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Mozart déferle

Ecrit par Mélisande le 05 avril 2014. dans La une, Ecrits

Mozart déferle

Un jour, j’ai entendu le Requiem de Wolfgang Amadeus Mozart, et sa musique, et je suis restée longtemps en suspens, hésitante entre deux mondes. Je n’ai pu entrevoir le jour qu’au terme d’un certain nombre d’années passées dans ces méandres qui m’anéantissaient et me faisaient survoler dans la délectation celui qui, despote grandiose et redouté, incarne l’esprit flamboyant de la mort qui vient. Wolfgang, le Joyeux le Trivial le Grand Tragique devant l’Eternel… Celui qui a l’envergure de ce qu’il voit, celui qui pleure et qui rit de la grande escroquerie humaine, celui qui en meurt aussi. Percevoir ces mensonges alignés comme des soldats devant l’azur est pis qu’une pointe de curare, et pour y faire face il avait une réponse sublime : la Musique… Mais dans sa musique : la beauté déchirante, l’humain dans sa tragédie, la perfection absolue celle qui laisse sans voix. La musique de Mozart, celle qu’il a composée librement, pas celle qu’on lui a commandée pour qu’il puisse manger, c’est la Grande Ourse, le nord des intentions, le bleu immense froid et délavé du ciel mais aussi le mistral qui détruit ceux qui viennent au printemps, les assignés à l’éternité de la résidence : ceux qui dans l’opulence n’ont jamais ressenti le froid de la vraie solitude, lorsque Dieu, pour un temps, s’est absenté dans l’escalier. Il advient alors que l’être implore et meurt dans le silence. Dans le déchirement d’une existence matérielle dure comme le pavé qui emporta sa dépouille dans la fosse commune. Il est celui qui s’adresse au ciel dans le langage du ciel. Et nous sommes saisis par le souffle tendre de ce jeune homme debout, silhouette intense tremblant de fièvre, accroché à la proue flamboyante de son navire.

Ma cathédrale inouïe qui soulève en chacun la violence tragique et joyeuse de la vie, mon azur tranchant comme l’amour, toi qui avais un cœur immortel d’enfant, au mitan duquel jaillissent encore les sources qui me sauvent la vie.

Bach intense sauve mon être

Ecrit par Mélisande le 11 janvier 2014. dans La une, Ecrits

Bach intense sauve mon être

27 décembre :

La journée a été rude aujourd’hui : j’ai commencé par allumer la radio, et on aurait dit que la terre basculait en son centre et tous les jours mais du côté de la mort et des conneries qu’il n’aurait pas fallu faire mais que l’on aurait faites quand même. Par exemple en Afrique, et au nom toujours d’une suprématie post-colonialiste toujours justifiée, car jamais on ne rendra les armes en toute humilité, volontairement, pour choisir de répondre nus et désarmés à la violence. Car il vaudrait mieux mourir ainsi. On est, en France, en Europe et en Occident, au centre d’une suprématie élevée de la notion de justice qui permet toutes les intrusions, comme s’il n’y avait aucun problème à tuer et à mourir en faisant la guerre, en allant la chercher, en se faisant gendarme offensif, enfin peu importe la terminologie. Tout ça après deux guerres mondiales, un holocauste et autres variations éponymes de notre soif étrange et permanente, de tuer… Il y aurait une érotisation de la mort ici-bas en ces temps, que cela ne m’étonnerait qu’à peine.

La veille, Hollande rend hommage à Mandela : 27 années de prison, jamais un mot pour alimenter la haine, mais artisan martyr du pardon, et vainqueur sur sa propre mort… Docteur « es-transcendance ». Un héros, un maître au sens du dépassement de ses pulsions, au sens spirituel du terme. Mais attention, un par siècle ça suffit. Parce que nous ce que l’on veut, c’est du sang. Alors les héros qui rongent leur frein en regardant pendant 27 ans leurs barreaux alors qu’avec quelques compromis ils auraient pu sortir avant, les héros qui n’en profitent pas sur un plan matérialiste : ils viennent ils meurent on les loue unanimement de façon dithyrambique et puis basta, on continue à tuer, à déclencher en toute impunité des guerres, soi-disant pour mettre de l’ordre…

Si un jour…

Ecrit par Mélisande le 09 novembre 2013. dans La une, Ecrits

Si un jour…

Si un jour tu viens dans ma maison et que dans tes doigts, seule saigne la blessure de l’absence, si un jour tu n’entends plus ces voix qui te poussent à l’équinoxe vers le sud chaud comme tes lèvres aujourd’hui sur ma peau, si la nuit ardente soudain se désole, et te couche comme le lion devant sa mort, alors pars, mon amour, pars vers ce qui est beau, vers ce qui t’attend, toi dont la jeunesse bleue, éther pur, n’est pas encore touchée par le mal la folie le désir de tuer. Ce bain que tu prends, serré dans mes bras dans une muette ardeur, et ce jour qui blêmit dans le sourire doux de ta bouche, toi qui viens du sud où le féminin existe… Une femme passe et te regarde et tu la réveilles comme le rayon, la rosée sur cette terre pour laquelle nous tremblons tous, apeurés par l’absence de profondeur de l’amour en chacun. Et cette guerre affreuse, qui salit tout…

Pars, jeune homme-en-mon-cœur, vers ce qui trace au loin dans l’horizon l’ardent dessein de la vie. Cet éclat me déchire de bas en haut me fait gémir, dans cet automne morne chez les terriens terrés dans les basse-cours leurs demeures vert de gris. Dans ton être il y a un éclat pur, tu sais ce qui est et ce qui doit advenir. Ton pas trébuchant, ta faim carnassière qui vise en douce la voute étoilée du ciel, et se cogne aux meubles de la maison : trop étroite pour un tel désir. Mais ses murs tu les pourfends, pierre lourde sous les battements de mon cœur affolé. Je regarde tes mains. Tes doigts passent sur mon destin comme le chasseur sur son piège : il ne peut s’empêcher de frémir pour sa proie et se laisse prendre à son tour. Méfie-toi de la mort qui rôde sous l’amour, elle te détruira, cyclone ascendant dans sa toile sans espoir ; préserve ce qui en toi est libre et vivant. Le feu la flamme entre nous, c’est un jour, un jour seulement.

Près de la Grande Ourse féconde, des étoiles s’amourachent, puis elles filent… Et nous, sur la terre, comme au ciel…

Musique du soir

Ecrit par Mélisande le 18 mai 2013. dans La une, Ecrits

Musique du soir

C’est une note qui court sur le clavier.

Elle brise le calme apparent d’une vie qui serait là, plantée comme un miséreux sur l’avenue d’une cité blessée par cette coupure entre les êtres. Elle arrive en vaillance sur le piano du monde et l’on respire un bon coup, à cœur fendre. C’est la musique de Chopin, elle nous mène en bateau sur les vagues du monde, tuant parfois la vie l’espoir, elle sait aussi prendre par surprise le moribond revenu de tous les royaumes, flaque de soleil au seuil d’un matin, cavalier fourbu, en lice vers le nord. O mon âme puisses-tu comprendre, puisses-tu sentir l’absence aiguë qui a négligé mes tourments, cette folie qu’elle a fait naître en moi, blessure profonde ensanglantée silencieuse peine éperdue qui se noie dans le verbe. Meurtre impardonnable du bien en tous, gris sur la lumière, voix de fausset, blâme mouillé sur le printemps heureux. C’est l’enfant qui s’affaisse comme une fleur fanée, ô grand néant des êtres.

Il fera jour

Ecrit par Mélisande le 04 mai 2013. dans La une, Ecrits

Il fera jour

Fuite éperdue dans la nuit froide, le sang aux tempes,

Epousant cette course affligeante, le vent

Embaume mon corps du parfum vert des pins.

O géométrie pure des étoiles, azur délicieux vers lequel

Se jettent les hommes qui souffrent !

Martyr des liens sur la peau, et dans l’âtre cette flamme fière et folle,

Car toujours aux portes qui s’ouvrent, s’épand la lumière, fierté du jour.

Ciel de ma vie, bleuté profonde des nuits

Dans la rencontre tu frôles l’extase d’un vol d’oiseaux,

Au loin de la terre.

Et c’est le silence qui suit dans tes bras, la vague douce des baisers.

Course folle loin de ce qui sera. Abrités du mal, nous devenons musique.

Ailes légères, délestées du mal et du chagrin, dans le chant qui s’élève.

Ondes propageant les battements du cœur,

Il y a en nous cette infinie respiration

Forçats du noir humide de l’ennui,

Echappés des caves enfin livrés

Au fleuve tendre du désir et de la vie

Dans la blancheur des intentions, c’est l’évasion mystique

Le grand retour à l’autre

La mort du daim

Ecrit par Mélisande le 20 avril 2013. dans La une, Ecrits

La mort du daim

Sur la forêt planait l’esprit de la mort et l’animal en était : sa fatigue le conduisait durement sur des terres inconnues et nul n’était besoin de résister, car sa chair abîmée prenait du champ. Du bleu du rose, et une infinitude qui l’étranglait, dans le silence pâle de sa solitude. Son regard fixe et figé sur le ciel buvait les forces éthérées des nues, son esprit vagabondait entre mort et vie, et ce voyage dans l’urgence, ces derniers pas fragiles et hésitants, sous les yeux d’amour alanguis du Dieu vivant dans les choses, tout cela avait l’intensité d’une voix qui appelle. Juste quelques secondes pour prendre et donner. Puis crier quelque chose de l’ultime. En ces lieux la mort exposait un jour nouveau : un changement radical aux sources du domaine. Et dans le silence montait une voix, une belle voix de femme. Allégement bienvenu des forces vives, et derrière son regard embué, il lui semblait voir « l’esprit du daim voler sur la plaine.. ». Voyage désiré, comme un baume, sur les douleurs que la vie avait en son cœur infligées. Et la douceur des lieux en ces mains, témoignait.. Des courbes douces ouvraient un champ de paix, ailes déployées, promptes à l’évasion. La fatigue intense de son corps à présent couché sur le flanc, le sang qui dévalait les pentes séculaires de sa vie, la venue au jour de ces printemps successifs qui proposaient une réconciliation, tout cela faisait un bruit tardif. « Trop tard, murmurait-il, trop tard.. »…

Aussi cher que l’or…

Ecrit par Mélisande le 06 avril 2013. dans La une, Ecrits

Aussi cher que l’or…

On m’a dit : « l’huile essentielle de rose est aussi chère que l’or ». Alors j’ai pensé que c’était lié à St Ex, qui, avec son Prince, fût-il petit, avait fait monter les cours… Puis au désert. Et enfin, j’ai suivi le parfum du prix sur les nuées de la mémoire, chevauchant, vent debout, à plat sur l’été, un jour de gloire, un jour « de feuillages au front ». Or et rose ont osé l’essentiel dans un résumé sibyllin, un concentré d’âme qui, au loin, échappe aux cycles éventreurs : ceux qui nous font perdre le nord, si doux, si pur. Intransigeant.

Pas les oiseaux : eux toujours gardent en eux la cardinalité de l’univers. Avec leurs quelques grammes, toutes petites pattes, pas de volume, pas de poids sur la terre comme au ciel, ils savent depuis des milliers d’années ce qu’il faut faire : au bon moment, au bon endroit. Un lieu pour vivre, un lieu pour mourir. Cela se décline en orientations, qu’il fasse beau, qu’il pleuve pendant des siècles, parce que les humains échouent à asservir les autres, et que l’époque est hésitante, troublée, dramatique au front des rois d’un jour… Et celui qui ne soulève pas le rideau pour revenir vers ce nord, sur le dos bien pensé des volatiles qui s’en foutent royalement de nos crises, celui-là perd vite la vie, mais la vie de l’âme, ce qui est bien pire, convenons-en : « Au fond, mon amour, de quoi as-tu vraiment besoin ? » ai-je dit à celui qui partage mon silence : alors je l’ai vu partir sans répondre, il m’a laissé son double éthéré, bien silencieux, son aura et ma question… De quoi avons-nous besoin, ai-je repris, au monde, élargissant ma question à l’univers entier ? De quoi avons-nous besoin pour vivre ? Et ce mot, vous l’entendez comme moi dans sa délicieuse épaisseur, ce mot tout seul m’a donné la réponse… C’est comme s’il respirait.

Le cœur ombré

Ecrit par Mélisande le 09 mars 2013. dans La une, Ecrits

Le cœur ombré

L’hiver est là, frisson glacé

Lumière pâle, fragile aurore

Et sur ma vie, rives bleutées

Surgissent en vain les souvenirs.

Mémoire touchée remue-ménage

Dans les nuages qui s’effilent.

En profondeur, sens-tu les êtres ?

Leur déchirement, leur peu de joie ?

Sens-tu l’hiver dans leurs entrailles ?

Cette tristesse qui les rend lourds ?

Ciel spectral où rien ne brille

Seule la mort, raide froidure

Fait sur ma peau siffler la bise.

Aspire-moi dans ton néant

Soulève au loin la terre si basse

Tenir son rang

Ecrit par Mélisande le 17 novembre 2012. dans Monde, Racisme, xénophobie, La une, Actualité

Tenir son rang

Dans notre société blanche, propre sur elle, on peut encercler un maire qui a ouvert un espace officiel à quelques familles Roms, et provoquer, tout au long de son échine, la peur, peut-être la même que celle qui secouait l’auteur d’Un sac de billes, quand il affrontait, enfant, avec sa stigmatisation d’étoilé jaune, le regard de ceux dont il ne faisait soudainement plus partie, les autres, si jeunes, et déjà si spontanément haineux..

Il faut voir cette vidéo sur Le Monde.fr, et vite passer à quelques douceurs domestiques, sinon, il y a une forme d’inquiétude sourde qui monte, devant cette peste brune qui pointe un fantôme terrifiant car nourri par la haine sèche. Ce fantôme revient sur des ressorts rabâchés, faciles donc jouissifs : la haine de l’autre, rendu responsable de tous nos maux, et cette revendication colère, pour « être servi avant, devant », en tant que Blanc..

La Barque

Ecrit par Mélisande le 09 mars 2012. dans La une, Ecrits

La Barque

 

 

Quand le mal est en toi

Ruisseau acide minant la terre

Qui aujourd’hui s’offre au printemps

Telle une jeune-mariée-fringante-qui-a-su-oublier,

Et qu’il réduit à néant tes efforts

Pour suivre le mouvement de la vie, cette vie qui monte

Comme des mains le long de l’univers,

Dans un cri ample de jouissance,

Déchirant la fragile membrane de l’apparence.

Et que tu n’y es pas.

Fais tes valises, ô, va-t’en !

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