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Djenné, peut-être encore…

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 juillet 2014. dans Monde, La une, Politique, Voyages

Djenné, peut-être encore…

Bien sûr, c’est un peu difficile d’y aller maintenant ; encore maintenant, même si la vague noire a été arrêtée – merci eux, merci nous tous. Mais le nom même de Mali s’affiche en carte-zone rouge quand on clique sur « voyage » ; il vous est dit : c’est encore trop frais, pas net, gare ! Et on recule, on va poser sa valise ailleurs, au soleil… Mais ailleurs, il n’y a pas Djenné…

Il y a, quand on voyage un peu, de ces fenêtres, de ces chances : voir Sanaa dans la lumière de légende du Yémen, ses maisons-tours de plusieurs étages en pisé décoré, d’avant l’infâme de l’intégrisme ; ça, j’ai raté ; se balader dans le jardin de Casamance, d’avant le feu indépendantiste ; ça, j’ai pu… de même – je suis passée juste, comme dans une meurtrière encore ouverte – Djenné dans la lumière unique de cette Afrique sahélienne où sable et fleuve se mélangent – où est l’eau, où est la terre ?

On était arrivé au bout de la piste rouge qui signe partout ces Afrique-là, au petit matin. Février, juste avant les grandes pluies ; un rien de fraîcheur au bord d’un bac – Djenné est une île dans les bras du Niger. Remparts floutés dans un horizon incertain ; silence ; quelques beuglements d’animaux attendant, menés par des Peuls taiseux (qui dit que l’Africain est bavard ?), que le bac approche… le niveau de l’eau, son volume, on n’est jamais sûr… Mirage tout droit sorti du fond de sa riche histoire, la belle, la superbe – la perle, dit le guide que j’ai en main ; Djenné la rouge, celle qui dit mieux que tout, que l’Afrique noire a eu des siècles de prospérité et d’âge d’or, tout autant que l’Espagne ou que Versailles… tellement que d’aucuns se récrieront – sincères – ah ! Bon ! Je n’aurais pas cru à ce point ! Un de nos présidents, lui-même – trop rapide, sans doute – n’a-t-il pas douté que les Africains aient eu un passé ? Civilisation et Noirs ; cherchez l’erreur ?

Djenné (le petit paradis) campe sur son millénaire de rayonnement. Carrefour quasi parfait des échanges entre les confins du Sahara, les paysans sédentaires de la savane et les pêcheurs du delta. Aux temps glorieux du Moyen Age, de ces empires flamboyants et puissants (ceux du Mali ratissaient sur un grand quart de l’Afrique, le Soudan mythique), Djenné était le commerce, le contact, l’échange de toute la richesse du désert comme du fleuve. C’était l’ouverture, autant dire un non-sens pour les vols noirs des « Aqmi » et autres « Ansar Etdine » actuels.

Un musée magnifique et d’un pédagogique à faire pâlir plus d’un des nôtres, fait le tour des produits, savoirs, techniques commerciales de ces grands maîtres du temps jadis.

 Mais la magie de Djenné est ailleurs : ville – petite – préservée de tous les ravages du temps, puisque le banco rouge (la terre crue amalgamée, argile, paille et beurre de karité) la compose, comme sa rivale Tombouctou, et qu’elle est « refaite » d’année en année, restant définitivement jeune ! – cet hiver, on refait tout, nous disait notre hôte du haut de sa terrasse dominant le fleuve et la ville ; si on ne le faisait pas chaque année, l’harmattan arracherait tout, ainsi que les pluies et je n’aurais plus d’hôtel ! Et elle riait de ce rire si optimiste mâtiné de fatalisme qu’on trouve ici.

Le Tout bon des Reflets Légèretés d’été : les tartes fines

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 juillet 2014. dans La une, Gastronomie

Le Tout bon des Reflets Légèretés d’été : les tartes fines

Pique-nique au bord de la rivière, ou bêtement au fond du jardin. S’asseoir par terre ; à peine une glacière ; un panier, un torchon… et le déjeuner sur l’herbe du père Renoir au bout.

Tout ça en évitant la charcuterie qui craint la chaleur et booste le cholestérol… alors, allons voir du côté des tartes fines, celles qui sont sans garniture épaisse chargée en œufs. Fines, vous dit-on.

 

La première est rouge, une tarte aux tomates :

Pâte feuilletée du commerce

2 cuillères à soupe de tapenade verte de préférence

1 cuillère à café de moutarde pour tartiner sur le fond

Aligner les tranches fines de tomates évidemment d’été, du jardin, du primeur

Saupoudrer d’herbes de Provence et d’une gousse d’ail émincée

sel – de Camargue ! Poivre du moulin

2 ou 3 traits d’huile d’olive

* couronner – facultatif – de quelques filets d’anchois

 

La seconde est verte, habillée de courgettes :

Pâte feuilletée (la même)

Fond saupoudré de gruyère râpé

Les courgettes en tranches auront été pré-cuites dans un peu d’huile d’olive

En recouvrir régulièrement le fond

Herbes et filet d’huile d’olive

De fines tranches de fromage mi-frais de chèvre parsemant la surface

Sel, poivre

 

Les deux tartes cuisent en même temps dans un four bien chaud, 20 minutes

Avantage : on les dégustera chaudes, tièdes ou froides

Le vin ne pourra être que rosé ; un du Languedoc, s’il vous plaît !

 

Bon pique-nique, messieurs et mesdames aussi

Enseignement : le modèle finlandais questionné

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 juin 2014. dans La une, Education

Enseignement : le modèle finlandais questionné

« Comédie du Livre » – Montpellier, il y a peu. Au milieu de la kyrielle d’entretiens littéraires et de conférences, toutes excellentes, une fin de matinée, ce débat : le modèle finlandais de l’école en question. Salle comble ; beaucoup d’enseignants.

Deux jambes fermement amarrées en guise de problématiques : un tenant du modèle - l’avenir passe par « leurs » méthodes ; un contradicteur - on nous vend un produit commercial ; une franco-finlandaise avec enfants, ayant « testé » le système de là-bas, et le nôtre, faisant office de pont.

Les indicateurs du fameux rapport PISA (il étudie le système éducatif des pays de l’OCDE et de ses partenaires tous les 3 ans) – la hantise de toutes nos écoles – ont hissé depuis plusieurs années l’école finlandaise en haut du tableau des réussites des têtes blondes. Pas de rentrée sans qu’on ne pleure sur cet ailleurs glacé où tout va mieux qu’ici ; pas l’ombre d’un discours ministériel – tous gouvernements confondus, sans que cette Finlande – on finira au moins par la situer sur la carte – ne soit le cap, la bien-pensance en matière d’éducation. Est noté, cependant, d’entrée de jeu, que si PISA a éclairé la Finlande dès 2000, dans son rapport 2013, une chute est observée – petite – signifiante ?

Démarrée dès les années 60, dans un pays très rural et isolé – climat oblige – la réforme finlandaise, influencée par la Russie, et l’Allemagne, a voulu dessiner « son » école pour tous, de 7 à 16 ans, arrimée sur un socle commun de connaissances, avec, comme pendant in-négociable, un égal accès pour tous. Équité et progressions vont de pair, dans la philosophie – c’en est une – du système. Pari : on peut augmenter les compétences de l’élève, sans que l’excellence soit sacrifiée ; on n’arase pas, on construit. Pas de séparation Primaire/secondaire ; un cursus. Le cœur de la formation des enseignants est la pédagogie et la connaissance de l’individu-enfant. Un « collège unique » réussi. L’acquisition des savoirs et l’épanouissement de l’élève vont de pair ; il n’y a pas ce divorce entre les savoirs et les méthodes qu’on a chez nous ; le savoir-être, par ailleurs, n’est pas négociable. On le sait, l’individualisation de l’acte d’enseigner – serpent de mer au niveau des mots de chacune de nos rentrées hexagonales, agité comme drapeau sans contenu – est la locomotive du système finlandais : l’enfant progresse à son rythme ; doit être prêt pour les apprentissages ; s’il lui faut un an de plus, c’est parfaitement possible !! Dès le début (pas si tôt que nous ; le Primaire là-bas insiste d’abord sur le jeu) les difficultés cognitives sont repérées, et des « rails » parallèles de remise à niveau fonctionnent tout au long de la scolarité en regard du train « normal ». 1 enfant sur 3 est touché à un moment ou à un autre par cette « éducation spéciale », dont se félicitera notre Finlandaise ancienne élève du système, insistant sur ce respect de l’enfant, ce confort de vie, et cette façon d’accompagner celui qui grandit.

Le feu à la plaine ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 juin 2014. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Le feu à la plaine ?

La fureur recommence et nous tétanise ; alerte plus que rouge sur le Moyen-Orient en feu. Sous peu, possiblement, les flammes partout dans la plaine… on voit leur galop aveuglant, on sent leur brûlure, on a devant chaque sujet des Infos, sur les lèvres, ce goût de vent qui n’amène que la tempête.

A peine dans nos pupilles brûlées s’est installé – terrible habitude – le bruit constant des morts de Syrie – sa longue guerre civile à la hauteur peut-être d’une terre aussi civilisée – que l’Irak (nom porteur, durant plus d’une grande décennie, de tous les attributs de l’enfer « moderne ») – remonte sur scène, en embrayant sur une guerre civile interconfessionnelle, qui – osons le dire – « promet »…

Carte d’un pays morcelé – partition interrogée – mais que fallait-il proposer d’autre, entre le Kurdistan au nord, les Chiites au sud, le centre nord sunnite, et la zone de Bagdad en maladroit mixte religieux. Depuis le départ des forces américaines, fin 2011, jamais l’Irak ne fut pacifiée, ni surtout en capacité de regagner son relatif « haut » niveau de vie d’avant « les » guerres, confisqué et avec quelle brutalité par le régime de Saddam. On n’en voyait pas toujours les images, mais les conflits entre confessions / Kurdes, et Sunnites/Chiites n’ont jamais quitté – pas une seule semaine – le quotidien des Irakiens, ni les rues encore défoncées de Bagdad, de coup de force en attentat. Depuis les images de Beyrouth – loin comme le Moyen-Age ! progrès constants et fulgurants dans le domaine de la destruction de l’humain par un autre humain… son et lumière tout en couleurs.

Quand les faits de cette « nouvelle guerre » ont éclaté sur nos écrans-TV, le plat avait mijoté son content de haines recuites, de frères ennemis irréconciliables. Ragoût longuement touillé que la chose, que pas un diplomate occidental, et notamment américain, ne pouvait ignorer. Depuis 2007, les Djihadistes sunnites de l’EIIL (« Etat islamique en Irak et au Levant ») poussaient leurs pions avec la constance de ces causes islamistes obstinées qu’on connaît ailleurs dans le monde, selon l’endroit, sunnite ou chiite. Un « califat » sunnite que d’aucuns nomment Sunnistan en est l’objectif. Considéré comme « islamiquement pur » sic ! il se projette, le plus vaste possible, et riche de ses propres ressources pétrolières, entre le Kurdistan au nord, et l’Irak Chiite du sud (les deux – on l’imagine – pouvant, dès lors, compter leurs os), adossé de l’autre côté de la frontière Syrienne, sur la zone d’Alep. Sunnistan transfrontalier, donc, à l’appétit féroce. Et c’est là – pour ceux d’entre nous qui somnolaient – qu’on mesure l’importance de tout premier plan des résistants syriens à l’œuvre, assis sur la religion in-négociable. Pièce essentielle de cet étrange jeu d’échec. Porosité extrême de cette géopolitique du Moyen-Orient.

Les lambeaux de Zidane…

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 juin 2014. dans La une, Société, Sports

Les lambeaux de Zidane…

Souvenez-vous ; Marseille ; front de mer, dominant de toute sa hauteur la plage des Catalans, la photo immense dévorait le pignon, la Méditerranée, l’horizon. Elle touchait le ciel : Zinedine Zidane ! Il nous regardait tous, son regard sombre, sa belle gueule, cette séduisante retenue ; Zizou, comme descendu des Quartiers Nord, de sa Castellane de légende, où son ballon magique s’apprêtait à « allumer le feu », comme disait l’autre, à la coupe 98, l’unique, la vraie !

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… l’affiche sur bâche était celle d’un artiste de rue d’origine tunisienne ; JR, un sacré inventeur d’émotions et d’art – quoi qu’on en dise. N’a-t-il pas justement à La Belle De Mai – centre sinistré du vieux Marseille – éclairé les murs léprosés, des photos en pied ou en portrait des habitants, leur peine, leur ordinaire pas drôle, leur infinie dignité. Du noir et blanc qui rend quelque chose aux anonymes. N’est-ce pas lui, qui – la plus grande exposition illégale à ce jour – a plaqué sur le mur de la honte israélien des mélanges de photos d’Arabes et de Juifs… Dans un livre inspiré, paru ces jours-ci, Passion Française, Gilles Kepel le ramène à nos souvenirs, lui, ses affiches, Marseille et notre Zizou…

Pour moi – oserai-je dire pour nous tous – cette image incarne le beau du foot, bien au-delà du ballon et du tricotage de jambes carrément génial du Marseillais. Elle ancre un espoir, un fantasme – peut-être, un rêve parti voir ailleurs, depuis : l’Intégration, la grande, la nécessaire ; notre chaude illusion à beaucoup : le « made in Marseille » qui servait de légende à l’affiche, saluant – lancement du slogan – black, blanc, beur, le jeune  tombé de sa banlieue, de drible en drible, venu, par sa passion football, rejoindre celle de tout un pays, porteur pour tout un peuple d’honneur, de fierté, de belle émotion fédératrice. Comme un projet, un grand, un citoyen, le regard de Zizou, dans le ciel de Marseille, cette année là…

Depuis… Gilles Kepel nous apprend que « la bâche et ses lambeaux finirent lacérés par les bourrasques de mistral ».

Vingt ans, ou presque, après, les mêmes lieux, aux prises avec une insécurité vécue comme Chicago, en pire, un délabrement que pas une seule photo de JR n’arriverait à masquer, la drogue et les caïds déboulant de chaque cage d’escalier – La Castellane frise les records en termes de trafics – et cerise, un Front National, en guise de Seigneur-lige. Exit les chants de l’Amour courtois ; entrent en scène les barbares.

Depuis, côté foot, on a vu ! L’argent, les honneurs, le trop plein de partout pour de « petites têtes » de gamins grandis trop vite, à l’abri du ballon. Les coupes se sont succédées ; les ratées de peu, les carrément nulles. On a regardé ailleurs. 2010, comme un point d’orgue : les ados détestables, le Raymond débordé, les « grèves », les cacas nerveux des Anelka ; la honte, ont dit certains… Mais, n’oublions pas de mettre dans le fond crasseux du pot les supporters, nous tous, ou presque, donc ? Cette façon, si française, d’encenser le vainqueur, de piétiner le vaincu, de pratiquer ce qu’ils font du reste, en tout, et bien sûr en politique : attendre le cadeau tout cuit, ne pas passer par les cuisines… des ados face à d’autres.

Le Tout bon des Reflets - « L'entrée dans l'été par le Clafoutis »

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 juin 2014. dans La une, Gastronomie

Le Tout bon des Reflets - « L'entrée dans l'été par le Clafoutis »

Les marqueurs du calendrier... en Limousin, pas d'entrée dans l'été – savoureux rite initiatique, sans le clafoutis aux cerises.

 Dessert roboratif, qui arrivait, royal, sur les tables de jardin à la nappe blanche, des tableaux de Renoir ( né à Limoges, au fait)... on entendait vibrer les abeilles ; au fond du pré, embaumait le tilleul. C'était midi, ou bien la venue du soir ; les gamins avaient ramassé – dans le panier,  le ventre aussi, ces noiraudes ; petites cerises de Montmorency - un noyau et plein de sucre autour  - celles qu'il faut – absolument ! diront les anciennes, pour le clafoutis de l'été.

 

500 gr de cerises

60 gr farine

150 gr sucre

2 dl ½ de lait

3 œufs

60 gr beurre

1 pincée de sel

 

Beurrer une tourtière

dispersez les cerises ( surtout pas dénoyautées ! Saveur oblige ; noyaux, certes ! Comme la vie même !)

faire fondre – feu très doux, 40 gr de beurre, puis joindre avec la cuillère en bois, le reste des ingrédients : aspect obtenu ; pâte à crêpe un peu épaisse. Verser sur les cerises. Four moyen ( 180 ) 45 minutes.

Ne pas chercher – sous peine de vraie catastrophe, à démouler ! Servir – tiède ou froid dans la tourtière. Je sème – je le préfère froid, un peu de sucre glace pour agacer les dents...

L'été de toujours est revenu, dans les grands châtaigniers où commence la saison des fleurs ; passe une charrette de foin, tirée par un tracteur, certes ... on lirait bien un peu de Colette...

 

Bon appétit messieurs, et mesdames aussi

La crise dans la camera des frères Dardenne « Deux jours et une nuit »

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 juin 2014. dans La une, Cinéma

2014, Jean-Pierre et Luc Dardenne

La crise dans la camera des frères  Dardenne « Deux jours et une nuit »

On les connaît, les Dardenne, leur regard acéré posé – un point, c’est tout ; aucune musique – sur ceux qui peinent, jour après jour, dans les familles, les usines. Du cinéma social, et politique – ô combien ! Pas dynamique et didactique comme un Ken Loach, ni épique comme les vieux Renoir. Simple, essentiel, comme le chagrin – retenu (« surtout, tu ne pleures pas ! » s’interdit Cotillard, sublime de justesse, en apprenant son licenciement), les Frères Dardenne nous disent : voilà, comment ça se passe chez ton voisin… après, tu vois.

Un coup de poing, un voyage dont on sort – gorge nouée, sûr, et plus – avec la certitude qu’on a, avec ce dernier film des Belges, un marqueur fondamental des temps qui courent.

Mons, Charleroi ? dans le gris-gris quotidien. Un tissu industriel qui fout le camp comme partout, une usine qui tient à peine – difficultés de toute la vieille Europe – et une alternative : un licenciement, ou, une prime consolatoire à ceux qui restent. Fable sinistre, comptabilité de cauchemar ; l’histoire du marin et de la courte paille pour savoir « qui, qui, sera mangé… ». On se reconnaît tous, dans nos histoires professionnelles : le choix à la moderne, à la soi-disant raisonnable ; la Crise qui nous menace tous. Alors, sauver sa pauvre peau en tuant les autres ? pendant la Guerre c’était autre chose ; quoique…

Sandra – banalité de tous les jours ; un mari, des gosses, des crédits. Elle sort d’une dépression (professionnelle, sûr) ; elle pense qu’elle peut reprendre, évident maillon faible… les cachetons de Xanax sont un des personnages. Cotillard est sans aucun doute l’une des meilleures tragédiennes de sa génération ; visage, corps porté, regard et voix… elle est « la » crise qui frappe à l’ombre des HLM. Elle a deux jours et une nuit pour faire la tournée de ses collègues qui, dans un 1er vote, l’ont saignée. Refaire voter, comme objectif ; une lutte, à part entière. Il fut un temps, déjà lointain, où les syndicats en gloire en auraient fait un drapeau. Fini, ce temps conscientisé et collectif ; c’est seule qu’elle marche, Sandra. Éliminer les influences des cadrillons toxiques, mettre sur la table l’essentiel, en un « Huis-Clos » d’aujourd’hui, digne et percutant. « L’enfer, reste bien les autres… » ! D’un collègue à l’autre, dans ces rues de quartiers ouvriers (petite, toute petite « aristocratie » qui travaille encore) aux maisons aux murs de briquettes du Nord, elle explique – refrain obsédant du film, pendue à la sonnette (tous n’ouvrent pas) : « c’est Sandra ; on veut revoter ; Jean-Marc (le cadre) a voulu vous faire peur ; si vous renoncez à votre prime, je garde mon emploi… j’en ai besoin à la maison… » et les collègues de répondre : « je voudrais que tu ne partes pas, mais j’ai besoin de ma prime… ». Principes, éthique, contre intérêt immédiat – pauvre cagnotte de 1000 Euro ! Pris à la gorge, tous. Mais, bien plus : la fin des solidarités, la jungle qui pointe son nez infernal, le « moi-moi » face au « tous ensemble » ; la fin de la lumière ouvrière…

25 Mai ; la fin du politique ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 31 mai 2014. dans France, La une, Politique, Actualité

25 Mai ; la fin du politique ?

Le chaos ? L’apocalypse ? et pour toi, c’est « le choc », pour lui, « l’innommable ». 25 Mai au soir. Mai, comme joli mois, le 10, le 6 et avant, loin, celui de 68 – tu comprends, c’est bête, mais ça me chagrine encore plus parce que c’est en Mai, me confie cette amie, songeuse ! Tempête médiatique : le FN multiplie par 4 son score ; la Marine toute en dents, et le vieux revenu de sa jouissance-Ebola, peine à marcher, quand même.

« Exceptionnalité française » ? tu parles ! Depuis le choc – le vrai, celui de 2002 – on a pris l’habitude de le compter dans le paysage, ce Front sinistre, et de le voir monter les marches – tapis rouge, en moins – d’élection en élection – même aux municipales – vous vous rappelez ? Pas si loin ! Alors, c’est quoi ces mines effarées ; ces minauderies d’analphabètes – oh la la ! La honte, la colère ; je n’aurais pas cru… Pas cru quoi ? à comparer carotte et navet, on fait faux au problème ! Qui ne connaît la mécanique des Européennes – depuis presque l’origine du scrutin ? Des élections non nationales, encore moins locales, aux enjeux peu lisibles – quel est donc ce Parlement européen aux pouvoirs si ténus ! Pas pour de vrai, le match ! On peut donc s’amuser : la pêche, le foutage de gueule des petites – microscopiques – listounettes, et le ralage – surtout ça, et dans les grandes largeurs. Les partis au gouvernement se prennent toujours une bonne raclée ces jours-là ; hier n’a pas failli à la règle. L’opposition républicaine – UMP, dans le rôle ce dimanche – sacrifie pas mal de points sur l’autel de son pro-européanisme. Rien de neuf, ici, non plus. N’allons pas convoquer les grandes élections législatives ou présidentielles ; le scénario n’en est pas encore écrit, et le rôle des Frontistes pas encore dévolu ! Tout dans l’aboutissement de la chose, hier, était écrit, connu, récité de débat d’expert en 20h pujadasisé. Y compris ailleurs – sur FB, ce matin, le vent était froid, mortel, et s’étonnait de ce que là-bas aussi ?? – Or, partout en Europe (Pays Bas et Grèce exceptés) les populismes grimpent au diapason de la crise ; la Suède bien élevée s’en prend pour 7%, la Hongrie déjà atteinte, voit son « Jobic » pro-nazi et antisémite à souhait, arrimer un 15%… Serions-nous vraiment seuls, ou est-ce la rangée ? L’Europe ne se fait plus désirer de personne ! depuis si longtemps, peut-être en finassant son stupide millefeuille institutionnel coupé de tous, hermétique, dont on palpe les obligations, les « normes ! Européennes », comme antiennes insupportables. Elle ne protège pas, elle emmerde. Anonyme, déshumanisée, et vous voudriez qu’on se précipite à son chevet !! la mort du politique est déjà là, tapie derrière ces hauts murs de Strasbourg ou Bruxelles, autour des yeux morts – ou supposés, d’élus dont la légende dessine à l’envi les indemnités royales. Alors, voter FN ! jeu facile pour gueuler avec eux, le – non ! Je refuse ! Le tous pourris qui réchauffe et rejette ; le « eh ! moi !! », et, en cerise, tellement agréable, la chasse au bouc-émissaire… Ça nous sort de nos soucis, ça nous lave de nous mêmes.

Elles et leurs mères...

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 mai 2014. dans La une, Actualité, Littérature

« Duras, Beauvoir, Colette – Trois filles et leurs mères », Sophie Carquain, Editions Charleston, illustrée, mars 2014, 294 pages, 18,50 €

Elles et leurs mères...

Et « bonne fête maman ! », enfin, si l’on veut…

Ainsi donc, elles avaient des mères, ces femmes puissantes, chacune à leur façon, et dans leur temps ; ces icônes de la littérature – mais, tellement plus encore – qui hantent nos tables de chevet depuis le fond de nos adolescences. Des mères, comme chacune d’entre nous. Pas moins, plutôt plus. De drôles de fantômes qui coiffent, protègent, s’insinuent, fascinent, et – bien entendu – castrent, limitent, interdisent… tout en nageant dans cette ambivalence, propre à la mère, en étant crainte, redoutée, mais tant adorée. Bref, un lien unique en son genre.

Sophie Carquain pratique ici la « biographie romancée », le biopic littéraire qui se lit d’un coup, glissant au fond de nos mémoires, à la manière du soda de l’été : sensuel, essentiel, très agréable !

Ce sont des enfances et des adolescences, surtout, dont il s’agit ; là où l’ombre de la mère porte en gloire. La Cochinchine coloniale de Duras – réussite d’évocation ; on en sent presque la touffeur et on cille devant sa lumière ; le Paris bordure du jardin du Luxembourg de Beauvoir ; les cris des petits des bourgeois et de leur nounou emplissent nos oreilles ; la Bourgogne et ses insectes, ses chats, toutes ses fleurs ! crissant longtemps après dans notre mémoire, comme un halo familier autour de la coiffure unique de Gabri-Colette. Jeunesse, mais aussi – ce n’est pas le moindre intérêt du livre – traces quasi indélébiles des mots et gestes de la mère, dans l’adulte et l’écrivain qu’elles sont toutes les trois devenues. Et puis, la mort ; ce curieux arrachement qui se coupe (enfin, semble-t-il) un jour…

« J’ai eu ce paradis d’une mère qui était tout à la fois, le malheur, l’amour, l’injustice, l’horreur ». Signé, Duras. Autour de Barrage contre le Pacifique, puis de L’amant, Carquain pioche avec maestria ce drôle de couple Marguerite et Marie Donadieu. Remarquable moment du triptyque, moins connu, moins écrit, que la vie des deux autres. Éclairé, par un rendu historique de grande qualité, depuis les rizières et les grands bateaux qui ramènent de France : « Ici, à Saigon, les blanches font des frais de toilette. Toutes de blanc vêtues, le blanc des coloniaux ». Deux personnages de roman à égalité que ces femmes, à part, tragiques, ou picaresques. Des trajectoires.

Beauvoir, ses crises de colère, défendant déjà, haute comme trois pommes, son « je » contre une mère altière et intervenante – Françoise – dont la présence émaille les Mémoires d’une jeune fille rangée ou La force de l’âge, dont la vie fut probablement moins « douce » que la mort dont parlera sa fille…

Finance et Ethique

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 mai 2014. dans Economie, La une

Rapport pour les Nations Unies, Arthur Cohen, Emmanuel Rocques, Juin 2014

Finance et Ethique

Merci à ces deux éminents économistes de nous permettre d’utiliser leurs propositions pour un enjeu majeur du monde actuel, un enjeu-cœur : énoncer des solutions pour l’assainissement des comportements financiers.

Éthique de la finance ? « un paradoxe ? un oxymore ? ». Nous prendrait presque l’envie d’en sourire. « La finance, voilà mon ennemi » a dit un jour de sa campagne, notre Président, et c’est assurément ce dysfonctionnement constant amarré dans les représentations de chacun qu’il désignait.

Aussi, ce rapport, au contenu exigeant, et à la forme accessible à tout un chacun, est-il, non seulement bienvenu, mais semble être la vraie urgence du moment.

Quelques pages serrées au bout d’un long travail d’amont, et en belle compagnie (J. Peyrelevade, ou JC Trichet, pour n’en citer que quelques uns, parmi autres chercheurs et acteurs de tout premier plan du secteur financier), posant sur la table une constatation : « l’homme moral quitte la salle quand l’« homo oeconomicus » y entre » (Daniel Cohen), et – non moins fermement – un objectif : « des pratiques financières s’astreignant à se conformer à des principes et des procédures, visant à garantir que tous les autres acteurs concernés soient traités équitablement avec respect et responsabilité ».

Un utile balayage des théories économico-financières, de l’Antiquité à nos jours, s’arrête à Smith, au XVIIIème siècle. L’émancipation économique construit un « homo oeconomicus » vécu comme froid, calculateur, déterminé. Les comportements égoïstes de l’individu priment, et l’autorisent à se libérer de la morale – de la religion, aussi, assises sur le code binaire juste/injuste, bien/mal ; laquelle morale admet que l’individu puisse faire preuve d’altruisme. Le divorce éthique/finance est là, acté. Un autre penseur, plus contemporain – il a reçu le prix Nobel d’économie en 1978 – Herbert Simon, est convoqué, lui, pour souligner que la « rationalité procédurale » a été pratiquée de long temps, de façon erronée dans le domaine financier. Il s’attache à démontrer à l’appui des acquis des sciences humaines et sociales, que l’esprit humain, là comme ailleurs, ne raisonne pas de façon linéaire, et que les outils et instruments de mesure fournis aux décideurs ont été défaillants, par exemple, lors de la crise 2007/2008. Jean-Claude Trichet, n’hésitant pas à avouer : « appelé à prendre des décisions importantes dans la crise, je n’ai trouvé pratiquement aucune aide dans nos instruments de modélisation conventionnels pendant presque 3 trimestres ! Nous nous sommes sentis abandonnés par l’ensemble de nos outils analytiques ». Et de souligner, avec force, la faillite notamment des modèles mathématiques, en matière financière (« tous les évènements futurs ne sont peut-être pas probabilisables »).

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