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Forêts

Ecrit par Mélisande le 04 juin 2016. dans La une, Ecrits

Forêts

J’ai vu un chevreuil vers Rochepaule dans les bois.

Il a dévalé la pente de hêtres, et traversé telle une apparition, un chemin forestier évité par les engins à moteur. Puis un autre au retour, mais celui-là m’a regardée fixement dans les yeux, le temps de compter jusqu’à trois. Yeux cernés de noir, pour mieux souligner l’intensité de sa vision, et sans doute, tentait-il de lire mes intentions, car j’ai senti dans ce regard une forme de sonde venue de l’invisible, une interrogation profonde posée en silence sur la vraie nature de mon être.

Mais il faut aller loin pour fuir les rafales offensives des « Attila du dimanche », ceux qui flouent la belle forêt-cathédrale, avec du bruit et de la puanteur. Il faut s’éloigner des hommes pour que le silence déploie son amplitude « orchestrale », et verse en nous d’intimes messages. Il sont cachés dans le bruit du vent, le parfum des lilas et des genêts, qui nous adressent un réconfort subtil, avec cet espèce de souffle océanique puissant, quand la forêt se cherche des parentés maritimes… Ramures et feuillages s’unissent alors pour apaiser le cœur blessé du pèlerin, qui tente de passer à gué le feu vif de ses saisons. Il suffit d’observer les hêtres pour que le monde retrouve sa vraie architecture : patiente, silencieuse, ascensionnelle, bienveillante belle et solidaire aussi ! Regardons l’amoureuse façon qu’adoptent les arbres pour prendre, parfois, appui sur leur « voisin », afin d’être aidés dans leur démarche d’élévation vers la lumière. Puis de s’en séparer pour vivre en solitaire leur trajectoire, sans pour autant le quitter « du feuillage ». Il paraît que les végétaux communiquent, se préviennent d’un danger, s’organisent en chœur, dans un merveilleux silence habité, connecté, ignoré des humains patauds !

Il faut se hâter d’admirer le cœur battant ce que nous avons perdu, prisonniers d’un monde imaginaire et mort, otages d’une coupure dramatique. Mais il suffit de percevoir l’épuisement des citadins et le sourire enfantin des promeneurs en forêt pour sentir que tout n’est pas perdu : car nous sommes tous un peu « arbre » nous qui cherchons en secret l’enracinement loin dans la terre, puis la lumière, désir puissant commun à l’humanité, et qui souffre de ne pouvoir se dire à haute voix.

La mort aujourd’hui

Ecrit par Mélisande le 21 mai 2016. dans La une, Ecrits

La mort aujourd’hui

« La mort aujourd’hui devant moi, comme un chemin après la pluie… »

Je vais mourir demain, dans quelques jours, quelques saisons et quel soulagement ! Accéder enfin au ciel sans rester dans la case « terre », quel bonheur ineffable ! Quitter tous ces langages, ces abandons, ces rendez-vous manqués, les croche-pied du diable au pauvre hère qui prie et demande grâce ! Enfin ! Le silence, la paix, la beauté à l’infini ! Quelle guérison ! La mort on en réchappe de justesse par quelque grâce du ciel, puis on la souhaite ardemment après avoir lutté contre elle, alors que l’on a été aidée, aimée par des voix puissantes qui nous exhortaient : « Reviens ! » Mais aujourd’hui, elles ne sont plus là, elles disent : « Va t’en ! Si tu veux, je vais te donner mon avis sur ta future adresse ! » Poliment, gentiment certes, mais personne n’ouvre plus les bras pour accueillir ton martyr ton calvaire, et les mains s’atrophient à force de ne pas serrer quelqu’un sur le cœur épuisé du nageur ! La mort est feu follet, elle circule de l’un à l’autre sans état d’âme comme si elle prenait possession, d’un corps d’un cœur, puis s’en allait, s’en revenait ! La politesse quand il y a eu l’amour quel crève-cœur ! L’amour est cruel quand il est absent d’un cœur, il dessèche sur pied celui qui en face attend… Il tue sans flèche sans curare, juste avec son absence. Il tue proprement l’amour absent, simplement en n’émettant pas.

Voir l’homme que l’on aime plus que sa vie, en aimer une autre, est une forme de sadisme de Dieu tout à fait irrespirable. Parce qu’infiniment, indéfiniment, on va le chercher, le rejoindre contre son gré, le chercher encore et malheureusement le trouver, comme si un labyrinthe sadique nous proposait l’exact chemin qui va tout droit vers notre calvaire.

Alors « La mort, aujourd’hui devant moi, comme la guérison d’une maladie, comme un retour à la maison après une longue absence ».

Jette un regard froid sur la vie sur la mort

Ecrit par Mélisande le 14 mai 2016. dans La une, Ecrits

Jette un regard froid sur la vie sur la mort

« Jette un regard froid sur la vie sur la mort, cavalier, passe ton chemin »,William Butler Yeats

Que nous soyons voyageurs impénitents dans le temps ou dans l’espace, en guerre ou en paix, nous nous demandons toujours si l’espérance et la force de la vie vont, malgré la fatigue, en découdre avec ce brutal chagrin né de l’époque : l’homme répudiant Dieu, comme un parjure blême qui aurait trahi tristement mais fermement le nuage d’or léger de la vie, cette facétie céleste inutile au regard du vacarme ici-bas, s’est ridiculisé, dans l’avoir, la possession, il a voulu s’installer, perdurer, et s’est engoncé dans l’ennui absolu, la lourdeur et le bruit des corps, l’odeur surtout… Pas vraiment l’épiphanie !

Alors l’hésitation, comme une pluie fine de mai choisit avec résignation de devenir déluge pour nettoyer le mensonge en l’homme, car il faut s’éprouver, et se perdre sur le chemin âpre pour revenir en vainqueur, ressentir l’écorce et le cœur des arbres dans ce monde blessé, délaissé. Chez ceux qui malgré leur nuit torve, ont su en ce monde semer quelque chose de vrai, dans la transparence de l’intention, solitude rêche, larmes vives au creux des reins, verticalité des êtres, accrochant comme une lumière dans la maison sombre, un cri d’amour, il y a du rouge, il y a des arcs-en-ciel déployés dans l’azur, c’est sûr ! Mais c’est peu, mais c’est rare.

Voyage en Irlande

Ici les cimetières sont des lieux vivants : collines douceâtres entre ciel et mer où tous les amours aliénés réduits au statut terrestre d’esclaves semblent parfums éthérés, existences évanouies sur la route, car il pleut toujours sur les âmes des forçats qu’ils soient amoureux, répudiés ou errants comme des fantômes. Les herbes folles, les fleurs, même si elles ne se sont jamais senties aimées, donnent du col et se jettent dans l’azur comme des pythies. Elles disent leur bonheur d’être à la racine des pierres, entre la vie la mort, en équilibre précaire sur la frontière du temps, blessante comme le mensonge. Qui dira l’indignité dans laquelle se maintiennent les êtres humains, oublieux des vœux célestes les plus chers dont ils sont issus ?

L’Irlande c’est la terre des damnés, la terre des victimes, bourreaux d’eux-mêmes, dans une démarche paroxystique de « Sortie au jour ». Ces grévistes de la faim, qui sous l’ère Thatcher s’enduisaient d’excréments ! Si loin de Dieu, si loin du Dieu de l’Irlande qui est esprit bleuté, verdoiement de la vie et de la lumière, si loin du ciel ! Se croisent ici la haine du dominant qui était incarnée pour l’heure en femme : « Dame de fer », mais aussi la soumission tragique à ce même dominant, incorporé dans leur chair, au mépris d’eux-mêmes et de leur être divin, jardin céleste, où Dieu nous a fait naître dans la perfection de son amour.

Rire en la demeure

Ecrit par Mélisande le 24 octobre 2015. dans La une, Ecrits

Rire en la demeure

Avez-vous remarqué l’état des êtres dans leur narcissisme masturbatoire ? Ils s’aiment au-delà de toute limite et se contemplent, leur vie durant, sans la frontière d’un « Fou du roi » humble et juste, qui serait capable de dire : « Ya basta ! ». Alors on assiste, alors que notre faim de vols migratoires par-delà la mort est immense, à toutes sortes d’injonctions qui ne font l’apologie que d’un petit être satisfait. Il a posé ses frontières autour de lui-même et il veut nous faire croire à l’universalité de ses propos ! Il nous plonge dans l’odeur pestilentielle de ses culottes, croyant nous combler, mais nous sommes, depuis l’enfance, bien au-delà…

Car c’est Noël et sa désespérance qui nous ont éduqués au livre inhumain des êtres, et c’est ainsi que s’est forgée notre foi, comme un parfum d’infini, incaptable par les chasseurs… Celle, la Dame, qui espère quelqu’un dans un au-delà, un en-deçà, un lieu vierge de tout bénéfice secondaire, quelqu’un qui souffrirait en silence de ce merdier invraisemblable… Alors que tout l’automne, dans son silence, est or et amour infini…

Il oublie au passage et le ciel et le vent, que l’on prie instamment de bien vouloir chasser sans fusils ces identités sans apport, ces êtres sans perspective, ces espérances blêmes au front de nos détresses et de nos espoirs. Ils sont incapables de ressentir quoi que ce soit, mais ils mentent au fronton de nos questions, au visage de nos tragédies, ils sifflent et font entendre leur voix terne de fausset, car il est rare l’être qui a croisé sur son chemin la vérité faite homme.

Evidemment, dans cette grande nature, cette matrice cosmique silencieuse et opérante qui nous entoure et qui nous geste, et pour le lièvre qui déjoue sans arrêt le dessein meurtrier de ses prédateurs, et pour la biche et son petit qui n’ont pour projet existentiel que de fuir avec élégance et souplesse, les gras défenseurs du territoire, en immobilisme frontal et cependant guerrier, pour sauver leur peau, il y a rire en la demeure…

Est-ce que ceux qui ont peur savent encore rire de leur angoisse ? Est-ce que ceux qui chassent se rendent compte de l’inanité de leurs coups mortels, et dépassent la guerre, ce vœu désaccordé et disharmonieux dans l’univers de l’Amour ? Amour, un univers dont les frontières dépassent de loin le Verbe des humains avares…

Mon cœur ouvrait les bras, je n’étais plus barbare…

Ecrit par Mélisande le 12 septembre 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Mon cœur ouvrait les bras, je n’étais plus barbare…

Qu’y a-t-il dans le cœur de l’homme ? Un petit être bien conforme, qui se cache, qui dissimule sa vraie nature divine. Il la dissimule tant et si bien, que l’on ne voit apparaître de lui que le petit tyran esclave d’un dominant si envié, qu’il n’aspire secrètement et en toutes circonstances, qu’à devenir lui. Mais où est l’amour dont il fait parfois preuve ? Il est comme le diable, il prend des allures pour séduire mais il est loin du rivage de l’être, il a du mal l’amour en l’homme, il a du mal le divin en l’homme…

Regardez ce qui se passe en ce moment avec ces hommes qui fuient la mort et la destruction, ils ont parfois des nourrissons dans les bras ! Avez-vous remarqué le message : ce sont des gens qu’il faut accueillir avec amour et reconnaissance, parce qu’ils ont, eux, opté pour la vie. Il y a parfois une caméra qui s’attarde sur le visage angélique d’un petit porté par des parents exténués, au bout du rouleau : son petit visage serein et rose exprime une forme de confiance absolue, celle de ses parents : ce sont des messagers de paix d’amour et de vie. Il faut les accueillir avec révérence et leur offrir le meilleur : notre amour sincère. Ce sont eux qui vont nous faire évoluer : ils arrivent sourire aux lèvres, prêts à mourir ci-devant. Ils apportent vie espoir clarté dans des contrées qu’ils investissent positivement sur un plan imaginaire, contrées qui se doivent de revenir à la compassion et à l’amour. Oui l’Allemagne se rachète d’une barbarie inédite au 20° siècle, elle se rachète mais le rachat de l’âme, la rédemption sont des pierres sur le chemin de l’amour et de la vérité. Madame Merkel est une femme et une mère, sans doute a-t-elle été bouleversée par quelque chose, dans son être profond, derrière ses fonctions politiques… Qu’elle ouvre un chemin nouveau, notamment aux Français si ingrats ! Nous sommes devenus fermés, égocentriques, nous sourions avec difficulté et outre nos proches, rien ne semble retenir notre intérêt notre attention. Nos maisons, nos villages sentent le rance et la mort, nous crevons tous dans notre matérialisme et une hypocrisie qui nous rendent laids, affreusement laids. Nos propos sont au bord de l’évanouissement de toute intelligence et nos flux d’information flattent la pulsion de meurtre qui ne demande en nous, qu’à s’exprimer en toute impunité : regardez cette journaliste hongroise qui s’en donne à cœur joie en faisant tomber ces réfugiés, par un croche-pied, ceux qui fuient la police, enfants dans les bras… Ceux qui leur font des croche-pieds, qui les rejettent avec un sadisme diabolique, ceux-là devront payer : plusieurs vies d’exil, de souffrance par rejet et non reconnaissance les attendent. Oui bien sûr que l’époque du nazisme outre qu’elle s’est dévoilée historiquement et réalisée concrètement, est cendres sous le feu vif de la haine dans le cœur de l’homme, qui ne demande qu’à revenir !

Un ailleurs au goût d’ici

Ecrit par Mélisande le 10 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Un ailleurs au goût d’ici

On change d’ailleurs comme on change d’état d’être : il représente l’inaccessible, et se transforme en statue morte si on le touche si on l’atteint si on le capture, et la proie ficelée comme un rôti qui en résulte, n’est au fond que ce qui reste de cette avancée en haute mer que l’on nomme le désir, même si nous nous hâtons vers les sorties de secours, à chaque moment de liberté…

Ne demeure alors qu’un petit être ramassé dans les filets de ce désir de maître pitoyable pour l’esclave, et qui étreint en secret le cœur de l’homme, faute de mieux, faute de « Zazen » diraient les Bouddhistes. Car l’Ailleurs n’est que pour un temps quelque part. Chez un être par la grâce de l’amour, dans un pays, par la grâce du désir de partir, de découvrir, de se mettre en route, sabots levés dans le galop poussiéreux et aigu de la vie.

L’ailleurs est d’or, il est sacré en l’homme, et nul ne peut refouler son représentant terrestre avec ses murs, cela est aussi ridicule que de vouloir faire rentrer le ciel dans une cuvette, où l’on aurait peut-être avant vomi cette bile qui a remplacé la fraternité dans nos pays riches…

L’ailleurs, c’est le grand Autre, qu’il soit l’espace, qu’il soit le temps, il prend un jour naissance dans le cœur de l’esclave, et c’est son âme divine qui l’exige. Elle veut faire voler en éclats les blessures aigues et l’indignité qui ont ruiné depuis des siècles les battements de son être, et cette âme au service de l’ailleurs, oriente doucement et fermement, la vision de son regard toujours au loin dans l’azur, puisant là-haut nourriture pour ses poumons, de l’air comme la preuve intangible du grand manque : la disparition programmée de l’Ailleurs dans le cœur de l’homme.

Car ne confondons pas : cet ailleurs au grand espoir que l’on veut faire rentrer dans son être, dans son espace individuel, et celui qui s’échappe toujours : Il n’est jamais éteint jamais atteint, car son existence est la respiration de l’être libre en nous, celui qui n’est plus astreint aux règles humaines du dominant/dominé, celui qui vole, dans les cieux illimités de son propre dépassement.

Et ça, coco, c’est pas une bonne nouvelle pour les voyagistes !

Il faut y aller camarade, il faut le vouloir pour s’en trouver changé, transfiguré, devenir « ailleurs » soi-même.

Beau voyage !

Dans les marais de l’être

Ecrit par Mélisande le 20 juin 2015. dans Ecrits, La une, Musique

Dans les marais de l’être

Il n’y a aucune alternative : il faut se taire et écouter, car la musique est en deçà du sens et découvre en nous des terres lumineuses, mais aussi des espaces obscurs : Ils se lèvent et drainent le sable d’or de fin de juillet, les mousses verdâtres de novembre, mais aussi la mort dans la lumière de décembre, avant de soulever comme le corps de l’amour les espérances blêmes de mars.

Et quand finalement la terre s’agite et tue promptement, avant de redevenir mère qui donne naissance, tout est dit pour qui sait voir, dans le silence absolu d’un langage lumineux de vérité. Quel être a accès au langage silencieux des tempêtes et aux tremblements du piano sous les doigts de celui qui lit la partition tragique du compositeur ? Il s’est tu finalement, mais les notes crient, hurlent, et blêmissent dans l’ardeur de son silence, quand dans le ciel les oiseaux y reconnaissent familier quelque départ de feu, et qu’ils répondent en chœur au fil suggéré de l’amour, mais aussi quand les esprits de la forêt se mettent à la portée de cette étrange voix qui leur rappelle que la vie était belle et pure, avant d’être déposée dans le creux historique des mains calleuses de l’homme.

Si bête dans son uniforme étriqué, si beau dans sa tragédie d’amour quand l’amour s’est absenté de son être et quand il cherche hagard ce qui pourrait lui ramener la pluie, l’arc en ciel gratitude extrême des nuages enfin accordés…

Là où l’humain, gnome poussif, est minoritaire, absent à lui-même, absent des esseités des saisons et déserteur du Beau-en-Tout

Mais qui sait lever l’ancre, n’importe quelle encre au sommet aigu de sa demande éperdue ? Sauvez-moi, qui que vous soyez, sauvez-moi, menez-moi à l’essentiel de ma voix de mon être, permettez-moi, Ô Dieu des vents contraires et de la musique, permettez-moi d’aimer, comme « Le bouquet qui se dénoue », dans le poème d’Aragon… Avant que la mort ne vienne, comme la délivrance, le passage dans l’autre pays, l’ultime frontière.

Voleront alors en éclat les frontières blafardes des humains qui pensent arrêter un désir avec un mur, un désir de vie, de liberté, un désir au risque de la mort, et ce pays où tout le monde est enfin convié, invité, pressé, ce terme frontalier qu’on appelle la mort, comme une égalité universelle enfin retrouvée, cette obligation cosmique, qui ramène chacun à reconsidérer et le temps et l’espace et l’Autre, mon frère, ma douleur, mon autre moi-même, ce pays qui me contraint comme un rayon de lumière, à enfin sortir des gonds de cet horrible égocentrisme, cette sécheresse de la mort en plein bocage de la vie, ennemi, hostile, flèche meurtrière dans le cœur de l’amoureux : un marécage noir où se décomposent et la beauté et l’être et l’amour…

Ce pays du silence où tout ne sera enfin que musique et amour, nous nous y pressons, frileux et déterminés.

« On peut enfin sortir sans laisser les lumières allumées »

Ecrit par Mélisande le 11 avril 2015. dans La une, Ecrits

« On peut enfin sortir sans laisser les lumières allumées »

J’ai décidé de monter parce que la vallée avec les bouchons et le bazar, c’est bon… J’ai cherché des châtaignes, à Lamastre, en pleine Ardèche, mais ni au Leader Price ni à l’épicerie il n’y avait de châtaignes. Ils reçoivent des produits d’ailleurs qu’ils vendent, mais des châtaignes, non : il faut aller au Gam vert, route de Desaignes, ou alors à la Chataigneraie qui comme son nom l’indique est entourée de châtaigniers « en veux-tu en voilà », mais est fermée jusqu’au printemps…

Le Leader Price de Lamastre, tenu par des épiciers bien ardéchois, issus de la mondialisation quand il a fallu s’adapter, et devenus un maillon de la chaîne des épiceries discount, acceptent tout juste mon chèque, alors que le numéro de ma carte bancaire s’est pulvérisé dans ma mémoire, après 8 heures de collège… Je rétorque mal assurée que « on n’est quand même pas tous des bandits… » Mais ça ne suscite pas vraiment d’approbation. Et quand je cherche par-dessus mon épaule, les regards des gens qui font la queue derrière moi, je ne capte qu’ennui, voire totale indifférence à ma défense de l’Humain intrinsèque, dans ses qualités ontologiques de « Bonté Humanité Honnêteté » indéracinables.

Ça va que je suis une femme blanche, qui commence à dater, identifiée socialement, sinon le chèque de 11,80 euros ne passait pas : « vous comprenez les banques… Et puis l’an dernier j’ai dû débourser un certain nombre d’euros… » Tous mauvais, tous unis dans le mauvais… Les Zautres, ceux qui sont pas chez eux chez nous et d’ailleurs : « On n’est plus chez nous… » Ce « chez nous » a une odeur un peu nauséabonde, ça sent le moisi et le ciel se demande comment diable il peut continuer à être aussi bleu, à veiller sur ces gens qui se regardent en chien de faïence, et qui ont le cœur aussi sec… L’Ardèche c’est quand même, dans certains cantons, 30% au Front National à toutes les élections, et ça ne respire pas l’ouverture… Je décide d’appeler le crédit agricole à Saint-Félicien, à peu près 1200 habitants, ma banque depuis 30 ans, jamais braquée…

A souligner, car c’est rare en Ardèche… si vous avez un masque de Mickey qui traîne… une banque où des gens qui ont un certain âge, et des économies parfois sous les matelas, peuvent vous demander devant l’écran et sans vous connaître de faire leur code à leur place. Ça m’est arrivé, et j’ai dû engueuler la veille dame pour son absence de méfiance. Bref je leur explique : « mon code… y a pas moyen de me le renvoyer par SMS, je suis à 20 km ? » « Oui mais non, si ce n’est pas vous… » me rétorque sans humour la gente demoiselle, style « je m’emmerde alors j’applique le règlement jusqu’à la torture des clients… » « Mais puisque je vous dis que c’est bien moi, la dame, dans l’auto, pas encore avec un fusil mais ça pourrait venir… » « Ah ! Non ! Non ! Ah Non… » « Bon, eh bien envoyez-le moi par courrier, d’ailleurs j’en profite “puisque je vous ai” pour vous donner ma nouvelle adresse… » « Ah ! mais non, me dit la fille (payée pour cela), il nous faut un justificatif de logement… Et de toute façon, ça prendra huit jours ». Alors là j’ai commencé à ne plus trouver les choses si drôles… j’ai perdu mon calme. Juré, quand j’ai le temps, je quitte le crédit agricole pour une banque en ligne, j’irai au front, j’argumenterai…

Adieu

Ecrit par Mélisande le 10 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Adieu

Les Russes m’ont toujours retourné les sens : aujourd’hui ce sont les frères Oleg et Alexei Navalny qui passent par la fenêtre de l’actualité…

J’ai foulé la terre de Russie il y a 24 ans, et j’ai pleuré quand j’en suis partie : dans le silence, ils sont l’inverse de nous : reliés aux profondeurs de l’être, à la vérité mystique des choses, ce qui leur est proposé aujourd’hui, la mafia ou et la guerre ne sont que des épreuves temporelles, tragiques certes, une bataille de plus à mener dans la prostitution généralisée de la lumière, car cette époque est un chaos qui salit tout sur le passage des satans d’opérette.

Je sais que le temps du martyr est venu pour les mystiques : ceux qui ne trichent pas, qui offrent leur poitrine aux balles de l’adversaire : je veux dire qu’ils n’ont pas peur de mourir !! Cela fait partie du chemin…

J’ai entendu et j’ai vu et j’ai lu : qu’ils soient écrivains, musiciens, peintres, ils sont, par essence, en relation directe avec l’Inspiration Divine, et bien sûr ils souffrent dans cette tragédie matérialiste où l’Homme est dévoyé, prostitué, écrasé dans ce qu’il a de plus léger : son âme… !

Un été de festival en Provence, j’ai vu et entendu le pianiste russe, Grigory Sokolov, dans un temple protestant, peut-être à Lourmarin, dans cette architecture quadrilatère qui n’a rien pour elle : on y transpire quand l’été arrive, il n’y a ni nombre d’or, ni croisement de courants aquifères en sous-sol comme chez les cisterciens, et ceux qui l’ont conçue ont jeté le bébé avec l’eau du bain. Ils ont confondu l’esprit et la lettre, l’institution avec les textes fondateurs, ils se sont trompés d’adversaire…

Tous les maîtres d’œuvre, les architectes éclairés, boutés hors des appréhensions de l’ordre cosmique, alors forcément on est mal. Il ne faut pas traîner quand la mort rôde, il ne faut pas se tromper de chemin, camarade ô camarade. J’ai vu cet homme tout en noir faire corps avec son piano, j’ai vu Un alors qu’ils étaient Deux au départ. J’ai vu l’Unité ô Maître de la musique, j’ai vu ce qu’aucun terrestre ne s’autorise à voir quand il est à jeun de sa vie… Il n’était plus tout jeune, tout de noir vêtu, je l’ai vu transpirer dans cet horrible temple, je l’ai vu souffrir comme les martyrs chrétiens et le silence qu’ils opposaient à leurs adversaires armés… Oui.

C’est drôle comme Don Quichotte s’invite souvent dans nos pensées. On ne sait pas exactement ce qu’il cherche mais sa folie nous pénètre comme le sexe de l’Epoux : il rentre en nous et cette jouissance de lumière nous le fait rencontrer, avec son armure ridicule, et sa lance, et son Sancho, et son Verbe… Peut-être que le moulin à vent n’est que le cycle infernal de nos pensées, cette roue de la fortune, ce rocher de Sisyphe qu’il s’agit de contrer quand la fatigue s’abat sur les reins du  locataire… Peut-être. Il m’a donné à voir quelque chose d’ineffable : comment à force d’amour on devient l’Autre, on devient ce que l’on joue, ce que l’on fait… A force d’écoute et d’ouverture quand le corps et l’âme deviennent sources ruisseaux rivières fleuves qui se jettent en jouissance dans l’océan… Ô Maitre de la musique j’ai vu cela par la grâce de Dieu et j’ai aimé. J’ai aimé à genoux, transpercée comme une victime consentante, muette en gloire j’ai senti en moi cette explosion qui fait voler en éclat la temporalité. Oui par force d’amour, on peut, on peut devenir autre, devenir quelqu’un, on peut se taire et hurler à la fois dans un cri de jouissance que l’on n’est rien, que l’on est tout, et que la vie et la mort comme deux rives jumelles, nous attirent également. Et j’ai remercié.

Bonne année ! Bonne solitude ! Bonne ouverture du cœur à tous !… Dans la paix profonde et l’acceptation. Et le combat.

Au sommet de la médiocrité et de la trahison…

Ecrit par Mélisande le 23 août 2014. dans La une, Arts graphiques, Société

Au sommet de la médiocrité et de la trahison…

En ce mois de juillet où le Dieu ami des êtres a posé un décret météorologique sévère : « grisaille pour tous pour cause de tristesse infinie des cieux », il y a une forme de boue qui déferle, avez-vous remarqué ? Elle torche gaillardement l’été de ses effluves guerrières et grossières, diablement offensives car l’objectif est de salir, de noyer dans la noirceur la dignité ineffable des êtres et de tous ceux qui en ce monde, et dans ceux d’à côté, sont animés de vie brillante, de vie fière, d’une vie tendre qui luit, diamant obstiné dans la nuit obscure de notre quotidien… Et ce noir-là, au contraire de la blancheur, n’est pas le Noir du peintre Soulages ! Non, lui c’est le noir de l’Egypte, « kemit », celui de l’alchimie, son noir est un soir qui donne naissance à la lumière par la transfiguration… Soulages, incompris par ces messieurs, qui ont voix éternelle au chapitre, dans cette classe intellectuelle où tous ne semblent réussir qu’une chose : la consanguinité infertile et nauséabonde par la sodomie consensuelle, comme l’est toujours le désir putride et secret d’être aimé pour soi et non pour l’autre. Cet Autre, celui qui brille en nous dans le grenier de la maison assiégée, c’est le grand détaché, le pourvoyeur de joies grandioses, celui qui nourrit nos poussées de fièvre intenses et brèves comme l’Amour… Cette redondance narcissique et stérile pue évidemment, elle n’intéresse personne et surtout pas les enfants… Car tout ce qui est récupération de la gratuité de l’amour pour engraisser l’ego est amené à être détruit dans un éclat de rire diluvien, même si aujourd’hui il est périlleux de rire, de moquer les vaniteux, les pédants, les tricheurs et récupérateurs, sûrs de leur droit comme morpions accrochés aux poils du cul. C’est Molière qu’on assassine, mais aussi Kundera, et tous les Grands Silencieux, planqués dans leurs rétributions en tant que membres précaires mais anoblis de la classe intellectuelle supérieure.

Et pendant ce temps, des icebergs dévalent dans l’océan comme la verticalité effondrée en l’homme. Avez-vous vu cette jeune Anglaise, en Espagne, 18 ans, pratiquant 24 fellations en public pour quelques copas. Du fond de son vide abyssal, de l’inconsistance absolue de ses parents sans doute, d’une coupure tragique avec l’énergie claire d’un humain réel, représentant symbolique et de la mère femme, et du père homme, elle s’avilit et détruit l’honneur absolu d’être vivant sur cette terre, en tant que créature divine. C’est un cri, une vomissure triste auxquels se prêtent quelques membres du sexe masculin, tout aussi vides, pour dire : « Je ne suis pas » ! Les femmes passent parfois exclusivement par le sexualisé, elles s’avilissent pour être, et cela devrait questionner nos beaux penseurs s’ils sortaient de leur propre contemplation. Le phallus comme dieu tout- puissant, auquel elles pompent un peu d’énergie ontologique ! Ce vide abyssal qui détruit la dignité en l’homme, me rend triste et j’aime que la météo exprime ce que je ressens. Que mes propos ne soient pas ingérés digérés et recrachés par quelques spécialistes, exclusifs usagers de la Parole… Il est urgent de ranimer la lumière en l’homme.

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