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Nietzsche ! Tire-toi de la planète des singes

Ecrit par Luce Caggini le 13 juin 2015. dans La une, Ecrits

Nietzsche ! Tire-toi de la planète des singes

Comme nous, les singes ougandais sont en danger. De la même façon que les voleurs d’Arabie Saoudite se voient couper leur main, nos cousins de la forêt sont pris dans des pièges.

En quelques années de tergiversations, les plus grands Sages nommés par d’autres grands Sages, en un mot, en deux ou en mille, ils ont donné à Vincent Lambert son droit à la mort.

Mère porteuse ? Ou mère avisée de ne plus compter sur sa participation dédiée à aider son fils Vincent au trépas ?

Même Reims dans son sourire à l’Ange s’est mis à pleurer, car ni Vincent, ni mère, ni père ne purent venir à bout de l’homme de Cro-Magnon imparfait mais doté de conscience suffisante pour prendre une décision aussi conflictuelle.

Mille et mille pages de relecture bues et mutilées au coin de la Sagesse ne suffiront à contredire « neutralité, absence de parti pris à l’égard de la vie dans son ensemble ».

Ma règle de survie se plaît à traiter de héros les deux évadés de la forteresse de Clinton, particulièrement ingénieux, certes démunis d’une belle pureté d’âme, vulnérables mais épris de vie également, assez pour rendre ridicule le gouverneur de l’État de NY jusqu’à le faire crapahuter dans les souterrains et les tuyaux du plus grand état pénitencier de niveau de sécurité maximum des USA.

Heureusement, dans la petite histoire des radotages des incompétents ministres de Sarkozy, il ne manque pas de mousmé pour parler de journalistes « merdeux » !

Encore une chance, ni un artiste comme Anish Kapoor, ni une algue filamenteuse asphyxiante ne pourront jamais élire un Président des Arts ni en Europe ni en Orient.

En revanche, mes projets de mutation, ma mise en marche de réalisatrice médiatrice, de troisième emploi des mirages de l’art des nuls me place en marge de la crétinerie du Directeur des Jardins du Palais Versailles me mettant à l’abri de toute publicité, dont rien ne vaut la peine de rire ou de pleurer.

Nietzsche ? Où ranger l’immense parti de la Suspicion ?

Ecrit par Luce Caggini le 06 juin 2015. dans La une, Ecrits

Nietzsche ? Où ranger l’immense parti de la Suspicion ?

« En somme une espèce d’artistes osés et téméraires, magnifiques et violents, volant très haut et s’élevant très haut, qui durent d’abord les premiers enseigner à leur siècle : le siècle de la masse – la notion d’artistes ». Mais malades…

Je vous avez lu. Je vous avez cru.

Il y avait donc un creuset où puiser un men­songe, où le vrai devrait s’inventer dans une cité pour ceux qui savent, accessible seule­ment aux fous de Dieu ?

Je désirais que cet avant-moi s’estompe doucement sans me faire mal, qu’un après-moi prenne place, toute ma place dans mon ventre en descendant paisi­blement comme une sphère bienfaisante délicate, petit à petit je sois fleur, étamine, ruisseau, petite fleur des champs, feuille de géranium, as­phodèle ou oiseau.

J’aimais ce mot : mé-ta-mor-phose.

Je le sentais dans chacun de mes gènes, entre deux gestes, dans le son de ma voix quand je l’éprouvais pour être aimable har­gneuse, directive, sèche ou totalement neutre. Toutes ces facettes qui peuvent me convenir ou m’assaillir, me contiennent autant que je les gouverne.

Agitée inondée piratée par le mot, le jour où j’ai découvert mon corps n’est pas le jour où je découvrais ma chair. Mon corps me conseillait le meilleur, ma chair en faisait les frais. Dans le même temps ma raison n’était ni du côté de mon corps ni du côté de ma chair ; un autre corps fait d’une matière, soit exilée, soit secrète, invisible, douloureuse aussi, avait son mot à dire.

Étant in­transigeant avec l’unité de ma nature il fai­sait de métamorphose une petite réalité honorant une initiative comparable à un point d’orgue.

Étourdi du vacarme des colères et des cou­leurs des dieux de l’enfer je devais retrouver l’univers secret, l’abri où la douceur des vibrations atténuées, où les demi-teintes deviennent mutantes, où aucun langage n’est connu, où les sons ne pour­raient être dé­chiffrés que par moi, où la lumière s’invente, où se mou­voir est ma­gie, où les poussières n’ont plus d’hostilité, où impuis­sance est belle comme un retourne­ment dans l’extase.

C’était un avant-moi ou un après-moi ou peut-être le moi qui n’avait pas su exister.

La violence de la déchirure où m’avait en­traînée cette cruelle découverte révéla un état de ma personne où s’effaçait une réalité pour laisser place au mot apartheid tatoué sur une chair rêvée d’être sans être, où une trans­mission flottante différente de toute matière connue était si nouvelle que ne pou­vait en jaillir qu’un être neuf.

Ascension : Un centième de seconde entre intemporel et complément d’enquête

Ecrit par Luce Caggini le 30 mai 2015. dans La une, Ecrits

Ascension : Un centième de seconde entre intemporel et complément d’enquête

Pendant un moment j’ai été inquiet et puis Christ est venu me prendre dans ses bras, c’est alors que mon corps a été abandonné et que je me suis senti en pleine joie.

J’aime ce mot : métamorphose. Il s’agite dans chacun de mes gènes, entre deux gestes, dans le son de ma voix que j’éprouve pour être aimable, hargneux, directif, sec ou totalement neutre. Toutes ces facettes qui peuvent me convenir ou m’assaillir me contiennent autant que je les gouverne.

Métamorphose d’un galet !

Des millions d’années et d’apprentissage ; des vagues de vagues incessantes, inaltérables, croissantes, mugissantes, ordonnées, éparpillant des milliards d’idées folles à la surface d’un petit géant pris dans le flux d’une omerta pensante et jurant de ne jamais plus être virée de la côte.

Agité inondé piraté par le mot métamorphose, le jour où j’ai découvert mon corps n’est pas le jour où je découvrais ma chair. Mon corps me conseillait le meilleur, ma chair en faisait les frais. Dans le même temps ma raison n’était ni du côté de mon corps ni du côté de ma chair ; un autre corps fait d’une matière soit exilée soit secrète, invisible douloureuse aussi, avait son mot à dire. Étant intransigeant avec l’unité de ma nature il faisait de métamorphose une petite réalité honorant une initiative comparable à un point d’orgue.

Je me suis mis à faire les quatre cents coups.

Je disposais de mille strates de ma composition.

Depuis le plus profond du puits je voyais les couches nourricières assombries, volumineuses, ventrues, gonflées de tendresses, hérissées d’anxiétés, gloutonnes, scandées de recommandations, éclaboussées du sang des agneaux, animales, végétales, battantes de joies naissantes inondant mes draps de larmes affamées, ivres, ouvertes comme les pages innocentes et vides de savoir, sages à me faire périr de peur de ne jamais revoir le soleil.

Au fur et à mesure que je grimpais le long de ces parois, une apparente simplicité du jour en gestation s’offrait à mon esprit enhardi par un petit rai de lumière.

Comme un galet nageant dans les eaux corses sans présenter de musicales montées d’adrénaline, organisant mes variations en fonction du temps, je présentais tous les symptômes d’un galet pensant.

Mon initiative musclée mais centrée sur un seul point mit le mot image en plein cœur de ma mère.

La Cantabrie est une maîtresse sans pitié, Jean Christophe Rufin

Ecrit par Luce Caggini le 23 mai 2015. dans Ecrits, La une, Littérature

La Cantabrie est une maîtresse sans pitié, Jean Christophe Rufin

J’avais vécu de beaux endroits

Je m’étais brûlée de soleils sur de belles terres

J’avais parcouru des champs d’émotions

Les unes joyeuses, les autres graves et attristantes

Et puis, ce fut tout (Luce Caggini)

 

Quand on referme le livre de Jean-Christophe Rufin, on peut se demander par quelle méprise on devient pèlerin de Compostelle. J’avais déjà une bonne raison de lire Jean-Christophe Rufin quand je découvrais qu’il était né à Bourges. Cela me venait de mon entrée en sixième au Lycée à Oran. En ces temps, chaque élève devait écrire sur une feuille où elle était née, la profession de son père ; un coup d’œil sur ma voisine me laissait émue, admirative comblée de chance car elle était née à Bourges ! ça m’avait l’air d’une singularité, d’un événement heureux qui devait m’accompagner pendant de longues années.

Bourges… Oran, ça fait 1829 km… Huit cents kilomètres ça valait bien le détour par Compostelle.

Monastique, mondialiste, maraudeur mais magicien des rires et des larmes de tout un peuple de motards et de routards marchant et mourant du désir de mettre fin à des murs de monstruosités de médiocres rangées de ciment aux abords des villes, Jean-Christophe Rufin nouera les meilleurs liens de sa vie réalisée en petites étapes entre crasse, douches, pieds puants, ongles en deuil, mirages de la foi et ordures des vases communicants entre pipis et cacas de la nomenclature d’un genre « Vie et Mort d’un académicien bourré de talent et d’humanité ».

Dans ce récit pittoresque mais dépouillé de mysticisme, Jean-Christophe Rufin agite le monacal mystère de la pureté des moyens du magique Chemin par deux ou trois antiennes musicales dont le motet le plus chanté serait… indésirable miracle de la Passion du Christ puni de s’être fait interpellé dans un champ de marguerites et mis à mort sur la romanesque musique de El camino le célèbre tango argentin.

Monsieur Rufin, un Jacquet ? Qu’est ce que c’est ?

Il y a bien d’autres choses sérieuses à dire sur le Chemin parcouru par Jean-Christophe Rufin, mais ceci n’est qu’un modeste billet où j’ai volontairement évité la critique intime, les passages où il me paraissait qu’il effleurait Teilhard de Chardin, où l’humanitaire, le philosophe, le poète, l’inspiré pudique, le scientifique à l’écoute du monde, le critique d’un siècle où la masse et l’un jettent la confusion dans l’âme et l’esprit de l’humaniste font de ces 273 pages un petit code d’honneur et d’espérance pour l’Un et l’Autre.

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

Ecrit par Luce Caggini le 16 mai 2015. dans Ecrits, La une, Religions, Actualité

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

« La fondation Al-Kawakibi, dont l’objectif est d’organiser un Forum mondial pour une réforme islamique en 2016, a été officiellement lancée mardi 21 avril. Pour marquer le coup médiatique, un débat a réuni sur une même scène le philosophe Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, et Alain Finkielkraut, “dont les positions critiques sur l’islam et les musulmans ne nous laissent pas indifférents” ».

Manifestement même la brillante conférence de deux brillantissimes érudits tels deux aigles empanachés, musclés, puissants et merveilleusement empruntés de courtoisie n’a pu venir à bout d’un rituel sans aucune autre armure miraculeuse que la médaille de Lourdes.

Rimant tous deux avec médina et yashiva ils n’auront pas été intimement chagrinés par le même Dieu dans ce passionnant marathon duo des frères ondoyés par la même intention : montrer leur magistral amour de la vérité et leur partage entre marginalité et analogie de redimensionner la planète entre deux mondes animés par des artistes de génie, deux méthodiques manières de parler de l’islam et la vanité des religions révélées. En effet agneaux et loups ne peuvent co-générer deux amants et deux amantes sans perdre leur identité.

Agneau divin, Agneau araméen, Agneau adrénaline, Agneau cépage contrôlé, Agneau nombril, Agneau Adonaï, Agneau andalousé, Agneau muselé, Agneau répudié, Agneau endormi, Agneau purgatoire, Agneau panthéonisé, Agneau naphtalisé, Agneau purifié, Agneau peinturluré, Agneau muet comme une montagne de moines en pénitence, Agneaux armés de munitions angéliques montrant leur dorure parcimonieusement, Agneaux mendiants errant parmi des milliards de morts, minaudeurs rageurs et courtois, Agneaux murés et mugissant de douleur miraculeusement purifiés au milieu d’un monde immonde ruminant le même mot répété des millions de fois par des milliards de moribonds minés par leur marabout, leurs idolâtres argentiers nomadisant d’un puits de pétrodollars à un mur de purifications avec un maître-mot, Dieu.

 

http://www.saphirnews.com/Al-Kawakibi-Ghaleb-Bencheikh-Alain-Finkielkraut-le-debat-en-video_a20726.html

Quattrocento Corse

Ecrit par Luce Caggini le 08 mai 2015. dans La une, Ecrits

Quattrocento Corse

Être agneau ou loup

Amante ou madone

Centenaire ou nubile

C’est un pari depuis que je suis mariée à Ajaccio.

C’est un magnifique pari de Dieu sur Terre :

Danser, chérir, unir, chanter, magnifier.

Musique et art mugissent dans mon corps.

Je suis un menuet surpris sous l’empreinte de Dieu.

Un petit Dieu qui m’aurait laissé à peine le temps de prendre quelques clichés, juste assez longtemps pour faire quelques pas ensemble.

« Pourvu que je danse » disait-il.

« Ça ne se refuse pas » répondit l’ombre.

A midi, les soleils de nos pays ne laissent aucune chance à ceux qui cheminent, à aucune ombre vivante. Les cimes et les plaines ne font aucune différence.

Souffle court, muscles endurcis, droit devant soi, oreille tendue, la main dans la main, il faut désapprendre. Les cœurs avaient saigné mais aucune de ces traces ignobles sur le pavé ; les vents, les chants, les sables avaient pris soin de nous faire croire que le Temps avait réparé.

Un grand étonnement, un étonnement à laisser un homme en état de marche, à avancer, seulement avancer et entre chaque pas un savoir-faire en forme de célébration.

Cet été-là fut comme une vie recommencée. Ce fut avec ivresse que cet été-là fut en même temps localisé à NYC, sur la côte algérienne en Espagne, à Paris, en Corse. En chacun de ces lieux le même mot prenait un sens différent, écrit dans l’intervalle des images qui se construisaient et se détruisaient avant de s’installer ailleurs.

Méditation au fond d’une tasse de café

Ecrit par Luce Caggini le 02 mai 2015. dans La une, Ecrits

Méditation au fond d’une tasse de café

Je sais Salomon, je sais, tu n’aimes pas que je t’appelle Schlalm, d’ailleurs, m’as-tu jamais entendue ?

Je serre ta tête entre mes cuisses et le roi est à moi, tu es face à mon sexe, tu fermes les yeux, mais je sais que même comme ça, tu me vois, ta barbe enflamme ma chair du haut en bas, c’est ton geste d’allégeance, c’est mon orgasme qui monte.

Entre béréchit et Thora, prières et shofar, tu as en a vu défiler des mots divins.

Un ciel sans shofar serait un ciel bruyant de sons bruts réglés par les morts, de magnitude mille e tre mais le shofar d’un ciel réanime aussi bien les morts que les vivants en montant des murs de magnitude en mille e mille notes de silence.

Étais-tu un vraiment rabbin ou ce présomptueux magicien de la médina travesti en chaman de la brousse ?

Ça m’aurait manqué.

J’ai appris avec toi… tu as été ma yeshiva qui baise. Tu as transformé mon salon de thé en synagogue avec neuf autres comme toi et vous vous tous êtes agités en hébreu.

Il fut un temps de mon enfance où j’entendais les enfants des voisins chanter : « le petit jésus allait à l’école en portant sa croix dessus son épaule, c’est pour toi, c’est pour moi que jésus est mort en croix ». Avec mes cousins nous avions fait de ce refrain un jeu où il fallait se jeter à plat ventre les bras en croix.

Plus tard, j’ai entendu dire que Dieu pouvait tout. Faire des choses que les hommes ne pouvaient pas faire, punir, exaucer et même appeler les gens qu’on aimait près de lui. Et là, on pleurait tous beaucoup.

Quand notre grand-père est mort, je leur ai dit : allons pleurer sous les chaises de la salle à manger, les housses nous protégeront.

Une image silencieuse sous nos pieds repliée…

Le temps a passé.

Un très long temps.

J’ai appris, désappris, suivi les uns, semé les autres, partagé leurs pensées parfois, leurs nuits souvent, déconcertée toujours par les premiers rayons d’un jour peu soucieux de dissiper avec violence l’enchantement des mots de la chair, ceux qui ne quitteront pas cette partie de mémoire logée dans mes reins. Et ce qui me surprend le mieux c’est encore l’oubli de l’autre partie de ma mémoire coincée dans ma tête.

On l’appelle Christ… « Carré blanc sur fond blanc »

Ecrit par Luce Caggini le 25 avril 2015. dans La une, Ecrits

On l’appelle Christ… « Carré blanc sur fond blanc »

Il y eut, il y a, il y aura jusqu’à la fin des temps le montreur d’images mondialement connu ; il mène le petit monde de la peinture en musique et en croix. C’est un agitateur sans chair et sans os, son corps n’est jamais essoufflé, il est munificent, manipulateur, empreint de la grâce des Adonis du genre humain, vascularisé, oxygénéisé, engendrant la foi et la mort, musicien et peintre initiateur de générosité et d’amour.

C’est Christ traversant la mort et la vie du réel au virtuel.

Il régit le monde artistique dans un afflux de jeux vitaux où le temps s’est barré. Il éclot de partout à coups d’hommes, à coups d’archet, à petits coups de reins dans un bruissement plein de luisances encore et encore… Par secousses légères, timonier à la manœuvre, galérien et magicien, danseur et musicien cloué à son destin de chair pulvérisée.

Amené vif, pris dans les filets d’un ensemble de signes, né quelque part dans la dureté entre gels et suffocations, Kasimir Malevitch naît le regard en dedans de lui, déminant les objets de manière à pulvériser les matières en nombres parfaits retombant dans un ordre divin. Kasimir Malevitch est un montreur d’ondes christiques dont les peintres ne se sont jamais remis.

Tenir un tableau de Malevitch en main, coller son nez sur la toile c’est faire une plongée dans l’univers d’un soi qui se mettrait à grimper le long du fil alors que le cerf-volant agité de vents violents est perdu dans les nuages.

L’art ne se repose pas : un pas de coté, un déplacement plus rapide et c’est une anarchie armée de marques araméennes qui donnent à la toile du Russe un départ vers un monde en partance pour arpenter les marches du crucifié démystifié, inaudible, invisible ondoyant entre Kief et l’amitié du chaman, dans la partie musicale des empreintes numériques de « l’étranger » des objets en dépôt marqués des magiques mots : Ici terre magnétique menant au paradis de la couleur.

Partir à la pêche et trouver Dieu

Ecrit par Luce Caggini le 18 avril 2015. dans La une, Ecrits

Partir à la pêche et trouver Dieu

Ma tête se vidait graduellement, sereinement, méthodiquement de souvenirs épars. Riches un temps, ils avaient perdu leur intensité, persuadés de leur légèreté, de leur caractère dépassionné, mais ils se tiraient sans culpabilité, fondus et confondus dans une matière marmoréenne, imputée à l’oubli, décolorée, désodorisée. Ils se vidaient de leur époque, se détachaient de leurs liens, pénétrant dans des lieux totalement inconnus incommunicables géographiquement ignorés du monde de ceux qui savent. Ils avaient décidé de se liquider sans souffrance, sans assistance, seuls de leur espèce, donc ils mirent les voiles.

Moi je les devinais se dissolvant de l’autre côté de la mer pendant que sur la rive où je me trouvais j’étais dans une province redécouverte. Ma tête me consentait un métronome à remonter car même mes joies et mes peines mouraient de douleur. Cet événement était survenu comme ça, sans qu’une seule de mes fibres n’ait eu le temps d’intervenir.

Aucun intervalle pour une hésitation.

J’avais épousé NYC.

Je m’étais reconnue dans ses avenues autant que dans son « Village », dans ses transports underground où je croisais les Noirs, les Blancs, les Asiatiques, les Latinos et tous les autres. On mangeait des donuts et des bagels. On était le centre du monde dans l’insécurité et le tourbillon de la vie.

J’avais épousé Chicago, la ville de tous les vents, parcouru des kilomètres dans son métro aérien the El. Les rives du lac Michigan avec leurs sables et leurs genets m’avaient fait perdre la tête surtout quand j’ai noté que l’Illinois avait la forme de l’amphore de l’Algérie, c’est-à-dire celle de ma tache de naissance. Mes œuvres avaient été honorées à North Western University à Evanston.

J’avais dansé avec mes amis african-american au « Green Mill », visité toutes les boutiques du « Magnificent Miles ».

J’avais lu Naissance dans sa presque totalité, un kilo et trois cents grammes sur l’estomac, j’en étais ressortie étourdie et trouvé que Yann Moix avait la tête d’un Maure.

De Singapour je suis encore sous le coup de l’enchantement.

Pourtant la Cité de tous les Dragons était inculte, conventionnelle, débarrassée de ses anglais dont elle avait conservé le côté club chic, avec ses esclaves philippins elle avait une indécence et une suffisance que la richesse régit avec les bonnes manières de l’arrogance et la même impudence que les lingeries intimes dévoilent sur la peau des jolies femmes. Rien de vulgaire dans les grandes artères soignées de cette ville assainie, avec ses piétons bien élevés, ses beautés raffinées sur leurs hauts talons. Pas de sentiers boueux. Un luxe nourri de subtilités acquises ou retenues. Une sécurité légendaire. Je m’attardais dans ses petits restaurants indiens. Entre jute et soie, flamboyante et sans chair avec un parc de rêve, telle fut la vision que je gardais de cette luxuriante cité tandis que j’arpentais la surface moquettée de son immense aéroport.

Pétrarque : Passion Chrétienne. Sonnet III du Canzoniere

Ecrit par Luce Caggini le 11 avril 2015. dans La une, Ecrits

Pétrarque : Passion Chrétienne. Sonnet III du Canzoniere

Ultime croisière dans un monde irréaliste médiatiquement pulvérisé par le vol de bourdons assoiffés de pouvoirs.

Imitons les grands compositeurs de musique : Même eux mûrissent les sons avant de leur donner un nom ; car les mémoriser c’est avoir déjà magnifié une donnée sans l’avoir jamais énoncée.

Quand un musicien de génie oralise une centaine de notes, il a dû mener un aller-retour de toutes leurs composantes mouvantes, puisant dans les ramures de la harpe céleste un ton petitement mesuré car accords musicaux, mesures complètes, miracles et péages du ciel à la terre sont rarement traités numériquement dans le même ordre dans les mêmes normes chez tous les musiciens. Ardentes musiques dans la tête, vies et morts dans le corps, magie et artifice sous la plume.

Les harmonies puisées dans le monde nuageux des croix du sacrifié de Dieu dirigent en chef d’orchestre une géométrie intégralement rigoureuse appelant le compositeur à ignorer jusqu’au sens de la composition pour introduire une partie de la croix dans les arpèges du chant des mouettes qui volettent au-dessus de sa plume.

Dans la mémoire du grand Plutarque il y eut un jour un réel coup de passion exaltée par la beauté du visage de Laure. Pendant que l’ardeur de son amour grandissait générant un choc de grande intensité, amoureux mais engourdi par cette rencontre, le vieillard mit Dieu en contentieux et invita Laure à communier un instant avec le géant divin.

Il y eut instantanément un croisement étrange et magistral de minuscules cristallines numéraires gagnées par le mouvement des ramifications des trois canons de la mosaïque : Passion, Douleur et Résurrection.

Imaginant beauté, musique dans un même miraculeux médium de misère et de munificence, mourant d’unification et de médiumnité, le vieil homme amoureux analyse une vie sous les trois aspects de l’Amour inaltérable et sacré.

Reliant magie et crucifixion, navigateur dans la nuée des réseaux sociaux, il sillonna des montagnes d’oreilles et de bouches avant de murmurer aux médias de la planète : « Christ est prisonnier de dieux fous armés de toutes les maladies des discours religieux ».

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