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ET VOUS, LE VOTRE ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 mai 2014. dans La une, Souvenirs, Histoire

ET VOUS,  LE VOTRE  ?

Quand Reflets paraît un 10 du mois de Mai, comment voulez-vous – pour les ancêtres, bien sûr, qu'on n'y pense pas !

On est d'accord ; il pleuvait des cordes, mais à part ça ? Vous étiez où, avec qui ?  avez-vous foulé le sol de cette Bastille de légende ?  vous avez pleuré ou chanté – rouspété ? mais, non ! bien sûre au moins de ça ! Vous étiez à fond dedans, ou, plus à l'écart, mais n'allez pas dire que ce moment là,  ne vous a fait «  ni chaud, ni froid », ou ne vous laisse aucun souvenir ! Quelque chose en nous du 10 Mai 81, pour singer Tenessee !!  Pour l'analyse, l'Histoire attendra et se mitonne ailleurs qu'ici ; du ressenti, des émotions, quelque chose qui vibre au plus profond de soi ; un « E »vènement à hauteur de nous tous !

Alors, Reflets vous ouvre ses commentaires ; quelques mots «  moi, je... » et les yeux de vos petits enfants de s'ouvrir : - tu y étais, papy, «  au 10 Mai » ? raconte !

J'étais beaucoup plus jeune, sans enfant, militante, déjà en Corrèze ;  un peu avant François, qui arrivera , juvénile et sans peur, pour défier le grand Jacques aux législatives qui suivront ! Épuisée, à la façon, j'imagine des grands bonheurs,  ce soir là.  Je me souviens, qu'un ami cher d'alors ( salut Christian !) avait briqué la hotte de sa cuisine toute l'après midi, dans l'attente des résultats – c'était un pessimiste... Un mari encore plus militant que moi, nous tenait d'heure en heure au téléphone – noir, fixe et archaïque : - on disait que... pas sûr ! La Fédé retient son souffle ; tu parles !!

Et puis, la tête d'Elkabbach, le déroulé du visage de Mitterrand sur l'écran ; pile 20 h. L'Histoire frappait à la porte ; le changement, c'était de toutes façons, ce soir-là. On a fêté ça dans le garage avec tous les voisins ; pétales de roses rouges partout venus de tous les jardins.

 Vous savez quoi ? J'y crois encore...

Sarthou, le bonheur d’une découverte…

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 mai 2014. dans La une, Arts graphiques

Sarthou, le bonheur d’une découverte…

Bonheur de vivre de ci, de plus en plus là, dans un bouillon de culture. Montpellier et son inégalable musée Fabre affiche ce printemps une « petite » expo qui vaut les grandes : l’univers orangé de Maurice Elie Sarthou,1911-1999, un de ceux qui comptent dans la peinture contemporaine – abstraite, si l’on veut… pas totalement, pourtant. Ce peintre originaire d’ici – berceau des plus grands – ayant côtoyé un Picasso ou un Soulages, dont l’œuvre est admirée aux quatre coins du monde, depuis ces années d’après-guerre aux sons et couleurs de liberté. Ce Sarthou, je ne connaissais pas, ou si peu !

Je ne sais pas, vous, mais c’est quelque chose que je ne vis pas comme un handicap honteux pour Bobos-savants de FB – « oh, quand même !! ». Cela me donne, au contraire, une envie, une forme d’acuité aiguisée, un appétit, pour tout dire – chouette ! J’ignore tout ! En avant…

Sarthou – l’homme avait une superbe prestance, une classe – un peu comme Soulages – qui donne regret de ne l’avoir connu ; un recul sur son œuvre, une intelligence qui le tenait à l’abri de tous les « melons » de la création… « il part du principe que le peintre est seul devant son œuvre et il s’efforce de n’être pas sensible aux avis qu’on formule à son égard. Quant à l’opinion esthétique de ses confrères, il pense qu’il la connaît d’avance… » (Maurice Toesca).

Comme Soulages, cet autre hôte majeur de Fabre, il nous dit Paris, les hauteurs sauvages du Massif Central, et Sète, où son jardin, organisé comme un tableau, dominait Thau et la mer, des hauteurs du Puy Saint Clair, avec un œil sur le cimetière marin, où il repose aujourd’hui. Tout ça, c’est la lumière, les couleurs flamboyantes du Languedoc partagé entre pins, rochers et eau, la mer et tous les étangs et marais… « il ne s’exprime… » dit Jean Cassou, que « par couleur et par rythmes ». L’expo est une ballade du « par ici, par tous les temps, ou vents ». Couvrez-vous ! Le ciel change si vite !

La mer – des bleus à faire pâlir le bleu-orange d’Eluard ; des bougés, des éclaboussements, tels que le vertige vous en prendrait, comme sur un bateau. Les gens – « les remmailleuses de filets de Sète »… lumières bleutées et ombres des filets et des chignons. Bêtes d’à-côté – série des taureaux de Camargue, dont on entend le piétinement sourd ; minéral des carrières blanches du pays marseillais, ou ocres du Lubéron. Les paysages de Provence en Cévennes, jusqu’à nos étangs du pays de Palavas, qu’on observe avec la curiosité du photographe amateur qu’on est tous : – tiens, celui de Maguelone ! Mais à quelle heure ? (c’est gagné pour le peintre ; on est dans son tableau !). Et puis, le vent ; peindre le Mistral dans les arbres et en sentir d’entrée le piquant sur les joues ; se poser devant ces Lavis noir et blanc, beuglant comme tout un hiver, « Mistrals » où le fouetté des branches, le sifflement du vent, est tellement là, qu’on se retient de remonter l’écharpe sur le cou ! Un bonheur si particulier, ce rythme des peintures…

Le chagrin du petit député socialiste…

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 mai 2014. dans France, La une, Politique, Actualité

Le chagrin du petit député socialiste…

Il pleure – non, il chougne, comme on dit en Corrèze, le petit député socialiste, et en même temps, il remonte la crête : ne fait-il pas partie de ces « frondeurs », des 41, qui – sait-on ! – dans les livres d’Histoire, joueront peut-être dans la même cour que ces 80 d’honneur, de Juin 40, face à Pétain… On peut rêver, parfois dans ce monde où c'est plus trop de saison !

Il a grondé, menacé, haussé le ton, et toisé –  bravache ! – son parti. Valls et son seau infernal de crans sur la ceinture, ce sera – je boude et je m’abstiens – ou pire – il rêve encore tout haut, le gamin – ce sera non !

Ils furent 41, qui boudèrent, ce 29 Avril, après – joie frétillante des média à leur trousse – une bonne journée d’« émotions politiques » à la française – galopades effrénées dans les couloirs de l’Assemblée, brins d’infos distillées par les attachés en gloire (il se pourrait que… mon député a fait dire au Premier Ministre…) ; comptabilité fiévreuse (avec le non des écolos, si on ajoute – allez ! – les plus durs de la gauche du PS, cela pourrait… la majorité fissurée ? frissons…), et le tout de courir la poste. Valls, du haut de son autorité, de ses bons sondages – de son courage, aussi – tonne : « j’assume le réformisme ! ». La petite troupée continue son chahut dans les couloirs ; la Gauche retient son souffle, la Droite rigole. Rideau ; fin de l’acte 1.

Il est peut-être, notre petit député, venu de ces plateaux battus des vents du Massif Central, où il connaît – non, il commence à connaître – chaque éleveur, et plus d’un chômeur, ou, d’une banlieue triste encore largement sinistrée, ou encore du Sud menacé par le vent du Front. Il côtoie, à l’Assemblée, à Solférino, des jeunes qui « y croient », de la diversité (gênant, ça, pour le pouvoir et nous tous avec lui), des dames, dont Delphine Batho – celle qui a osé. La parole de l’ancêtre-Emmanuelli en logique de rupture depuis si longtemps, lui sert de viatique. Jérôme Guedj – bonne tête de type de gauche – est celui qui cause à la TV, depuis pas loin de 2 ans maintenant, quand il s’agit de tancer, et surtout de rappeler les Écritures. A ce titre, il est validé comme le leader de la gauche agitée du Parti. PS – grand navire fissuré mais tenant encore la mer - toujours mouvant, bruissant de tant d’idées, s’honorant – et, avec belle raison – depuis si longtemps, de la capacité à dire non, à rouspéter, à lever le front. Une seule tête au PS ? cherchez ailleurs, vous vous êtes trompés de porte ! Classe indocile de très bons élèves tenant tête facilement au prof…

 Quelque chose de grisant, se dit le jeune camarade, cette esbroufe de la Chambre, à deux pas du 1er de Mai, dans un sillage – un souffle – du grand Mai lui-même…

Fraîchement élu, dans l’ombre portée du « Tous Hollande » de Mai 2012 ; surfait alors (avec quelle facilité, quand il y songe) sur ce mécontentement sans précédent, associé au nom seul de Nicolas Sarkozy. Ce « changement, c’est maintenant » – douce chanson de la Campagne, y-avait-il seulement cru, ou s’était-il dit, comme tant d’autres – on verra en marchant ; plus tard, sur le chemin… Et la route, on le sait, se fit épineuse ; le temps se chargea de nuages lourds. La métaphore depuis sait se faire abondante pour accompagner « le-chemin-de-croix-du-Président-aux-commandes-du-navire-en-prise-avec-les-tempêtes ». Bruits de fond : cris et larmes… un grand thriller, que cette gauche au pouvoir dans l'enfer de la crise...

Le Tout bon des Reflets au Portugal : Le Porc à L’Alentejo

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 mai 2014. dans La une, Gastronomie

Le Tout bon des Reflets au Portugal : Le Porc à L’Alentejo

Le Porc à L’Alentejo nous amène, là, où le parler est rude et chantant à la fois ; dans cette grande province du sud Portugais ; immenses terres où paissent des troupeaux sous un soleil d’Afrique ; villages blancs comme d’improbables mirages ; Evora la romaine, perle du Portugal, et les grands chapeaux noirs des femmes altières. Alentejo ; Portugal des grandes fermes d’avant les Œillets, acquises à la dictature, où on se serait cru dans un autre « Guépard » ou bien dans un Garcia Marques… Après la Révolution, c’est là que s’est jouée la réforme agraire. Beauté sans fin de ce sud de l’Europe ; un ailleurs !

 

Il vous faut :

– de l’échine de porc coupée en cubes ; j’aime bien piquer de l’ail tendre, de ci de là. Faites-le mariner dans l’huile d’olive la nuit

– 1 bon kilo de coques que votre poissonnier vous choisira mieux que fraîches

– huile d’olive ; quelques feuilles de laurier ; gros grains de poivre noir ; sel du moulin

 

La cocotte en fonte de la grand-mère ; un rien de temps ; vous écouterez deux chansons d’Afonso et ce sera sur votre table !

 

Faire revenir le porc dans sa marinade ; arrosez encore un peu d’huile ; les aromates ; couvrez. Feu doux ; 1 bonne demi-heure.

En fin de cuisson, versez les coques qui s’ouvriront sur le sauté de viande. Arôme subtil de ces mélanges terre / mer ; autant dire le Portugal lui-même !

 

Je le sers avecde petites pommes de terre sautées et – évidemment, un Vinho Verde ! Ou, si le goût si particulier de ce vin vert vous rebute, un rouge portugais qui sent bon le Douro du nord.

 

Bon appétit messieurs et mesdames aussi

Vu du train... la honte au Front du Sud...

Ecrit par Martine L. Petauton le 26 avril 2014. dans France, La une, Politique

« qui ne se préoccupe pas de l'avenir lointain, se condamne aux soucis immédiats » Confucius

Vu du train... la honte au Front du Sud...

Un voyage en TER, de celui du « Languedoc-Roussillon » au « Provence-Alpes-Côte d’azur. » Seul, le logo change. Montpellier-Cannes, sous le soleil impeccable de ce Printemps 2014. Quelques heures avec, par les fenêtres, ce grand sud d’après les municipales ; celui, tout à droite, portant haut ces couleurs bleu-marine du Front National. Un sud qui fait frissonner derrière tous les forsythia et autres cacte gigantesques tout en fleurs. Mieux qu’un déplacement, une leçon de sociologie politique régionale, au rythme du tchou-tchou, et du jingle, immuable, de la SNCF.

J’ai – il y a beau temps – fait une année de sociologie politique, en marge d’une maîtrise d’Histoire contemporaine. Balbutiante encore en ces temps reculés, la petite science que les techniques sondagières ont hissée depuis aux premières places dans les tables, pas toujours rondes, des soirs d’élections. Mais tellement prometteuse et passionnante, cette façon d’observer la politique ! Les cartes des résultats électoraux (en gros, depuis 1848, premiers feux du suffrage universel) ne s’animent-elles pas, d’un coup – parlantes, lisibles, évidentes – si l’on se donne la peine de connaître – étrange géologie – l’Histoire du coin, les flux de population, le cursus des ouvriers, le sens des quartiers et le poids des mentalités. Ainsi, le basculement à gauche du grand ouest traditionnellement chouan s’est-il largement expliqué dès les années 80 par l’éloignement des pratiques religieuses et le désenclavement (train, déjà !). La victoire de Mitterrand y prendra racine ; pas mince, la lunette à lire les chiffres !

Le train qui m’emmenait ce jour d’Avril vers une tante octogénaire qui « saute encore partout, avec la plus grande élégance », n’invitait pas à brandir le drapeau du PS, et la bouille de notre président, encore moins. Trajet-FN en pointillés. Seules Arles – vieille terre socialiste – et Vitrolles – bouche sans doute plus qu’amère du mandat du couple Megret, et de sa pratique des subventions municipales réservées aux « natifs » – ont su voter à gauche (quelquefois en « divers G », seulement, et sans vraiment grand panache). Ma gare de départ – Montpellier-Saint Roch – (Saint Rocheee, s’époumonait ma jeune voisine – culture ! culture !) actant la chose une fois pour toutes mes cinq heures de tchou-tchou – seule grande ville de tous les sud étant restée à gauche. La toujours « surdouée » surfait sur sa planète étudiante, son coefficient culturel et intellectuel, des plus haut perchés de France, son goût pour la diversité, sa légendaire tolérance…

« Elles votent ! Madame… »

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 avril 2014. dans La une, Education, Histoire

« Elles votent ! Madame… »

Petit encore, l’élève – bonne bouille marquée de l’enfance si proche, sourire éveillé et doigt constamment levé, quand – livre d’Histoire de 6ème ouvert, il s’émerveillait de cette agora arrosée de tout le soleil athénien, où – Madame ! Ils votent déjà ! Et, juste derrière, en rabattait, parce que sa voisine, une petite taiseuse très attentive, avait murmuré : – ni métèques, ni esclaves, ni… femmes ! La démocratie arrivait, pétaradante dans la grande Histoire – tiens donc ! sans femmes…

Le gamin n’était pas au bout de ses peines. Le Moyen Age des cathédrales, assez curieusement – s’il s’interrogeait en boucle sur l’éventualité d’une âme chez les femelles, leur cerveau forcément sous-équipé, et la diablerie qui, en elles, remplaçait l’intelligence – confia ça et là des capacités de décision aux femmes – veuves ou pas, en gérance de fiefs. Pas partout, pas tout le temps : flou et dilution juridiques du morcellement médiéval.

Après, on aurait pu attendre franchement mieux. Déçu l’élève, et nous tous, avec lui. Qu’est-ce qui a donc coincé dans ce XVIIIème siècle des Lumières – ce Grand Siècle plutôt que l’autre, ses salons politiques souvent animés par des femmes puissantes – pour que la Révolution Française, malgré les appels d’un Condorcet, refusât d’entrée de jeu d’élargir la citoyenneté aux femmes ? Dès la Déclaration des droits, la Constitution de 91, malgré ces femmes du 6 Octobre sous la pluie de Versailles, et ces voix claires un peu partout portant la Révolution, elles furent déjà « déclassées », remisées avec enfants, et étrangers, au rang de ces « citoyens passifs », dont le nom seul… et le gamin de dire – un garçon batailleur en récré – c’est mieux qu’avant ! C’est déjà ça ! sa copine, la même, de murmurer encore – non ! Et le train des leçons d’Histoire continuait, sans elles, guillotinant Olympe ou Manon, mais lisant quand même Germaine (De Staël).

En 1848 – année du premier « vrai » vote au suffrage universel – un « club-voix de la femme » poussa Georges Sand – celle qui s’habillait en homme quand elle parlait politique – à se présenter aux législatives. Le 1er groupe suffragiste à la mode anglaise s’activa dès (seulement ?) 1876 avec Hubertine Auclert, dont le nom est connu de combien d’entre nous ? On attendra 1906 pour qu’une proposition de loi envisageât de confier – prudent ballon d’essai – aux femmes le droit de voter aux élections municipales et départementales (tiens, comme le projet mitonné en cuisine – peut-être même, congelé, par notre gouvernement, pour les émigrés intégrés depuis des lunes)... Le gamin de ma classe est en début de 3ème ; les feuilles tombent des platanes de la cour, et sa copine s’impatiente…

Une femme en politique, Germaine de Staël, Erik Egnell

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 avril 2014. dans La une, Histoire, Littérature

Editions De Fallois, novembre 2013, 400 pages, 22 €

Une femme en politique, Germaine de Staël, Erik Egnell

avec l'autorisation de «  La Cause Littéraire »

 

Sur la fin de sa vie, elle disait, avec l’enthousiasme qu’on imagine, à Wellington : « parler politique, pour moi, c’est vivre ! ». Des kyrielles, aujourd’hui, femmes et hommes mélangés, ne seraient pas capables d’en dire autant ! Et, on voudrait aussitôt le dédier à nos femmes de la parité, face à leurs élections, ce printemps, qui bataillent tant et l’auraient aimée des leurs, cette Germaine « génie mâle dans un corps de femme », au dire de Lamartine qui pleura la Dame du lac, à Coppet.

Car, De Staël – elle mérite ce nom d’homme, seul – quelle femme, quel toupet, quel talent ! on s’autorise à dire : quelle gueule ! Quelle trajectoire aussi – c’est un film à grand spectacle, un road-movie, également, qui défile à brides abattues, quand on accompagne sa vie, dans cette formidable saga-biographie, s’avalant comme un roman, d’Erik Egnell. Meryl Streep, sans doute, la porterait avec panache et roulement de sentiments…

On nait où et quand on peut, et chacun n’a pas eu – chance ou pas – une vie au croisement de la Révolution Française, de l’Empire et de la Restauration. Superbe baptême pour qui veut vivre en politique – un contexte porteur, dirait-on aujourd’hui ; mais aussi un « grand bain » dangereux, où il vaut mieux savoir nager, faire la planche de temps à autre, pour continuer et, s’arrimer au ponton d’arrivée – vivant… et la route de Staël est de ce tonneau-là.

Fille Necker – le financier, ministre de Louis XVI – au bord du Lac Léman – culture, économie, politique, ouverture sur l’Europe, voyages… dès onze ans ! Germaine assiste aux salons de ses parents. Fin de l’Ancien régime ébranlé par le fleuve des Lumières, le « salon » sert « à côté des clubs, sa variante populaire, de creuset à la politique ». A peine finie une adolescence lettrée à l’ombre de son père adoré, « avoir son salon à Paris deviendra le sens de sa vie » pour Germaine, dont la science de l’éloquence atteignit un niveau exceptionnel, au moins égal à ses qualités littéraires. Simple art de la conversation, en aval des Précieuses ? Mieux que ça ! agencer ses invitations – qui, avec qui – concocter les mises en relation, écouter, valoriser, convaincre, militer. Manipuler, un brin, sans doute. Diplomatie de belle facture, qu’elle sut tricoter, de régime en régime, par delà les prisons, censures et autres guillotines. En même temps que sa formidable énergie, ou baraka, lui permettait de survoler ces temps si denses de l’Histoire, comme d’une montgolfière qui jamais ne tombe, et nous ramène, via ses lettres, essais et théories politiques, mélangés à quelques récits de voyages, le parfum de ce temps perdu, grâce à elle, retrouvé…

Valls, le choix du peuple ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 avril 2014. dans France, La une, Politique, Actualité

Valls, le choix du peuple ?

La déroute a eu un parfum de Waterloo. C’est vrai que le bicentenaire n’est pas loin ! Pas même un Victor Hugo pour pleurer « dans ton cirque de bois de coteaux de vallons / la pâle mort mêlait les sombres bataillons ». Juste un Pujadas presque hilare ! Sinistre machine à laver d’une démocratie mal en point ; la carte a viré du rose au bleu, avec de loin en loin de vilaines taches bleu-marine… la France devient importable et difficilement gouvernable… derrière le bruit des urnes, le fracas du peuple dans la rue ? Difficile d’évacuer l’idée et de ne pas entendre.

Entre une abstention brouillonne mais probablement très signifiante, et ce vote de colère incarnée dans l’exécutif Hollande/Ayrault, même combat, même défaite ; que devait faire ce capitaine – du Titanic – se plaisent à rire les bonnes gens à l’abri du besoin ? Continuer encore quelques miles (jusqu’aux Européennes) avec le vieil ami de toujours, dont l’intégrité, la bonne volonté et le gris-sérieux – ça, surtout ; ça, hélas – ne sont pas à remettre en cause. Ce n’est en rien un scoop, je crois savoir que le président le souhaitait. On a – voyez-vous – un président qui ne traite pas les hommes comme de vieilles chaussettes usées. Patte, par ailleurs, toujours prudente du chat qu’il est, avançant sur le chemin en mesurant les obstacles au risque de se voir reprocher à l’envi d’être un tortueux, un hésitant.

Car, chez nous – vieux pays latin, scie de chaque ligne de journal – qui n’agit pas en tapant sur la table, en tempêtant à la tonitruante, est un pauvre hère balbutiant figé au sol – autrement dit, un indécis, donc un Hollande (« un pauvre homme passait dans le givre et le vent » ; j’ai décidément le Hugo actif, ces temps-ci !)… on me dira, et j’en suis bien d’accord, que réfléchir n’empêche pas d’expliquer « encore et encore » ! Mais, garder Ayrault en charge d’un gouvernement fortement resserré, n’était-ce pas rester dans le terne et le flou, bien peu à la mode ; le délavé, le sans couleur. Cela aurait également conforté l’image – représentation installée – d’un président tergiversant. Un entre chien et loup crépusculaire. Cependant, cela aurait marqué une volonté, un cap, un ferme dire : « j’ai entendu, mais pas tout de suite » du parent qui garde la main. C’était aussi valider l’institutionnel et le politique pur – tant honni de nos jours ; souligner la prévalence des « grandes » élections, législatives et présidentielles, sur les municipales (on dit ça et là que jamais, sous la Vème, on n’a fait autant de barouf autour d’élections locales). Pour autant, dans ces cris de dimanche, ces grondements, cette tempête, pouvait-il ?

Opter pour Valls, c’est redonner les cartes au peuple souverain. Un homme béni de hauts sondages, rassemblant républicains de droite et de gauche, dans l’image d’une gouvernance active et volontaire, qui « en a » pour faire face au vilain grain. Cela sonne, certes, un peu comme un Bonaparte auréolé de la gloire d’Italie face aux Assemblées, même si je ne dis pas ici que Brumaire toque à la porte ! Mais, il y a chez – non, pas Valls, mais l’idée qu’on s’en fait - les couleurs flamboyantes, le bruit des bottes, les drapeaux ! Le dur, là, où on subodorait du mou ; allez ! le mâle face à… Valls, c’est la TV-couleur à la place du noir-et-blanc. Or,  c’est en couleurs et avec effets spéciaux, que les gens veulent regarder l’Histoire passer. Probablement.

Le Tout Bon des Reflets en Afrique : le Yassa de poulet

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 avril 2014. dans La une, Gastronomie

Le Tout Bon des Reflets en Afrique : le Yassa de poulet

Est-ce cet hiver qui n’en finissait pas – une saison des pluies à lui seul ! – mais c’est vers la lumière, le bagout, les façons d’une Afrique noire sénégalaise, que se tourne ma recette du jour. Elle vient de Casamance – la riche et la bougeante, au sud du pays. Un grenier, un jardin de couleurs où passent les boubous de ces sénégalaises fines et racées – les plus belles femmes d’Afrique !

Il vous faut compter 1 bonne heure de cuisson ; c’est un plat mijoté :

 

1 poulet coupé en morceaux ; peu importe qu’il soit de ferme ou moins cher

500 gr d’oignons – couleur indifférente ; blancs, ils fondront plus vite

2 citrons ; ail, sel, poivre

2 petits piments, si le goût ne vous dérange pas ; un yassa qui n’en a pas est plus « occidental » et fait se gausser nos amis Africains…

 

Le temps d’une nuit de marinade :oignons en rondelles, morceaux de poulet, aromates, jus de citron

 

Cuisson : on fait revenir les oignons ! ils ne doivent pas roussir ; c’est eux, qui, en fondant, feront le jus

Morceaux de poulet revenus dans l’huile (arachide, comme il se doit !), pas très colorés ; verser le reste de la marinade.

 

Après 1 heure de cuisson à feu doux, un riz – de Casamance, blanc et goûteux – accompagnera votre plat, et c’est toute l’Afrique qui sera invitée ! Prévoyez un vin assez fort.

 

Bon appétit, messieurs, et mesdames aussi !

Le mur

Ecrit par Martine L. Petauton le 29 mars 2014. dans France, La une, Politique

Le mur

Il est là, bouchant le soleil de ce début de printemps, laid, lourd, comme un mur vert de gris, tombé sur nos salades dans la soirée du 23 : la percée du FN.

En tête – et plutôt confortable – dans 17 Grandes communes ; dérangeant l’ordre habituel des partis de la République dans pas mal d’autres ; se maintenant dans 200 villes, au second tour… Le parti d’Extrême-Droite – faut-il repréciser sa seule identité – n’en pouvait plus, sur les plateaux de TV, entre sourires et larmes. Marine, une gamine devant le sapin et les cadeaux.

Défilant, comme autant de petits cauchemars d’endormissements, propres aux mauvaises nuits à venir, Collard, au milieu des vignes d’apparence inoffensive, de son coin – chemin de Compostelle, Ménard – un des pires, par son itinéraire, aux bords de l’Orb-couleur rugby, Briois, 1er maire frontiste dans le désarroi d’habitude si digne du Nord, en attendant Perpignan, Avignon, Forbach, ou mon pauvre Fréjus... On saigne.

600 listes étaient présentées par le FN, qui ambitionnait de récolter 1000 conseillers municipaux. Bingo ; la machine peut cracher plus !

Le mur s’installe, déjà haut. Il fait et fera son métier – n’en doutez surtout pas ! Couper, cliver, boucher la vue sur l’ailleurs et le différent ; pas vraiment « fête des voisins », la chose. Chacun de son côté du mur, et tout verrouillé à l’ancienne. Un bâti engageant qui nous dit : halte là ! Indésirables réels ou supposés, priés de le raser, le mur. Menaces inhérentes à la construction ; ne jamais oublier que derrière un mur, il y a encore les barbelés…

On récolte – direz-vous – ce qu’on a semé, ou justement non semé, ou, pas assez vite. Ce qu’on n’a pas su expliquer, pas à temps. J’avais, un jour, ici, écrit une chronique « Le guerrier et le temps », en l’honneur d’un président pour qui, justement, le temps valait haute politique. Ce dimanche me dit à quel point j’étais décalée. Le gouvernement devenu invisible à force d’être honni, les attentes non honorées, ou, considérées comme telles, et – je le lis, ça et là, avec colère – la Gauche qui ferait une politique de Droite. Un sac-poubelle pour tout, en guise d’argumentaire ? Raccourci des plus faciles, mauvaise foi de « nantis » à l’abri, rejoignant un peu vite tous les vrais mouillés qui passent dans la rue… La déception, les frustrations – les vraies, les fantasmées – mais c’est fait de tout, un vote ! L’envie – presque la couleur dominante de notre société en dérive – le « il a plus, mieux que moi ! », ce « c’est pas juste ! », sonnant comme un ordre de bataille… et, puis la peur, autant dire l’énergie démentielle qui fait monter les murs… et surtout, cette impatience ! qu’on sent depuis le 7 Mai, au matin ; aux racines forcément antérieures ; comme si la note lourde de Sarkozy avait été présentée directement à Hollande, avant même que sa valise soit posée. Impatiences – on connaît les légitimes ; on entend surtout le bourdonnement amplifié par les média, de toutes celles qui le sont moins ; les, grondantes, coléreuses, que la dame du mur, arme, avec son sourire aux dents tranchantes, des couteaux de demain…

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