Articles taggés avec: Martine L_ Petauton

Le pâté de la batteuse…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 mars 2013. dans La une, Souvenirs, Gastronomie

Pour L. en souvenir d’un raté dans un moule à manqué… avec mes encouragements...

Le pâté de la batteuse…

Toute mon enfance est là, dans son rond doré, son odeur de pâte chaude qui titille l’appétit, son pot de crème fraîche, et sa cuillère en bois.

En fermant les yeux, je vois encore, loin dans mon bocage du haut Cher, le torchon rouge et blanc, et l’ombre fraîche de la « remise au four » – à part, en bout de cour ; on craignait tant les incendies… C’était l’été crissant de la mi-Août. La batteuse était là ; le pâté aux pommes de terre était son roi.

La batteuse était arrivée la veille. Toute en bois patiné – une merveille ! elle traitait le blé des moissons de ferme en ferme. Un entrepreneur de battage, tout de noir vêtu, grand chapeau de mousquetaire, du nom de « Lamartine » – ce qui n’était pas sans m’interroger –, l’amenait à la fraîche, tard, au bord d’une de ces soirées bleues – lumière unique, de mon Bourbonnais. On la posait vers les granges. Demain, ce serait fête, pour nous les gamins. Il fallait se coucher tôt ; on n’y arrivait pas ! Pensez ! la batteuse ! On l’attendait toute une année, dans ces marqueurs de l’année agricole, de la Saint-Cochon, aux fenaisons et bien sûr aux moissons ; tout ce qui allait son train encore immuable dans ce monde paysan, et qu’on regardait déjà,  pareils, dans ces Riches Heures du Duc De Berry, venues du Moyen Age…

Quatre heures. Premiers cris des coqs. Mon grand père chauffait le four – bois, bien sûr ! Chêne et quelques branches vermoulues d’un vieux cerisier ; celles qui allument bien ! 2 ou 3 heures étaient nécessaires pour obtenir la bonne chaleur, l’exacte, sans thermostat. On commencerait par le pain, puis les pâtés ; on finirait par les tartes, aux fruits du verger, ou les « gouères » au fromage blanc sucré ; chaque fournée ayant des exigences particulières en température. Affaire d’hommes, ce four – le grand, comme on disait –, car, déjà dans la salle de la ferme, les femmes s’activaient devant la cuisinière à bois – une Rosière, si je me souviens bien, pour d’autres cuissons, les volailles, les terrines.

Facebook, quelques miettes en hiver...

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 février 2013. dans La une, Média/Web, Société

Facebook, quelques miettes en hiver...

En fait, la traduction littérale de Facebook est : trombinoscope, mais, pour moi, ce serait plutôt « boîte à minois », parce que ça s’ouvre sur des visages, et qu’il y a, dans ce clic et ses apparitions magiques des autres et du bruit du monde, comme quelque chose de l’enfance…

Mon histoire avec la chose vaut son pesant de pouces en l’air ! Pas l’amour fou, ni tendre non plus ; plutôt sautes d’humeur, du genre grincheuse, ce soir, émue le lendemain. Quand je disais, enfance !

« Tu écris sur le Net ? Alors, tu as ta page ? » m’a-t-on dit, il n’y a au fond, pas si longtemps ; quelques années de neige ou de canicule… depuis que j’habite un bateau sympa, une felouque douce à la française : « Reflets du temps. fr », madame ! Non, pas page, « journal », rugiront les expert, et, c'est vrai, qu'on en met tant et tant, que ma fois, ça mérite ce beau nom synonyme de nouvelles, de photos... Manque peut-être, ce qui fait le journal pour tant de gens : les accidents, les obsèques !

Facebook, pour moi, c’était, jusque-là, des jeunes, des gamins, accrochés à « leurs amis FB », comme moule au rocher, souvent tard – trop – le soir… à la rigueur, des belles-sœurs, accrochées, elles, à leur descendance, dont elles nous saturaient l’écran de la moindre baignade, et de – surtout – tous les gâteaux d’anniversaire… FB avait un son, gardé dans l’oreille ; un petit bruit soyeux de  linge qu'on secoue à la fenêtre ;  mezzo voce, sucré comme le tapis d'Aladin du dessin animé ; celui  que fait « le » MP (ignares ! message privé), quand il atterrit, royal, sur votre page.

On voyageait sur le Net, et, donc, à n’en pas douter, il fallait en passer par « la page »… En avant donc, pour la chose, sur laquelle surfait la moitié de nos lecteurs – et, la moitié de nos contempteurs, hélas, aussi...

Foires d'hiver...

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 janvier 2013. dans La une, Gastronomie

Foires d'hiver...

Froid vif et coupant sur Brive ; on sent le vent aigre descendu des Monédières. En fermant les yeux on a, sur les lèvres, un goût glacé, blanc-givre tout droit sorti de la Vézère ; celle qui se prend, la folle, pour un « torrent montagnard » bas-limousin.

Sous la halle « Georges Brassens », bruits et rumeurs. Pas celles, lettrées, de l’automne – « cette Foire du livre » qui fait vibrer le monde littéraire. Cette fois, c’est sonnailles rimant avec ripailles : en avant pour les « Foires grasses », de l’Avent à la veille de Carnaval… canards, oies, foies et truffes… au cœur du Limousin le plus riche : le festival du bien-manger…

Les deux flamants

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 janvier 2013. dans La une, Ecrits, Actualité, Notre monde, Voyages

Les deux flamants

C’est autour de Noël, qu’ils viennent en petits groupes murmurants – pas dérangeants, c’est vrai, auprès de mon étang – celui qui clapote au pied de la cathédrale de Maguelone ; celle qui, aux belles heures de l’été cigalant, résonne de la viole de Gambe de Jordi.

Ils ont leurs zooms, ou leurs yeux, c’est selon, et me regardent presque amoureusement. Quant à moi, pas un regard pour eux ; je minaude, je renverse la tête, je fais froufrouter mes plumes blanches, celles du dessous, mon bec à peigne cancane a capella, mezzo voce : mon œil rond tout jaune convoite une petite femelle juste pour moi, à deux battements d’ailes. Je suis un flamant rose des lagunes languedociennes, beau comme un tracé de Magritte, profilé dans le flouté de ce soleil d’hiver. J’ai de la classe ; je le sais, et j’entame ma première parade nuptiale.

Internet, outil de puissance

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 novembre 2012. dans La une, Média/Web, Actualité

IFRI, Revue de politique étrangère, été 2012, 20 €

Internet, outil de puissance

Il est difficile de négliger – dans un monde de plus en plus complexe, si ce n’est illisible parfois, pour pas mal d’entre nous – des outils de décryptage ; des « ailes qui voient loin », sous lesquelles respirer. Faut-il le répéter ? les revues de l’IFRI sont de ceux-ci. Ce numéro, tout particulièrement, puisqu’il aborde deux dossiers de 1er plan, au balcon du monde actuel : Internet, outil de puissance, et Les reconfigurations de l’Asie.

Le dossier, riche et varié, original et aussi surprenant, comme à l’habitude avec la revue de Politique Etrangère, qui pose le sujet incontournable de : Internet, outil de puissance (pas de ? remarquons-le) se nourrit de 7 articles ; on ne les trouvera nulle part ailleurs ; autant s’y arrêter !

On s’y interroge sur la place et les mouvements, dangereux, ou – et – porteurs d’avenir, du cyberespace. On y voyage en Russie, et en Chine, où « tourne la géopolitique » de maintenant, pour observer leur positionnement ? utilisation ? du Net. On s’arrête chez les soldats ; l’armée et Facebook ; y-a-t-il un intrus ? On se demande – hypothèses, et problématiques à foison – quelles régulations, contrôles ; quelles institutions seront le mieux à même de permettre à tout un chacun, aux quatre coins du monde, de vivre en bonne intelligence sous cette « Toile » qui se balade au-dessus de 2 milliards de connectés, en attendant tous les autres.

L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Ecrit par Martine L. Petauton le 22 septembre 2012. dans La une, Gastronomie, Culture, Notre monde, Littérature

L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Castel Novel… « au printemps, – écrivait-elle, avec cette coiffure ébouriffée, ces curieux chapeaux, ce visage que n’importe qui reconnaît sur la couverture du livre de poche ; irremplaçable Colette ! – les murs pétillent de lézards et sont blonds d’abeilles »… Nous en revenons, par un de ces derniers dimanches d’été. Début septembre ; calme après la vague touristique. Encore caniculaire, au mitan du jour, mais, par moments, le vent dans les grands arbres centenaires, qui ont vu la dame jouer à la fermière, agite la promesse de cet automne corrézien, habituellement « indien », et, pour tout dire, somptueux.

« Le rosier blanc de la façade est si blanc de fleurs qu’il trace la nuit sur la maison une voie lactée »… A l’ombre de quel grand arbre de la terrasse, écrivait-elle ça, dans les années qui finissaient la Belle Epoque ? Entendait-on déjà les bruits sourds, partout en Europe, de la boucherie à venir ? Son « amour », Henri De Jouvenel – le journaliste du Matin, le futur ministre – se penchait-il sur les nouvelles, assis, lui, sous cet autre arbre, à moins, si le vent soufflait, qu’il ne se fût réfugié au coin de la grande cheminée, et son « cantou », comme on dit ici…

Revue de politique étrangère de l'IFRI

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 février 2012. dans Monde, La une, Média/Web, Politique

Revue de politique étrangère de l'IFRI

L’Institut Français des Relations Internationales, on le côtoie – une certaine familiarité, donc – dans ces débats télévisés de bonne tenue, de C dans l’air ou Ça vous regarde de la Chaine Parlementaire. Compétences huilées, connaissance parfaite des dossiers, ET – toute la différence se fait là, avec tant d’autres instituts français de… qui habitent la page Google – d’une capacité communicante limpide, volontairement pédagogique ; bref, au bout, compréhensible pour le citoyen de base, que nous sommes tous. Un mélange savant / lisible, particulièrement recherché en ces temps croisés de crise financière et de période électorale.

On retrouve toutes ces qualités dans la revue Politique étrangère. On lit, on s’approprie, on s’intéresse, on s’interroge, on utilise après… belle procédure chère à tous les mécanismes d’apprentissage.

Le volume « Hiver 2011 », présentation de belle qualité facilitant la lecture, léguant un livre pour la bibliothèque, bien plus qu’un simple magazine jetable, nous offre un dossier de 6 articles en « Une » d’une utilité brûlante : « La déconstruction européenne ? » (notez le point d’interrogation qui clignote avec force). Seconde « Une » ; quelques articles : « démocratie, démocratisation » nous engagent dans un voyage du Printemps Arabe, à la Chine, en passant par les « élections en Afrique ».

Cher poulet...

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 février 2012. dans Vie quotidienne, La une, Gastronomie

Cher poulet...

Ni le gras et aristocrate chapon des fêtes carillonnées, l’image même de l’abondance, un rien indécente, ni la « Cou-nu du Forez » (pauvre bête !), ni celle qui honore les tables bourgeoises parisiennes chez les Rougon-Macquart – la Geline de Touraine… Non, mon enfance a été, elle, comme habillée des plumes blanches herminées de la rustique poule Boubonnaise, de ses piaillements, de ses cris et envols soudains, de cet œil rond (bête, disait-on ; on se trompait, bien sûr).

Ma grand-mère élevait, à deux pas de la cour de ferme, « un cent » de poules, en plein air, dans un espace immense aux allures de savane des origines ; quand on rentrait là, c’était un bain de poules, comme une mer blanche, mouvante, bruissante, comme cour d’école – car, un rien les agace, les poulettes ; rituels bi-quotidien du « p’tit, p’tit » en langue bourbonnaise, limitrophe du Limousin – ailleurs, autres façons de dire, autres accents ; glossaire de l’appel des poules, riche comme celui des patois…

Nourries au grain, vous pensez bien, en ces époques anciennes… Une petite photo me reste en mémoire : ma grand-mère et son tablier de serge fleurie – pas de chapeau, je crois ; sur la hanche, la panière ; le geste ample et pas si facile que ça de la distribution ; autour, des flopées de gourmandes, toutes plus blanches et grasses, les unes que les autres.

Tatie Tigrette et les 40 croquettes

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 janvier 2012. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits

Tatie Tigrette et les 40 croquettes

 

Vous souvenez-vous – j’ai bien dû le voir X fois – de cette merveille d’Etienne Chatiliez : Tatie Danielle (1990)… L’atroce vieille dame, définitivement indigne, portant en sautoir ses 92 ans, dont les derniers feux de l’énergie vitale passaient dans – excusez – « faire ch… l’entourage et même un peu au delà ». Le film, impeccable de traits outrés, mais au final, justes, ne commençait-il pas par cette mise en garde : « vous ne la connaissez pas encore, mais elle vous déteste déjà »… Tsilla Chelton, œil des mauvais jours, mèche grise peu engageante, voix geignarde de crécelle mal accordée à vous tuer l’oreille interne, a reçu, pour l’affaire, un César de la meilleure actrice remarquablement mérité. Depuis lors, le prototype « une Tatie Danielle » est passé partout dans nos vies, estampillé sociologie ; c’est un peu de nos grands-mères, tantes, et évidemment, belles-mères. Mais jusqu’à maintenant, si cela demeurait une chieuse de haut vol, dont le biotope hantait les abords des maisons de retraite, c’était toutefois limité à la race humaine, plutôt occidentale, mais non transmissible à l’animal ; mais voilà, c’est à présent avéré – vite, les micros du 20 heures – j’AI une Tatie Tigrette chez moi ; Corrèze profonde.

Madame Bovary, maniaco-dépressive ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 décembre 2011. dans Psychologie, La une, Amour, Littérature

Madame Bovary, maniaco-dépressive ?

 

On a tous nos humeurs ; la bonne – recherchée, se faisant rare de nos jours – la mauvaise, devenue si banale, facteur d’explication de tout un peu. Le bonheur, la tristesse ou la colère de nos « hauts et de nos bas » finit par se confondre avec notre quotidien : « je suis basse, aujourd’hui ; moral dans les chaussettes ! ». Rien à voir pourtant avec ces autres hauts, ces autres bas : ceux d’une personne atteinte – dûment repérée médicalement – d’une maladie bipolaire, ou manie dépression ; alternance pathologique de périodes d’accélération, d’intense exaltation, avec des dépressions abyssales. Causée par des modifications de la chimie du cerveau, avec, du coup, incriminée, une combinaison de gènes à caractère familial, c’est, de nos jours une maladie invalidante, sévère, mais rémissible et traitée.

Flaubert, en écrivant son « Madame Bovary », en a fait un prototype de dépressive – bien autre chose, déjà, qu’une simple déprimée. Quand on dit de quelqu’un : « c’est une Bovary », s’inscrit aussitôt en fond d’écran la mélancolie d’une province qui s’ennuie ; un automne trop mouillé, le soir qui tombe tôt, le silence qui entrecoupe de chiches conversations au coin d’une cheminée, dans laquelle le feu s’étiole aussi ; l’insupportabilité des lieux, des choses, des gens… bref, tout ce qui fait qu’on « bovaryse ».

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