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LE COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 février 2018. dans Economie, La une, France, Politique, Actualité

LE  COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

Après le fameux coup de Trafalgar, celui de la CSG. C’est là, soustrait comme au tableau noir de  l’école élémentaire (quand on disait – enlève ce qui est « en trop »), sur la feuille de Janvier des pensions : 53,45 ôtés de 2430 €, soit sur l’année, plus de 600 € passés (repris) d’une pension de retraité à l’État, au titre de la fameuse CSG, augmentée à partir de ce début 2018. Pas sur tout le monde ? c’est à voir !

Wouah ! Sont forts les gars : première fois qu’un gouvernement s’autorise à baisser les pensions. Aux côtés des retraités, la foule des fonctionnaires, pas moins touchée…

Baisser les pensions, ici , et les salaires, là ; on ne parle pas en l’affaire d’une quelconque augmentation des seuils ou simplement du taux d’imposition, ce qui touche tout le monde à un moment ou à un autre, et qui fait dire à la fiscaliste que je demeure, qu’on veillera à la bonne utilisation de la ponction. Baisser, c’est-à-dire prendre, retenir ; quelque chose de la punition des enfants – tiens, toi, je te reprends ton pain au chocolat de la récré, et surtout désigner le coupable en une vague décimation à l’antique – toi ! Le doigt se baisse : pas toi !

On le savait depuis l’élection, et de coin de cuisine des copains en pot en ville, on avait mollement, imprécisément, évoqué la chose depuis l’été ; dans le fumeux paresseux de nos brouillards d’infos, on avait – j’avais – classé ça dans le fichier APL, c’est-à-dire du symbole plus que du lourd, et loin de moi avait été l’idée de convertir cette CSG nouveau style en paquet de nouilles à la Mélenchon.

Force est à présent de mesurer la hauteur de la crue – qui plus est, calculée sur le brut et non le net. Certes, seuil, il y a – les gens de Bercy, il est vrai, ont un jeu de seuil depuis l’affaire ISF, des plus originaux – mais enfin, seuil : 1200 la retraite dite riche, ou aisée ? Quoique l’insupportable Wauquier – dont la hargne « communisante » n’est plus à raconter ces temps-ci – aurait parlé de 1000 €…

Alors « pourquoi tant de haine ? » dirait le cinéaste. On trouve assez vite, après quelques mois de fréquentation du système Macronien. Sus aux immobiles socio-économiques que sont supposés être les fonctionnaires et autres retraités ; place au dynamisme inventif des « jeunes et fringants preneurs de risques ». France qui gagne ou est en partance pour le faire, France qui pèse, qui traîne, qu’on remorque : que de Baby Boomers lourds comme trois tonnes de pavés de soixante-huit ! Que de fonctionnaires inutiles en attente de dégraissage, payés, madame ! par la collectivité, dont le travail entre  emplois du temps, minces comme un sandwich SNCF, et immenses vacances à rallonge reste à démontrer. Pour le moment, rien n’est encore dit de ces foules d’« assistés », difficiles, il est vrai, à dépouiller, d’entrée, mais qui feraient bien de compter leurs abattis.

Education : où vont les chemins Blanquer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 janvier 2018. dans France, La une, Education, Politique

Education : où vont  les chemins Blanquer ?

Un peu comme ces chemins forestiers, dont on se demande s’ils vont aller – longtemps – quelque part, et s’il y a risque de rencontrer le loup… sont les chemins de Jean-Michel Blanquer, notre ministre de l’EN, celui qui, à croire quelques sondages, serait le préféré, le chouchou des Français, dans ce poste ou ce rôle. Plutôt ce rôle, car, en ce domaine comme en d’autres, ce sont bien les rôles que distribue le metteur en scène Macron ; signaux plus que vraies décisions, affichages et drapeaux, bref, la couverture soignée et 3 lignes d’intro plutôt que le livre complet. Même en admettant que, supprimer le portable dans les cours de récré (dont on sait malheureusement à quel point cela sera compliqué sinon impossible tel que dit dans la loi), ou le rétablissement des blouses – lol au centuple – soient ce qui mobilise les applaudissements des foules, sensibles également au côté CPE-surveillant général qui « en a » du personnage, face au sourire « inoffensif » de la précédente dans le poste ; même en limitant cette popularité à quelques affichages bâclés, cela interroge une fois encore, mais plus qu’avant, sur la nature des demandes en France en termes d’éducation, et sur les positionnements ou postures des ministres pour y répondre… On avance, on avance ??

Dès son entrée en piste, dans le gouvernement où étaient censées se mélanger en un joyeux camaïeu de couleurs, et la droite, et la gauche, lui, au moins, c’était clair : pour nous, membres de la communauté éducative, grincements de dents : ouh là ! En voilà un qui habitait de longue mémoire deux ensembles de qualificatifs : – très (très) à Droite, et réac bon teint (je précise que c’était l’avis aussi de certains membres de son camp !). Il suffisait de se souvenir de deux ou trois marqueurs ; par exemple ce projet de repérage des élèves en risque pour les apprentissages dès la maternelle (2009, il est alors directeur de l’enseignement scolaire auprès de L. Chatel, ce très regretté ministre). Ancien recteur de l’académie de Guyane – spécialiste et connaisseur de l’Amérique Latine – puis de celle de Créteil (plus original, pour lui, là ), il y conduisit des projets – partenariat avec Sciences Pô, pour le haut du panier des lycées de banlieues, et mise en place des Internats d’excellence. Bien ! mais que fait-on des autres, les ordinaires, et les moins bons ? Faut-il tuer d’entrée, en sus, ces perdus du scolaire, et demain de la vie, ceux dont certains enseignants n’hésitent pas à dire qu’ils font perdre le temps des autres. On reconnaîtra là comme un copié collé avec la substance de la politique Macron en tous domaines ou presque : faire pour les meilleurs, faire émerger et exploser leurs besoins, leurs talents, à ceux-là, point. On ne le dira jamais assez : le maître étalon de nos gouvernants et notamment du chef de l’exécutif, c’est la tête de classe (accessoirement, ceux qui méritent d’y accéder).

 On a vite et dès les premiers mois reconnu la marque de fabrique lorsque sont parus les décrets revenant sur le ministériat honni de Najat Vallaud-Belkacem : rétablissement des classes bilangues en collège, renforcement des langues anciennes et du grec notamment, travaux interdisciplinaires rendus facultatifs, renforcement de l’autonomie (floue) des établissements et entre autres du rôle de « chef » d’établissement, prié de décupler des fonctions d’autorité qu’il n’a pas. Mesures (non négociées) rendues notamment possibles par le manque de cohérence et l’insuffisant soutien, lors du précédent quinquennat, de syndicats comme le SNES (soit dit en ancienne militante…).

Revue de politique étrangère IFRI : face aux interrogations les plus sombres du début 2018

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 janvier 2018. dans Monde, La une, Politique

Revue de politique étrangère IFRI : face aux interrogations les plus sombres du début 2018

La revue Hiver 2017-2018 nous guide comme toujours, via ce « savant » qu’on comprend facilement, dans plusieurs chemins pouvant s’inscrire comme un « faire le point » sur les inquiétudes majeures, nous guettant en ce début 2018.

Nous avons du coup lu la revue un peu différemment de notre façon habituelle, utilisant certes le dossier phare (L’Irak après Daech) et certains points du dossier second (Trump, une rupture de l’ordre mondial ?), mais approfondissant aussi deux forts articles de la partie Actualités, chacun comprendra pourquoi : Yémen, imbroglio politico juridique, désastre humanitaire, impasse militaire ; et Corée du Nord/États-Unis, jusqu’où ira la confrontation ?

Antoine Bondaz éclaire – et c’est difficile de poser des jalons sur l’incertitude, les contradictions, les rebondissements d’une telle situation – la question que tout un chacun se pose en ce début d’année : La confrontation Corée du Nord/États-Unis, avec dès le titre le mot-clef de la problématique – jusqu’où.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong Un, la militarisation à marche forcée appuyée sur un très fort développement de l’arsenal nucléaire, et des capacités balistiques l’accompagnant, ne font plus aucun doute ; pas plus que l’escalade verbale foncièrement menaçante de D. Trump. Le face à face s’incarne aussi du reste dans ces deux personnalités – particulières – et dans les échos spécifiques sur leur population-public. L’article a le mérite de reposer la chronologie de la confrontation, et de souligner – certes, seulement hic et nunc dans cette géopolitique changeante – les stratégies possibles, les objectifs probables, les hypothèses de « solutions » se dessinant. Ainsi, ce sont d’armes sécuritaires, certes, dont il est question pour la Corée avec cette hausse (et ce perfectionnement) de son arsenal nucléaire, mais bien autant d’armes identitaires répondant à des champs politiques tournés vers la population. Outil « indispensable au juche » recherche de l’indépendance politique, « s’opposant au sadae » ayant défini par le passé la dépendance par rapport à l’empire Chinois. Contrairement à nos représentions occidentales, la RPDC aligne certaines réussites économiques notamment en croissance, sous l’égide d’une réelle autorité du dictateur dirigeant. Si les USA veulent à terme contraindre les Coréens à la dénucléarisation, à l’instar de la communauté internationale – ce qui passe par la table des négociations – il faudrait mesurer et trier dans les sanctions à l’œuvre actuellement, et ne jamais négliger la Chine, ni comme acteur de futures négociations, ni même comme inhérente à tous les concepts sur la confrontation (principal client de 90% des exportations nord-coréennes). Quant à l’éventualité de ripostes militaires dont des frappes nucléaires, l’article montre combien ce serait d’un coût considérable, notamment humain, et d’un résultat plus qu’incertain…

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 janvier 2018. dans La une, France, Média/Web, Actualité, Politique, Société

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Depuis quelques heures on les entend tous, lectorat fidèle au cuir tanné du vieux Charlie, tout venant occasionnel achetant le grand fascicule chaque fois que ça pète sur sa couverture, journalistes d’ailleurs (là, c’est un peu facile) et même…  ceux de Charlie, les survivants, et  les venus depuis. On les entend dire – Charlie enfermé dans son bunker, c’est tout simplement impossible… comme une erreur soulignée en rouge, un oxymore ahurissant, le grand fauve des savanes enfermé ! Evidemment !

Pile, 3 ans après l’incroyable et l’indicible.

 C’était hier, ceux de Charlie. Nous tous tombés par terre devant radios et  tv, nous tous « je suis Charlie » ; dégoulinant, noir, sur la façade du Palais des festivals de Cannes où je me trouvais et où j’ai défilé le 11, avec à mon bras une tantine de bien plus de 80 ans, qui n’avait jamais manifesté ; clignotant, le Charlie – ce n’était pas le moins étonnant – au fronton du Vinci des autoroutes, partout, dans la moindre boutique, le plus petit espace libre d’affichage au coin des rues, papillons noirs qui rassemblaient alors presque le monde entier, passeport tenu à bout de bras ; du simple, du presque tout : la liberté d’expression. Ils seraient encore aujourd’hui, aux derniers sondages, à se revendiquer de ce « je suis Charlie » à hauteur de plus de 70%, en France, ce qui est énorme quand on sait à quelle vitesse tournent les opinions et leurs modes moutonnières.

Alors, comment traiter les Charlie, hic et nunc ? Quand on mesure ce qui reste (et peut-être augmente) de haine et de menaces vis à vis de ce que représente Charlie vu de la lorgnette de l’intégrisme pur et dur, de son bras armé terroriste, bien  vivace nonobstant la perte territoriale du fameux califat du Moyen-Orient (quand E. Macron dit que la menace future viendra de l’Afrique sahélienne, il a vu juste ; rien n’est fermé dans la terrible entreprise, loin s’en faut).

 Pour ces djihadistes, l’esprit-Charlie est tellement autre chose que ce qui s’entend pour nous, a minima : liberté d’être impertinent dans un journal satirique. C’est que Charlie, ces gens le comprennent au cœur, et ne sont pas à ce titre, prêts à lâcher la cible. L’esprit Charlie, et son compère, celui du 11 Janvier, que même un Hallyday descendu de sa planète Amérique a chanté et plutôt bien, c’est la quintessence de la menace contre eux, quelque chose d’opérationnel contre le noir du drapeau de Daech : sourire et joie, collectif et valeurs, culture et rire, surtout, et gens debout… Et on penserait que deux dizaines de types, même de l’ importance de la Rédaction de Charlie, auraient suffi à étancher leur soif !

Les menaces sont bien là – toujours aussi implacables - nominatives ou non, terrifiantes. La fatwa rôde ; demandez donc à Rushdie s’il est content de sa vie plus qu’à l’ombre…

Les Gardiennes

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 janvier 2018. dans La une, Cinéma

Film de Xavier Beauvois, 2017, 2h14

Les Gardiennes

Un soir d’hiver. Creux avant-fêtes tonitruantes des vacances de Noël ; ciel bleuté, pas plus ; ici, avec les vents du sud, c’est si peu souvent couvert. A deux petits pas de la Comédie, Le Diagonal – Diago pour ses intimes – un ciné de tous les meilleurs films du monde, un choix entre art et essai et aussi le mieux d’un populaire de bon aloi ; à « croquer » du film 3 fois la semaine, pour le moins, une sorte de cantine ;  merveille Montpelliéraine, une de plus. Et ce soir, un peu à contre-courant (le film est à l’affiche depuis plusieurs semaines), nous sommes encore une solide bande à venir voir si dans tout cet « avoir » étouffant des fêtes, un peu d’« être » ne pourrait pas ici nous échoir…

Long et lent, Les Gardiennes, comme ce temps de 14 – le film balaie toute la guerre de 15 à 18 et pousse jusqu’en 1922 – et surtout des « arrière », loin de la fureur du Front, dans les campagnes (alors, l’essentiel de la population était encore là, entre chemins creux, rudes bâtiments des fermes, immuables gestes des champs ou de l’élevage, tandis que frissonnait la modernité d’une moissonneuse-lieuse).

Campagnes de France en temps de guerre ; celle-là, la première. Pendant que dans la salle d’à côté mugit le dernier Star Wars, fallait oser aller dans ce contre-courant là, l’imposer à nos gamins qui dans les pires micros-trottoirs confondent gaiement les deux guerres et Daech, fallait vouloir dépoussiérer un vieux livre du père Ernest Pérochon… Presque une provocation. Et, au bout, pour autant, il y a du monde, on vient voir, on aime cette plongée – comme si vous y étiez – au coin du cantou, au lavoir, ou derrière la charrue de ces gardiennes – du temple, pas sûr (encore que les pratiques religieuses vont encore bien leur train de traditions dans l’Ouest où se situe le film…) ; de la famille, c’est assumé, mais avec la fenêtre entr’ouverte sur les libertés de demain.

L’œil de la caméra de Beauvois fait magnifiquement son travail (on aurait alors dit « de la belle ouvrage »), sait prendre le temps, et, plus que dire, préfère laisser comprendre, par les visages, les silences, la force d’une émotion mieux que vraie, palpable. Au cœur de la réussite, la lumière de la complice chef-opératrice Caroline Champetier (redisons-le, elle le mérite tellement, même si on l’a lu partout) : chaque plan affiche Millet, Courbet, des soirs tombants du 1900 de Bertolucci aux flashs dorés du Molière de Mnouchkine. On en prend dans les mirettes, et le son, et la musique, à la fois si présents et si coulés dans l’œuvre, ne sont pas en reste.

Les femmes-debout – et notamment celles des campagnes, mais n’oublions pas les ouvrières, ailleurs – durant la guerre, leur considérable rôle à l’arrière pour tenir l’économie, faire tourner les fermes, élever la marmaille ; tout a été dit par l’Histoire, les récits, quelques romans. On croit connaître cette face gris blanc, autre guerre, s’opposant à l’enfer noir de la tranchée, mais pas forcément ces femmes de tête campant en haut des familles (formidable et si juste Nathalie Baye, qui décidément a plus d’un tour dans son carquois d’actrice), ces générations mélangées sous le toit du grand corps de ferme, dans une absence d’intimité qu’on n’imagine plus, ces attentes du facteur avec deux, trois lignes ayant passé la censure, la terreur de voir entrer le maire – C’est ton mari… On croyait savoir mais c’était avant le regard de Laura Smet, la fille – parfaite –, et ce qui se passe autour de la jeune Francine (étonnante Iris Bry), fille de l’Assistance comme on disait alors en baissant le ton, amoureuse – socialement éconduite – du fils de la famille aux armées. Femmes qu’on admire, intensément, qui vont, on le sait, exiger et engranger quelques galons au sortir de la guerre ; Francine coupe ses cheveux, chante des morceaux réalistes (Les blés d’or, et c’est là qu’on se souvient comme moi de la grand-mère à la fin des batteuses) ; devant elle, les années d’après-guerre et les « garçonnes ».

Quelques faits, donc – échos de faits, plutôt – dans ces femmes de la campagne, pendant la guerre… Si peu, pourrait-on penser, peut-être, et tant de ces silences, dont on dit quelquefois qu’ils sont parlants. Mais tellement ! On croyait faire un tour loin dans l’Histoire, et nous voilà, en nous, femmes et tous humanistes, pieds plantés ici et maintenant. Magie d’un film parfaitement réussi… Cadeau précieux en ces temps d’avalanches d’« avoir », un moment d’« être » ; un vrai et grave bonheur.

Le wiki de la Trota

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 décembre 2017. dans La une, Média/Web, Histoire

Le wiki de la Trota

L’an dernier, au mitan de l’hiver – cela vous fait-il souvenir ? bon, quant à faire – je vous avais abreuvé de quelques lignes sur Montpellier-la-médicale-au-Moyen-âge. Médecins, connaissances, héritages croisés et si fructueux des Arabo-Andalous, Juifs, assis sur leur bien aimé socle antique. En ce temps, bien autant perturbé et fertile en débats contradictoires que notre pré-présidentielle, Montpellier la savante (la surdouée dira plus tard Maître Frêche) portait beau dans le paysage scientifique et médical, à l’aulne de Grenade, Tolède, Coimbra, et là-bas, aux portes de la Sicile métissée, Salerne la brillante.

C’est ainsi qu’arriva Dame Trota dans ma vie – l’avais-je oubliée ou jamais rencontrée, ça je ne saurais dire.

Trota de Salerne, encore nommée Trotula, ou Trotula de Rugiero, de ces « mulieres salernitanae » de légende. Une des premières femmes médecins du Moyen âge, sans doute la première à s’être spécialisée dans les soins et maladies féminines, dans un tout autre registre que les sages-femmes assistant à mains nues d’artisan la gestation. Trota – de plus, très belle, dit-on – un fleuron de l’école de Salerne, là où les femmes pouvaient étudier, pratiquer, puis enseigner la médecine, la chirurgie. Un ilot dans la mer où les nefs croisées portaient leur poids de lourde intolérance. Un reliquat d’Antiquité. Une somptuosité dont les vagues arrosèrent Montpellier-la-savante, toutes oreilles tendues aux vents de tous les larges. Trota la gynécologue ; on voudrait savoir combien d’amphis portent son nom, aujourd’hui. Salerne la médiévale, n’était–elle pas, comme Montpellier le fut, un monde de brassage, de métissage intellectuel et scientifique. On dit que son école de médecine (laïque ; fait plutôt rare au Moyen-Age) fut fondée tout à la fin du haut Moyen-Age par 4 maîtres, un Juif, un Arabe, un Grec, un Latin, chacun enseignant dans sa langue. La précieuse bibliothèque de l’école médiévale de médecine Montpelliéraine possède un exemplaire salernien – magnifique incunable – du « regimen sanitatis salernitanum », « bible » donnant des conseils d’hygiène de vie quotidienne, d’une surprenante voix écologisante.

Dater avec précision notre Trota est chose malaisée, et c’est là que commencent nos ennuis. Début du XIème siècle ? probablement ; date de décès non fournie. Famille noble, sans doute. Épouse d’un pair, le Docteur Giovanni Platearius, dont 2 enfants sont signalés, deux garçons, qui furent auteurs de traités médicaux… Histoire ou légende rose ; arrangement des faits pour le moins ? C’est là que le wiki (pédia) s’encadre, comme chaque fois qu’on patauge, avec ses pages qui n’en finissent pas de précisions quasi exhaustives (alors que Wikipédia est justement un arsenal de connaissances jamais finies, jamais fermées, toujours en gestation interactive, et que cette formidable philosophie est à la fois sa force et sa faiblesse). Trota de Salerne est bien dans Wiki, mais les non vérifiés, non connus, contestés, sont autant de courants d’air propres au vacillement du lecteur. Il semblerait (le temps de la Trota étant un conditionnel) qu’elle ait étudié la chirurgie surtout à Salerne où elle a vécu, sans voyager ailleurs. Par contre, ses écrits (ces savants-là écrivaient autant qu’ils pratiquaient) parcoururent l’Europe. Plus tard, au XIIIème siècle, le « practica chirurgia » de Roger de Salerne donna le « la » à tout ce qui en occident se piqua de chirurgie, et cela, croquis et planches anatomiques à l’appui. Elle pratiqua surtout sur les femmes (peu d’hommes étaient acceptés pour donner des soins intimes aux femmes, d’où la vogue des sages-femmes) en dispensaire, se spécialisant dans l’accouchement, écrivant au fur et à mesure de sa pratique un De passionibus mulierum curandarum ante, in et post partum, tout en latin, bien entendu. Constantin l’Africain, le traducteur, qui permit notamment la renommée de Trota, la décrit pratiquant une césarienne. Moderne, la dame considérant qu’enfanter dans la douleur avait fait son triste temps, prescrivait de l’opium (?) aux parturientes. Arrivé dans les coques des nefs des Croisés, et plus après, suivant Marco Polo. Conformément à ce qui scandait la médecine médiévale – fut-ce la meilleure – on trouve chez Trota cette observation d’une femme froide et humide, face à l’homme chaud et sec… mais en 64 chapitres, transcrits et traduits (nous dirions aujourd’hui, en retour d’expérience) Trota de Salerne posa sur « la femme, ses infirmités, ses souffrances » assez d’empathie et de compétences pour qu’on la range, droite et fine, aux côtés d’une Simone et de son Deuxième sexe. Amusant mélange, pour autant, de ci, de là, entre superstitions ou traditions et modernité des recherches et des savoirs ; ainsi, ces bains de sable de mer pour femmes dodues (on essaye ??) et ce cœur farci de truie pour oublier la mort d’un être cher… Renommée d’un bout à l’autre de l’Europe – mais a-t-elle correspondu ou été référencée, et en quels termes, par d’éminents savants Juifs ou Arabes ; nul ne sait. Citée, par contre, par Rutebeuf  (« le dit de l’herberie ») et Chaucer lui-même ; un grand pan de gloire, de fait.

I am scandalised !

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 décembre 2017. dans La une, Politique, Actualité

I am scandalised !

… comme on dit avec l’accent roulant dans l’Orient de la Méditerranée, dans cet anglais-loukoum, que chacun comprend si vite et bien, moi en particulier…

Obama, sa démarche de seigneur, à moins que de grand fauve chaloupant, est arrivé l’autre jour à Paris, devant une salle de sommités mélangées, people politique et people com, tous debout, pour applaudir la vedette. Enamourés, à la veille de chantonner « yes we can ». Des fans. Et quelque part, on le comprend. L’image d’une Amérique qu’on aime, face à l’autre, là-bas : l’horreur-Trump. On sourit, benoîtement… jusqu’à l’annonce des chiffres qui fâchent : le chèque remis à l’ancien président des USA, après ses blaguettes, constatations du bout des lèvres – oui, le climat, quand même ! génuflexions diverses – j’aime tant Paris ! ; mais à part ça, quoi d’autre de « very important » pour lire mieux le monde ? 336.000 euros, mes camarades, pour autour de 2 petites heures de scène, invité par « les Napoléon », réseau d’influence dans le monde de la com, dont pour ma part j’ignorais jusqu’à l’existence ; quant à l’utilité !!

On n’en peut plus de hurler partout autour de nous : – tu te rends compte ! dans nos sociétés où pullulent les précaires et en-dessous, les sans-abri qui meurent (l’autre matin, au Grau-du-Roi, à trois pas de flamands roses de chez moi, et pas par des températures polaires, mais un homme simplement oublié au pied d’une poubelle…), le sourire charismatique de Barack s’affiche au CAC 40 à ces hauteurs…

Il paraît que c’est presque vieux comme le monde politique, cet « usage » (est-ce bien le mot ?) de recyclage, de visibilité maintenue de nos anciens – pôvres ! Et les notes de frais de filer sur la page Google : Tony Blair (s’en souvient-on, de cette étoile soi-disant socialisante et de ses coups pas possible contre « son peuple », de ses mensonges honteusement suivistes couvrant la guerre d’Irak ; la seconde, mais on s’en souvient, bien sûr !). Eh bien, nous sommes là dans un 13,6 millions d’euros de gains pour l’année 2013. Oups ! Clinton – Bill – tient le haut du panier avec un petit 300.000 €/l’heure de bavette. Sarkozy nage entre 200 et 300.000 la conférence ; même un Copé encaisse autour de 30.000. Bon. Mais pour parler de quoi ? contenu, pédagogie, de la dite conférence ? de qualité ? fondamentale pour le reste de notre monde à vivre ??

Dans le lot, qu’un Hubert Védrine fasse payer – beaucoup moins – ses vraies qualités de commentateur en géopolitique, qu’un DSK, ancien patron du FMI, aille étaler sa vision économique des choses, si particulière et qui n’est pas la mienne, c’est autre chose ; ça peut se justifier ; on est dans la banalité de l’expertise. Mais ces prébendes aux allures de privilèges des autres, sur des absences de sujets, j’ose dire de compétences indispensables, là, l’arête me fait tousser et sans doute vous avec…

Alors, quand j’apprends que F. Hollande, le nôtre et accessoirement le mien, est allé causer – rémunéré – sur « les enjeux géopolitiques de l’avenir » (NB : ça devait quand même tenir la route) en Corée du Sud ; quand je lis qu’il est en partance pour Dubaï, dans les mêmes conditions, j’ai un haut-le-cœur, non sur le contenu, qui sera évidemment adapté, pas inutile et – sûr – très sérieux, mais sur cette peccadille : accepter d’importantes sommes d’argent pour ça. Monnayer son verbe via son image, dans un monde qui, que… bref ! Inacceptable.

La politique, c’est du symbole, quand on est en fonction, et après ; on continue jusqu’au bout de soi de porter quelque chose, que moi, simple citoyenne je ne porte pas. Ça pourrait s’appeler démocratie, probablement, et les hautes valeurs qui vont avec. Là, cette avalanche au bruit de tiroirs-caisse, ça s’appellerait plutôt « shame ».

RAMSES 2018 : La guerre de l’information aura-t-elle lieu ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 décembre 2017. dans Monde, La une, Politique

RAMSES 2018 : La guerre de l’information aura-t-elle lieu ?

Comme chaque année, RAMSES (entendez : Rapport Annuel Mondial sur le Système Economique et les Stratégies). Juste avant les fêtes ; un cadeau – absolument obligatoire – pour tout citoyen digne de ce nom. Tous, ceux qui croient savoir, ceux qui sont perdus, ceux qui ont peur – encore plus.

Le principe : à la fois un bilan de l’année d’où l’on sort et, bâti là-dessus, une prospective de ce qui arrive. Exercice parfaitement casse-cou, exigeant le professionnalisme rigoureux et abouti des chercheurs de l’IFRI. Réussite d’envergure chaque année. Trois branches à ce triptyque ; les interrogations sur l’année à venir, en articles-thèmes fouillés et ciblés ; ce qui va caractériser l’évolution de plusieurs endroits du monde : état des lieux, problèmes, risques, interactions, et enfin, une somme de chiffres et cartes pour mieux visualiser les problématiques en cours. Pas moins de 8 vidéos l’accompagnent (QR code à télécharger). Autant dire, un outil indispensable que ce RAMSES, rôle qu’il remplit auprès des chercheurs, journalistes, universitaires et autres étudiants. Mais cela ne serait qu’ordinaire en pays savant, s’il n’y avait que la chose se lit comme roman passionnant – ce n’est jamais que notre monde, demain – en langue pédagogique à la portée du citoyen de base, pour au bout s’installer là où est l’important de l’écriture : au côté de nos nuits, et être ouvert, ré-ouvert, consulté là, vérifié ici, tel livre de chevet de l’honnête homme…

Trois enjeux majeurs se partagent cette ouverture sur 2018 : Un monde brisé ; un monde nouveau ? Où va la Russie ? ; et La guerre de l’information. Chacun de ces « yeux » sur demain se déclinant en nombreux articles fouillés, confiés aux meilleurs spécialistes de la question. Tout vaut la lecture, et bien plus, la méditation qui la suit.

Dans Un monde brisé ; quel monde nouveau ?, piloté par Dominique David et Philippe Moreau Defarges, s’attarder sur Un nouveau jeu de puissance (au singulier), La mondialisation à l’ère du populisme, sans oublier Démocraties, états, peuples en crise. Le premier article Un changement de temps étant une merveille au croisement de géopolitique et de philosophie.

Les articles autour de la Russie, sous la direction de Tatiana Kastoueva-Jean, posent des interrogations en termes de stratégie, choix, devenirs ; ainsi de : La Russie a-t-elle une grande stratégie ?, Quelle place pour la Russie au Moyen Orient ? ou Moscou/Pékin, un pivot russe vers l’Est.

Quant à La guerre de l’information, confiée à Julien Nocetti, que pas un débat en ville ou dans les médias ne saurait actuellement passer sous silence, on lira justement dans ce RAMSES ce qui évite les à-peu-près, les mal dits ou non dits, les erreurs qui foisonnent ailleurs. Ainsi : De l’utopie d’Internet aux défis du monde numérisé ; La diplomatie à l’heure du numérique, Internet renforce-t-il l’autoritarisme ? ; ou Lanceurs d’alerte, garde-fous ou perturbateurs.

La honte du désossement des grands navires

Ecrit par Martine L. Petauton le 02 décembre 2017. dans Monde, La une, Politique, Littérature

à propos du livre Les vaisseaux frères, Tahmima Anam, Actes Sud, octobre 2017, 384 pages, 23 €

La honte du désossement des grands navires

Heureusement, progressivement, la dureté du Moyen Age est sortie des pages écrites par l’Occident, principal pourvoyeur du grand commerce maritime, de ces navires immenses comme gratte-ciel, tankers, et autres paquebots de luxe. Nous avons peu ou prou engrangé une législation, tant dans le domaine du droit du travail, des droits de l’homme en général, que dans celui – immense chantier en gestation – de la protection de l’environnement. C’est ainsi qu’à présent, nous, Occidentaux de tous horizons géographiques, n’avons tout bonnement plus le droit de faire – vite, pas cher, et complètement – ce qu’il faut faire en matière de destruction, de désossement plutôt, des épaves colossales que sont les grands bateaux en retraite. « Ne m’appelez plus jamais France ; la France elle m’a laissé tomber… » chantait un certain…

Mais, comme toujours – voyez comme le monde est bien fait – dans le doux univers capitalistique, tout ne marchant pas du même pas, il suffit de (de nos jours on dirait « délocaliser ») faire glisser les chantiers gigantesques ailleurs. Entendons, là-bas, loin, en Asie du sud, car il y faut moult main-d’œuvre, et bien sûr, pas onéreuse ni bardée de législations, et de syndicats revendicateurs. Il suffit à l’affaire de gens qui – simple, voyons – ont besoin de travailler d’une heure sur l’autre et sont disposés à obtempérer ; une brutale flexibilité à hauteur de feu le Tiers Monde. Plus de 200.000 ouvriers à moins qu’esclaves, s’activent – en ce moment – au démontage à mains quasi nues des géants des mers, sur la côte du Bangladesh, entre autres, à Chittagong, par exemple ; drôle de carte de visite. Avant – des décennies que ça dure – c’était en Inde ou au Pakistan, pays plus développés, qui, peu à peu (sous la pression de l’international dans lequel ils entendent jouer un rôle, de la partie éclairée de leurs propres opinions largement autant scandalisées que nous) ont renoncé à ces pratiques, les faisant glisser, de fait, vers des voisins plus pauvres, plus démunis, plus affamés, qui ont dû accepter ce bien curieux fardeau…

La honte nous poursuit de ces images, ces statistiques (l’âge à la mort, le taux des maladies professionnelles, l’âge des ouvriers, avec pas mal d’enfants, le salaire octroyé). Le scandale nous hante des conditions de travail en tee-shirt et en tongs, auprès desquelles la construction des pyramides prend un sérieux coup de jeune…

Il n’est sans doute pas trop tard – il n’est jamais trop tard – pour signer une pétition dans le net ou ailleurs, et se souvenir que « ça existe » en lisant Les vaisseaux frères chez Actes Sud ; celle qui écrit et parle – une vigie à sa manière – sait de quoi il en retourne ; elle est de là-bas.

 

Le titre reste énigmatique, plus sûrement métaphorique, jusqu’au bout du livre. Le dessin de la couverture, fin et délié – montrant deux filles à la surface de la mer ou du monde, l’une attrapant un croissant de lune – campe lui aussi dans la boîte interrogation, la meilleure porte, on le sait, pour entrer dans une histoire…

Le passage des grues…

Ecrit par Martine L. Petauton le 25 novembre 2017. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Le passage des grues…

A peine quelques jours après Toussaint. Un temps hésitant entre quelques gelées blanches saupoudrant au matin les jardins délaissés, et – sur le coup de Midi-nouvelle heure – des éclats bleus incroyablement tendres en ciel bourbonnais. Encore l’automne ; c’est ce que disent tous les feuillus du vieux Massif Central, dans l’arrogance de leur parure été indien – le plus beau de la France, en ce moment, est là. Pour autant, depuis peu, la douceur nous quitte, comme à regret ; dans les rues du village de mon enfance, les manteaux, quand ce n’est pas bonnets, haussent du col.

Cimetières, ce matin – la « tournée », comme on en sourirait presque – Deux cimetières, à peine éloignés d’une petite dizaine de kms ; les deux familles, paternelle, là, maternelle, ici. Les parents – nous attendraient-ils ? – dans du granite rose…

Elle m’accompagne, ma si jeune tante d’à peine 20 ans mon aînée, si pleine de rires et de mémoires impeccablement convoquées, si alerte qu’elle est définitivement ma contemporaine, mon amie, ma copine ou pas loin, jamais un bout – un reste – de famille qui marcherait loin devant… Enfin, par moments fugaces et face au temps qui passe, ça me traverse que peut-être, hélas, si ; elle est aussi cela.

On a redressé quelques pots de ces fleurs si particulières que sont les chrysanthèmes, ceux des riches ou voulant le paraître, ceux, modestes, d’une présence émouvante. Un rite, une société, ses liens, son sens.

Elle a donné sur le côté, en parlant d’autre chose, un coup de balayette ; on a constaté que de la mousse attaque – à peine – « mon » caveau, et une fois de plus elle a demandé : « ça fait combien de temps, déjà, ton père ? ».Puis on a tourné de tombe en tombe, de celles d’anciens du clan familial, dont elle ne se lasse pas de me retracer la chronologie, de voisins, d’amis qu’on avait perdus de vue, et qu’on retrouve là, dessous, comme une mauvaise plaisanterie qu’ils nous feraient encore, si loin des bancs des petites écoles, où nous étions ensemble dans l’autre bout du siècle dernier.

On baisse le ton, sans chuchoter pourtant ; la voix des vivants dans ce champ de morts est totalement étrange ; il y a le silence, et il y a celui-ci…

Elle, elle a un autre cimetière, là-bas, en bordure de Berry ; son mari et son fils, le garçon si vivant dont la jeunesse fut fauchée un soir sur la route. Elle m’avait dit un jour, comme vérité sur laquelle on ne reviendrait plus : « tu sais, tant qu’on n’a pas franchi les portes du cimetière pour ses enfants, on n’a rien traversé ».

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