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Les Falachas, Nègres errants du peuple juif, Tidiane N’Diaye

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2014. dans Monde, La une, Politique, Histoire, Littérature

Ed. Gallimard, Continents noirs (enquête historique), novembre 2008, 213 pages, 22,90 €

Les Falachas, Nègres errants du peuple juif, Tidiane N’Diaye

Tidiane N’Diaye nous a habitués à « un style », une approche d’enquête historique qui lui est propre. Impeccablement nourrie de sources référencées, habillée de précisions et d’explications sans lacunes, évitant toutes formes d’approximations ; l’Histoire – savante – est bien au rendez-vous de ses livres. Mais, c’est un N’Diaye qui nous la propose ! Peut-on dire, sans mépris aucun, qu’il nous la raconte, comme là-bas en Afrique, au bord des arbres à palabres… précisions, ici, pour mieux se faire entendre, là, synthèse – remarquable – sur ce point d’Histoire ; et surtout, argumentations de prise de position (de thèse, peut-être) parfois osée, cognante. De toutes façons, semble-t-il dire, l’Histoire est une matière vivante, dont il faut débattre et, là, dans ce livre « je pose ce que je sais et ce que je crois »… et de s’impliquer fortement dans l’affaire ; de chercher à démontrer, posture souvent étrangère au monde des historiens européens, laissant au lecteur le soin de déduire.

Ainsi, dans ses différents et toujours passionnants ouvrages, la présence des Chinois en Afrique, ou le « génocide » noir par les Arabes, puis les Européens… L’Afrique noire est son objet d’étude, sa passion, à la moulinette d’un regard acéré et particulier.

Ici, les Falachas – Juifs éthiopiens, dont la culture, l’image altière et digne, nous sont restés dans l’œil depuis le film – magnifique – Va, Vis et Deviens de Radu Mikaileanu, en 2005. Ici, Israël, la Terre Promise des Juifs, dans le rôle de ceux qui vont accueillir, mais, intéressés, calculateurs, pas vraiment nets ou fraternels… Le « film » de N’Diaye désigne avec fracas les « bons et les méchants », diront peut-être ses contradicteurs !

« Après les avoir ignorés pendant des décennies, Israël décidait d’arracher à la famine et à la guerre civile qui ravageaient l’Ethiopie, plusieurs milliers de Falachas, pour les rapatrier au nom de la loi du retour ».

Reflets des arts : Viallat ? Non merci !

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : Viallat ? Non merci !

Expo – la grande, l’estivale – à Montpellier. Au Musée Fabre, celui que j’aime « tout le temps » et même un peu davantage… ce Fabre cornaqué avec maestria et brio par un Michel Hilaire, que pas une seule de mes nombreuses chroniques-expos sur Reflets n’a  critiqué, mais au contraire, tellement admiré. Il y a des lieux de culture et les gens qui vont avec, qui en font ce qu’ils sont : Fabre est au plus haut ; Hilaire y est pour – presque – tout.

Alors, d’où est venue, en 2014, cette idée de « remplir » l’été avec Claude Viallat… (une expo de mi-année, moins ambitieuse, n’aurait-elle suffi ?). L’art hyper contemporain, pour drainer tout ce peuple mélangé des grandes expos de Fabre ? Un pari ? Une envie ? Un défi ; sans doute. Qui n’a pas, cependant – à ce qu’on entend, ou lit – rempli son office. Viallat et sa rétrospective, cela ne correspondait pas – probablement – au consensuel qu’il faut pour ce genre d’évènement.

J’en viens, il y a quelques heures dans le doré de cet été de septembre de Montpellier. Peu de foule ; ce silence si particulier au musée… j’y allais en confiance – une découverte, à Fabre, est toujours gagnante… sauf, que là !!!

Est-ce ma compagne de visite ? qui dès le début se désespérait : « 9 euros !! quand même ! » ; ou, quelque chose de sec et quasi sans âme au long des salles blanches, sans l’habituelle mise en scène qui accompagne souvent toutes les grandes expos… vous l’aurez compris : Viallat, moi ? Non !

Je me suis sentie un peu « abandonnée », guettant un ressenti qui décidément ne passait pas facilement au vert. On vous met presque sèchement – ou, librement ? – devant les « œuvres » ; à elles de vous parler, de vous faire un signe, de vous happer. Baste ! Pour moi, rien ! L’orgasme est remis à plus tard, ou, j’en ai peur, à autre chose… Vous hésitez ? Vous pataugez ? Vous n’y comprenez goutte ? Un livret, fourni en littérature plus qu’en images, vous est pourtant remis (c’est à mon avis trop austère, et moins efficace que les autres moyens muséographiques) ; buchez ! C’est pourtant nécessaire – des cours particuliers pour préparer ? car Viallat, ça ne va pas de soi !

Certes, les immenses toiles qui habillent les cours intérieures et les plus hautes salles du musée – c’est impressionnant, et ça parle d’entrée pour ce créateur du mouvement « supports surfaces »… mais après… divaguer de salle en salle pour saluer le « motif Viallat » (allons !! Ce haricot, cette crotte colorée, me disait une amie peintre) tantôt sur un parapluie, sur des bouts de bois épars, sur ces fameuses bâches militaires – pas cher, le matériel ! Ah ! Reconnaissons, tout de même, un pincement au cœur, une Madeleine semi-proustienne, quand on tombe sur « la toile de tente », la même, je vous dis, avec ses emplacements-piquets, et les bajoues des fenêtres, que  celle des vacances à l’Ile de Rê de mon enfance… bon ! On ne peut, à côté,  qu'être interrogé par cette toile - « sans titre 1966 » - ( tonalités bleu / orange sur fond de toile de jute ? de sac à patates ?)  Regardez mieux, en bas, une tâche marronnasse n'en finit pas avec les hypothèses : de thé ? de café noir ? Et de voir l'artiste et sa tasse débordant d'un coup de colère ? de déprime ? un soir de panne... de haricot, peut-être... Viallat nous dirait que le motif – qui n'en est pas un, n'est là que pour le reste ! Mais où est donc ce reste ? Question existentielle.  Tout ça, décliné en couleurs diverses – le mauve et le vert, luttant contre de francs rouges, mais que je n’ai jamais ressenties comme éclaboussantes ou chauffantes… la couleur en peinture, et ses effets magiques, c’est par où ? bavantes, à souhait – ça, oui - et dégoulinantes de ci de là, puisque ce motif qu’on retrouve, « trop partout » auraient dit mes anciens élèves, vient d’une expérience d’éponge laissée dans de l’eau de javel – par mégarde – une nuit entière, dont on imagine facilement le résultat… jusqu'à nous transporter ? Pour moi, c'est non !

Le rêve de Najat…

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 septembre 2014. dans France, La une, Politique, Actualité

Le rêve de Najat…

Cette rentrée, la haine rôde… Hollande au bout de tous les fusils ; le petit surdoué ministre des finances qui touche, en même temps que son portefeuille, un sacré paquet ; la – toujours un peu bécasse – Valérie, qui confond, à l’ancienne, en harengère, ses états d’âme parfaitement légitimes de femme bafouée, avec la République et un Président en exercice…

Et maintenant Najat !

Belkacem-Vallaud ; 36 ans ; pas bien grande, mais si droite ; 3 fois ministre sans compter les porte-parolat ; des yeux qui n’ont jamais froid et une voix policée, pas agressive pour deux sous, mais ne lâchant pas, disant – ne l’avez-vous pas encore compris – sa fierté à cette jeunesse-là, de servir – loyale comme peu – et la république et un socialisme aux couleurs de toutes les embellies. Najat, quand on la regarde, on en chanterait presque : une « Jeune garde » à elle toute seule…

On a été fiers d’elle, quand il y a deux pas, François Hollande l’a honorée du titre de ministre de l’Éducation Nationale ; première femme dans ce poste ; on entend le grand Jules en sourire ! Contents, on était – comme elle, et son sourire franc et frais – lors du premier Conseil des ministres de ce « Valls deux » qui avait fait couler de l’encre et pas mal de larmes à Gauche ; je crois me souvenir. On ne se méfie jamais assez – à Gauche, notamment – la mémoire marque le pas devant les hourra ! Baste ! À quoi sert donc l’Histoire ?

Car, embusqués, ils demeurent, les ultra-conservateurs à bandeaux dans le carré des femmes du XVIème, à familles nombreuses épuisées de catéchisme à l’ancienne… A-t-on oublié leurs cris et rage pour huer le mariage gay et le tuttim… Sortis du sinistre bois, engraissés par leurs chiffres des Européennes, les adeptes de la fille en bleu-marine, jamais lassés d’une bonne manif. Accroupi, tout ça, sur un « Minute » qui existe visiblement encore, et qui ressort ce qui peut salir, semer le doute, laisser des traces ; en un mot : puer…

C’est que – alerte il y a – je peux difficilement écrire « rouge » ! dans le pays de Saint-Louis : nos têtes blondes (les brunes, on s’en fiche) sont dans les mains – madame ! – d’une « musulmane », issue droit du Rif marocain, et – non, mais, écoutez-moi ça ! – venue en France dans le sac de chantier d’un père ouvrier du bâtiment. Du « pur immigré », donc, à en avoir froid dans la collerette en fourrure… Et toutes nos bourgeoises un brin asthmatiques depuis que la Gauche… de s’offrir une lampée de Ventoline.

La colère incarnée…

Ecrit par Martine L. Petauton le 30 août 2014. dans France, La une, Politique, Actualité

La colère incarnée…

Le ton est cassant et ne laisse aucune chance, ni à lui, ni à moi : « nul, il est nul, ton Hollande ! ». 26 Août au soir, et l’ami de toujours – de gauche, bien sûr – raccroche. Silence de fin d’un monde. La crise politique – une encore, une plus bruyante – vient de tourner le bout du chemin dans le fracas des tôles. On s’y attendait – parfois le scénario habitait notre café du matin devant l’infernale moulinette à broyer de la Gauche d’un France Info – mais quand même ! Quel film catastrophe ! Certes, le copain n’est pas tout seul ; ça beugle comme dans une étable encerclée par les flammes ; mon pauvre PS (je n’adhère plus depuis des lunes, mais quand passe la guillotine, je le sens encore de ma famille) en reste coi… en dehors des 41 frondeurs, qu’ont rejoint 2 ou 3 ministres à présent classés « frondeurs catégorie 1 » dans ce match, et… plus grave encore, des Mouvements de Jeunesse Socialistes déchaînés, et des sympathisants déboussolés.

On se croirait dans un camping, après un gros orage. On compte les tentes à terre et on relève dans un bruit sinistre les caravanes renversées ; le « bon peuple » renifle : – on n’aurait pas cru ! On va rentrer, c’est fini, les vacances ! « Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons/ La pâle mort mêlait les sombres bataillons/ »… mais un Victor Hugo n’est plus là, pour narrer Waterloo. Seulement Pujadas…

Autour des sinistres tables d’experts clôturant chaque catastrophe nationale politique, sur le plateau TV, mi-cirque, mi-théâtre antique ; extases visibles et gênantes ; sourires retenus, ou larmes non moins ; regards sombres mais dignes… Les noms fusent : raclée ? hallali ? pâtée classique – une encore… gifle et fusillade occupent les imaginaires ; on entend le bruit des balles. Expliquer ? à gauche, on tente : impatience, toujours ?? sortie des atermoiements, alignement, enfin, sur une cohérence. Colère ! gronde la Droite. Avec raison. Forcément ; les faits, la résonance des faits. L’impatience est sortie de son lit, a dû lâcher quelque part le Jean-Luc, lui-même fort encoléré.

Et c’est – chacun l’a remarqué – une nuit des longs couteaux – pas même ; de chasse, plutôt, à l’ancienne ; bonne partie à la Picarde, ou à la Gascogne. Bouc-émissaires recherchés, car la colère doit s’incarner, et il lui faut trouver la cible au bout de son fusil.

Et c’est, lui, d’abord ; le président. Normal – aurait-il-dit. Les institutions de la Vème, présidentielles, l’alignent en mire éclairée, dès que ça tourne mal. Trop, pas assez. Selon l’heure, ce fut, ce sera : trop « derrière tout » ; sa position, ses préférences. Sa personnalité !! Pas assez (là, n’en jetez plus, la cour…) autoritaire – ce sourire, cette bouille engageante, n’est craint de personne, d’ailleurs voyez Merkel… pas assez tranchant, et le tutti. Refrain… pas toujours juste, carrément anti-historique parfois, subjectif ! à l’évidence – délit de « sale gueule » à sa manière… comme un disque rayé, comme un refrain, presqu’un mantra pour une nouvelle religion : tous contre Hollande.

Le Tout Bon des Reflets Charlotte de la fin août

Ecrit par Martine L. Petauton le 30 août 2014. dans La une, Gastronomie

Le Tout Bon des Reflets Charlotte de la fin août

On le sait ; la fin Août, chez nous, en Limousin, a une douceur mélancolique à nulle autre pareille. Bouquet de l’été qui prend le large… transparence presque brumeuse de l’air, senteurs déjà sous-bois des fossés ; bruyères, mauves, roses, blanches et vertes ; toutes avec ce parfum unique, minéral, pas forcément sucré, qu’on peut ne pas aimer. Insectes partout dans les haies des jardins ; fruits… que de figues, cette année, même ici ! pêches de vigne et poires, prunes dégoulinantes ; mais où sont-ils tous allés chercher leur sucre, ces fruits d’un mémorable été pourri ? Mystère ! Et, partout en balade, les mûres… celles des chemins, celles de nos enfances. Énormes, juteuses, dont les grains craquent sous la dent (désagréablement ? on trouve notamment de grosses mûres d’élevage en surgelés, moins granuleuses, plus sucrées, moins goûteuses). Les ramasser prend du temps, nécessite le petit seau de la plage des tout petits, et pique à l’infini les doigts… mais, que ne ferait-on pas pour la charlotte de fin d’été ; celle aux mûres !

 

Il vous faut : un bon demi-litre de crème pâtissière (½ litre de lait, 2 œufs entiers ; 2 jaunes ; 50 gr sucre, 1 pincée de sel, 30 gr farine). Le lait chaud sera versé sur l’appareil sucre/œufs/farine, qu’on fera épaissir 5 minutes. Votre récolte de mûres lavées, séchées. On prévoira un coulis de fruits rouges (du commerce) mais c’est facultatif.

Garnir un moule à charlotte de biscuits à la cuillère trempés dans un thé léger. Une couche de crème, une de mûres. Bien tasser à la fin. Séjour d’une nuit au frigo. Démouler, napper du coulis.

 

Autre possibilité (plus sucrée) : pas de crème pâtissière ; à la place, une confiture de mûres et un peu de chantilly.

 

Quel que soit le choix, bon appétit, messieurs et mesdames aussi.

Deux « moments » géopolitiques de l’été : Ukraine, Kurdistan(s)

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 août 2014. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Revue de Politique étrangère de l’IFRI, été 2014, 23 €

Deux « moments » géopolitiques de l’été : Ukraine, Kurdistan(s)

En géopolitique, il est des temps où, tel état, telle zone, revient en boucle dans nos infos, plus « fortissimo », plus dangereux, ou, au contraire, plus « allègro » : ils sont les « moments géopolitiques ». Ni allègres – hélas – particulièrement sonores, voire tonitruants, sont les moments de cet été finissant, partageant la vedette avec le Moyen-Orient : Ukraine – encore –, Kurdistan(s), à nouveau. Voilà les deux dossiers majeurs de la revue PE/IFRI, de l’été 2014. Comme d’usage, riches, nourris, à la pointe, mais, en plus, percutants sur ces sujets, abordés par des faces originales et bienvenues n’enlevant rien à la qualité du savoir proposé.

Bien que rédigé avant les graves évènements qui agitent la scène Irakienne ces dernières semaines, le copieux dossier sur les Kurdistans propose un éclairage des plus précieux sur ce qui se joue actuellement. Ces entités « s’approchant de structures étatiques », sans parvenir à « un espace politique unique », tout en se manifestant comme langue, culture, usages et armée (autant dire, civilisation), se partagent des « morceaux » que l’Histoire croisée avec les faits les plus contemporains a posés en Irak, en Syrie et en Turquie – l’Iran étant un peu laissé en dehors de cette étude. 4 articles solides se divisent le thème, articulé souvent autour des frontières et des dynamiques (ainsi, évidemment, que des obstacles) de ces « pseudo-Etats ». « Éternels oubliés de l’Histoire, les Kurdes s’imposent partout sur les cartes régionales, mais pas comme on l’attendait ». Leur quête d’autonomie au sein des États « hébergeurs » se fait de plus en plus entendre, facilitée par la géopolitique tourmentée des régions concernées, et validée par un rôle visible et très actif – via, par exemple, la reprise de service des armées Peshmergas, au point que les revendications visant à un État propre apparaissent comme une hypothèse de travail recevable.

Trois modèles de Kurdistans sont repérés : celui d’Irak, son statut fédéral, ses 100.000 soldats, sa gestion propre du domaine énergétique… marche vers un statut étatique, freiné ou avantagé par la guerre actuelle ? Mais, avec aussi, des frontières « introuvables » et incertaines, nous dit la revue PE. Le « Rojava » Syrien largement autonome, immergé peu ou prou dans la terrible guerre civile syrienne – affrontant les intégristes Al-Qaïda, sous la conduite du parti Kurde PYD, prolongement du PKK Turc. Ici, comme en Irak, les Kurdes sont acteurs sur le terrain de la suite de leur propre histoire. Enfin, en Turquie (entre 15 et 20% de Kurdes) où les municipalités Kurdes constituent de « réels contre-pouvoirs ». Ayant fait du chemin depuis la décennie particulièrement violente, pour eux, des années 80, le mouvement Kurde Turc en est à l’heure du « processus de paix », et peut légitimement jouer dans les évènements irakiens actuels un rôle extérieur important, gardant un œil sur les intérêts kurdes en gestation. Au cœur de l’évolution : l’AKP Turc souhaitant unir Kurdes et Turcs, en une même nation, un parti qui devra choisir électoralement entre la frange nationaliste de son électorat et la poursuite du rapprochement avec les « Kurdes d’ailleurs ». Problème de taille : où arrêter l’« enveloppe kurde » de son programme ??

« L’autre été 14… »

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 août 2014. dans Monde, La une, Politique, Histoire

« L’autre été 14… »

« Tandis que les humains bâtissent les maisons / façonnent des jardins à l’harmonie parfaite / un monstre coléreux les guette à l’horizon / l’ouragan se déclenche en hurlant à foison »

Patricia Guenot

 

 L’été 14 – celui-là, maintenant, en Limousin, comme ailleurs, gagna – chacun l’aura remarqué – sans grosses difficultés un bon podium dans la catégorie été pourri. Ni Dordogne, ni étangs n’invitant à la baignade, c’est sur le plateau, celui des mille sources, que le centenaire de la guerre, la grande, la première, la future « der des der » m’emmena, un jour gris, visiter le monument aux morts de Gentioux.

Unique en France ; indispensable dans le centenaire pétaradant qui commençait. Un gamin – un orphelin –, sa blouse grise d’écolier, levant le poing devant l’immense liste de morts au combat de son coin limousin, en disant : « maudite soit la guerre ». Juste à ce moment – à quelques heures de distance, démarrait via nos JT, la énième guerre israélo-palestinienne. « Maudite soit la guerre » répétait le petit Creusois, et celui de Gaza, et des faubourgs d’Haïfa… Quelques petits Ukrainiens s’invitaient à la prière – missile de l’avion fauché, courant Juillet, oblige… triste cortège, s'y ajoutèrent, ces jours derniers, les cris des enfants des minorités religieuses irakiennes, pourchassés par un intégrisme toutes dents dehors.

Images, films, servis parfois en couleur saisissante, litanie de textes souvent inconnus – toutes ces lettres du Front racontant de ces écritures fines presque familières l’enfer des boyaux et la mort galopante. Le centenaire de la Guerre, pardon, la « grande » guerre de 14–18 inviterait à la réflexion – magie des images – n’importe quel non intéressé par l’Histoire. Photos sépia de ces grands-pères – dont le mien, Jean – jeunes et plein d’allant, tous paysans sortis de leurs villages, guindés, perplexes – l’enthousiasme fut un mythe – posant dans l’uniforme qui les mettait mi-mal à l’aise, mi-fiérots. Étrange proximité de ce 14-18, rendue par ce centenaire classique et peut-être un peu ronronnant, évitant, pour autant, de verser dans les fossés maudits des nationalismes exacerbés agités pourtant par les populismes au vent en poupe. Devant moi, alors que j’écris, un tableau pompeux et poussiéreux décline sur fond d’imagerie patriotique (le départ, la gloire, la paix – « superbe » raccourci) le sens de trois belles médailles que mon caporal de grand-père au 99ème régiment d’infanterie reçut « en mémoire de la grande guerre », pour une blessure – une balle lui traversa le visage – 3 ans de campagne et 2 citations… Comme tant d’autres, ce poilu-là n’en parla plus jamais, jusqu’à un âge très avancé où – ses petits-enfants portant l’Histoire par leur profession – il raconta, comme habité soudain, de souvenirs précis et intacts, beaucoup d’horreurs et de souffrances, dont la perte quasi entière de toute sa compagnie quelque part en Champagne. Je me souviens – nous retenions notre souffle – qu’il avait terminé, à mi-voix, comme pour lui-même : – c’est une connerie, la guerre ! Lui aussi ! avec la horde immense de tous les autres, passés et à venir, signant cette évidence à hauteur d’homme et de soldat. A hauteur de souffrances. 3 garçons fauchés chez ses plus proches voisins, d’un coup, tous. Son frère ne revint pas des Dardanelles ; le père et la mère ne surent rien, longtemps, de ce manquant… impossible enfer.

« le goût de l'été » : au risque des Rosés... »

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 juillet 2014. dans La une

histoire en été

« le goût de l'été » : au risque des Rosés... »

«  Il » voulait – il devait - nous dire, ici, dans cette «  une » été,  lui, l'amateur presque professionnel des grands Rouges, pas toujours Bordelais, pourquoi – quoi qu'on en dise, et qu'on lise en page vacances des canards des coiffeurs – l'été «  ce-n'est-pas-ce-sempiternel-rosé » ! L'été peut être rouge ; message non politique ! Quoique !
Je ne me risquerai évidemment pas à parler à sa place, à deviner dans ce qu'il dit de saison en saison ce qu'il aurait écrit là, en ce début Juillet sur ce mariage Rouge / été... le respect des vraies compétences ! Mais, j'ai une idée par contre du tir – élégant ! c'est lui quand même ! dont auraient bénéficié, les rosés de «  mes » étés.  Tous, depuis cette lointaine enfance où nous descendions, en 404, en 2 Chevaux, parfois, jusqu'à la grande bleue, le long d'une Nationale 7, que ne tracassait pas encore l'autoroute. Mon père était pêcheur tout au long de l'année -  Cher et  barrages  - les vacances n'allaient, du coup,  pas sans canne à pêche, et la Camargue, ses étangs, ses roubines, fut longtemps notre point de chute. Aucun repas de poissons, sans – devinez ! Le rosé des sables ; presqu'un gris, tendre, infiniment fruité, mais – en arrière goût, dirait mon mentor, un rien de râpeux – à peine, comme justement un grain de sable ou une écaille de soleil...
 Est-ce cette prétendue légèreté qu'on soupèse juste en le voyant danser, dans des bouteilles qui ont quelque chose des silhouettes de filles, ou de leurs robes, qui signe ce contrat été/Rosé ?  Peut-être ! Avez-vous remarqué que les flacons de rosés sont travaillés différemment des autres, féminins, un rien aguicheurs, vacanciers en diable.  On entend là,    aussi – étrange message subliminal, que rien ne serait nocif dans un tel produit ; rien de vraiment alcoolisé... un sirop de gamin ! Mais, gaffe !  les réveils après un peu trop de rosés – un peu comme certains blancs - s'annoncent difficiles, hélas, migraineux !  
Beaucoup plus tard, à Fréjus, dans la pinède au pied de l'Estérel, nous avons –  barbecues et amis de toujours ! côtoyé d'année en année, un «  petit rosé » ( toujours ce côté pas méchant ) du nom ( romain ; l'Histoire de Fréjus oblige) d' « Agricola » qu'on nous vendait en petites Marie- Jeannes joufflues qui faisaient le délice des retours de plage.
 C'est vrai que – à priori,  le rosé «  va » avec tout, ou presque, éternel surdoué de surface ; il faut cependant, reconnaître qu'analyser « ce » rosé et cet autre, de façon savante ou simplement en connaisseur, n'est pas chose aisée : certes, il est toujours agréable au palais, plus ou moins onctueux, ou acidulé ( oui, si je garde un mot, c'est celui-là) ; on vous  dira qu'il glisse bien ; voilà bien le rosé... mais ! nous dira-t- « il », glisser, est-ce un mot pour un vin ?
Languedocienne à mi-année, devenue ; bien obligée de faire chapeau bas devant une viticulture entièrement rénovée, fort inventive, et de belle qualité. Les Rouges du Languedoc tiennent le goulot haut et les grands Blancs ont leur mot à dire. Quant aux Rosés, – et, il y en a ! ils sont devenus – naturellement, les habitués de ma table et de mes restos. Un clin d'œil ému, par exemple pour les Faugères, et notamment le «  Cécilia », Syrah et Grenache gris, venu de ses fûts de chêne dans les contreforts des Cévennes. Pas « rosé banal » pour deux sous,  charpenté, en restant léger et élégant  , celui-là, on peut lui trouver les arômes de fruits - d'été, bien entendu - et un «  vrai » goût de vin !
 À ta santé Léon Marc, à tes vacances !

«  souvenirs d'été » : Bruits de saison…

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 juillet 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

«  souvenirs d'été » : Bruits de saison…

Banal : les bogues de châtaignes qui tombent… ploc, l’automne ! Le bruit infini de la neige silencieuse qui a tout étouffé pendant la nuit – même volets fermés, on la « sait », la neige ; la pluie fine du printemps ; chaque goutte posée sur les premières feuilles… Mars, et ce n’est plus – du tout – le son des averses hivernales. Et puis, surtout, tous les bruits de l’été-roi… Chance qu’on a sous nos climats tempérés de marcher, comme ça, avec les  saisons. Un collègue, parti enseigner – la musique, qui plus est – sous les Alysées des Iles Marquises, m’avait confié la petite mort que c’était, ce climat uni, cette lumière toujours allumée, ce manque de sons des différences d’ici…
Les saisons, chez moi, sont passées – toujours – par les sons et aussi, bien sûr, les odeurs – tout ce qui vient, facile, rien qu’en fermant les yeux. L’été, c’est là que c’est plus fort, et qu’on redevient, mine de rien, cet animal aux aguets des bruits alentour, qu’on a sans doute été dans une autre vie…
Flashs dans un désordre non moins goûteux de clafoutis…
Petite enfance campagnarde… vrombissements d’abeilles sous le grand tilleul de la cour, le bruit fatigué des roues des charrettes de foin, sur la terre battue des chemins du bocage Bourbonnais – à égalité avec l’odeur – mi-herbe séchée, mi-bouse de vache fraîche… De mon adolescence boudeuse et déjà si littéraire – le bouquin dès le petit matin, partout et tout le temps, sur le porte-bagage de la bicyclette, le drap rayé de la chaise-longue ; jeu de piste facile pour me trouver… les insectes du jardin des grands-parents – une comptine, presque ; le bruit des pages tournées du livre – un drôle de son, pas le même qu’en intérieur, le piétinement lourd des animaux et quelques beuglements feutrés. On les rentrait alors chaque soir… une cloche, loin, qu’on entendait que par beau temps ; le sifflement à huit heures tapantes de la Micheline qui gagnait Montluçon – la ligne, n’existe plus depuis belle lurette…
Étés d’ailleurs… l’impression, en Inde, dans ces « petites » villes qu’on nommerait métropoles, que le silence, jamais ne vient ; à se demander s’il existe même. Petit matin – 4, 5 heures –, vrombissement de voitures, klaxons intempestifs, brouhahas de la foule, pour autant peu causante, affairée simplement ; un océan de visages ; le son pour ainsi dire coupé… Là-bas, dans l’Afrique des grands plateaux, quand – pile sous l’Équateur – le soleil reprend son service, à 6 heures ; safaris-photos du petit matin, les meilleurs ! on murmure en guettant – une chasse, comme l’autre – la fuite du Léopard ; toute la beauté du monde… bruits infinis, palette de tous les cris des animaux qui, jamais ne dérangent ni la montagne, ni la savane… harmonie, ou quelque chose comme ça, qui nous faisait nous taire… enfin !

« La Grande Guerre et le monde de demain »

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 juillet 2014. dans Monde, La une, France, Politique, Histoire

PE (Politique Etrangère) IFRI, numéro spécial, Printemps 2014, 23 €

« La Grande Guerre et le monde de demain »

Commémoration de la Guerre 1914-1918 ; livres à foison, milliers d’articles ; essais parfois difficiles pour apporter un regard neuf, voire inédit sur ce qui marque si terriblement l’entrée dans le XXème siècle. Surtout – commémoration oblige – risques divers de se laisser happer par l’émotionnel de l’image, du son, et – plus grave – d’entonner un consensus guerrier ou outrancièrement pacifiste, sans compter les sirènes des vibrato nationalistes à la sauce populiste…

C’est là que ce numéro spécial de PE/IFRI est un chef-d’œuvre du genre. Pas moins. La fonction essentielle d’une discipline – l’Histoire – y est particulièrement honorée dans tous les articles – de fond, comme d’habitude ici : « utiliser le passé pour comprendre le présent et se préparer à l’avenir ».

Certes, on en apprend – ou réapprend, sur ces 4 années de boucherie : 65 millions d’hommes mobilisés, 9 millions de tués, 20 millions de blessés, une à deux générations quasi totalement traumatisées…

L'été 14 est mis, comme il se doit, au centre de la table d’autopsie, notamment, par une excellente recension sur « Les somnambules » de Christopher Clark (2013). Plusieurs articles fouillés éclairent « la redéfinition de la guerre »ou « l’armée française et la révolution militaire » ; les moyens : « puissance incroyable de feu, nouveaux outils – chars, avions ». Modernité/hécatombe, terrible balancement qui n’est pas sans faire penser à celui du nucléaire qui suivra. Les erreurs énormes, assises sur leur socle d’obstinations ; les « théories de la guerre » ; redéfinir « la stratégie et lui donner une dimension politique ».

Particulièrement éclairé par plusieurs articles, et à bon droit, la faille, le contre-sens des Traités de paix : les leçons, là, font consensus : « le système diplomatique doit devenir contractuel ; les vaincus ne doivent pas être condamnés ni exclus mais intégrés à la paix des vainqueurs ; une mise à plat de ce qui s’est produit doit avoir lieu ; (la der des ders” ; guerre totale ? Paix totale ?) ».

Mais, l’héritage, la trajectoire, l’après – le maintenant ; le « quoi faire de 14/18 et comment vivre avec ce morceau d’Histoire en besace » est le cœur passionnant et novateur de ce numéro de PE. Ainsi, « États souverains, mondialisation et régionalisme » souligne que « nos pratiques actuelles naissent là : universalité des droits de l’homme, construction collective d’une sécurité, normes juridiques se voulant universelles… un état-nation réaffirmé, redessiné, et en prise avec l’international ».

Prospective appuyée depuis le balcon des années 20, sur l’Entre-deux Guerres ; la genèse de 40 étant bien évidemment dans les faits – peut-être plus encore, les têtes et les mentalités, et surtout les imaginaires de tous, concernant celle qui porte seule le nom de « Grande Guerre » (« à Verdun, du 21 Février 1916 au mois de Décembre 1916, un mort toutes les minutes du jour et de la nuit »). Plus en aval, descendant le fleuve jusqu’à nos pieds, « d’une démilitarisation, et son cortège de pacifisme, l’autre– la nôtre, l’européenne actuelle » : « de la canonnière d’Agadir à la Grande Guerre, du pacte Briand-Kellog au pacte Molotov Ribbentrop, des premières crises de la Guerre froide jusqu’à la détente, l’Europe s’est militarisée et démilitarisée au gré des circonstances… ».

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