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Les gens

Ecrit par Mélisande le 02 mars 2012. dans Ecrits, La une, Santé

Les gens


« Il conviendrait de ne les connaître que disponibles à certaines heures pâles de la nuit… avec des problèmes d’hommes, simplement, des problèmes de mélancolie ». Léo Ferré.


Les gens, dans les hôpitaux psychiatriques, sont comme des âmes errantes, cachés loin derrière leur souffrance, cette béance de l’être qui est à vif. Nous visitons ici des frères d’âme, qui n’ont pas su engoncer les oripeaux du « moi », cette structure policée de l’être, qui est d’abord un bouclier formaté pour acquiescer dans une soumission déchirante à l’ordre dominant. Ce sont des blessés silencieux du consensus, ils saignent !

Parfois c’est une histoire de vie et de mort ! Déchiré, l’être coincé entre sa demande d’amour, et son besoin impérieux de liberté, se retrouve parfois « Grosjean comme devant », au seuil de la folie..

"Comme un bouquet qui se dénoue..."

Ecrit par Mélisande le 17 février 2012. dans Ecrits, La une, Société

J’écoute le bruit du temps qui est passé, il circule dans mon être comme un fleuve de sang : tantôt vivifiant comme le chant de l’oiseau, parfois épais comme la blessure qui donne au cœur une place démesurée dans l’être. Cet être qui doit chaque jour apprendre à réguler l’ensemble dans  ce temps-espace, loin de l’aurore d’un Van Gogh qui, avec ses démences en couleurs, au plus près, si près de l’univers, saignait dans un silence éperdu. Loin aussi de ces temps anciens où j’ai appris que les ouvriers pleuraient en lisant Les Misérables, comme si l’auteur avait su retranscrire la chair du moment, avec empathie. C’est cela qui sauve l’humanité : la capacité à devenir arbre lorsque celui qui coupe, aujourd’hui, considère chez ce centenaire silencieux, non pas les cercles paisibles de sa vie de sage observateur, mais son poids de chauffe dans le fourneau du néant des êtres…

C’est-à-dire, quand en toute chose on en dénie l’âme.. Il y a une façon de faire, quand on prend quelque chose, un art de ressentir au fond de soi l’humilité, la gratitude, cet embrasement de l’être qui a intégré le cycle vie-mort, dans une paix profonde et consciente, comme la surface immobile d’un lac.. Le regard du loup, qui pénètre en vous les intentions les plus cachées, en regard des hommes qui ne voient rien, eux..

La vraie vie

Ecrit par Mélisande le 13 janvier 2012. dans La une, Ecrits

La vraie vie


L’année commence et nous avons tous le cœur léger.

Quelque départ nous a éloignés de nos démons, un visage perçu dans le récit d’une existence nous a montré que pour tous, le chemin est dur.

Quand on s’approche de son être réel, quand on a de cesse que de vivre dans cette recherche de vérité de soi, le chemin est souvent âpre : même si le bonheur en est l’objectif ; peut-être que ce bonheur, désiré comme une lumière brillante dans le champ de bataille, n’est en fait que le repos, une paix profonde et fertile, dans l’océan des existences devenues enfin vivables par quelque renoncement à l’absolu ?

Cette passion qui nous anime, brûlant tout sur son passage, consumant si vite notre énergie vitale, doit peut-être s’ordonner comme un beau jardin qui deviendrait calme et serein par la grâce du temps ?

Aujourd’hui, il eut été impossible, même au pire cartésien, de mégoter sur la preuve éclatante de l’existence de Dieu. Lorsque cet après-midi, j’ai quitté la maison de Pierre Rabhi que j’interviewais, j’ai été accompagnée tout au long de ma route par un arc-en-ciel cercle parfait. Deux piliers de lumière posés çà et là, à l’orée du monde.

Le génie du mieux

Ecrit par Mélisande le 06 janvier 2012. dans Ecrits, La une, Société

Le génie du mieux

Dans la foule il y a des affamés de tout poil qui ne rêvent que de vous dévorer, cela passera par votre anéantissement, mais qu’importe, ils seront rassasiés.

Dans la foule il y a des assassins en puissance qui se cachent dans des véhicules puissants à multiples chevaux. Au volant desquels il se rêve quelque anéantissement de l’autre, mais alors avec du sang qui gicle, la preuve tangible d’une puissance matérielle confortée.

C’est toujours ça de pris sur le néant : ce visuel symbole de souffrance et d’agonie, qui en fait jouir plus d’un, sous les oripeaux de « Monsieur, Madame Tout le monde » très propres sur eux, court les rues grises de la cité…

C’est ça la médiocrité, cet abîme de l’âme, que l’on soit en bas, en haut : cette obscénité de jouissance, dans la domination brutale et cachée de l’autre : ce gueux qui ne manque pas d’air, et qui n’a pas su se défendre avec nos armes : celles du terrain conquis, des avoirs et de la possession terrestre.

Quand « l’être » est hors d’atteinte, c’est ça qu’ils font, les gens, en douce bien sûr !

Silence dans les rangs de l’époque, car nous sommes tous historiquement d’accord : « Il y a un temps pour chaque chose sous le ciel ».

Tu ne tueras pas

Ecrit par Mélisande le 02 décembre 2011. dans La une, Ecrits

Tu ne tueras pas

Il y a quelques jours j’ai tué un écureuil.

Je ne tue jamais d’animaux sur la route, depuis trente ans que je conduis.

Dans un virage, visibilité limitée, j’ai accéléré en même temps que lui qui débouchait du bois, et sa tête a heurté ma roue, énorme : il s’est agité quelques secondes, j’ai vu cela dans mon rétroviseur, priant pour qu’il meure sur le coup sans agonie.

Avec, tout le matin, cette pensée obsessionnelle : pourquoi ?

Comment, moi qui donne des leçons au monde entier quand il s’agit d’être sur la route, vigilant, au même rythme que ces frères animaux qui peuvent surgir, moi qui invective facilement les automobilistes, chasseurs et autres assassins avinés du dimanche, l’insulte facile, sans crainte d’une décharge de chevrotines dans les fesses, telle Jeanne d’Arc ou St François d’Assises, complainte du hérisson ou de la bécasse tout juste lâchés pour être visés par un con, utilisés dans leur identité de faune sauvage pour le plaisir de « pudupifs » falots et endimanchés bref, des pleutres qui mériteraient une balle dans la dure mère, moi qui déteste cette mort que l’on donne en terriens absolus et médiocres dominants, j’ai tué, je suis devenue, comme eux, une meurtrière.

"Au sourire de dieu qui s'en va dans ma tête" *

Ecrit par Mélisande le 18 novembre 2011. dans La une, Ecrits


Mon amour, toi qui es roi dans la nuit, est-ce que tu me vois quand je suis de l’autre côté ?

Sens-tu ce craquement solitaire du doute, cette faiblesse comme une injure ?

Sur le versant de la colline, en face de ta maison, je t’appelle chaque jour.

Mon cœur blessé, honteux de sa déroute, est comme un piéton qui perdrait pied sur la montagne de la vie. Il trébuche.

Et face contre terre, ne sait ce qu’il faut faire pour que le ciel au-dessus, impose sa majesté, sa clarté, le hisse tel un pantin parjure.

Car le fossé, en ce mois de novembre bleu et doux chuchotement à l’oreille, est difficile à enjamber dans les campagnes lointaines et aimées, liberté, clarté, liberté, mélopées scandées comme de claires prières au Dieu silencieux de l’univers.

Entends-tu ma voix, mon amour, quand le vent vers l’ouest s’est chargé d’un cri qui est le mien ?

Tu ne peux plus imaginer

Ecrit par Mélisande le 11 novembre 2011. dans La une, Ecrits

Tu ne peux plus imaginer

 

J’ai préféré les cieux violets à l’horizon calme, quand le cri était prêt de jaillir dans l’orage d’un jour chaud, brusquant soudain les esprits endormis, même pas chagrins sur le bord des vies. Cela était sans doute plus exaltant que le bleu maussade des étés où le dehors est envahi de joies estivales.

On y voyait souvent avec effroi cette espèce de raccourcissement de la pensée, comme un fouet qui ne claque plus dans le désir d’être, on y devinait l’ennui dans l’intérieur des demeures.

A trop vouloir savoir si l’on aurait pu, comme un arc en ciel, enjamber la rivière pour rejoindre l’autre rive sans trop attendre, petits, frileux, et harnachés pour l’intense, histoire de ne pas trop se faire mal, quelque chose est mort, quelque chose n’est plus.

C’est peut-être cette absence de lumière dans les intentions qui nous le dit, ce regard qui ne voit plus, mais qui veut prendre le ciel des autres sans rien donner, capturant avec indécence un blessé exsangue qui respire déjà peu.

"Ange : la bougie qui se place au nord du coeur..." *

Ecrit par Mélisande le 28 octobre 2011. dans La une, Ecrits


Chacun dans sa vie se souvient du moment où sa confiance en l’autre a basculé. Il a suffit, alors que nous n’étions qu’un enfant, d’un éclair de conscience qui disait que « ce n’était pas juste » pour qu’un chagrin irrépressible s’en suive, comme une forêt d’arbres centenaires, décimée  par un chaos. Ainsi, découvrir quand on est enfant l’injustice de l’adulte, c’est derrière, le choc de la déception, un grand désir de réflexion qui naît dans l’esprit d’enfants parfois plus mûrs que certains adultes. C’est aussi deviner une lumière brillant à tâtons dans le champ de bataille de la cruauté du genre humain. Et d’un coup, l’enfant sent que sa force enracinée dans l’esprit est vouée à l’invincibilité. C’est parfois fomenter une révolte qui prendra diverses expressions, mais qui toujours nous donnera, au contact du mensonge et du pouvoir, une nausée irrépressible.

Regardons l’animal qui capte en nous notre vérité intrinsèque, notre capacité à aimer, la possibilité d’une vraie douceur derrière l’apparence, comme une rivière chaude. L’être qui a une âme profonde est silencieux et paisible, il dégage les énergies d’un lac pur et dense. Ce peut être ce prisonnier russe dans sa geôle, déclarant, l’air illuminé, au journaliste, qu’il est en « état de rédemption », et que son incarcération a un sens…

Si ce n'est pas de l'amour ...

Ecrit par Mélisande le 21 octobre 2011. dans Ecrits, La une, Amour

Si ce n'est pas de l'amour ...


Sur le rivage de la vie il y a des convergences énergétiques qui ont une voix. Ce chant jeté au ciel comme une mélopée tremblante trouve parfois écho et offre alors le sable très doux de sa plage. On y rencontre, sans avoir tant demandé, l’eau du ciel, le bleu de la terre, et cet accord parfait majeur qui fait les grands amours. Intenses, fugaces, sauvages, pas du tout gérables sur un plan terrestre. Avec l’ombre toujours, de la mort, car on ne rate jamais ceux qui ne sont même pas capables de mener une guerre. Ils se sont donnés parce qu’ils avaient faim et soif avant tout, abandonnant le ressentiment qui devient juste un luxe sophistiqué : celui des nantis parés pour le froid. Ceux qui n’ont jamais connu la nudité, le manque éperdu de l’autre… Comme l’aveugle cherche la lumière, note aigüe dans le ciel de Dieu qui n’est pas sourd, il y a un jour de gloire pour ces êtres-là, qui ont déposé les armes.

Ce sont quelques secondes échappées au néant, à la guerre, à la sécheresse des cœurs qui ne veulent que de l’amour à crédit, du gazon sous leurs cœurs meurtris, quelque chose de captif, qui n’a plus de parfum, plus de mouvement, une cage grise où chacun dort d’un sommeil trompeur… Oui il y a des différences entre l’éclair violet du désir, l’or de la rencontre et la niche triste des amours qui prennent perpétuité au détour d’un contrat pas très poétique.

Solitudes automnales

Ecrit par Mélisande le 14 octobre 2011. dans La une, Ecrits

Solitudes automnales

Ce matin je suis partie dans la forêt.

A l’heure où dans les cités, les gens se précipitent sans joie pour des noyades en chœur, je prends mon panier et foule les sentiers de cette Ardèche, où depuis un an, je me suis repliée, lasse de la guerre.

Par guerre, j’entends la valse des us et coutumes accablantes qui régissent la vie sociale. J’ai eu un désir terrible et soudain de pureté et de silence. Ici, les règles qu’il faut maintenir pour toujours sentir le sang vivant dans ses veines sont drastiques. On peut lire et relire les grands mystiques !!! La solitude, c’est aussi comme rentrer dans une forêt sans être sûre que la lumière y arrive : un pari sur soi-même et ses facultés créatrices, sa foi.

C’est octobre, et les châtaignes sont tombées dimanche ; toute la journée pour qui tendait l’oreille, on entendait des chutes sourdes et légères sur les tapis craquants de feuilles : il fallait avoir une ouïe subtile pour ne pas les confondre avec la cavalcade légère des jeunes biches que j’ai eu la chance d’apercevoir en juin, à l’aube d’un soir si tendre, qu’il faisait mal de ne pas sentir à côté de soi le regard ami, cette énergie qui à deux devient fleuve, jouissance pure.

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