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Dans Saint-Sulpice la Rouge, un ange de pierre pleurait

Ecrit par Luce Caggini le 28 novembre 2015. dans La une, Ecrits

Dans Saint-Sulpice la Rouge, un ange de pierre pleurait

2 rue Palatine, l’adresse du lieu le plus éclectique de la religion donnant un sens giratoire à la myriade d’Américains venus visiter un repaire de relais non identifiés. Une rue de belle sonorité comme les cloches du credo. Place Saint-Sulpice : un énorme monastère parisien. C’est là que je vais aller me perdre en priant le ciel de prendre le relais de Dan Brown.

Les premiers pas me font perdre la notion du monde de dehors.

Un air de tranquillité en suspension.

Effluves de la pureté.

Envolée sereine.

Algues musicales géantes perdues entre la nef et le déambulatoire.

Mélopée amoureuse dans les tours.

Les vapeurs d’un monde musulman nourri de haine se sont évanouies dans la toute puissance velouteuse d’une grande église.

La prière rêvée des pierres échappées d’une abbaye.

Je suis dans la cité de la paix, à la source, je peux aller nu-pieds.

Un sourire s’ébauche sur mon visage.

Décence. Silences.

Vendredi. Ensanglanté. Ineffaçable.

Ecrit par Luce Caggini le 21 novembre 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Vendredi. Ensanglanté. Ineffaçable.

Il était une fois une France heureuse.

Vint un vendredi du Malheur où les roulettes de l’effroi se sont surpassées à faucher une jeunesse innocente, joueuse, joyeuse, un funeste vendredi peu soucieux d’ensanglanter le pays.

Nos amis n’ont pas eu besoin de prendre un bus, le chauffeur de la mort est allé à leur rencontre.

La stupéfaction, la colère, les pleurs, puis un murmure : « Donne-leur le re­pos éternel, Seigneur, et que la lumière éternelle les illumine ». Était-cece qu’ils auraient voulu entendre ? Je ne sais pas. Ce n’est qu’une pensée douce d’accompagnement, un chant de sérénité pour les arracher à l’épouvante de leurs derniers instants avec une brassée de Fleurs silencieuses.

Ah ! Combien je voudrais me couper des mots empestés de colère, faire re­naître la réalité d’avant, parce que c’était mieux avant, sans tout ce qui fait lever les yeux sur tout ce qui entre dans le wagon du métro, tout ce qui bouge un peu trop vite.

« Dio Vi Salvi Regina » en procession, assis en rond, en masse, sans dis­tinction d’appartenance, avec les familles éplorées qu’un colonel Massoud, le lion du Panshir, aurait pu psalmodier juste pour monter en sérénité au plus haut des cieux d’une planète en alarme.

Une plongée au fin fond d’une humanité en pleine tempête soumise à des dis­tributeurs de vies et de morts, dans les eaux floues d’une poignée de reli­gieux corrompus, venus de l’enfer, travestis de lin souillé à vocation meur­trière.

Innommable quatrième prière avant d’aller tuer les jeunesses du Bataclan, les promeneurs attardés dans les rues de Paris au nom d’une religion de la décapitation, de la flagellation, de la lapidation aux accents écailleux.

Le drapeau de l’Islam dans le ventre en miettes de Paris.

Heureux les croyants musulmans qui n’ont pas marché sur les pas de la sourate ouvrante et pénétrante « Au nom d’Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux. Louange à Allah, seigneur de l’univers. Le tout miséricor­dieux, le très miséricordieux, Maître du Jour de la rétribution. C’est toi  que nous adorons, et c’est toi  dont nous implorons secours. Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru ta colère, ni des égarés ». Les Egarés ? c’est-à-dire nous, Les Juifs et les Chrétiens.

Rome était magnifiquement nue pendant l’aventure du mortel incendie de ses murs mais Rome nourrie du lait de la louve mit les morts dans la même maison de la Cité et pleura avec les loups.

Sous l’empire du choc, du traumatisme de chacun de mes sou­venirs d’avant, les bombes sous les paniers de légumes du marché d’Oran (personne à ma connaissance n’ayant traversé la guerre en Algérie dans un fauteuil de cinéma) dans l’effroi, dans la surchauffe du tremblement de mes idées, la main invisible de l’envers de la vie, main aveugle, main de la mort, de la guerre de cent ans, des images s’agrandissent comme des taches.

Dans les forteresses des horreurs, j’ai peur.

Où donc est passé le Troisième Homme de Camus ?

Ecrit par Luce Caggini le 14 novembre 2015. dans Ecrits, La une, Littérature

Où donc est passé le Troisième Homme de Camus ?

– Bénédiction d’un ciel amusé de la modernité émise par un au­teur oranais pour montrer un monde réaliste empreint du génie du christianisme en dehors du miroir munificent de la magie méditerranéenne.

Après Kamel Daoud, il faudra une autre guerre de la parole pour montrer à nouveau comment une même invention peut puiser impérialement immensément dans l’âme humaine un don de transposition imputant un élan de mort intentionnelle ou biaisant un geste de « roumi » prévenant une montée de racisme tout en étant mentalement monumentalement magistralement ingénieuse­ment ingénument pris en flagrant défaut de misère humaine.

Intentionnellement, c’est en oranaise née en Algérie française ve­nue en métropole pour la première fois à quinze ans, avec étonne­ment et peu de joie, que j’écris cette partition arabe (valable seulement si Kamel Daoud me le permet), prémisse d’une pensée géométriquement opposée redisant avec émotion le passage amoureux du plus bel empoisonnement, dû au soleil, au plus dan­gereux péril, je veux parler de la grisaille parisienne.

– Mener un marin en ballade sur un radeau ondoyant entre trois réalités mi­teuses réglées par avance, périr dans un accident de voiture me­nant un auteur rigoureusement nu et rasé de près mi­roitant dans les eaux algériennes fut le coup de malentendu le plus rude d’une carrière tondue de près par un Dieu pas très regardant sur le ­cœur d’un homme blessé par le volant d’une Facel Véga.

Même mort le troisième homme eut l’art de parler sans émettre un son surtout quand l’aumônier eut un geste plein de larmes.

Dès qu’il disparut, à mon grand étonnement, emportant dans sa soutane les cris de son pardon, je le sentis délivré de son crime.

Le jeu était en fin de course.

Dante n’avait pas prévu cette descente : Le checker de Travis Bickle

Ecrit par Luce Caggini le 07 novembre 2015. dans La une, Ecrits

Dante n’avait pas prévu cette descente : Le checker de Travis Bickle

Quarante huitième et sixième.

Columbus Circle.

Sixty third and Broadway.

Je regarde Taxi Driver pour la première fois ; probablement la seule sur la planète à ne pas l’avoir vu à sa sor­tie en 1976.

Un « checker » jaune avec une bande de damiers noirs et blancs qui se prenait pour un char de combat menant une offensive contre l’enfer des morts de Dante, « whores, skunks, pussies, buggers, queens, junkies », un jour viendra où une bonne pluie lavera les rues de toutes ces saloperies. French quarters.

Je prends Un café et une salade de fruits avec Betsy et Travis.

Le coup des« beaux yeux »c’est du réchauffé mais la musique de Bernard Herrmann est une offrande.

Vertige salutaire, évasion providentielle.

Temps d’arrêt pour faire l’impasse sur le tourment des bannis des errants. Ce ne sont plus les juifs mais les autres, ceux qui circulent d’une frontière à l’autre, la peur importée, le visage rétréci par l’angoisse, la fatigue, l’essoufflement de la déroute.

… « négro… un nègre »des mots cinglés…

« C’est à moi que tu parles ? ».Les syriens vous le demandent.

Confucius au jardin des plantes

Ecrit par Luce Caggini le 31 octobre 2015. dans La une, Ecrits

Lettre à un ami inconnu qui « s’amuse avec le temps »

Confucius au jardin des plantes

Monsieur le Barde de l’Aratasca, cédez aux petites lumières de la ville, soulevez le voile rongeur du jour éphémère et… « souviens-toi d’oublier ».

Tête à tête sur un texte de Simonu D… celui qui avait écrit Vous savez que vous êtes de Lévie, si

Mais une amoureuse de Chine ne regarde les toits des maisons que par-dessus les montagnes pourpres de la Corse en-dessous de la lune, juste pour voir les paysans murmurer les secrets de leur village autour de la cheminée.

Je me hasardais à poser une question après une longue hésitation : « un brou béant »… qu’est ce que c’est ?… Parce que je n’ai jamais vu un brou béant et je ne suis jamais allée à Lévie.

Alors, Simonu a répondu à ma question avec la photo d’un petit morceau de sa vie. Même en la regardant bien, je ne sais pas encore si c’est une photo ou une image ou peut-être même une étape vers une sortie d’élection ! Diminution de ses forces, excavation par simple appel du large, empereur chinois mis en quarantaine… est-il en état d’échapper aux serres fragiles qui le retiennent pendant qu’un souffle sec a jauni les feuilles censées le protéger ?

Entre le moment où le brou va être à nu et le noyer entrera dans la mue de sa fin de floraison, son vert aura-t-il la même couleur d’âme ?

Quand « on s’amuse avec le temps » à Lévie, faut pas cesser de se recycler.

Imiter le brou béant c’est même un relatif dilettantisme d’élitiste faisant un clin d’œil au cœur d’un petit moineau au milieu d’un vol allant du centre de la terre vers une autre planète avec une amplitude médiane puisant ses sources et dansant sur les crêtes de l’Alta Rocca.

Né dans les eaux vives du milieu du siècle entre les pierres chahutées par les vents, au cœur des noyers, parmi les octobres, surpris dans les reflets d’un ciel photographe pendu aux quatre coins d’un village oublié par des millions d’étoiles oublieuses de tout ce qui n’est pas étincelant, Simonu est allé en soliste humer un peu de la belle humanité dans des sentiers pensés à l’insu des unités temporelles.

Ses amis, que Messiaen appelait les artistes, les oiseaux, peuple chanteur narrateur, ont murmuré un jour un conte de parenté au maître de Aratasca, ce lieu où le temps se retourne, qui le prendra à témoin pour lui dire : tu es un intemporel pris dans le partage d’une mémoire ardemment articulée entre le jour où tu as ouvert les yeux sur la Zinella et le jour où l’une de ces fieffées rafales d’Archigna, pendant lesquelles tes amis-oiseaux interprètes de la musique pure du ciel ne souffleront mot, car même un sphinx-colibri courant la sauge sait marquer un temps de pause pour un ami… une sacrée rafale, disais-je, mènera ta muse au plus haut de l’Alta Rocca.

Alors, Simonu, entre vous et moi qui ne nous sommes jamais vus mais qui manipulons les montées et les descentes de l’Arménie et du Monte Cinto un peu comme des enfants de la balle mûris au Sud du monde animal, armés de la même chance qu’une buse avec son œil de buse comme Dieu ne l’aurait jamais fait, a déjà commencé une histoire vieille de deux mille ans dont tout le monde chrétien sais que ici et ailleurs communiquent.

Per Certo, poème de Erri de Luca

Ecrit par Luce Caggini le 24 octobre 2015. dans Ecrits, La une, Littérature

Per Certo, poème de Erri de Luca

Permission du poète inattendue, périple avec un « Aller simple ».

Quatre lignes dans une mesure à six temps.

« Per Certo

So per certo che in natura tutto e sopraffazione

vita concimata a morte,

pure il fiore,

pero il fiore mi fa dimenticare la certezza »

Per certo… uneinjonction à celui qui face à moi douterait, le ton du commandeur, bref, portant dans un pli à deux mesures la charge d’un militaire dans un camp de bleus en tenue de violettes. Un principe de mutation entre per et certo, comme une mesure de rédemption, une mise en demeure, une montée vers une voie médiane petitement ramifiée à la vie.

Est-ce que mes mots désignent vraiment ce que je sens dans cette langue que je fais mienne comme un mirage sur une route chauffée à la couleur d’une Sienne brûlée par la magie du verbe italien ? Risques de ne pas ressembler à l’image que je vois, pari d’un mélange de règles que​ l’écrivain amoureux de sa langue pourrait mettre au panier.

Mémoire d’un mur de lamentation moiré d’un ciel marbré, l’un de ces marbres vert et noir qui sont au pied des autels de la mère patrie de la belle Italie.

En quatre lignes une résonance de six petits coups de pied dans le ventre de la mère… Sopraffazione, un bouffi, soufflé, ballonnement d’un inconnu prêt à bâfrer, vomir.

Même le ciel mettrait une salve de plomb dans le cul de l’humanité…

Concimata a morte, mélange de matière pourrie dès la naissance jusqu’à médiation avec la nature artistique d’une fleur… Pero il fiore… Les mains en offrande dans l’attente de la douceur prêtes à recevoir l’ondée d’un ciel imagé sous la miséricorde d’un Dieu dégagé de ses instruments de pénitence qui mettrait les empoignades du Roi des amants de la Certitude dans un état de médisance mutée en Reine de l’Indigence humaine.

« Avec certitude

Je sais avec certitude que dans la nature tout est abus

vie engraissée à mort,

même la fleur,

pourtant la fleur me fait oublier la certitude » (traduit de l’italien par Danièle Valin)

Palmyre… les pierres meurent aussi

Ecrit par Luce Caggini le 17 octobre 2015. dans La une, Ecrits

Palmyre… les pierres meurent aussi

Fiuminale Suttanu… Ce qui pourrait être un village a la réalité d’une pierre révélée par une mélopée, une vérité polyphonique chantée par quelques-uns dans la chapelle de San Ghjiseppu.

Inaccessible aux zozos épris d’évasion sous les tropiques, Fiuminale Suttanu est un lieu gardien, une âme secrète, un rendez-vous en deux mots pour suspendre l’horreur d’un jour à Ankara, les mains coupées des petits voleurs d’Arabie Saoudite, les viols des femmes nigériennes, les égorgeurs de l’islamisme, les discours vaseux des spécialistes de l’incompétence, l’arnaque des Beltracchi qui voulaient « se glisser dans la peau des peintres voulant faire les tableaux qu’ils rêvaient peut-être de faire »… les fièvres tardives d’un Jean Daniel revenant sur le fait que Michel Onfray, comme Camus, est le fils d’une femme de ménage, décelant le danger qui menace M. Onfray : oublier sa mère.

Fiuminale Suttanu c’est croire qu’il existe un lieu où les lumières surgissent comme des herbes folles, un lieu sans code postal, pour une poignée d’hommes, seulement accessible par les marcheurs sur des sentiers, où les pierres parlent la langue du vent, des vieux sarments, et si par chance le nez levé vers la lune il est possible qu’une bonne odeur de café vienne comme une bénédiction…

Mais pour « juste une trêve de cinq minutes pour un petit café » il faut s’entraîner à mourir, à vivre l’impossible de la paix, se souvenir qu’une fois en dormant volets ouverts, on a reçu la lune en pleine tête, se joindre à l’impossible d’un Bataille qui « ne cherche plus en effet de bonheur : je ne veux pas le lui donner, je n’en veux pas pour moi. Je voudrais toujours la toucher à l’angoisse et qu’elle en défaille : elle est comme elle est, mais je doute que jamais deux êtres aient communiqué plus avant dans la certitude de leur impuissance ».

Alors dans un état où l’on échappe à la pesanteur, s’effaçant devant les images sanglantes des égorgeurs, échappant aux lamentations des femmes devant leurs enfants massacrés, se redire les mots oubliés d’une terre d’ailleurs : Hippodrome du Caroubier… Une chéchia ? Qu’est-ce que c’est ?… Charles de Foucauld – Un père blanc – … Une croix dans les dunes… Glenn Miller joue à Mostaganem… Arabes de l’autre côté de la Mer… Aux sources de la Tafna… Passerelles dans la région du Sersou…

Alors seulement, les genoux écorchés par les ronces, enivrés des parfums des lentisques et des chèvrefeuilles, posant le pied sur la première pierre de la chapelle de San Ghjiseppu transportée par ces hommes épris de la renaissance d’un hameau sans habitants, vous pourrez regarder un ciel-​patrie…

Mais alors « Si je dors, qui me donnera la lune ? »

J. S. Bach : Partita en mi mineur. Petite musique d’eau vive

Ecrit par Luce Caggini le 10 octobre 2015. dans La une, Ecrits

J. S. Bach : Partita en mi mineur. Petite musique d’eau vive

Sarabande attachée à des milliers d’heures, des milliers de relances de « mi » étudiés, ces inséparables de douleurs adoucies.

Transcription.

Toute une vie sourit, s’effiloche.

Un rythme.

Une voie s’ouvre… une fêlure.

Sueurs sur le corps.

Mais son cœur bat toujours un peu.

Ce n’est pas cette mère que je connais.

A quelle lumière demande-t-elle consolation pendant cette montée mystérieuse dans un entre-monde ?

Trois lettres nous séparent déjà, en suspension. Je ne sais plus rien de toi. Sur le pas de la chambre, une hésitation, un coup dans le cœur, un dérapage mais je sais que je t’appartiens.

Les mots cognent.

Je cherche dans une source sauvage un courage d’amour alors qu’une part obscure mord ma chair.

Ineffaçable vision, couleurs absentes. La fenêtre d’une misérable pièce qui ouvre sur rien, où sans ton consentement sans le mien, ce rien t’empoigne dans tes dernières heures de misère.

J. S. Bach « Message retrouvé »

Ecrit par Luce Caggini le 03 octobre 2015. dans Souvenirs, La une, Ecrits

J. S. Bach « Message retrouvé »

Je crois être née comme un mythe au premier moment d’entre vous les hommes. Après quelques tartes en pleine gueule dans un ciel divisé en classe touriste et classe affaire, les yeux toujours mi-clos, je défaisais les plis de ma chemise de nuit, et courais nue dans ce siècle sans savoir que la nudité en tout genre est une arme de papier.

Errant parmi les clandestins les ardents les coquins les étrangers dans la pénombre de l’égalité pendant que des pachas aux commandes, des putes se fabriquant des syndicats, cette moi, aspirée par les modes majeurs mineurs des symphonies pour un nouveau monde en yiddish en arabe, voyait s’évanouir un Christ historique, flottait à découvert, assouvie de tous les avenirs, liée au chaman divin réparateur, divinisant murs et mots dans un accord parfait en mémoire de ma logique à quatre dimensions.

Le ciel pendait de tous les côtés.

Il y avait longtemps que les talmudistes talmudaient, que les moines fondaient en méditation sous leur capuchon, que les nonnes se jetaient à plat ventre les bras en croix sur les dalles de marbre, que la voix des muezzins résonnait dans le ciel d’Al­lah, tous intermédiaires, tous missionnés, tous savants de la Pa­role.

Alors parole image saintes ou pas, fallait bien aller à la source sous peine de magnifier un Dieu ménagé, engagé, nourri, empri­sonné uniquement par les artistes.

Á mon avis les gardiens de la mythologie grecque eurent des relations innocentes charnelles miraculeuses avec les raisonneurs des sentiers de la connaissance immensément ingénieux pour avoir été réalisa­teurs, cinéastes du monde américain, agitateurs de « nominés » ingérables, centres de magie démesurément gentillets sans autre talent que celui de musarder dans les agences du monde les mieux rétribuées.

Arrivée sur terre comme l’oiseau s’élance encore tout chaud d’un rêve in­achevé, nouveau-né au­tant dans le rêve que dans la réalité le cœur encore léger, mais déjà pris dans un violent affrontement, bout au vent, flairant les brumes menaçantes en­traver son essor remet à plus tard une mort, je tra­verse mon histoire comme une vie artificielle.

Oran… Juillet 1962

Ecrit par Luce Caggini le 26 septembre 2015. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Oran… Juillet 1962

Berlin, Jéricho… les murs s’écroulent.

Les hommes, les trompettes et le reste les ont achevés.

Perdus dans les airs de la renommée, les inégalités du monde terrestre meurent dès que le peintre radieusement les purifie de sa lumière.

Leur barrière de vie se dissout dans le marasme des petits univers inégalitaires de rêve, dans la ruée des portions d’images de pacotille nées des incongrus sans poésie qui sont venus les décrocher.

Les « murs » ont mille et un yeux de pureté qui dégagent la matière de la pesanteur, de l’extraction de la pierre pendant la construction des visions du peintre, comme les paroles silencieuses qui diffusent plusieurs paroles, les unes sacrées, les autres chargées des rêves rendus opaques par des nuées de mouches de la détresse en dépit parfois de la couleur de la roche.

Comme un peintre face à une toile vierge, comme un écrivain avant de penser un élan ou de réaliser ses premiers doutes au mépris de sa condition de diseur de mots joint les deux miraculeux petits riens qui font le Mur des Lamentations ou le mur du son, réel ou virtuel, ils misent sur les gens qui passent comme le mur de Planck unissant des particules d’oxygène à un petit haut-parleur sans courant électrique.

A mon grand étonnement ni les rages ni les cris de douleur de la multitude médiatique charnelle croyante ou non-croyante ne firent le point sur ce monde d’assemblage de parpaings ; silence de la pierraille lessivant la rue de tous les cris de ses rôdeurs de nuit où des millions de mots ont laissé leurs miasmes dans les fissures là où des millions de prières pensées, hurlées murmurées écoutées ou envoyées par intention se sont offertes en chœur.

Un crieur des rues insolent ou mendiant peut générer soit un miracle soit déclencher une émeute, un mur de prières c’est une entité entre quatre murs, une munition de haut-parleurs sans voix et sans bégaiement.

La vieille dame ferma les yeux, fit glisser la paume de sa main le long des murs de sa maison, les embrassa avant de refermer doucement la porte devant ceux qui allaient s’approprier historiquement sa maison natale.

Au même moment le Père Cadas verrouillait la porte du presbytère.

Impression d’un peintre devant un mur de pierre.

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