ont pris un élan de compréhension pianistique aux pieds de ma mère dès que je commençais à entendre les pédales monter et descendre au-dessous de ma tête. Pas à pas, odes et musiques menèrent un rythme d’enfer au point qu’aujour­d’hui mémoire et temps ont donné à ma vie le recul momentané utile pour remettre le Monument à la limite du pays fertileen même temps et en même place que Pierre Boulez, c’est-à-dire en première page de son livre tant intelligent : Le pays fertile, Paul Klee.

Pierre Boulez : « Il faut dire d’abord que ces concerts c’était, disons pour un anniversaire… organiser une sorte de parcours… le parcours du combattant… point d’interrogation… est-ce qu’on combat toute sa vie ou bien est-ce qu’on s’installe ».

Béla Bartók, musique pour cordes, percussions et célesta, 2ème mouvement.

La terre en gestation d’enfantement, un bourdonnement d’un milliard d’insectes montés sur les cordes d’un piano, un débordement de vermisseaux prêts à monter à l’assaut du grand arbre de la vie, le miracle d’un rayon de soleil qui découvre la fleur cachée sous un brin d’herbe, un papillon qui se balance, la chaleur suspendue au Temps, une veine sur la main du magicien, une goutte humanité dans l’espace dansant la gaî­té pas à pas, seconde par seconde métamorphose du bouton en fleur, de la chrysalide en papillon. Soudain un vent de sagesse arrête l’éclo­sion sautillante, un petit univers s’est mis en état en claquant des talons. L’éveil a surgi.

Mener naguère aux frontières du monde des nuées des murmures médiatiques permirent un petit saut de puce unissant les arts et les hommes un peu comme les cieux et les Dieux au plus petit dénomina­teur commun ; mais entre les deux nul contrepoint nulle magis­trale composition, seulement un grand mystère puissamment entretenu dans les rues de Darmstadt. Antérieurement même les Autrichiens met­taient un point d’honneur à ne jouer que les valses de Strauss. Après Darmstadt, artistes musiciens et poètes eurent un coup de printemps initiant des ramifications partant dans tous les sens.

Pierre Boulez : « Génération 1945, une génération terroriste ? Non. Darmstadt a été une rencontre, pas une école. Stockhausen un inventeur forcené : dans ce Klavierstücke V très concentré, il nous offre quelques secondes de son éternité ».

Mishima « La Musique » en trois mots : mi… chimérique… digitale

Ecrit par Luce Caggini le 23 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Mishima « La Musique » en trois mots : mi… chimérique… digitale

Mentir.

Mentir.

Mentir.

Étendre sur un tatami deux odalisques dénuées de sens musical.

Mémori­ser un nocturne de Chopin.

Enivrer trois hommes en même temps uniquement avec un mensonge, ce fut le miracle d’un livre névrotique passé au fil de l’épée car ni les unes ni les autres n’étaient en état de mesurer le rêve médiéval de celui qui en était le géniteur.

– Romancer un rêve me fut donation entière de la tradition nippone dans le monde endoloré du troisième immense Dieu de ma vie, le Soleil des côtes des îles grecques dont je fus le miroir et le génome muet enfermé inique­ment dans un corps enduit de nudité mentale et de mentalité nue et crue. Amants et menteurs méprisant don et talent de mentir, nuisance et densité de nuisance, anéantis par leurs efforts de relier mensonge et danger d’être ingérés par leur propre jeu de romanciers nourris de leur mortifère myriade de nids d’oiseaux pris au piège de leur musique atonale, ils n’eurent aucun plaisir ; ils mirent à l’unanimité tous leurs petits égos en mille petits nuages de papier de riz, transposèrent un danger mentalement minime en un amour pitoyable entre un Dieu de moralité pénalisant rêves et musique de monastère, entraîné à éteindre et allumer un pénis de papier pendant deux cents pages, privé d’orgasme, monté en épingle, transmuté en note de musique.

– Cher Mishima, contre toute attente, ma modeste et petite mémoire de mu­sique me dit qu’entre le minable et le glorieux comportement d’un amné­sique de la jouissance, un musicien, même un chef d’orchestre de mon propre corps épouserait une partition numérique manipulant en amour comme en prétention d’amour certaines touches avec un doigté de même immensité que me le permettrait mon désir de symphonie. Boulez nous dit que rien n’est plus conditionnant que la mémoire visuelle car la mémoire auditive est liée à l’instant ; dans ces conditions, l’apparence d’un corps de jeune femme générerait au moins momentanément une pulsion orgas­tique mais clairement mémoire auditive et mémoire visuelle ont été deux artificielles modes de plaisir repu de contretemps.

– Madame Caggini ! Manager de partition, mondanité et munificence mènent dans des draps de soie dont le partage est en partie dû à votre beauté de femme immensément initiée à la méditerranéenne odalisque que vous avez été dans les temps antiques, mais au Japon, amants et amantes entrent en amour comme le Printemps, imitant les amours des cerisiers en devenant un beau jour le musical croisement d’un son et d’un grain de mensonge, donc je vous en montre le germe dans toute sa double mise en duplicité de ma vie, de mon seppuku et de mon éblouissement face au Dieu Soleil.

– Mon cher immense romancier de mensonges, ma crédulité m’accorde une au­dacieuse indécente jouissance initiée par votre indécision à ne jamais monter à l’assaut des personnages de vos rêves, mais en même temps, mon admiration pour votre cerisier en fleurs me rendrait la plus jalouse de votre musée de pétales en magnifiques costumes de soie, donc cher Yukio, le plus chéri de mes auteurs défie les deux mensonges de ma vie, vous, Boulez et moi ne serons jamais deux amants ni trois doigts d’un même gant car ni les cerisiers, ni les nomades ni les musiciens ne peuvent murmurer aux oreilles du Roi Soleil les mêmes mots d’amour.

Marie la Magdaléenne sur le chemin de la rédemption

Ecrit par Luce Caggini le 16 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Marie la Magdaléenne sur le chemin de la rédemption

Je regardais ma mère avec d’autres yeux. C’était la première fois que le visage de ma mère n’avait plus de lumière.

La fois où nos deux présences détruites, où jour et nuit avaient confondu leurs lueurs, leur matière, leur apparence, même leurs heures, la fois où toutes deux altérées par les lieux travestis de stupeur, lieux vidés de leur tendresse, de leur contenu intime me réduisaient à une pelletée de poussières parce que évidence et obscurité étaient soumises au réel et au virtuel dans le même lit : là, devant moi, ma mère n’était plus ma mère.

Les temps, le sien et le mien flottaient au-dessus de nous, nous unissant dans un lien immortel. Moi, la nomade adorée de ma mère, je me laissais glisser pétrifiée, transie dans cette fausse matière que j’avais créée artistiquement pendant des années un peu partout dans le monde : du marbre ; il s’abattait maintenant en masses sur mes épaules, me réduisant en rognures.

Ma mère naissait dans un ailleurs, moi dans un autre ; les mots ne correspondaient plus. D’ailleurs les mots s’étaient tus. J’apprenais la confrontation d’une mère que j’avais méconnue.

Je quitte la chambre. J’étouffe une violence. Je ne pense pas. Dans ma main un petit mot que ma mère a écrit : « Luce mon double, toi c’est moi, moi c’est toi ».

Les choses qui devaient se faire se firent le lendemain.

J’assiste.

Il n’y a pas de refuge pour les âmes mortes. Ma mémoire est en terre. Une étamine me tient lieu de corps à mi-hauteur entre ciel et ciel appartenant au sentiment du monde de l’apparence. Pendant que je suis dans un vase clos, ma mère erre.

La commotion de la déchirure où m’entraîna la perte de ma mère me pourvut d’une voix d’obsidienne, un état où mon corps s’engourdissait pour laisser place à ce mot apartheid tatoué sur ma chair : avoir été sans plus être, état confus étranger si nouveau qu’un nouvel être ne pourrait qu’en jaillir. Une fois encore ma généreuse mère, ma douce maman me donnait une nouvelle chance.

Quand je rentrais à la maison, entre ses murs, c’est dans les larmes que je reçus sa bénédiction.

Mémoire d’une montagne face à un nuage chinois

Ecrit par Luce Caggini le 09 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Mémoire d’une montagne face à un nuage chinois

Les dossiers, les pages barbouillées, livres annotés, photos, tasses à café, lettres, factures glissèrent à l’autre bout de la table de monastère comptable de sa vie depuis qu’on avait retrouvé la clef de la grande porte de la façade et qu’on avait pu la faire entrer dans la maison.

C’était une table qui avait dû en entendre, vu qu’elle venait directement d’un siècle qui ne parle plus à personne depuis trop longtemps. Cepen­dant les épousailles de myriades de mots réduits à l’état de silence, unis au boucan de leur sens, laissèrent des empreintes qu’un peintre ne pouvait ignorer, peintre sans cesse soucieux de remettre en question la vision unique de la représentation des choses, peintre affranchi du piège des des­sinateurs appliqués ayant foi dans les traces abandonnées par d’autres mains sur ce bois patiné par les Temps.

Dix mille milliards d’électrons mis en orbite, une mouture d’ondes patientes engagèrent un discours imaginé entre voix et silences, musiques et moines, murs et oublis, pouvoirs et symboles, mutisme et pluralité des voix divines ou illustres entre David,Bethsabée et Salomon, tentées de raconter leur intimité parce que punies par l’oubli.

« Rencontres paradoxales » poussiéreuses, croyantes, engendrées, spiri­tuelles peut-être même, proliférant grâce à trois notes d’oiseaux siffleurs.

Dans le silence, sans préméditation, dans le dépouillement, avec passion, dé-passion, imbibées de silences, neutres mais charnels des prétextes indicateurs d’images nues et engobées de millions de souvenirs entrèrent à pieds joints dans ce petit morceau de peur.

Vertueux artiste entre deux mondes, le monde des Croisades ou le monde des Han, tu as deux noms et deux mémoires en même temps, tu unifies mi­niatures et modèles, tu épures ta fonction de narrateur de tes propres règles, mutant dare-dare de ton état de peintre vers un état d’écrivain.

Tu casses le temps. Quand le silence des autres se fait entendre, tu es dans ton entier jusqu’au bout de ton pinceau.

« Il y a cette étrange entité de l’instant qui se place entre le mouvement et le repos, sans être dans aucun temps, et c’est là que vient et de là que part le changement, soit du mouvement au repos, soit du repos au mouvement ».

Reflets des arts : Rothko : Une longue route vers le calvaire

Ecrit par Luce Caggini le 04 janvier 2016. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : Rothko : Une longue route vers le calvaire

Mémoire du temps où même les mages n’avaient aucune idée de ce qui se passait derrière les ors pâles, les rougeoiements, les quiétudes affichées, les sédiments de feu, la limpidité, les rebondissements d’un univers jamais sûr de son origine, aucune idée de la désinvolture d’une sagesse alignée, témoin d’un bouleversement où comme le Temps ne partant jamais de rien ou de nulle part, chacun de nous transite de rebondissement en rebondissement, avec à chaque étape, une nouvelle question en devenir.

Un temps où Yellow Over Purple 1956 magnifiait descentes de croix et mises au tombeau qui inspiraient unanimement la même émotion dans des lieux visités par ceux partis dans les mystères d’une foi sans règne et sans rituel.

Tout commence quand trois sorciers aux idées baladeuses se prenant pour des géographes de notre siècle se laissèrent porter sur les flots de la Dvina. Là, il s’acheminèrent à grandes enjambées vers les frontières floues d’un artiste entré dès son plus jeune âge dans une magnifique imprudence où les dieux et les déesses imitaient les hommes sans en vivre leurs amours.

Dès qu’ils comprirent l’âpreté du climat maléfique, oublieux de leur mission dans un même élan, ils détalèrent en gémissant contre Poséidon qui les avait mis en état de confusion mentale.

Pour Marcus Rothkowitz parti de Dvinsk avec sa langue russe, chantant en yiddish, ses petits rouleaux sous le bras, c’était consentir aux larmes qui diront que la race de vos vieux n’a pas failli, que vous êtes de la race de rois porteurs de sceptre nourris par Zeus car jamais lâches n’ont nourri de tels hommes.

Paraître en maître d’un art fut le pari sanglant d’un homme ordinaire qu’un chemin impérieux transforma en maître de l’art d’une muse de tragédie grecque. Agamemnon mit toute sa puissance dans un jeu de chef rusé mais son destin joua le rôle d’un impatient artiste à devenir vieux et sage.

Un lumineux Rothko c’est un moment d’éblouissement mais c’est aussi un éclatement de poussières de son sacrifice pris dans le temps d’un artiste déterminé à faire son testament.

Avoir un tableau de Rothko devant soi c’est être pris dans le relais d’une page d’un mystérieux reliquaire mis dans les mains d’un enfant relisant son conte de fées avec toujours le même étonnement.

Regarder une montagne de miroirs de minute en minute c’est donner à chaque tableau de Rothko la chance à un petit garçon de revenir à Dvinsk et entrer dans l’intime d’un homme qui n’avait jamais quitté sa ville de Lettonie.

Ses tableaux ont absorbé sa mort, elle a repoussé son destin.

Mais où a commencé sa vie ?

Où a fini sa vie ?

Mourir comme un art (2ème partie)

Ecrit par Luce Caggini le 19 décembre 2015. dans La une, Ecrits

Mourir comme un art (2ème partie)

Ce chapitre n’est pas une fiction, il est le compte rendu de l’acte d’un criminel dont le nom est Pierre Caggini qui court le monde sous un pseudo

Luce Caggini

 

Mon aptitude à prendre le Pont des Arts plutôt que les pe­tites rues de la ca­pitale me mena dans les ruelles dansantes d’une médina imaginaire enchantée.

Je fuguais dans ma petite enfance effleurée, évaporée, elle m’apparut, exclue d’insouciance, captive, corsetée, otage d’une image magnétique de la peur avec une bonne dose d’incommunicabilité qui me retenait clouée sur le banc du parc, ser­rée contre ma mère, refusant de me joindre aux jeux des autres enfants. « Je suis severte », c’est ce que je lui disais.

Mon infantilisme analogue à un marbre de Carrare miné par la peur me fit macérer dans une panique enfantine irrationnelle.

L’école me procura d’autres angoisses ; un état de complexe d’isolement, d’abandonne­ment, une partie happée par la crainte d’être un génome en transit dans le genre humain me disait : sois agnelle sois agneau, tu es dans le monde de la vie des prisons sous le regard des loups mais ta forteresse est perméable et la cour de récréation n’est pas un jeu.

Tout cela resta relégué dans le carton à chapeaux de ma mère qui, le jour où la mode changea, prit le chemin de la rue.

Tout ce que ma mère disait, toutes ses petites phrases, tout ce qui emmaillota mon cœur restent indestructibles.

Ma mère mourait. Ma jolie maman se mourait à Cérilly dans une région de l’Allier qu’elle découvrait, ​le corps décharné, sans défenses, crucifiée par le chérissement d’un fils criminel qui se carapatait à l’autre bout du monde moins de vingt-quatre heures après s’en être débarrassée dans le coin perdu de cette France où elle n’avait jamais mis les pieds comme on met à la remise une vieille carne en attendant qu’elle pourrisse sur place.

Après Hypnos, Te Deum

Ecrit par Luce Caggini le 12 décembre 2015. dans La une, Ecrits

Après Hypnos, Te Deum

Saison de la terre qui meurt en crescendo pour devenir le puissant, l’amoureux, l’Homme de la mémoire des morts, des racines, des arbres, des nuits de méditation réanimées par les vents musiciens des mers parcourant les montagnes sans oublier les chemins creux des villages, les médinas, les clochers des églises, les temples et la grande muraille de Chine.

Chaleur émise du fond de la terre. Émanation d’un feu des urnes des rois et reines d’un monde tectonique qui mettent en léthargie les ondes mugissantes et vociférantes des terres du vieux génie des arts de la Renaissance régnant depuis quatre et cinq siècles sans une écorchure. Trahisons, hésitations, peines, repentirs non pas enfouis à jamais mais simplement en état d’ hypnose.

Le charpentier flamboyant d’amour et de patience pour les existences futures, posant un regard apaisant sur les êtres et les choses à venir, désarmé de toutes calomnies et menaces, est à l’œuvre.

Juste temps de l’ensevelissement comme pourrait être une île ignorée irriguant le vaste monde des artistes à naître, des poètes, de tous ceux qui verront dans un brin d’herbe l’enchantement de la forêt de Brocéliande, qui dévoileront la beauté chez de nouveaux esprits dans le monde de la pensée où vie et mort sont bien les deux maux d’un même engagement. Mais entre les deux, deux temps : celui de la grande découverte de soi et celui de la source du même soi.

Y aurait-il une mémoire dormante dans la magnitude d’une terre en pleine effervescence animée des mêmes agitations que le ciel ?

Les pères de tous les déserts modèlent l’argile façonnant avec leur métier de fondeur de plomb la forme du vase pour léguer leur foi qui rendra leurs ors aux petites pousses du printemps.

La froideur de la croûte terrestre, les branches sèches, les troncs dépouillés tels les Dieux oubliés, les rocs patients et prometteurs, seront prêts à livrer leurs secrets à l’artiste pour qu’il célèbre à sa façon la magie du renouveau dans les rites ou les chagrins de son parcours.

Comme le grain de sable tapi au fond des océans, ébloui par les rayons d’un soleil venu le bouleverser par sa grande force échouée sur les profondeurs marines, c’est au plus creux des champs, des vallées, de tous les continents que « La condition humaine qui contient toujours tous les possibles » ira nu-pieds, libérée, pour s’égarer dans la découverte de couleurs surgissant au-delà des frontières invisibles, comme on dirait au-delà des Monts de tous les Désirs.

Mourir comme un art (1ère partie)

Ecrit par Luce Caggini le 05 décembre 2015. dans La une, Ecrits

Mourir comme un art (1ère partie)

Dire au revoir à ma mère plusieurs fois c’est chaque fois me donner une condition de nouvelle naissance. C’est pour cette raison que je consacre une résonance de plus à ce chapitre.

Magie d’une méditation colorée, agitée de note musicales, d’ondes murmurées dans le creux des reins, le poème symphonique Mort et Transfiguration de Ri­chard Strauss transcende un inaudible ri­tuel de paroles et prières dans un arti­fice de quatre célébrations sonores scandées sur une peau de mouton des Andes aménagée comme « la Route 66 » qui mentionne sur son tracé : ici odes et nymphes de la muerte se sont enivrées de nombres in­finis, des chants de désir­s surpris dans leur métamorphose, risquant à tout moment de malmener mé­moires­, nuées et débris de lune miroitant dans la froide image d’une hu­manité noire et rouge.

Dans le miroir de ma chambre un agrandissement du miroir pendait du plafond et me renvoyait au bleu des cieux de R. Strauss. Un instant inquiète, je fus assez vite prise d’un bonheur prodigieux ; je vivais une ascension douce et vertigineuse à la fois.

Agitation onirique dont je fus un moment distraite par défaut de pouvoir imagi­ner le mariage vie et mort rassemblé en une seule couleur.

Abasourdie par le départ de ma mère, traversée de plein fouet par un cratère, je me nourris­sais des mémoires de ses gènes ; cela me plongea dans un tel état que je pus me sen­tir naître mille fois en une. Mon émotion fut innommable.

Une fois encore je surprenais dans mon corps une mise en marche dans une mécanique impossible, une cassure intenable, une perte partagée de mon rapport à la vie. La clôture d’un monde me prenait au dépourvu.

L’événement devenait substance.

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