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Vers ton murmure

Ecrit par Marc Safran le 14 février 2015. dans La une, Ecrits

Vers ton murmure

Mon amour, tout autour de nous,

les continents traversent des légendes

retenant leurs couleurs dans leurs sables mous

la fable du monde façonne son soleil secret,

en son eau profonde, la lumière qu’elle laisse en offrande.

 

Les idoles emmurées, la dague et les tigres sacrés,

ton amour seul reste dans cet immense désordre du Temps,

Quel est cet afflux de notre sang qui tourne au miracle

quand tes yeux voient, à travers les miens, de l’Everest, le pinacle ?

je voudrais mourir en toi, a fresco, comme une rémanence,

me déposer à jamais dans tes espérances, ainsi fixé dans cet azur,

ne trouverais-je étrange, levant la tête, de voir de nouveaux murs ?

 

les bols chantant évasent l’instant, délayant l’infini comme un ruban,

les drapeaux montrent la voie jusqu’à ton murmure,

l’oxygène s’éclaircit pendant qu’ils nous regardent, ces quelques mots,

devenus rares, ces yacks sereins que les ravins séparent,

ces nappes de silence où le souffle manque.

Je sais que tu voudrais finir en moi, pour te faire foyer lumineux

pour jeter en l’air des poignées de tes amours épars

au-dessus de nos vallées d’aurore, pour retrouver la Nuit et l’ormeau,

ne trouveras-tu étrange, levant la tête, de voir de nouveaux escarpements ?

 

Toute chose, tout être vivant termine sa course dans un entremêlement

et tout autour de nous, mon amour, tourne un autre monde à rebours,

qui nous abîme et nous rapproche, en nous liant toujours plus à son mouvement,

Et quand ce grand Tout sera devenu, à son aboutissement, visible et invisible,

ne trouverons-nous pas étrange, baissant nos têtes, la vue, immense, sous ce nouveau jour ?

Les pulsars

Ecrit par Marc Safran le 31 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Les pulsars

L’électrocardiogramme en alerte,

La foule qui se presse sur les ponts

Des mariages sans raison

Sans raison, le rayon qui déserte

 

Les corps ouverts se confondent

Dans de sauvages insatisfactions

Le barrage ne retient pas la fronde

Ni le feu propagé de l’action

 

Des crashes nous laissent croire

Aux rafales, au passage et à l’âme

Et tout nous déporte du pouvoir

De ce bien obscur programme

Les Berlines

Ecrit par Marc Safran le 17 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Les Berlines

La nuit mauve des avenues surexposées affleure

Sous tes pupilles dansantes, comme un miracle

D’amour sur moi déversé qui m’emporte et leurre,

Un temps, la mort, et ces voitures qui ne riment à rien

 

La foule se perd de vue dans le battement mouvant

De son cœur qui s’affaire, les tours crépitent au loin,

Polarisent la ville prise dans le vertige de son spectacle

Et l’ambulance emporte ailleurs une vie qui se meure.

 

Les vitrines ont des apparitions, les lourds rideaux

De la vie ondoient le long des podiums en pentacles,

Les velours noirs en nous lentement remuent. Et les heures

défilent et se figent comme des mannequins savants

Chanson mort-vivante

Ecrit par Marc Safran le 13 décembre 2014. dans La une, Ecrits

Chanson mort-vivante

Je suis revenu tant de fois dans cette zone,

J’ai changé bien sûr, j’ai changé, depuis,

Je suis devenu l’invisible poisson, le souvenir

Sans épaules, je suis devenu la promesse sur le roc,

Éclatée dans ses boyaux d’aurores, et qui ne veut défaillir,

 

Je suis revenu plus libre que d’antan – l’inhumaine faune

Prise dans les reflets bleus électriques de sa fantasmagorie,

Revenant du sommeil des montagnes et des hauts soleils d’hiver.

Je suis devenu une nouvelle que l’on oublie, un courant d’air,

Et les branches refleurissent toujours avec ce dernier regard par devers.

 

Alors oui, bon, les mots ne fonctionnent plus, sont cassés, c’est vrai,

Et les neiges peinent à ensevelir certains regrets,

Et je reviendrai certainement aussi dans cette zone familière

faute d’avoir appris l’espoir bousculé d’un coup d’épaule vers les roches assassines,

Mais je sais pourtant que je repartirai vers la lumière.

Au bout du monde

Ecrit par Marc Safran le 22 novembre 2014. dans La une, Ecrits

Au bout du monde

J’aurais voulu rejoindre ton cœur par la cordillère

Gravir le monde vers ta lumière, emprunter le feu

Et vibrer comme un mirage dans le désert,

J’aurais voulu l’atteindre dans son rayon rasant,

Voir partout les ombres dorées s’incliner doucement

 

Sillonner le long des fissures, légères, sentir

Gronder, plus loin, l’obscurité exsangue

J’aurais voulu rejoindre ton cœur en un seul homme

Rendu digne de ta splendeur pour avoir franchi des plateaux

De ruines et de tempêtes, pour lui servir de guide et d’interprète

 

J’aurais voulu l’approcher dans son immense clarté

Longeant des lacs salés, scintillants et délétères

La fraîcheur des palais, les mygales desséchées,

Te faire absorber ces soleils de la mémoire qui drainent

Au fond de leurs sourdes contrées, les puissances de l’oubli

 

Et l’explosion de l’ange, j’aurais voulu le rejoindre

Entre les nuées de Samarkand, l’apprendre à en tomber à genoux,

Et soulever ses rouges soieries pour enfin voir derrière la nuit,

Entendre de multiples voix autour de moi, m’embraser

Comme un feu de joie, crépitant sur sa barque en bois

Absence

Ecrit par Marc Safran le 25 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Absence

Géant noir, lové dans ton orbe de fossiles et de nimbus

seul parmi les seuls, tu te fais passeur des visions bleues

ainsi rentré en toi comme un éclat morcelé de rébus

tu voudrais unir le Nord au Sud et le ciel à tes fonds sablonneux

 

Puisse avec le froid qui s’y aventure

l’étang, mêlé de nuits et d’illusions

retrouver sa clarté qui perdure,

seule, loin de l’impossible cohésion

 

dans le renouveau qui ne connaît pas de mots

dans le courage qui manque soudain

dans le mensonge d’une voix trop blanche

dans l’instant qui s’éternise

 

la tiédeur descend et s’estompe en dissipant la lueur

aussi trouble qu’un ectoplasme qui tournoie

le cœur s’imprègne du mouvement de ses leurres

et rien ne retient le déclin du jour qui chavire et se noie

 

du fond de tes profondeurs la léthargie s’endort

l’obscurité large fomente des nuages d’or

au fond de toi, il n’y a plus ni félicité ni douleur :

tu sais que la vie n’a pour rivage que l’horizon qui recule

 

pourtant, même si l’on s’aveugle de n’aimer que l’erreur

l’inertie regarde encore vers le ciel quand l’hypothermie repose

car dans le tumulte des nuées comme dans le silence de ta noirceur

tout en toi s’abandonne, s’éteint et se recompose.

La Pangée

Ecrit par Marc Safran le 26 octobre 2013. dans La une, Ecrits

La Pangée

Le cœur, comme une planète, connaît aussi ses Pangées

Détruit son axe polaire dans un grondement de scintillances

Divise ses continents quand il apprend la désaccoutumance

Réveille son urgence dans la serre dioxydée de ses dangers

 

Il ne se régénère pas de la rationalité qui l’a quadrillé

Laisse partir ses ressources comme le filet d’un fleuve

Tari par l’équation comptable et le soleil qui l’a déshabillé

Qu’importent les nues à la mort, la vie ne peut, de preuves,

 

Se satisfaire, quand sa faune fuit de part et d’autre, éperdue

Dans la sécheresse des plateaux ou le dessalement glaciaire

L’affaissement soudain des chaînes aura des ailes légères

 

Quand l’âme coureuse du désir de rejoindre ce qu’elle a perdu

Brûlera comme une maison immatérielle logée entre résurrection

Et félicité, quelque part dans le couchant de ses vieilles malédictions.

L’accidentel

Ecrit par Marc Safran le 12 octobre 2013.

L’accidentel

Passé le claquement de l’ampoule, accidentel, dans l’escalier,

Un jour, on ne compte plus les saisons qui nous restent ;

pris un instant dans la cage qui suinte, on veut trouver à qui, à quoi se lier,

alors que finiront bien par arriver, les chants des gondoliers.

 

Pourtant, au plus obscur des longues loges penchées,

la mélodie n’annoncera que la Nuit, verra frémir les marbres humides,

au son de nos vies qui retraverseront les ponts cachés,

pour que l’image de la totalité puisse enfin s’abolir des canaux languides.

Long cours

Ecrit par Marc Safran le 21 septembre 2013. dans La une, Ecrits

Long cours

Tout pourra bien disparaître

Tout au bout du quai, sur l’Atalante, dans la nuit qui s’allume

Les traversées tout autour de nos cous

Comme un bras invisible qui ne se résout à laisser, derrière lui, ses feux

Tout pourra se désinscrire, à la porte de nos blessures

La foule dispersée qui s’invente lorsque tes paupières oublient de s’entrouvrir

 

La traînée des cargos, la terre qui s’envole vers son oiseau bleu

Il paraît que nous n’y sommes pour rien, la solitude alentour

La vérité qu’on tourne et tourne encore, comme un globe miniature

Le souffle au cœur de la lumière, un point de côté, tout à coup

Le large nous laissera comme ça, comme une sirène lointaine dans la brume,

Il n’est plus de coupables possibles dans la tentative de découvrir

Maintenant que tu vois…

Ecrit par Marc Safran le 07 septembre 2013. dans La une, Ecrits

Maintenant que tu vois…

Maintenant que tu vois, il ne devrait plus y avoir de souffrance en toi

Maintenant que le vieillard a serré ta main au cours de son ascension

Maintenant que l’immensité a retenu ton souffle et effacé les toits

Il ne devrait plus y avoir de douleur puisque la Parole n’existe pas

 

Il ne saurait être question de noirceur, de doute ou d’abandon

Quand le poids s’annule insensiblement en ces monceaux d’étoiles

Et que la terre œuvre pour la splendeur de ces automnes diaphanes ;

En dépit des fleurs de l’absence et des bombardiers, l’immolation

 

Des soleils, en dépit de tout, en dépit de rien, le ciel roule et va

Et l’abrupt cœur veut piéger le pas qui se détourne et s’attarde,

car, revenu de tes sources vulnérables, le jour t’allège en hardes médianes

Qui te dissocient en t’entraînant vers le courant des montagnes

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