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Enseigner la shoah…

le 13 avril 2013. dans La une, Education, Histoire

« Le bourreau tue toujours deux fois ; la seconde fois, par l’oubli » (Elie Wiesel).

Enseigner la shoah…

Propos à la fois désolés et alarmés, d’une jeune collègue, en poste en banlieue lyonnaise. Ancienne stagiaire dans mes classes d’histoire, fine et investie. « La semaine passée, un petit groupe, rigolard, de 3èmes – ni les meilleurs, ni les plus fins, seulement des élèves ordinaires ! – a volontairement fermé le livre pendant le cours sur la Shoah. J’en ai pleuré… ». Elle poursuivait : « qu’est-ce que je fais ? », car, le conseiller pédagogique, en « service après-vente », ne s’arrête pas à 2 ans, comme pour la première machine à laver venue… Évidemment, ne pas céder, jamais ! en un tel domaine. Trouver des parades et surtout, éviter la contagion de postures rebelles bien autant que culturelles ; mettre en place des stratégies, collectives (c’est l’affaire de tout le champ éducatif) ; en faire une affaire « d’école » ! passer, c’est in-négociable, mais intelligemment. La Shoah appartient aux obligations de programme… mais au fait, depuis quand ? Et l’enseignante d’Histoire que je fus si longtemps, de filer l’enquête…

Et, bien, même si on a l’impression qu’« elle » a toujours été là, ce n’est qu’un ressenti, comprenant comme tel, nos désirs, notre émotionnel. La Shoah, depuis la fin de la guerre, n’a pas toujours été enseignée, pas tout le temps de la même façon ; il y a eu – il y a encore – autour du sujet, de brûlants débats (un des derniers, souvenons-nous, celui du petit juif « adoptable » par chaque enfant de Primaire !).

Mon début de lycée, en tant qu’élève (partie collège) correspond aux années 62/63. 17 ans après la guerre ; on découvrait les camps dans le « Nuit et brouillard » chanté par Ferrat, chanson culte qui se doit d’être remise dans le contexte de 63, elle aussi. On écoutait, en même temps, Salut les copains…

Cahuzac : les treize visages du mensonge…

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 avril 2013. dans France, La une, Politique

Cahuzac : les treize visages du mensonge…

Ce soir, au journal TV, une sorte de silence, comme dans les soirées pré-électorales, éclate avec le titre de série noire : « il a avoué ! », et démarre en trombe ; résumé de l’affaire et tranches de fric servi au moment de nos gigots. C’est juste après – un sujet, comme ils disent ; quelques minutes à peine – qu’on s’est pris dans la figure quelque chose d’étrange, pire qu’un uppercut, définitive petite mort pour tout un chacun : les images en boucle de  Maître Cahuzac, en exercice de mensonge politique, d’état, si l’on veut. Le voilà, devant tel grand journaliste : « les yeux dans les yeux, je vous le répète : je n’ai jamais eu… », le même à l’Assemblée (devant nous tous, donc) : « messieurs les députés, je n’ai pas… » ; le même gars, fanfaronnant, entrant à l’Élysée, portant beau, allant dire les mêmes mots au président en personne, les yeux dans les yeux, bien sûr !

Il ment, je mens, tu mens, mais l’image qui traîne, dans toutes nos têtes, du pot de confiture et du gamin, à peine descendu de sa chaise, le doigt sucré, gueulant à la grand-mère : « je n’ai pas… », cette image ne tient plus, et, devant votre TV, vous avez tout soudain, mal au ventre, au crâne aussi, et les confitures « Bonne Maman » n’y sont toujours pour rien…

Jérôme Cahuzac ; l’homme politique brillant, compétences en sautoir, le super ministre des finances du Royaume ; l’homme habitué des salons politiques, depuis si longtemps, celui qui en imposait à plus d’un – maire ou député, évidemment, et même ministre, je vous le dis, madame ! Celui-là tombe, en pleurant : « pardon ! », ne supportant plus le remords – écrit-il dans son blog, digne en cela,  d’un poète romantique.

 Pour les mouchoirs, on repassera… et, tous, ou presque. Et, partout, on le dit, et pas une voix citoyenne ne manque…

L’urgence de l’éthique…

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 mars 2013. dans France, La une, Politique, Actualité

L’urgence de l’éthique…

Un dictionnaire – disons un vieux Larousse, sorti d’on ne sait quel grenier, avec sa couverture orange brouillée, et ses pages cornées. Voilà peut-être l’instrument indépassable qu’il faudrait, dans les turbulences actuelles où tangue notre navire gouvernemental…

Ça ne prend pas beaucoup de temps ; quelques feuillets à ouvrir, à : M, comme morale, P, comme probité, le C, de communication, et, bien sûr : le E, d’éthique. L’économie – bon, on sait ! Les nécessités sociétales, de patience, on s’armera ; mais, le « bien élevé » des valeurs qu’on est censé porter dans le sac à dos, ça ! ni tolérance, ni attente, ni, surtout, indulgence ! C’est tout de suite et tout le temps. Inégociable.

« L’affaire » Jérôme Cahuzac revient faire son tour, en ce printemps entrant, après tellement d’hiver, qu’on aurait tous mérité qu’elle passe son chemin… mais, elle toque à la porte ; insiste, posée au bas des escaliers, par le char, ni discret, ni toujours pertinent, de ces « langues » de Mediapart.

Notons qu’on en est, certes, aux faits supposés, aux accusations non prouvées. La présomption d’innocence fait l’honneur du Droit français,  mais cela va déjà, bien au-delà de la rumeur, et cela fait, déjà, très mal !

Ainsi, ce compte en Suisse, qui serait parti en villégiature à Singapour, aurait – forts soupçons – dans un coin de page, le nom du ministre, de ses entreprises, de ses proches ? C’était il y a longtemps – mais la chronologie là, n’a aucune importance ; une époque où l’homme, retiré du champ politique, s’était reconverti, avec l’énergie qu’on lui connaît, dans un commerce médical, sur fond d’intérêts croisés, entre laboratoires et bonne bourgeoisie.

Camille après Camille…

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 mars 2013. dans La une, Cinéma

Camille après Camille…

On a tous gardé dans un coin de mémoire, la Camille – Adjani – du superbe, inégalé, film de Bruno Nuytten. L’odeur de la neige, bordant l’atelier de Rodin, comme un temps retrouvé, la glaise, le bronze, l’énergie, la flamboyance de la création batailleuse, le baroque de cette femme unique. Et puis, les cris, la fin du film, où, échevelée, Isabelle-Claudel, sombrait dans la folie…

Pour pas mal d’entre nous, Camille Claudel aurait, dorénavant, point-barre ? les traits, le génie dérangeant d’Adjani. Une passion était née, ainsi, d’un film, d’un regard. Un peu la même aventure que pour Karen Blixen, arrêtée, depuis Out of Africa, à la voix rauque de Meryl…

Combien d’entre nous – j’en fus – se penchèrent, alors, et sur la vie, et sur les chefs d’œuvre de cette Camille-là, qui tira de la matière, la forme et le sens, autant – mieux, souvent – que des mains d’homme… Décalée, tellement, en son temps, qu’elle s’en brûla les ailes… et, comment !

Camille Claudel est reconnue aujourd’hui comme étant un des noms majeurs de la sculpture de la fin du XIXème siècle. Sa pratique est liée au nom de Rodin, avec lequel elle vécut et travailla 15 ans, avant de s’en détacher, pour « exister seule ». Son nom est celui d’une famille bourgeoise, pour qui, probablement, un seul artiste, dans les enfants – Paul, l’écrivain – suffisait à « leur bonheur ? », sans qu’il faille – encore – en supporter une autre – une sculptrice, une femme, une révoltée, qui plus est : l’indomptable Camille. Internée en 1913, à la demande de sa mère – elle le restera 30 ans, et mourra dans l’asile de Montdevergues, dans le Vaucluse.

Déçu ? Moi non plus…

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 mars 2013. dans France, La une, Politique, Actualité

Déçu ? Moi non plus…

Couperet aux allures de petite guillotine, l’info est balancée – vlan ! ce matin à la radio, attendant tel l’oiseau en posture d’envol, qu’un vent propice l’emmène partout : « deux tiers des Français sont déçus du début du septennat ». Jamais, en aussi peu de temps, un exécutif… mazette !

Le Monde vient d’afficher le sondage, il y a une pincée d’heures. Dans ce pot, comme toujours en la matière, plus de questions que de franches réponses : le sondage, méthode et pratique, les questions posées, la façon de les traiter ; dans le résultat publié, les mots employés, le quantitatif annoncé.

Les questions posées, par exemple, tournaient autour des problèmes socio-économiques quotidiens de nos compatriotes : pouvoir d’achat, emploi. Énorme morceau, mais qui n’est pas toute la bête ! Quid des réformes sociétales et des mentalités, quid, encore de la politique étrangère ? Pour être honnête, l’article et la caisse de résonance qui l’accompagnera devrait donc dire : 2/3 des français sont déçus de la politique gouvernementale, dans le domaine de…

Qui est qui, dans ce sondage ? Dans le panel, que beaucoup (pas tous ! tiens !) de gens ayant voté à droite, soient déçus ! allons, où est le scoop ! Notre « lot à observer », ce sont les autres, ceux qui avaient apporté au second tour leurs suffrages au candidat socialiste. Perte d’1 Ecolo sur 2 ; normal ! Pleurs d’1 extrême-gauche sur 2, re-normal, pas mal de Modem décrochent, évidemment… après, ça devient intéressant, car il faut relire le contrat, et voir, probablement, que tout le monde ne chausse pas les mêmes lunettes… un peu comme après l’accrochage, vous étiez « tout risque » ou « au tiers » ? Les « sympathisants socialistes » tiennent encore bien le coup ! Les « encartés », pour les avoir fréquentés de très près, pas autant, certainement ! plutôt les hommes ou les femmes, les vieux, les jeunes ? Le sondage n’en dit rien, lacune considérable dans le langage-sondagier, et c’est dommage. On se perd dans ces « déçus ». Précaires ? Au chaud du secteur protégé des bobos urbains, la ramenant, sauce Télérama ? En activité – menacée – ou pas encore ? en retraite ? T’es déçu ? Moi non plus ? Tu comprends rien, moi, aussi… Contagion, à prendre en compte, inévitable et redoutable de l’imagerie médiatique…

Mali, la fourmilière du Munichois…

Ecrit par Martine L. Petauton le 02 mars 2013. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

Mali, la fourmilière du Munichois…

Il attend ; prudent, dit-il, le Munichois de Septembre 38, au pied de l’avion d’où descendait Daladier, revenu de l’« accord », où, avec le british au parapluie, ils avaient accepté l’inacceptable, l’infamant ; la mort de la Tchécoslovaquie, pauvre contrepartie au sursis d’une guerre – pire encore, repoussée à plus tard ! On sait depuis, que si l’Europe, alors, avait montré la volonté d’arrêter le Nazisme, la suite aurait été différente… Depuis, le Munichois n’a cessé d’avoir l’œil bien ouvert et de donner de la voix, sous couvert de « sa » prudence, au relent vague de pourriture, au goût sucré de mort.

Il y a eu « la » décision de l’intervention au Mali, mi-Janvier. Il n’a trop rien dit ! craintif, les mains sur les oreilles, en attendant que ça pète ! murmurant, en Érinye habillée en tous les jours : « z’allez voir ! Il y aura partout des attentats ! Et, nos otages ! Y-z-y-ont pas pensé, là-haut !! »…

Fringant en 2013 – toujours paré de ses plumes de mauvaise augure –, il postulait une fois de plus, pour le rôle, avec en ligne de mire un gouvernement socialiste « prêt pour toutes les conneries, loin là-bas, au soleil du Mali ». C’est que… faut penser à ! et à… attention ! Je vous le dis, moi, monsieur !

Mais, non ! c’est passé, plutôt bien, haut la main, avec – ciel ! – l’aval de l’opinion et d’une opposition élégante et citoyenne. Tous les experts s’entendaient pour saluer ce moment important, fondamental pour le pays, là-bas, le pays, ici, et le monde, puisque aussi bien, ma foi, il s’agissait – broutille ! – de résister le front haut à l’avancée d’une peste verte. Sus aux frontières des démocraties menacées ; parfum de l’avant-guerre. Pas moins !

Hollande ; sortir de l’âge de glace…

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 février 2013. dans France, La une, Politique

Hollande ; sortir de l’âge de glace…

Il suffit de moins de lumière solaire, d’une diminution des tâches, d’oscillations de l’orbite de la terre, et, pan ! on entre en période glaciaire, au dire des paléoclimatologues. Les phases climatiques tournent au froid absolu ; peu à peu, les continents s’englacent ; la banquise avance, le Bassin Parisien se remplit de rennes, sans Père Noël… mort lente de la vie ; bêtes et gens disparaissent ou s’adaptent. Riss, Mindel ou Würm sont les doux noms des âges glaciaires du Quaternaire où nous habitons…

En politique, aussi, parfois « il fait froid, il fait glace » dirait un Théophile Gautier inspiré… François Hollande a vu, pesé, porté son « âge glaciaire », le dernier relevé sur l’échelle des ères et de leurs étages de cette curieuse géologie. Depuis le 6 Mai de la chaude victoire, les indices de dégradation du climat ne se sont-ils pas multipliés ? la descente des Champs, par une pluie battante, sans imper, ruisselant, du président normal. L’été – un peu pourri – rappelons-nous, avec la charge des média (« Hollande, bouge-toi ! », formule historique à ranger au chaud des livres d’histoire !) qui chassaient en meute, au point qu’à la saison des vendanges, on ne pouvait plus mettre un pied au sec que sur le solide et constant « Nouvel Obs », et… sur (lol !) un panier de Reflets du temps !

France-Allemagne, 50 ans de mariage

Ecrit par Martine L. Petauton le 26 janvier 2013. dans Monde, La une, France, Actualité

Revue de l’IFRI, hiver 12/13, 20 €

France-Allemagne, 50 ans de mariage

Noces d’or pour le couple franco-allemand, et, comme il se doit, commémorations festives à Berlin, ces jours-ci. Perchés, décontractés sur de hauts tabourets – en larrons supposés – face à de jeunes étudiants bi-langue, tendance ARTE, président et chancelière échangeaient de doux propos n’engageant pas à grand-chose, comme dans les vieux couples de chez Brel.

On est évidemment, actuellement, bombardé de rappels sur ce Traité de l’Élysée, du 22 Janvier 1963, qui n’avait, pour beaucoup d’entre nous, pas le statut d’un 14 Juillet. C’est bien là que réside l’utilité d’une revue, comme celle de l’IFRI : donner le sens, marquer les chemins d’une réflexion plus en avant, dans le bousculement des images et le convenu des propos, sur un tel événement.

4 solides articles se partagent la tâche. Chaque fois – belle habitude dans la revue –, une problématique de premier plan, déclinée, architecturée de façon à accompagner le lecteur.

Ciel ! Les Koblenz !!

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 janvier 2013. dans France, La une, Société, Histoire

Ciel ! Les Koblenz !!

Coblence ou Koblenz, selon l’accent et les saisons, est une petite ville allemande qui en a vu passer du Français, botté, et pomponné, pâle aussi, disons-le, en ces temps d’orage de la Grande Révolution… C’étaient de « pauvres » nobles, ecclésiastiques à l’occasion, planquant, sous de lourdes jupes, pièces d’or et bijoux pas en toc, qui fuyaient, à grand renfort de berlines cahotantes, l’ombre portée d’une Bastille perdant ses dernières pierres… d’horizons différents, pas toujours en ordre de marche côté valeurs, mais se réchauffant à la trouille des « pas encore rouges, mais bleu de France » ; le film – magnifique huit clos en diligence – La nuit de Varennes, d’Ettore Scola, a définitivement posé les regards, les odeurs, les petitesses de ces émigrés, s’échappant à la fraîche du territoire honni.

Pas plus d’un petit mois, après La Bastille des Hollandais, l’image traînant au coin de n’importe quel Mallet Isaac – vert, cher à nos cours d’Histoire –, nous avait forcément traversé l’esprit : montrant ces hordes emplumées cravachant honteusement vers les gras pâturages de l’ennemi prussien. Déjà, les comptes en banque pleuraient à l’unisson ; notamment le beau Bruel que j’avais connu meilleur ; ça sentait le départ et Varennes… et, plus d’un, d’entre nous, pas obligatoirement prof d’Histoire, renifla ce fumet dès avant l’été.

(Best of 2012) ART: L'été du clair-obscur : Caravage à Montpellier

Ecrit par Martine L. Petauton le 22 décembre 2012. dans La une, Arts graphiques

(Best of 2012) ART: L'été du clair-obscur : Caravage à Montpellier

 

D’année en année, Montpellier Agglomération et son musée Fabre nous donnent l’impression de mettre la barre de plus en plus haut (et beau !). 2012 est une forme d’apothéose, avec le rassemblement, partout dans le monde, par Michel Hilaire, le magicien de Fabre, de ce bouquet : toiles de Caravage, de ses « suiveurs » dans toute l’Europe, et… de plusieurs œuvres de Georges De La Tour !

Le choc, quand, sortant de la lumière espagnole de la Comédie, on entre dans le musée et sa pénombre ! immersion dans le sujet, d’emblée, avec un immense panneau – copie du « Bacchus et un buveur » de Manfredi, le plus doué des suiveurs romains de Caravage : taverne bruyante et sensuelle ; un fond noir que ne désavouerait pas le grand Soulages, voisin au musée Fabre ; l’éclat d’une manche rouge ; réalisme insolent d’un corps blanc, et déjà, clair obscur ! Toute l’expo est là ; tout Caravage, aussi.

Fabre nous a souvent habitués à des expositions estivales théâtralisées, à la mise en scène savamment orchestrée. Cette année, le musée s’efface, en un  élégant et au final, habile signal, derrière les œuvres ; présentées en une suite classique  de tableaux ; toiles posées sur fond neutre, admirablement éclairées…

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