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De la Rhénanie à Guernica… Déjà le refus des frappes

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 avril 2018. dans Monde, La une, Politique, Actualité

De la Rhénanie à Guernica… Déjà le refus des frappes

Que de mots en R dans l’affaire : le r de répondre, celui de riposte et de résister. En face, c’est de celui de recul et non moins de renoncer qu’il s’agit…

Refus des frappes en Syrie, évidemment, à moins que peurs, peut-être indifférence, ou tout bonnement ignorance…

On ne s’étendra pas ici sur ce qui a été martelé partout depuis à présent plusieurs jours : les frappes annoncées puis exécutées par USA, France et Royaume Uni sur des lieux de Syrie contenant ou ayant à voir avec des armes chimiques ; ceci après que la reprise de la Ghouta ait été « parachevée », bouquet du feu d’artifice à sa façon, par des déversements de chlore et de gaz sarin, faisant leur lot de blessés et de morts, toutes populations civiles confondues. Ceci, après les 1300 morts de l’été 2013, sous les mêmes armes chimiques et – déjà – le recul de B. Obama, laissant Hollande seul, face à la « ligne rouge » franchie, sans plus de réactions du monde occidental « démocratique et civilisé », que ce lamentable dos américain qui se tourne.

On résumera ce qui colore l’argumentaire des « anti » (frappes), parce qu’on en a tous, de ces voisins, amis, cousins, autour de nous. Ceux qui admettent ou soutiennent le passage à l’acte occidental seraient d’une espèce – à bon droit honnie – les va-t-en-guerre et les faucons, tenants de la violence, de l’œil pour œil, satisfaisant dans l’affaire une confortable guerre par procuration. Et puis, la peur chantée sous tous les tons, de l’engrenage possible, du terrible jeu de dominos amenant – on l’entend ça et là - la déstabilisation de tout le Moyen Orient, et au bout du bout « la » guerre mondiale de plus. Arguant – incontestable, pour autant – que depuis 2013, sont arrivés dans le théâtre d’opérations rien moins que l’armée russe, le califat de Daesh, et un Iran démultiplié. On entend aussi – plus dans le champ classiquement politique des camps et des alliances – ceux qui « font confiance » à l’ami Russe, Poutine de son prénom, pour calmer le jeu et faire preuve de pragmatisme. Il y a peu, notre Mélenchon hissé sur un balcon de Marseille discourait en ce sens dans une posture d’imperator aux arènes, larguant comme autant de bombes la « honte » que nous aurions à passer sous le joug des américains, le ton de sa voix calée carrément sur celle d’un De Gaulle face au refus de l’OTAN…

Il y a, enfin, le boucan de tous ceux qui ne croient pas au gaz – le mythe du complot en a vu d’autres sur le net et les réseaux sociaux, où toutes les 5 minutes chacun donne son avis sur tout ; et de ceux qui, via les mêmes tuyaux percés, vous disent que ce n’est pas Bachar qui est à l’origine de cet énième massacre, mais d’autres fumeuses engeances, rejoignant en cela l’argumentaire inamovible du dictateur de Damas face à sa troupée de « terroristes » supposés. On entend – c’est curieux – par contre assez peu de tirades autour des participants à l’affaire côté occidental ; l’inexpérience ? d’un Macron, et bien plus, la présence d’un Trump, ses insuffisances, ses foucades, sa loyauté ?? sa détermination (nous ne parlons pas de son côté obsessionnel) et sa cohérence (ici, ne pas entendre de quelconque allusion à l’âne têtu) ???

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 avril 2018. dans France, La une, Politique, Actualité

« – Je ne suis pas en situation de faire fructifier ce qu’a permis mon action »

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Il avait dit, « en même temps » qu’il accueillait – le visage et le geste mieux que bienveillants – son jeune et flamboyant successeur sur le perron de l’Elysée : – Je respecterai le silence nécessaire dorénavant pour ne pas gêner les débuts du nouveau quinquennat. Il l’a fait, et on ne peut que comparer avec le verbe incessant de Sarkozy-le-superbe, dès le 6 Mai 2012 passé. Mais chacun sait et a pu mesurer les difficultés de cet ancien président à savoir d’où il parle, le dedans, le dehors, le off et le direct, le « casse-toi » et le pouvoir suprême…

F. Hollande s’exprime donc ces temps-ci, à l’occasion de la sortie de son livre-mémoires ? réflexions ? Les Leçons du pouvoir, dont le titre aurait peut-être été plus judicieux d’être « Leçons du pouvoir ».

Alors, qu’il puisse s’exprimer près d’un an après, est-ce un scandale, une inutilité grotesque ou un délai raisonnable ? Il a choisi de le faire par ce livre qu’il signe (ce qui n’est pas là sa forme d’expression ni d’écriture préférée, je peux en témoigner). On peut toutefois s’interroger sur l’intérêt d’un tel canal, quand on sait combien son précédent essai, Un Président ne devrait pas dire cela, avait non seulement raté – lamentablement – sa cible mais précipité à tort ou à raison la fin de son mandat. Mais, sans doute n’est-on jamais mieux servi que par soi-même, et F. Hollande, dont c’est la nature profonde, veut expliquer encore et toujours et se faire comprendre des gens ; ces gens, ces citoyens, qui sont probablement son principal centre d’intérêt dans la politique, et qui – pas mince comme constante – le restent, même après 5 ans au sommet de l’Olympe républicaine.

Le titre de l’ouvrage, Les Leçons du pouvoir (tirer des leçons et non donner des leçons), signe la modestie et une certaine humilité d’un Hollande-gouvernance à la scandinave, son rêve pas complètement atteint. L’opus peut largement être utile pour mieux comprendre essais, réussites mais aussi erreurs de son quinquennat, puisque celui qui parle fut celui qui a agi, et satisfaire aussi un éclairage à la pertinence appréciable sur l’action en cours de son successeur, par le regard, plus du reste que le jugement, de son – initiateur ? mentor ? Car, F. Hollande a, convenons-en, légitimité à partager sa vision sur le monde autant que le dernier et souvent inconnu secrétaire d’Etat tentant de nager sans couler dans le flot qui s’ébouriffe derrière le vaisseau macronien. Lequel, pourtant, est quelquefois mieux accueilli, traité, respecté en un mot, que ne le fut F. Hollande devant le petit tribunal à la mode journalistique ancienne, de Lapix Anne Sophie, à la mine rigolarde, journaliste ni plus, ni moins, en charge du journal de France 2, ce soir pluvieux d’avril entrant. La dame, toutefois, consentit à lui dire, en même temps qu’il prenait place, qu’elle le remerciait de venir parler sur le service public, dans un soupir de regret puisque le président Macron, lui, allait s’épancher dans les heures à venir chez l’inénarrable Pernaut, au 13 h de TF1, lieu, il est vrai, où pullulent de vieux poujadistes rancis en guise de public – averti ? Mais, foin, on s’accoude au comptoir qu’on veut, ou, notez bien, qu’on peut…

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 avril 2018. dans La une, Education, Actualité, Société

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Au Japon, ils ont le printemps des cerisiers, nous, c’est rituellement celui des « escholiers » (sachant que des tréfonds du Moyen Age, ça bougeait déjà pas mal dans les rangs ; mes rues de Montpellier, la savante et la rebelle en ont vu défiler de l’étudiant, une manière de record en termes de battre le pavé !).

Selon les années, c’est plus ou moins jeune – lycéens encore boutonneux, étudiants des – premiers, le plus souvent – cycles des facs – quelquefois spécialisés, les élèves infirmiers ici, cette formation d’ingénieurs là. La parité flotte le plus souvent sur les cortèges, ça c’est au moins une solide avancée. Pas de printemps sans son quota d’étudiants en colère. Haussement d’épaules des nantis/insérés, surtout insérés. Alors, dit mon voisin rigolard (et retraité) – je me disais aussi, 50 ans après 68, ils vont bien se mettre à sortir !!

Ils sortent en effet. Plus de 10 grandes universités ont débrayé – ce n’est qu’un début, continuons le… qu’on disait, nous – les rues se peuplent, même quand il pleut, et ce n’est visiblement pas le lancement des commémorations du grand Mai. Pourtant, l’opéra n’a plus rien à voir avec le grand ancêtre, ni le décor, ni le livret, ni les chanteurs, ni les costumes, ni rien, si ce n’est l’âge des participants. – Quand on est jeune, on gueule, ponctue mon toujours voisin d’un rire indulgent. Tendez pourtant un micro dans les manifs actuelles, et risquez « 68 ? » ; on peut d’avance lister le résultat du sondage : ce temps festif ! de consommateurs gavés ! d’enfants de bourgeois en crise d’adolescence ! avides de toutes les libertés, de fait individualistes en diable ! cette époque roulant dans les idéologies abstraites ! ce rêve coûteux !!… de rejets doux en rejets forts, rien, semble-t-il, d’un quelconque culte aux grands ancêtres, en vue… Car on est, à présent, là, comme dans le reste de la société, plus qu’inquiet, et sérieusement, sur l’avenir de son « moi, je », et les slogans, les pancartes sont aux antipodes de ces – interdit d’interdire et autres sous les pavés, la plage… les méga crises et le chômage de masse sont passés par là, ainsi que – évidemment – la philosophie politique d’un E. Macron. La mine de l’étudiant, ou de celui qui est en partance pour l’être, cette année 18, est sombre, et n’a plus grand-chose à voir avec le sourire narquois et définitivement historique de notre Dany face au CRS. Un tout autre monde, mais un monde qui comme tous les autres, et même celui de 68, parle de formation, de diplôme, d’insertion professionnelle, bref, d’avenir et finalement de vie. Pas une brindille, on l’aura compris.

De quoi causent nos banderoles actuelles ? A Montpellier, comme cela n’aura échappé à aucun citoyen attaché aux valeurs de la république, on nous résume l’attaque par des nervis d’extrême droite, il y a quelques jours, d’un amphi occupé en Droit ; les gourdins volaient, en guise de procédé négociatif, et, ce, avec l’apparent accord, tacite ou pas, du doyen de la faculté. Important incident ou bavure, ayant violé la traditionnelle indépendance des universités, blessé des étudiants, au motif que le contexte socio-politique si sécuritaire et avide de protection de quelques-uns choisis au milieu de tous, suffirait à faire passer la pilule.

Mouvement social ; quel fouet pour la mayonnaise ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 31 mars 2018. dans France, La une, Politique, Actualité, Société

Mouvement social ; quel fouet pour la mayonnaise ?

Ça n’a pas encore pris, ça ne prend toujours pas, voilà les titres des journaux, passée la fameuse journée du 22 (qui plus est, de mars !), dont on attendait, bizarre régression pythienne, qu’elle siffle enfin le départ du « mouvement social ». Après, à l’évidence, pas mal de départs avortés ou carrément passés à la trappe, notamment lors de l’adoption par les Ordonnances autoritaires, de presque tout le corpus des Lois-travail, mais pas moins, au moment de l’insupportable dispositif sur l’ISF, sans compter en début d’année le matraquage CSG. On dirait, me disait quelqu’un, que le corps social est pris dans la glace, ou bonnement parti visiter une bien lointaine planète.

50 ans après le grand Mai, peut-on du reste encore parler de mouvement social au singulier (en gros, celui articulé autour de la gauche autoritaire, CGT/PC, et celui de la deuxième gauche toute neuve, l’autre, la Socialiste libertaire). C’est bien clair qu’on n’en est plus là, après l’effondrement communiste mangé largement par les Socialistes au pouvoir, triomphants ou défaits dans l’œuf, et la progressive dévalidation d’une CGT croupionnisée.

C’est de « mouvements sociaux », un émiettement infini, une myriade inefficace, qu’il faut maintenant parler, simplement même de paroles sociétales, sans escompter la plupart du temps ni défilés communs, ni parole convergente aux tables de négociations ou ce qu’il en reste, et, ce, malgré les louables efforts passés d’un Hollande pour donner vie au dialogue social – formule devenue lunaire pour tant de gens…

 Or, hier, qui a battu le pavé des villes ? Aucun cortège convergent, des pancartes d’associations de « moi, moi, moi » ; telle corporation aux abois, telle autre légitimement inquiète ; cet assemblage fait-il un mouvement social ? « mes » revendications, rien d’une voix collective ; des défilés décousus, type ces engeances défendant le petit commerce à la fin du siècle précédent. D’usage militant et de gauche, qui dit mouvement social, dit, certes, défiler pour ses propres intérêts, menacés ou supposés l’être, mais (en même temps !) porter la parole de tous et des autres, être en bref, dans le collectif. Cela suppose, certes, une parfaite connaissance des enjeux et une capacité à trier, hiérarchiser ceux-ci, être dans le « d’abord, ensuite, enfin » qu’aucune pancarte ne mentionnait le 22. Hier, où était le grand cri défendant le sens même du service public, bien au-delà des intérêts spécifiques des cheminots ? muette était la rue, et ce silence fait froid dans le dos, car on peut penser qu’un danger doit être parfaitement identifié pour être efficacement combattu.

Encore, direz-vous, faudrait-il de solides porteurs de banderoles. Or, la CGT, ce qu’il reste de son ombre aux mains dures et butées d’un Martinez, Sud, et notamment l’intraitable Sud Rail et ce qu’on sait qu’ils sont, seront-ils vraiment en capacité de conduire la lutte SNCF, mais bien plus d’élargir demain à l’ensemble des services publics, puis enfin de convaincre une large population de l’urgence des causes à défendre. Sans remonter à Mai 68, 1995 et les grandes grèves, face aux « bottes » de Juppé et ses retraites, sont loin ; autre temps, autres mœurs sociales, syndicales. Peut-être, toutefois, ferions-nous bien de réviser vite fait ces pages d’histoire là… réviser ne voulant pas dire refaire le film, mais plutôt en tirer des leçons. Car, il semblerait qu’aucune avancée sociale d’importance (on peut aussi dire, à présent, aucune sauvegarde) n’ait jamais vraiment abouti hors de solides cortèges marchant du même pas, et voilà bien un credo qui résonne d’échec en réussite depuis la nuit des temps.

Les années Astérix

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Littérature

Les années Astérix

Annie Ernaux, la grande, nous a offert un jour Les Années, sobre et somptueuse somme d’une vie traversée au quotidien par les grandes vagues de l’actu, parfumées de ces choses minuscules du temps, qui marquent la mémoire.

Cela passe forcément dans l’esprit, quand au cœur de l’hiver 2018, on ouvre comme moi, le xème album (La Transitalique) de ce cher monde d’Astérix, mesurant le bout de chemin fait, 38 albums après le premier – Astérix le gaulois, paru en Octobre 1961, prépublié dans le Pilote du 29 Octobre 1959 ; j’avais 10 ans –  BD découverte, un peu plus tard, un été camarguais ; je devais être en 4ème. Je me souviens que dans le même élan, on me fit entrer dans le monde de San Antonio, et celui des saga de Troyat ; c’était donc une année d’exception.

Des modes vestimentaires, des coiffures, émaillant le chemin – mes années-chaussures, ou chapeaux, mes années-sauce gribiche, pourquoi pas ! des chansons, des musiques évidemment (voir nos émotions autour de Johnny), et des lectures. Rituels, qu’affectionnent particulièrement les mémoires affectives ; gens, lieux, Astérix pour moi, Tintin le grand, pour toi…

Alors comme les cailloux de Poucet, les années Astérix ; une vie ou pas loin. Je n’ai pas vérifié mais il me semble qu’Uderzo et Goscinny nous donnaient leur cadeau quasi tous les 1 an et demi ; pas forcément Noël.

Tellement réussis, coïncidant à la bulle près, avec nos attentes, « les » Astérix. Un patrimoine, qu’au début je partageais avec mon frère (ma mère alternait l’achat pour l’un, puis l’autre) ; un jour de guerre, j’avais même tenté de déchirer le sien… je crois qu’il m’en veut encore. Ayant eu le bon goût d’épouser ensuite un Astérixphile, les deux héritages ont rejoint la communauté et reconstitué la collection. Dois-je avouer que notre fils, élevé lui aussi dans le petit gaulois vindicatif, a emprunté puis remis dans la bibliothèque familiale les albums lus, sans jamais les prêter ailleurs – interdiction colérique et maniaque des parents !

Au bout de ma vie, ils sont tous là, dans mon bureau ; je range le 38ème en libérant de la place pour ceux qui ne manqueront pas de suivre. C’est moi qui ai la garde de ce trésor quasi toutankhamonien, et j’en perçois la conscience (aiguë) du sacré dans ce rôle de conservatrice. Nous ne sommes pour autant pas collectionneurs et ne partons pas dans les foires aux livres, chercher la perle rare, parue en… non, nous les aimons, nous les lisons, et relisons, nous en prenons soin, nous nous régalons. C’est tout. Chaque grippe hivernale voyait notre gamin – et moi, itou – ramper jusqu’aux Asté pour passer ces heures qui s’étirent entre mouchoirs et langueur tiède.

Bertrand Cantat ; la fatwa ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 mars 2018. dans La une, Actualité, Société

Bertrand Cantat ; la fatwa ?

Montpellier, un récent lundi de mars ;le Rockstore, scène mythique, affiche complet. Bertrand Cantat est à l’affiche. Dehors, une haie bruyante de manifestants siffle les spectateurs entrant, aux cris de – vous allez applaudir un assassin ; quelques fleurs et des photos de Marie Trintignant…

Drôles d’images mélangées ; retour de mémoire sur – 2003 – la mort de l’actrice sous les coups du chanteur à Vilnius, et 15 ans après - la justice, ayant, comme on dit, passé - ce tumulte de censeurs. Chanter après cette mort-là, comment y penser même ! vivre de sa musique (et donc de son métier), devenu une interdiction absolue. Parfum de fatwa, ou pas loin…

Cantat et son groupe Noir Désir ont honoré la qualité de la musique-rock, et au-delà, par les mots et leur engagement sociétal et politique, nos vies, dans les années 80/2000 ; ceci, pour situer le « phénomène » Cantat, autrement que par les pages people et les chroniques judiciaires. Ce garçon demeure musicien de métier, et ne sera rien d’autre, comme vous et moi avons des identités professionnelles et – au-delà – passionnelles. Alors, certes, et sans doute pour le restant de sa vie, sa personnalité c’est aussi Vilnius et – semble-t-il – une haute violence intrinsèque, qui concerne probablement ses séances chez son thérapeute… mais certainement pas le passant de la rue de Verdun à Montpellier, sa pancarte sur le dos…

Ce qui m’interpelle si fortement, dans cette actualité là, moi qui serais bien en peine de siffloter le moindre morceau de Noir et de Cantat, qui appartenaient plus à la génération de mon fils qu’à la mienne, ce qui fait mon malaise intense et résonne si désagréablement, ce sont d’autres images, parfois très anciennes, parfois d’hier ou d’aujourd’hui, ailleurs : Calvin tonnant à Genève, et imposant, au milieu des femmes en noir et sans bijoux, l’interdiction des loisirs et de jouer d’aucun instrument le dimanche, et, plus près de nous, les Talibans d’Afghanistan, fustigeant les musiques décadentes, dont bien entendu, le rock démon de l’Occident. Terrible charia qui recouvre Daech et ses califats, passés et à venir, qu’on découvrait, médusés, souvenez-vous, dans le film Timbuktu, décrivant le Mali privé de musique, la veille du jour noir de Charlie. Terrible et constante pulsion de censure, de rejet, de jugement, on va dire, « populaire », de guillotine symbolique, alimentés inextinguiblement par des réseaux sociaux surfant sur l’impunité.

Ce qui m’interroge et me révulse, finalement, c’est – encore ce côté « justice du peuple » – la façon dont on fait bon marché de la Justice, celle de Vilnius, d’abord, qui avait condamné le chanteur, évidemment,  celle de notre pays, en réponse aux différents appels, qui lui a fait purger sa peine, et, au bout de décisions qu’on peut supposer pesées et démocratiquement menées, a considéré qu’il pouvait retrouver la vie de tous les jours. Comment appelez-vous ça, sinon qu’il était libre. Depuis quand, « libre », chez nous, voudrait-il dire, vivre, mais… vivre, sauf, choisir ses activités, sauf, retrouver son métier, fusse-t-il la scène, sauf, chanter et se produire…

Reflets des Arts Pierre Fournel à Montpellier

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 mars 2018. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts Pierre Fournel à Montpellier

« La promenade » à l’ombre des platanes et du jeu des jets d’eau, entre Corum et Comédie. Passage obligé pour tout amateur d’art ; le fabuleux Musée Fabre au bout, et le Pavillon Populaire, faisant de Montpellier une très grande place d’expos photos. Discrète, presque en retrait, une petite salle – l’espace Dominique Bagouet – accueille des moments de rencontre entre artistes – leur œuvre mais aussi leur parole – et public. Nous sommes en Montpellier, et la tradition gratuité joue à plein, et il ne suffira pas de ce billet pour faire entendre l’infinie gratitude que tout citoyen ressent là.

Cette saison, de fin décembre au début avril, le détour, la visite toutes affaires cessantes, s’impose autour des œuvres de Pierre Fournel, un Pierre le Grand, assurément !

Ce très jeune vieux monsieur (né en 1924) est le dernier représentant d’un groupe de peintres « Montpellier-Sète ». Fil rouge entre des œuvres par ailleurs différentes, le Languedoc, le littoral, la garrigue. Originaire de Rodez comme l’immense Soulage, aujourd’hui vivant en Castelnau, aux bords du Lez, « aux pieds des arbres de Bazille », autre géant.

Fournel est pour moi, en ce jour d’hiver – et les lumières du dehors ont toujours leur rôle à jouer sur nos émotions du dedans – un parfait inconnu, et après ma visite – enchantée – devenu un repère artistique ancré dans mémoire et tissu émotionnel. J’ai simplement écrit sur le livre d’or ce « Qu’est-ce que j’ai aimé !! » qui dit tout et le reste.

La technique est sûre, professionnelle à l’appui d’études à l’école des beaux arts de Paris, puis d’une trajectoire d’enseignant à Montpellier. Mais celle utilisée dans cette expo Errances et Itinérances, interpelle puisqu’il s’agit de panneaux de bois habillés de sable et de résine. On aimerait savoir, et bien plus, voir comment « ça marche » cet alliage, son bâti, son temps (on suppose sans être savant que le temps est de premier plan dans l’affaire), mais comme dans toute haute cuisine gastronomique, on nous laisse seulement une sorte de goûté, le voir, le humer presque, hélas, on nous interdit ce toucher qui pourtant nous titille. Mais… le miracle de l’alchimie.

La tonalité – sa note première, comme on dit en parfum, est dégradés de beiges, blancs cassés, marrons peut-être Sienne, chaleureux et prenants ; quelques touches de différents bleus se nommant évidemment Languedoc. Un cercle « chemins sauniers » de 1975, prend d’entrée l’œil, certes, mais bien autant notre rapport au sol, somptueux paysage de mer, de ciel, de terre. Le « site cathare » bien plus sombre, élancé dans sa géographie spirituelle, dit tout de ce pays entre Aude et Ariège, sa sauvagerie, ses signaux historiques. Quant à ce « Jérusalem » 1987 que le Conseil départemental de l’Hérault conserve jalousement, on y contemple l’Orient, mais aussi l’Arabie et notoirement le Yémen. Alors, le sable, ses grains et leurs palettes infinies, leur relief, leur architecture pour ainsi dire, le sable là, est une évidence.

Bibliothèques

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 mars 2018. dans France, La une, Politique, Actualité, Culture

Bibliothèques

On dit assez souvent ici, ce qu’on pense comme n’étant pas acceptable dans les premiers travaux Macron, quelquefois, allant même jusqu’à poser de bien mauvaises notes dans la marge de ses copies. Alors, quand se présente un rapport destiné à l’exécutif, signé d’une plume qui tient la route, celle d’Eric Orsenna, en équipe avec Noël Corbin, inspecteur général des affaires culturelles, et sur le sujet des bibliothèques, on lui prête un œil attentif, et dans l’affaire, bienveillant. Le travail, aboutissement d’un tour de France de 3 mois des lieux de lecture publique, a bâti un solide rapport, étayé, réfléchi, suffisamment rare pour qu’on le souligne.

Rapport – que va lire qui de droit, et sa ministre de la culture, concernée pour le moins par le livre, puisque directrice dans une autre vie de la belle maison Actes Sud.

Rapport, et non bien entendu, loi ni même décret. Simple déclinaison de situation, problèmes, modalités possibles d’améliorations, voire de réparations, et, en l’état du sujet, en gardant la métaphore architecturale, d’un vaste plan de rénovation – avant, après. Rapport, diront certains, donc, la voie la plus sûre pour la poubelle et l’élimination de la chose observée ? Ici, cela ne sera probablement pas ; les méthodes Macron – pour le moment, reconnaissons leur cette qualité – n’enterrent pas ; elles regardent avec attention et pèsent, puis acceptent une partie notable et négocient le reste ; Jupiter, on le suppose sans peine, en même temps que le sujet de la dissertation, ayant fourni les grandes lignes de « son » plan… Le titre apporté par l’enthousiasme et les compétences d’Orsenna est beau : « Voyage au pays des bibliothèques ; lire aujourd’hui, lire demain ».

Il s’agit donc du monde des bibliothèques – le jeune président via sa grand-mère ouvreuse de livres en son enfance, ne peut qu’avoir porté à l’affaire l’œil bleu le plus attentif, si ce n’est tendre. Macron et le livre, une belle évidence politique, que depuis Mitterrand, on avait, disons-le, trop peu fréquentée.

Bibliothèque, en pays de France : une par commune même petite, une par quartier, sensible ou moins, c’est la musique des territoires qu’on entend là.

Salle souvent peu éclairée, rayonnages – qui ose dire, poussiéreux ? silence des pages tournées en salle de lecture d’où ne sortent pas les ouvrages (voyez le règlement), pas de loups en bordure des gondoles dont on extrait celui-ci et – tiens, pourquoi pas celui-là. Chuchotements, préposé encore en blouse grise ou dame se penchant sans miette de mot, sur le listing informatisé depuis si peu. Vous, votre carte écornée par tant d’années d’abonnement, et le jour des scolaires, enfin le bruit, enfin la vie, avec quelquefois, un animateur présentant des contes… On a beau dire ou rire, il y a encore beaucoup de ça dans les maisons des livres actuelles.

Servir…

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 février 2018. dans France, La une, Politique, Actualité, Société

Servir…

… Mot qu’il avait utilisé – j’avais bien aimé – sous les lumières du Louvre de son sacre, le Président. Mot que j’apprécie particulièrement, par ce qu’il contient de prise en compte, de conscience des autres, tous les autres, par ce binôme qu’il construit forcément avec « société » et pas loin, avec « tous ensemble ». « Croyez-vous que vous serez capable de faire une société ? » disait, ce matin, en radio, un intervenant au rapporteur LREM de la future loi « asile », ce qui est un autre sujet, quoique…

Car ces temps-ci, frissonne – comme parfum d’ambiance diffusé – un tissu social détricoté, troué, menacé. C’est du Service Public dont il s’agit, du nôtre, ce modèle français qui valut exemple jusqu’en un temps pas si éloigné. Aujourd’hui, pile dans le viseur des jeunes réformateurs trentenaires qui parlent haut, et « on n’y revient pas, svp ; avançons ! », sans un regard sur le peuple qui passe, car ce sont des sachant et qu’on se le tienne pour dit…

Service public, puissance publique, un refrain, qui en France, fait sens depuis si loin dans l’Histoire ; Front Populaire, Libération, grandes lois cadres du Gaullisme triomphant… jamais vraiment remis en question, ce service public, 50 ans après 68. Il était un pays où la fonction publique, on était persuadé qu’elle était bien utile, et du coup, plutôt fiers, de part et d’autre de l’échiquier politique : l’instituteur, l’infirmier de l’hôpital, celui de la mairie, ceux, l’hiver des routes enneigées, le gendarme bien au-delà de Saint-Trop, vissé à son rapport, partageant avec vous un verre carton de café innommable, enfin, enfin ! celui des trains entrant en gare au son du jingle de la SNCF. En vrac, d’autres flashs : la terrible tempête de l’an 2000 et les France Télécom à pied d’œuvre, à pas d’heure, dans les bois de Corrèze. Celui – vous en connaissez tous – qui vous a dépanné, réconforté, sorti votre gamin de la panade, pris le temps si précieux de l’écoute, de l’empathie, vieux mot passé mode… un homme, un service, un fonctionnaire (faisant son métier), un triptyque, une logique française. Un type, recruté honnêtement, dans la transparence républicaine, par des concours aussi divers et nombreux que fleurs des champs – celles du sous-préfet du vieux Daudet ? Le bonhomme que je vois, duquel je me plains s’il y a lieu, qui signe la réponse à ma lettre, bref, que j’identifie comme mon interlocuteur.

Vous me direz, votre film a quelque chose des Pagnol en noir et blanc d’avant-guerre ; c’était avant. Avant les glissements, un peu de soulagement des budgets par des ventes de la main à la main, silencieuses, de pans entiers de la Fonction Publique. Prenez les France-Télécom et leur mariage avec Orange, la carpe et le lapin, et de sacrés coups de chiens : j’emménage ces temps-ci chez le fruit monopolistique des connexions ; on m’annonce le passage d’« un France-Télécom », mais en fait, c’est une entreprise de sous-traitance, privée, qui ne sait pas, ne connaît pas les autres, ne peut donc pas dire si, quand… vague bout de tissu en haute mer. On en sort, amer, perplexe, fatigué… Qui est qui, qui fait quoi, qui, même, existe-t-il ??

Emmanuel Macron : Quel jeu ! Quel pot

le 17 février 2018. dans France, La une, Politique

Emmanuel  Macron : Quel jeu ! Quel pot

Aux cartes, c’est bien « quel jeu ! » qu’on dit autour de la table ? la tasse de tisane à la main, et derrière les carreaux, la pluie du dimanche d’hiver. C’est bien comme ça qu’on dit, n’est-ce pas ? Et souvent, on ajoute ce « quel pot ! » qui fait s’esclaffer l’assemblée… Certains – j’en connais – me diront que je suis bien la dernière à pouvoir parler cartes, et surtout « jeu », car plus mauvaise joueuse que moi, on n’en fait guère sur tout le territoire ; quant à s’y connaître en bon jeu ! même avec juste un peu, je finis généralement la partie, plumée.

Il n’empêche, je vais – j’insiste – continuer la métaphore. Parce que de bon jeu, bonne pioche, bon karma et le toutim, il s’agirait peut-être aussi de ça, avec les premiers mois du quinquennat Macron.

Je serais cependant, si j’en restais là, un poil malhonnête, car ce serait balayer d’un revers de main coléreuse (or, à RDT, on sait réfléchir avant l’invasion des bouffées émotionnelles, tant en chroniques qu’en commentaires…) ce qui tient au talent considérable et sans cesse révélé du petit jeune homme-président ; ses intuitions, l’habileté de ses manœuvres, sa rapidité à corriger, quand d’aventure il se trompe, son niveau tant intellectuel que culturel, ses aptitudes impressionnantes en terrain politique où pourtant il est bien neuf ; bref, ce serait négliger cet étonnant élève qui nous arrive après avoir sauté avec ses bottes de sept lieues tant de classes ; cela ne serait pas digne, je crois, du professeur que j’ai été… Ce serait – je ne les oublie pas – mépriser l’important travail d’Edouard et de son équipe, des Nicolas et son NDDL, Nicole, et ses prisons et autre Marlène et ses femmes ; leur sérieux, leur bonne volonté, leur intégrité.

Tout, incontestablement, compte dans l’addition, mais… comme il y a les lunes pleines et celles à moitié vides avec leur – énorme – influence sur la taille de nos poireaux, et peut-être même leur goût, il faut dans tout bilan faire place à ce qu’en historiens on nomme à tous bouts de champ le fameux « contexte » ; en d’autres termes, en compagnie de quoi, bons, mauvais points, solide ou foutue monture, on avance, on gère, et finalement, on vit.

Et c’est là, qu’on parle de chance, de facilités à tout le moins, de cartes avec lesquelles se joue la partie, et bien sûr du fameux « Quel jeu ! Quel pot ! ».

C’est que son jeu, à notre Emmanuel-président, c’est du rare, et depuis le début de la partie !

Faut-il parler poker – force argent circule et rentre en caisse France, par avions vendus et investissements promis – ? simple tarot – poignée d’atouts, finesse du lancer du « petit », que, moi, je négociais si mal, nombre de rois que Jupiter tient forcément bien en mains ? médiocre belote – non, là, c’est quand même trop peuple… mais, par contre, la Réussite ! pas celle des mémères, mais les cartes d’un De Gaulle ; pas mal pour le jeune et son toupet n’ayant pas le mal de l’altitude.

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