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François, gardez-vous à gauche, François, gardez-vous à droite !

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 novembre 2013. dans France, La une, Politique, Actualité

François, gardez-vous à gauche, François, gardez-vous à droite !

C’était, souvenez-vous dans le bourbier de Poitiers – an 1356 – d’une guerre de cent ans où le vent tournait mauvais et où, notre Jean Le Bon, aux prises avec le terrible Prince noir, se démenait sous les cris du cadet, Philippe le hardi : « père, gardez-vous à gauche ; père gardez-vous à droite ! ». Las, le Français devrait bientôt, prisonnier, gagner cette Angleterre, d’où il regarderait vers « le pays de France » un peu avant Charles d’Orléans… Il y avait déjà, en ce temps-là, comme un parfum de feu à la chaumine.

Ne dit-on pas « la guerre », pour l’exécutif ces jours-ci ? Ou bien « la faillite », « la défaite »… métaphores euphorisantes à souhait. Si j’étais dans un film américain, je dirais que cette saison II du « Hollande bashing » est plutôt plus violente que le premier ; trop d’effets spéciaux, moins finassé sur le fond. Sous couvert de débâcle annoncée à grands cris médiatiques, certains – sûr – verraient bien le premier de nous tous tomber lourdement de son cheval, et, vlan, catché par une dissolution, déjà – paraît-il – « tranchée par les Français », disparaître au fond de quelque médiévale oubliette.

Rêve fumeux d’UMP râlants en populistes manifestants, baignant dans un fond de sauce où nagent quelques Front de Gauche sortis hardiment du logis ; tout ça touillé – faut-il le dire – par la longue fourchette du diable blond.

Ceci dit, dur, le passage ; personne n’en disconvient. Bast, comme on aurait dit, pile en 1356, et un peu autour, les faits sont là, alimentés, fantasmés, ou bien tangibles : il y a péril au château. L’exécutif prend l’eau.

Nouvelle salve de dépôts de bilans, sur un tissu industriel déjà pas mal troué. Fronde anti-fiscale (qui, à plus d’un titre, ressemble à la bien nommée du siècle XVII) – tout le monde, vent de folie, semble délégitimer l’impôt, tout soudain, envoyant par-dessus les moulins les bonnets, rouges ou d’autres couleurs. Démonstration de force de tous les corporatismes, à coups de hennissements de cheval de centre équestre, là, de klaxons de routiers, ici. Avant-goût d’un Chili en partance pour son coup d’état ?  Constatation, pour autant, incontournable : du monde dans les rues et chemins, et, dedans, du populaire.

 Croassements d’usage au gouvernement, où passe la rumeur sempiternelle du remaniement et du « qui part, qui change, qui entre »… Enfin, sur fond de déclassement de notre A le troisième (dont on a perdu le sens exact depuis des lunes), linceul noir des sondages, qui… mettent quasi à terre la cote du président « qui, jamais, sous la Vème… ». Quand on vous dit que le cheval est au bord de la chute ! Et qu’on entend – distinctement – grincer la porte de l’oubliette…

Questions pour les Reflets…

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 novembre 2013. dans La une, Média/Web

Le typhon, Francesca, la châtaigne…

Questions pour les Reflets…

Fin de semaine dernière, il y a eu le typhon d’Asie du sud-est. On annonce, 5000, peut-être même  10.000 morts au bas mot – sans compter les blessés, les sans abris, les… Le Vietnam en est à évacuer toutes ses côtes. Catastrophe sans précédent dans ces terres peuplées des multitudes d’hommes de là-bas, à droite, en bas du planisphère, comme disaient mes petits élèves. Le souffle des rafales arrive jusqu’à nous ; on sent la gifle des paquets d’eau ; on entend les cris, enfin, on devrait…

Et, moi, j’ai publié, samedi,  dans « Reflets »,  un assez joli – je crois – texte sur la nostalgie de chansons de ma jeunesse engagée (qui plus est !) et… une recette de châtaignes… Seigneur ! mes « Reflets du temps » auraient-ils perdu la boussole, ne tiendraient-ils plus une miette, le  cap ? Serions-nous devenus, de «  simples » Reflets de restos, certes bons, musicalisés, parfaitement bien, reflets de ( bonne) poésie... peut-être au fond, une –petite- succursale de la multinationale «  La Cause littéraire »...

Parce que, «  Reflets du temps », quand  on affiche un tel titre, qu’on publie chaque semaine que Dieu ne fait probablement plus depuis des lunes, on se doit…

Mais, au juste, à quoi ? Et que font les autres, même les très grands ? Suivre et relater l’actu, fil à fil (s’accordant évidemment la passoire du choix), c’est pas nous ; c’est le quotidien, genre que nous n’avons pas été assez fous de revendiquer, lors de la naissance de notre mag. D’ailleurs, le regard critique, ou au moins interrogatif peut s’exercer d’entrée sur notre journal local, chaque matin – moi, c’est « La Montagne », ici, Le « Midi Libre » sous mes pins de Montpellier. Combien de glapissements scandalisés : – tu as vu, dans le… « ils » n’en parlent même pas ! Variante : – t’as vu, à quelle page ! Re-variante : – ils s’embêtent pas, c’est torché en 1 colonne de 20 lignes !! et un ami de défendre l’engeance : – font dans l’urgence, ces types, tu comprends ! Bien sûr, affaire de choix et d’éclairage, ici, de laissé sur le bord de la page, là.  Choisir, mais dans l’urgence du train infernal des évènements qui passent ; donc, se gourer.

Presse écrite, même chanson – le grand titre du Monde dit, pour nous, fort justement le monde, et nous avons pourtant tous en mémoire d’étonnants décalés chez ces messieurs ! Radio, TV, encore autre chose, car, là, s’immisce le poids du son et surtout de l’image, qu’on garde en caisse plus encore que les mots.

Henri et Francesca…

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 novembre 2013. dans La une, Souvenirs, Musique

Henri et Francesca…

 

C’était dans ces années 70, avant la déferlante Mitterrand. Un temps d’une Droite qui restait dure, en voulant louvoyer… avant la libération des radios, où on n’écoutait ni le Potemkine de Ferrat, ni le Parachutiste de Maxime, pour cause de censure. Bien autre chose que « la Gauche molle, et l’autoritarisme de Valls » !

C’était avant les CD, qui, pour nos jeunes, signent déjà une certaine Préhistoire. Le 33 Tours, le Vinyle, son odeur, quand on le sortait de la pochette ; la couverture, souvent belle, en noir et blanc parfois, silencieuse, évidemment, plus qu’un clip. Le disque nous laissait imaginer, rêver à notre guise. Il fallait retourner l’objet, pour lire, à la loupe, le texte des chansons… un autre monde ! Tout ça traînait, sur le bord d’un canapé, pas loin d’un cendrier – on fumait encore –, ou, à la rigueur, perché sur un coin de bureau, au milieu de copies en voie de correction – on était – presque – tous enseignants… Mettre un vinyle, était une façon d’être ensemble, une culture, pour ainsi dire ; une gestuelle qui nous fait sourire avec la nostalgie qu’il sied, quand on la croise dans un vieux Sautet.

Le « tout bon des reflets » : Un coufidou de châtaignes pour le froid qui arrive…

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 novembre 2013. dans Auteurs, Gastronomie

Le «  tout bon des reflets » : Un coufidou de châtaignes pour le froid qui arrive…

C’est souvent son odeur dans nos villes, au coin des rues, qui nous reste en mémoire ; le brûlé qui fait crier, le noirci des doigts et ce goût unique ; un condensé d’enfance ; à la fois sucre et je ne sais quoi : la châtaigne grillée.

Mais, dans mes chemins de cet automne indien limousin, c’est autre chose : le silence déjà plein de brumes ; le son du « poc poc » des bogues tombant, ce fruit/légume, ce pain des coins de la famine d’antan. On la ramassera, la superbe, pour le repas chaud du soir : le coufidou.

 

Ingrédients :

1 kg de châtaignes épluchées (ou, à faire faire aux gamins en vacances)

1 pomme de terre par personne

Matériel :

Le « coufidou », cocotte en terre, à tremper dans l’eau, et à enfourner ; cuisson à l’étouffée.

À défaut, la cocotte minute familiale ; un ou deux verres d’eau au fond, et le panier-vapeur

Tu commandes sur « Amazon » ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 02 novembre 2013. dans La une, Société, Littérature

Tu commandes sur « Amazon » ?

Amazon. On connaît tous, on a tous pratiqué la bête, un jour ou l’autre. La page-commande, le panier, le truc qu’on ne pensait trouver nulle part, et qui s’affiche, là, en « très bon état », pas cher – frais d’envois gratuit. Le petit paquet sobre – kraft, qui arrive, rapide comme l’éclair au fond de la boîte aux lettres – déjà !! Le génie du commerce en ligne ; près de 10% des livres vendus en France le sont par Amazon, et ce n’est qu’un début, puisque l’entreprise aux dents longues affiche en ces noirs temps de crise une croissance à 2 chiffres qui ne demande qu’à grandir. Bref, échapper à Amazon.fr, c’est compliqué.

Et, y travailler ? Forcément, faut du monde pour satisfaire nos impérieux besoins culturels… C’est ce que s’est dit le journaliste Malet, qui a tenté l’aventure – c’en est une – de s’y faire embaucher comme intérimaire, au doux temps précédant Noël, à Montélimar, où les entrepôts équivalent à 5 terrains de foot, et broutent leur quota d’esclaves, comme dans aucun film de science-fiction. Du coup, très content, Jean-Baptiste Malet, car « mon infiltration m’a ouvert les portes de l’entrepôt logistique fermé à la Presse ».

L’infiltration, en matière de reportage, laisse toujours un petit goût bizarre : ceux qui « votent FN » pour un week-end, qui deviennent ouvriers pour une demi-semaine, qui fréquentent le Pôle emploi, puis reviennent à « l’air libre », pour nous en causer… certes, mais pour autant, et l’aventure Malet en témoigne, on en apprend – grandeur nature ; immersion hésitant, pour nous lecteurs, entre Jurassic Park et ce bon vieux Les misérables. On lit le livre en à peine deux heures presque angoissantes. Réussi, l’effet vaccin, au point de vous redonner des jambes jusqu’à votre librairie centre ville la plus proche, si, toutefois, elle existe encore… ( un bon reportage de l'Envoyé Spécial de la 2, ce jeudi, sur la mort annoncée des libraires indépendants, faisait du reste  office de rappel ).

Amazon fait beaucoup dans l’intérimaire – objet malléable s’il en est (plus d’un millier cet hiver à Montélimar, où « à part Amazon, y a rien, comme boulot ») ; la carotte n’est rien moins qu’un CDI, toujours plus loin, évidemment.

Malet choisit de postuler (quelques bonnes pages sur les chicanes des stratégies de recrutement de tous ces « motivés ») pour le travail de nuit : 21h30 à 4h30 ; 5 nuits consécutives ; 42 heures par semaine de travail nocturne… il est où, le droit du travail ? Ils sont où, les syndicats ? Encore quelques lignes fortes sur la façon dont un bout de l’oreille de la CGT ne parvient même pas au raz de l’eau…

ISRAEL/PALESTINE… d’autres pistes

Ecrit par Martine L. Petauton le 26 octobre 2013. dans Monde, La une, Politique

Article de Sari Nusseibeh dans la revue de l’IFRI de l’automne : « Palestine, l'Histoire avance plus vite que les idées »

ISRAEL/PALESTINE… d’autres pistes

Je reviens encore cette semaine à la Revue de Politique étrangère de nos amis de l’IFRI. On y trouve en entrée un très copieux article sur l’avenir des Israéliens et des Palestiniens suffisamment riche et argumenté, au point de vue original et assumé, pour que Reflets du Temps puisse s’en saisir, alimentant – on peut le supposer – un débat de haut niveau chez nos lecteurs.

L’auteur de cet article/propositions est un Arabe Israélien, président de l’université Al-Qods de Jérusalem. Son objet est dit d’emblée : « comme Palestinien de Jérusalem, j’ai désespérément tenté pendant 20 ans d’attirer l’attention de l’UE et d’autres émissaires internationaux sur les effets néfastes de la politique israélienne sur une solution à deux Etats ».

Le long article s’organise en une partie/ constats, suivi d’une riche partie / propositions. Bienvenu, dans la très copieuse littérature sur le sujet des territoires à venir, toujours débordante du « ce qui ne va pas », et moins prolixe en « on pourrait… ».

Quelques allusions aux frontières de 67, issues de la Guerre des Six jours, ou à la Résolution 242 de l’ONU, où se trouve mentionnée, pour la première fois, la « souveraineté de l’intégrité territoriale de chaque état de la région ». Mais la pierre de départ de la démonstration de Sari Nusseibeh est : les accords d’Oslo. 1993. Rabin, Clinton, Arafat. Amendés ensuite par l’accord de Jéricho, puis de Taba. Au cœur, une Autorité Nationale Palestinienne, dont, sans fin, depuis 20 ans, on dessine les contours physiques et les pouvoirs… Un Etat en gestation, jamais complètement né ; un éléphant de pays. Accompagnant cette trop longue grossesse, des récits, des promesses, des rêves et autant de morts, de défaites, de désastres. Les « deux Etats », son mythe, en font partie. Or – souligne S. Nusseibeh – les jeunes d’aujourd’hui n’étaient pas nés quand ce projet est entré dans les représentations des deux peuples et de l’imaginaire international. Entre l’origine de l’idée et son apparente mort actuelle, se sont introduites des dynamiques, dont celle de la Colonisation Israélienne. Comment pousser des idées nouvelles en subissant de telles forces à l’œuvre ? Et, de constater, que depuis Oslo, « l’appropriation de territoires palestiniens a été multipliée par 120… Israël ayant enfermé les Palestiniens dans un territoire fragmenté ». Faut-il, pour autant, se suffire des efforts récents d’un John Kerry, reprenant, 20 ans après, le flambeau des rêves d’Oslo ? Peine perdue, nous dit cet article, « freiner l’expansion des colonies, attirer des investissements, ne pourra pas ralentir le cours de l’Histoire, et… ce processus par étapes – bâti sur le modèle ancien – ne permet pas de faire face à la vitesse à laquelle Israël absorbe la Cisjordanie ».

Les guerres de demain...

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 octobre 2013. dans Monde, La une, Politique

IFRI, Politique étrangère, Automne 2013

Les guerres de demain...

L’IFRI nous a habitués à cet excellent cru : partir, savamment, à l’assaut des idées qui battent la campagne et finissent en fausses certitudes. Et la revue de Politique étrangère de décaniller, chaque fois que nécessaire, ces baudruches qui garnissent journaux et débats.

Le sujet de cet automne est, en cela, un remarquable millésime ; un grand IFRI : la guerre.

Qui n’a pas son idée ? de plus en plus de conflits ? la guerre ravage le monde, et celui-ci est au bord de l’explosion finale ? Faites un rapide sondage autour de vous : guerres ? plus ? moins qu’avant 40 ? mortalité humaine ? due aux guerres ? ou à d’autres facteurs ? « Oubliée ou omniprésente la guerre ? ». Résiste-t-elle ? Où ? sous quelles nouvelles formes ? Il y a fort à parier « que les conflits armés ne feront pas défaut au XXIème siècle ; notre ignorance ne porte que sur leurs métamorphoses et sur les moyens de les limiter – les gérer ».

Dès les premières pages du dossier nommé, avec un rien de provocation « la guerre a-t-elle encore un avenir ? », comme autant de frappes ; les chiffres implacables : « la plaie multiséculaire des guerres majeures entre puissances est en voie de réduction ; 27 au XVIème siècle ; 17 au XVII ; 10 au XVIIIème, 5 au XIX, 5 au XXème siècle. Aucune guerre entre puissances majeures depuis 1945 ». Dans 95% des cas, les guerres ne sont plus entre puissances, mais intra-étatiques. L’objectif n’est pas à un territoire plus grand, mais à un État plus petit… Que de « je croyais pourtant… » qui volent en éclats !

Autres tendances majeures : les guerres se déroulent dans « le sud » ; « soldats et civils sont ensemble dans le conflit ». L’article « Repenser la guerre et la paix au XXIème siècle » pose d’entrée de jeu que « le risque moyen pour un habitant de la planète d’être victime d’une guerre était au début de ce siècle de 0,4%, alors qu’il tournait autour de 1% entre 1945 et 1990… maladies et pandémies emportant 91% de la sinistre compétition ».

La guerre a un avenir, mais, curieux, car « du précédent millénaire, réapparaîtrait une violence civile chaotique et destructrice, alors que s’installerait une paix entre grandes puissances où les conflits seraient contenus en deçà des affrontements militaires », laissant la part belle à la lutte économique, aux conflits des ressources – eau, matières premières, énergie, à la recherche de la maîtrise des outils de communication. Remarquable et brillante démonstration.

« Le « tout bon » des Reflets ». Girolles à la crème…

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 octobre 2013. dans La une, Gastronomie

«  Le «  tout bon » des Reflets ». Girolles à la crème…

Nécessaire :500 grammes de Girolles (cela réduit) – un petit pot  de crème entière épaisse – un demi jus de citron – beurre, pointe d’ail, persil, sel, poivre… et, de la chance pour trouver les champignons !!

 

Temps de préparation et cuisson : rapide 20 mn

Niveau : facile

Réemploi : oui

 

NB : cueillette de chanterelles : attention à la fausse girolle, abondante, plus rouge, au goût très amer en cuisson, bien que consommable. Si vous cassez la tire-lire, en achetant, es pays de l’Est nous fournissent beaucoup de girolles, mais préférez une origine (plus coûteuse) Périgourdine ou Limousine.

 

Couper en petits tronçons les champignons, essuyés plutôt que lavés. Jeter dans un beurre roux et non noir, faire prendre. Baisser le feu ; 10 à 12 mn suffisent, en remuant. Veiller à ne pas faire trop cuire la girolle qui deviendrait caoutchouteuse. Persil, pointe d’ail, sel et poivre, et, en route pour la partie crémeuse du bal. Feu doux, balai de la cuillère en bois. Les champignons boivent la crème, et quand il n’en reste plus qu’un peu, visible, votre plat est prêt. Avant d’éteindre les feux, un jus de citron pour le petsch.

Foin de la pensée magique…

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 octobre 2013. dans France, La une, Politique

Foin de la pensée magique…

Présente en politique, la chose, et depuis presque toujours en France, où le citoyen aime à se tenir loin des affaires , en pratiquant un « ils », et, un « là-haut » qui n’a guère changé depuis ces temps d’Ancien Régime où le paysan et le monarque de Droit Divin appartenaient à l’évidence à deux chaînons différents de l’espèce humaine.

Ailleurs, en Europe, et notamment dans l’espace anglo-saxon, le citoyen peut dire « nous », à tout le moins « on », mais le Français – sa Grande Révolution dans la poche de son Histoire – n’a visiblement pas « gardé les petits cochons » avec ceux qui gouvernent…

On crèche – royalement – loin des lieux de pouvoir – donc de décision, et pour tout dire, de choix. Visés,  l’exécutif, d’abord, mais le législatif prend de belles parts de marché, ces temps-ci ; quant aux mandats locaux, dont on a pu dire qu’ils étaient préservés, parce que de proximité, un ami maire me disait récemment qu’on le « fâchait beaucoup », abusant là aussi de ce « vous pourriez bien, quand même… », que dans sa grande libéralité, distribue le regard du citoyen-censeur, un jour à Hollande, le jour d’après au petit conseiller municipal en charge de son chemin. Au diable les hiérarchies ou les priorités ! « ils n’ont qu’à… »… et d’imaginer ce peuple citoyen, si chatouilleux quand il vote, mais si prompt à exiger le résultat avant même d’avoir résolu le problème.

 Autre nom de l’impatience, ce « yakatisme » ? cher au péquin politiquement agacé, tous bords confondus. A ne pas confondre cependant avec le « banal » esprit de protestation, qui hante avec le bruit qu’on sait, tel Parti d’Extrême-Droite, chevauchant cette actuelle cantonale au soleil varois. Tête levée, regard mauvais vers « cette gouvernance, là-bas, qui n’accouche toujours pas », chacun, ou presque, chante le « ils n’ont qu’à », en canon, s’il vous plaît, à la Corse. Et plus d’un d’entre nous d’attendre, bec ouvert, qu’il « se passe enfin quelque chose »,  qu'un miracle venu d'en haut nous arrive enfin ; un tombé de solutions toutes faites, rapides comme un plat préparé ; un « déclic », comme me disait il y a peu cette amie affichée de bonne gauche. Quand on connaît les chiffres – ridiculement faibles – en France, du nombre de syndiqués ; quand on palpe ces pauvres centaines d’adhérents des Partis politiques, que les Associations citoyennes crient famine, faute de participants… passe comme un nuage, un brouillage dans le discours… pas loin de l’entourloupe habillée d’hypocrisie. Mince, le citoyen-yaka n’a pas froid aux yeux !

...Quand le jaune mange le noir…

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 octobre 2013. dans Monde, La une, Politique, Littérature

« Le jaune et le noir », Tidiane N’Diaye, Gallimard Continents noirs, avril 2013

...Quand le jaune mange le noir…

Quand, il y a peu, depuis la longue pinasse remontant le Niger, mon guide malien apercevait sur la berge une bicyclette « à moteur », pétaradant comme nos antiques Solex, son rire n’en finissait pas : « une chinoise ! Dès qu’elle sera en panne, elle ne sera pas réparable ! Pas chère, mais pas solide ! »… Là-bas, aussi, la Chine était partout ; objets, marques et réclames… et, déjà pas mal d’hommes.

Après la France Afrique, la Chine Afrique ? Ce qu’on entend par là, vaut pour les deux concepts : prendre, et encore se resservir, sous couvert de protections et de liens « amicaux », si ce n’est « familiaux, sauce maffieuse ». Tractation évidemment, hautement inégalitaire. Voilà l’unique sujet autopsié par le livre de « Continents noirs » ; comment le jaune mange et mangera le noir, et jamais l’inverse.

C’est bien la scène d’une terrible et implacable prédation dont il s’agit, mobilisée par le profit, l’enrichissement inextinguible de la formidable Chine. Frisant la rapine, la razzia d’antan, faisant peu de cas des conventions internationales, et ne parlons pas d’une quelconque morale. Voilà donc un livre qui cogne, qui dénonce, et là, et là encore… on s’en doutait, mais, à ce point ! Les sous-titres en disent long : « le réveil du dragon à l’assaut de la proie africaine », « la stratégie du monstre affamé ». Nulle dentelle, on le voit ! N’Diaye est, on le sait, un « crayon » connu pour faire de ses causes autant de missiles, au risque, quelquefois, de provoquer. Aussi, aucun regard nuancé, aucune idée relative, aucun petit « mais… » face à la Chine, portraiturée, d’un bloc, en vol de sinistres bandits venus de l’Est… ceci, sans craindre de généraliser, et c’est, forcément, ce qui dérange, tout au long du  livre, comme dans un plat trop salé, lui enlevant, du coup, un poids certain dans la force argumentaire…

L’étude est historique – fort intéressante –, remontant, loin, au temps de ces Grandes Découvertes occidentales, dont on apprend qu’il s’en est fallu d’un cheveu « de natte » pour qu’elles aient été chinoises… la grande escadre de l’amiral Zheng He, longeant les côtes orientales africaines, croisant les caravelles portugaises, dessinant d’excellentes cartes, s’installant à Malindi, Mombasa, l’Afrique du sud… on imagine ! Qu’attend un magicien de la pellicule d’Hollywood, pour nous faire rêver ? Et, puis, dès après, une Chine, qui se replie vite sur elle-même, ses terres infinies – Empire du Milieu, frileuse devant l’Océan, ses expéditions lointaines, son grand commerce, au point qu’exagérant à peine, N’Diaye nous dit : « jusqu’en décembre 2008, la flotte chinoise ne naviguera plus sur l’Océan Indien ». Pour autant, l’homme noir, lui, fut déporté en masse dans les cours chinoises, où les « ye yen, ou sauvages » étaient recherchés, « autant que par les Arabo-musulmans, et bien avant que le premier captif africain ait été embarqué en direction du Nouveau Monde ».

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