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L’été meurtrier du petit prince

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 août 2017. dans France, La une, Politique

L’été meurtrier du petit prince

… De ce « piccolo principe » élu en mai, avec un engouement, un élan, presque un amour de midinette, pas souvent rencontré en pays de France, si ce n’est jadis – voyez comme tourne le vent – pour ce jeune homme de Corse à l’œil aussi sombre que celui du nôtre est bleu…

Les jours – ici entre Mistral, Tramontane et mer chaude comme en Floride – ont succédé aux jours ; incendies inimaginables, sautes de temps quasi bi-polaires un peu partout dans l’hexagone, bouchons au tournant du grand chassé croisé ; la folie aggravée de l’autre Roux – justement posé en Floride, répondant à celle du sombre Coréen ; quelques piqûres de rappel par le terrorisme tapi : l’été 17. Et, nonobstant, la ruche du travail gouvernemental à Paris, dont la densité ne fait pas question, au vu de nos députés (priés de garder la chambre un peu plus) à la veille de déposer aux Prud’hommes la plainte qu’il faut et son titre : « trop, c’est trop »…

Et c’est peut-être ce genre de formule bien populaire, et comprise de tous, qui pourrait résumer cet été, déjà étrange avant sa fin.

On était parti de très haut (attention, pour autant, les chiffres n’avaient rien de faramineux aux lendemains de la Présidentielle), du sommet du manège où l’Histoire a hissé – trop vite probablement – le gagnant de la course, et on glisse forcément, par à-coups, ou forte bordée. L’état de grâce – curieuse formule qui sent sa sacristie égarée en République – passe et s’étiole ; Ronsard et sa rose en savent quelque chose. Baisse importante dans les sondages pour notre Président, la « pire » dit-on, en si peu de temps, plus importante que celle de F. Hollande – une sacrée référence en la matière. Ce qui n’est pas sans agacer, même ceux qui comme moi n’étaient pas « accro » à l’épopée Macron. Car, quand même, qui sont ces gens, ces électeurs, capables de hisser en mai au plus haut du  pavois « leur idole », et de le rejeter, sans attendre le temps décent d’une analyse, et sans laisser le temps au travail de commencer, comme gamin capricieux casserait son jouet au lendemain des fêtes…

Alors d’où vient ce raté – débutant, j’en conviens, mais constant – de la recette-miracle-rien-qu’en-France, qu’on avait dans le pot ?

Assurément d’un excès trop épicé et mille fois trop voyant, de cette verticalité, commandée, pourtant, au père Noël de mai, à corps et à cris. On a vu la pièce tout l’été – un « Prince en Avignon » peut-être – et Jupiter nous sort par les yeux. Ce nom, d’abord, qui, dans un 1er temps, énerve – pourquoi ne pas assumer « roi » ? constitutionnel, s’entend, ou tout bonnement « chef » ? Parce que, sans doute, amis, la République n’a pas de roi, que l’image du chef en France est aussi compliquée que celle du père en séminaire de Lacan, et que ce « dictateur » tenté par certains rigolos fait par trop sourire. Alors, va pour Jupiter (et Junon peut-être ! Il s'en cause à tort et à travers ces jours-ci) qui sent ses belles et sérieuses études humanistes. Certes, la posture (réussie, ô combien à l’image internationale, entre main de Trump et regard droit dans les yeux de Poutine) tient beaucoup du sans doute excellent club-théâtre dans lequel le jeune Président fut élevé, nous ne saurions l’oublier. Mais, foin ; ce fut une belle pièce, une belle soirée, et nous prenons. Par contre, le Jupiterisme passa moins bien la rampe quand il s’est agi de vouloir mettre au pas les médias – comme si on pouvait faire sans eux - ou de virer, entre autres, d’un coup de maître, pas moins de trois ministres de tout premier rang. Un jeu d’échecs grandeur nature. Donc, on en conviendra, trop d’autorité pourrait folâtrer avec l’autoritarisme, ce fleuron de l’« ancienne politique ».

Que dire en se baladant côté programme et surtout – philosophie – du programme. Où en est notre poupon de mai, le « ni Droite, ni Gauche » rebaptisé « Et à Droite et à Gauche » ? Fait ses dents, et navigue entre ses vaccins, le mignon. Signaux détonants, comme le veut son nom à bizarres rallonges – un soupçon d’Aides Pour Le logement épluchées, l’impôt sur la fortune dans le même jet en passe d’être, disons, élagué, des Nationalisations pétant le feu à Saint Nazaire, et le Code du Travail attendant ses ordonnances de fin août, après avoir été, tout ce qu’il y a de discuté, et de mis sur table, en été entrant. Négocié, tenant toutefois d’un tout autre vocabulaire. La Loi de « moralisation de la vie politique » (titre d’origine) qu’à première vue on pouvait supposer glisser tendrement au fond de la gorge, toute en miel, butta sur une réserve parlementaire, dont on cause à l’envi au coin des placettes des Territoires, comme si, à elle seule, elle irriguait tout. Elle énerva par quelques menues incohérences chez les hommes qui la portaient – un Richard Ferrand, un Michel Mercier… car, oui, la loi nouvelle, morale ou pas dans son titre, morale, elle reste dans les têtes. Pas facile d’œuvrer, donc, de mettre en cohérence et en conformité avec ses promesses – éternelle antienne –, pas simple de descendre du nuage, Jupitérien ou autre, il va falloir s'y faire, on marche sur terre, Monsieur le président…

Voyager, ça s’apprend…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 juillet 2017. dans La une, Education

savoir ouvrir l’œil en voyageur, et pas comme le matin en mangeant la tartine.

Voyager, ça s’apprend…

… Comme tout le reste, dirait ce bon Philippe Meirieu, icône des sciences de l’éducation. Un petit d’homme apprend à voyager, comme à marcher, parler et aimer le céleri rave, et croyez-moi, vite et pas mal du tout, parce qu'apparemment, grandir et partir, ça rime.

On pourrait tous, je suppose, raconter nos enfants face au voyage ; les ronchons déplacés, voire déportés et les routards en devenir : – « ainsi, on est à l’étranger ! » s’extasiait un mien Cédric du haut de ses 6 ans à peine, les sandales plantées sur le béton d’une station d’essence, à peine la voiture arrivée en Espagne.

Mon propos sera ici plus professionnel, puisqu’il s’agira de mes petits collégiens de 5ème. Comme tous les enseignants, et je veux croire tous, le « ça s’apprend » me passionnait ; les besoins, les objectifs, le protocole, les échecs évidemment, et – miracle des miracles en terre laïque – les fruits et ce qu’ils devenaient après et même longtemps, et même surtout après. Alors, le voyage, vous pensez…

Cette autre façon de vivre le grandir, l’autre et les inconnus du monde, ses dangers, ses innombrables obstacles habillés de récompenses flamboyantes, qu’aligne la seule chose qui vaille : vouloir, découvrir et aimer. Et partir, évidemment ! S’élever quelque part, donc, pour l’élève, faire son métier ; et pour le professeur, accomplir un devoir, et quelque chose infiniment précieux, en plus.

Une année, plutôt humide et tristounette, je crois, il y a longtemps comme on dit dans les histoires, j’avais en mains deux pépites échues au terrible tirage au sort des répartitions de classes ; deux 5ème, plutôt scolaires mais comme il se devait, fort hétérogènes. Leur appellation, je ne sais plus, mais les Stéphane, Sébastien, Aurélie, Céline et Delphine, et tous les autres, je m’en souviens avec la netteté qu’on prête parfois aux fins de vie ; leur visage, leur voix, leur rire…

Comment le projet d’une vaste sortie sur le terrain était-il venu ? bernique, je ne sais plus. Journée entière, plusieurs disciplines, un amont conséquent en classe, des tâches différentes sur place, des cahiers à composer, des interventions ciblées à faire, un échange entre les deux classes, l’auditrice, l’active, et tous ces dessins, ces photos noir et blanc, ces travaux de groupes, et un vaste aval revenus au collège. Tout l’apprentissage était là, l’avant, le pendant, l’après. Nous avions cette année-là utilisé la beauté si particulière d’une austère église romane limousine, Beaulieu sur Dordogne, d’un monastère cistercien à deux pas du collège, Aubazine, et blotti dans les noyers presque méridionaux du nord du Lot, d’un château mi médiéval, mi Renaissance, la merveille de Montal.

Ce n’était pas là, l’essentiel ; seule comptait la démarche.

On était à – quoi – moins de 80 km de Tulle, et les minots ouvraient le bec devant cet « étranger », l’ailleurs, le différent, tant dans ce qu’on découvrait, que dans les gens qu’on rencontrait, et – première marche du podium absolument incontestée – dans la façon dont on travaillait autrement, cet apprentissage via l’école, du voyage. Copieux, le menu : savoir observer, puis regarder, ne plus mélanger les deux ; décrire, chercher les indices, comparer – un bâtiment roman, par exemple, comment ça marche. Des mots, précis, ni inutilement savants, ni vagues, dessiner cette voûte, l’emporter pour en classe dans deux pincées d’heures, la comparer aux envolées gothiques… savoir ouvrir l’œil en voyageur, et pas comme le matin en mangeant la tartine. Écouter, donc respecter l’exposé de groupes de l’autre classe, ou celui – court et rare – d’un adulte guide. Reconnaître cette musique grégorienne ; rien qu’en fermant les yeux, je l’écoute encore. Se renseigner un peu plus, mais sans être brouillon. Questionner, s’il le faut et faire bon usage de la réponse. Et puis, et puis surtout, aimer, préférer, adôôôrer, comme ils disaient, se laisser prendre par le plaisir du beau, de l’art, et bien sûr argumenter pour en parler aux autres… Voyage plaisir, pas en plus, en même temps. ( c'était un temps où le – en même temps – n'avait pas la signification d'aujourd'hui)... Avoir le silence qu’il faut dans un monument, une église ; savoir et comprendre pourquoi – c’est la première fois que je rentre dans une église, soufflait celle-ci et le roi n’était dans l’affaire pas son cousin… Acheter deux cartes postales pour le cahier, pas n’importe quoi pour n’importe où ; ce qu’on fera des souvenirs engrangés, et s’autoriser un minuscule passe-droit perso – pour ma mémé qui n’a pas voyagé… moins d’1 heure et demi de trajet, mais casanier rimait encore avec notre Corrèze paysanne…

Le clair-obscur de Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 juillet 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Le clair-obscur de Macron

Pardon d’y revenir, les urnes sont têtues : 57% d’abstention au soir du second tour des Législatives ; donc c’est une minorité mathématique qui a élu les députés du jour ; l’immensité des bancs « En Marche », comme moins bien éclairés… Certes, en mécanique électorale, seul compte le résultat et le phénomène majoritaire, qu’on ne saurait contester. Mais, en matière de logique gouvernementale, ça pourrait être plus compliqué. D’autant que l’équation a suivi le feuilleton des élections depuis le soir du Premier tour d’avril : Emmanuel Macron virant en tête avec ses quelques 25%, puis – par mécanismes successifs de tri largement par défaut, obtenant son 66% au soir de Mai, et – épisodes 3 et 4 de la saga, relayé par le trot impressionnant des République en Marche, majoritaires, absolument majoritaires sans plus aucun besoin d’appuis, de discussions ni de négociations, ni probablement de conseils – du moins, en l’état des choses. Sur le papier, tout autorise la mise en place du programme Macron/Philippe. Tout, et par n’importe quelle façon institutionnelle, ordonnances comprises, mais…

Depuis l’élection Macron, on vit dans un clair-obscur, celui, magnifique, des Georges de La Tour, que je vous invite à admirer dare-dare, si ce n’est déjà fait. Sous « le feu des projecteurs » avant l’heure – souvent la lumière d’une bougie – un personnage, un objet ; on ne voit que lui, tous ses détails, on ressent ses pensées, on peut en écrire sur celui-là des pages et des pages, mais, autour, derrière, comme moins ou presque pas éclairés, c’est selon, d’autres personnages – pas moins importants, des objets finement peints, par chaque détail, mais demeurés dans l’ombre. On peut s’interroger à l’infini devant le « Nouveau né » du musée de Rennes et non du Louvre, par exemple (n’y voyez aucune allusion perfide) ; cette ombre, cette pleine lumière, pourquoi ici, ou là ?

Dans la situation politique actuelle, c’est beaucoup plus simple à décrypter : la lumière, c’est la victoire d’E. Macron, de « ses » (il les revendique fortement comme les siens) « En Marche », et ce sont aussi ses électeurs emballés, les dits optimistes, ceux qui y croient et portent les bannières. Vous savez quoi, ceux qui vont plutôt bien – cela a déjà été dit partout. Ceux qui ont, non seulement du travail mais un travail choisi et porteur, s’adossent à des familles aidantes, des réseaux ; ceux, jeunes pour beaucoup, bien actifs, pour qui l’entreprise dans son esprit battant, positif donc, et seulement cette facette, est hissée au pavois de tous les lendemains s’apprêtant à chanter… Caricatural ? À peine. Ceux-là peuvent se projeter loin, et accepter un bras de mer un peu bougeant avant que de monter dans le bateau des réussites ; le grand large ne leur fait pas peur, l’étranger ils ont tous pratiqué. Ces Français qui vont bien peuvent s’autoriser à croire qu’ils tireront les autres, par la seule force de leur confiance en eux et en leur monde. Un peu trop de libéralisme ? ils ont les épaules ; un peu beaucoup de non-assistance ? eh bien, s’il le faut ! Le pas tout de suite est dans leurs gènes, et peut probablement se faire le plaisir d’une couleur sacrificielle, en plus.

Mais… dans l’ombre, bien que minutieusement dessinés – en se penchant un peu on voit tout d’eux : les autres. Ceux qui vont visiblement moins bien, qui sont à l’évidence moins solides, qui affichent des blessures mal cicatrisées. Dans ce tas, hétéroclite, des retraités, des gens qui ont besoin d’assistance, des en quête de bonne sécurité sociale, des gens qui ne s’imaginent pas, et pour cause, sans État fort encore providence, des jeunes juste au bord d’un – vague – travail, des moins guillerets en passe de tomber dans le trou noir des séniors au chômage, des… Tant. Le tissu social français dans sa diversité cahin-caha. Divers, diront les réjouis, chaotique diront les inquiets.

Gouvernement : l'oubli possible et regrettable du président Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 juillet 2017. dans France, La une, Politique, Littérature

Gouvernement : l'oubli possible et regrettable du président Macron

...Car, quand même, cette Germaine là, avouez qu'elle ferait un bien beau fleuron dans votre troupe mesurée au cordeau de la parité ( et bellement, ma foi) du gouvernement tout frais qui nous arrive... Femme d'abord à la tête haute, portant son identité à la moderne – bien que mariée en bonne et due forme, n'avait-elle pas le toupet de revendiquer son nom d'origine : - « mon nom  : fille de Monsieur Necker ! »  de ce père là, que vous auriez tant aimé quant à vous, Monsieur le Président, accrocher quelque part au milieu des  vôtres, n'est-ce pas ? Femme libre, féministe de bon aloi et comment, tâtant crûment du divorce que lui permettait son ennemi intime, Bonaparte, alignant quelques amants de passage et un ami-amant au long cours ; Benjamin Constant... mais, vous en serez d'accord, votre loi de moralisation de la vie politique s'arrêtera forcément à la vie privée, alors... Femme de partout,  femme que n'arrêtait aucune frontière, un temps par son mariage, Suédoise, galopant les routes d'Europe, entre Allemagne et Italie, de Suisse Lemanesque, d'où, peut-être avant l'Autre, sur ses rochers de Guernesey, elle rêva du pays de France dont elle fut quasi constamment exilée. Allant jusqu'à patauger dans les neiges si lointaines de Russie, grand reporter à sa manière... Voyageuse, et des meilleures, Germaine, disant des pays d'Europe ces mots qui ne peuvent que vous donner des idées à débattre dans les prochains sommets : « les nations doivent se servir de guides les unes aux autres et toutes auraient tort de se priver des lumières qu’elles peuvent mutuellement se prêter… on se trouvera donc bien en tout pays d’accueillir les pensées étrangères, car dans ce genre, l’hospitalité fait la fortune de celui qui reçoit » . Et vous porter à suggérer, vous qui savez apparemment si bien trouver le chemin des autres, que le drapeau étoilé de L'Europe, s'honorerait de son portrait, de sa face, comme on disait à son époque. Enfin, femme politique de premier plan, de tout premier droit, elle qui jamais ne put évidemment voter ou porter sa voix dans les cénacles du pouvoir – autrement, mais cette forte influence en vaut bien d'autres, qu'en osant écrire, et de quelle façon, des lettres et des pamphlets, des romans jamais mièvres, toujours engagés, mais habiles, sachant marquer les bornes à ne pas dépasser ; un peu « juste au milieu » à votre façon, à vous. Aimant  le vent des idées nouvelles dans la Révolution, frissonnant sous ses terribles abus, bien sûr. Elle devrait vous convenir, ni Droite, ni Gauche, à moins que, et... et. Encore monarchiste sur les bords, à l'anglaise, toujours démocrate façon représentative, intellectuelle convoquant à tire d'ailes les Grands Antiques, pas pétroleuse pour deux sous, mais tellement politique. Convenez-en, Monsieur Macron, cette Germaine est cousue pour vous, vos élans, vos fulgurances raisonnables. De là où elle est, elle a – croyez-moi, voté pour vous et elle marche ; mais méfiez-vous, rapidement – c'est une femme , sans vous quitter d'un œil vigilant, critique, quoique probablement, bienveillant !

 

Œuvres, Madame de Staël, La Pléiade, Gallimard, avril 2017, Édition de Catriona Seth avec la collaboration de Valérie Cossy, 1649 pages, 65 € jusqu’au 31/12/17

 

En La Pléiade, enfin, l’œuvre de Germaine de Staël, bien autant pour la femme actrice-arbitre de son temps s’il en fût, que pour sa plume, classique et lumineuse, solide et ambitieuse, comme elle.

Face à la chute des siens

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 juin 2017. dans France, La une, Politique

Face à la chute des siens

« Ne vous inquiétez pas, nous sommes immortels… »

Christiane Taubira, mai 2017

 

On va dire « chute » parce que « fin » aurait une sonorité Martin Gray trop grave, et que « mort » – que diantre – n’est pas encore de saison.

Une famille politique – de pensée qui plus est – cela n’a rien à voir avec l’opinion posée au comptoir du coin, le p'tit ballon de blanc dans la main droite ou gauche, ou le « je vote pour » de tout le monde à la table familiale. Il y a de l’engagement, un contrat de confiance mutuelle, des sentiments – et pardi, bien sûr ! – de l’émotionnel à revendre : « - tu te rappelles, ce meeting épatant de Mitterrand dans le Nord, c’était quand au juste ? - bien avant Mai 81, tellement avant les Hauts de France… ». Un cœur qui battait les soirs d’élections, qui pleurait les lendemains qui ne chantaient pas – ce fut souvent. Une vie qui pensait le boulot, le rapport aux gens, le quotidien, de ce côté-là du chemin. Nous étions militants.

 Les idées, les valeurs, la route qu’on fait, de réunion de section en meeting, pour qu’un jour, ces idées, ces valeurs s’incarnent et changent la vie, juste un peu, la nôtre, la vôtre, encore davantage… Des itinéraires personnels ? Vous voulez rire. Des fêtes de famille, celles des roses – la nôtre au bord de l’étang, sous les fleurs douceâtres des châtaigniers de Juillet, valaient tous les Noëls d’antan – Bref, marcher aux côtés de… mes chers voisins d’« En Marche », nous aussi, on savait faire.

Adhérer à un Parti, y travailler, c’est quelque chose qui habite, une peau de plus qui nous définit, nous colore, et bien entendu, nous fait mal (si je n’écrivais pas ça, on me regarderait comme la simplette du coin, ou pire, la sectaire embrigadée). Une culture, à l’évidence, une façon d’être au monde, du plus quotidien : « t’en penses quoi, toi, la socialiste ? »,autre manière de me dire bonjour pendant… ben, oui, des décennies – à l’altitude – au prisme – des plus grands évènements.

Je ne sais si je devrais – un peu faciloche, peut-être – faire dans le : « on ne naît pas socialiste, on le devient ». Mai 68, pour moi, en date de naissance, mais à l’ombre d’une ville ouvrière ; celle de deux très grands du socialisme, les Dormoy, Jean et Marx, dont j’ai souvent parlé ici. Comme une façon d’être et de voir les choses cousues d’avance au pas des sillons familiaux ; d’aucuns diraient presque méchamment ; une théologie, une légende, auxquels je répondrai, une appartenance. Puis des études d’Histoire ; ça aide vraiment ; des copains, des débats, des repas qui n’en finissaient pas… la politique, un langage, une facette du projet de vie. Et le chemin ouvert, de cette génération Mitterrand à laquelle si naturellement on a appartenu, via Pierre Bérégovoy, puis surtout notre François de Corrèze – un bail, une histoire, surtout pas une aventure. Parce que comme en amour, j’en ai connu qui « tâtaient » d’un petit bout de route au PS, comme on pioche deux olives sur la table du buffet froid, puis s’en allaient, pas tellement ailleurs que chez soi, cachés derrière la une de Libé. Faciles, ces moitiés d’engagements, ces drapeaux au fond des poches… facile, lisse, presque économique. Les mêmes que j’entends aujourd’hui glapir en se bouchant le nez : mort, le PS est mort ! Ajoutant en se léchant la babine : on l’enterre demain, viens-tu ?

Beaucoup fréquenté, ces années durant, le hall du PS, plus qu’habité ; vrai ; rafraîchi ? Vous avez raison, pas assez. Nos murs ont salement vieilli – vague odeur de moisissure, les portes ferment mal, tant de choses à réhabiliter, tant, qu’on passe son chemin – qui ne le comprendrait… Et puis peut-être une mode qui a passé ; ce temps où PS rimait avec presque tout n'est plus – du tout – de saison.

Gouvernement : l'oubli possible et regrettable du président Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 juin 2017. dans Ecrits, La une, Actualité, Littérature

Gouvernement : l'oubli possible et regrettable du président Macron

Car, quand même, cette Germaine là, avouez qu'elle ferait un bien beau fleuron dans votre troupe mesurée au cordeau de la parité ( et bellement, ma foi) du gouvernement tout frais qui nous arrive... Femme d'abord à la tête haute, portant son identité à la moderne – bien que mariée en bonne et due forme, n'avait-elle pas le toupet de revendiquer son nom d'origine : - « mon nom  : fille de Monsieur Necker ! »  de ce père là, que vous auriez tant aimé quant à vous, Monsieur le Président, accrocher quelque part au milieu des  vôtres, n'est-ce pas ? Femme libre, féministe de bon aloi et comment, tâtant crûment du divorce que lui permettait son ennemi intime, Bonaparte, alignant quelques amants de passage et un ami-amant au long cours ; Benjamin Constant... mais, vous en serez d'accord, votre loi de moralisation de la vie politique s'arrêtera forcément à la vie privée, alors... Femme de partout,  femme que n'arrêtait aucune frontière, un temps par son mariage, Suédoise, galopant les routes d'Europe, entre Allemagne et Italie, de Suisse Lemanesque, d'où, peut-être avant l'Autre, sur ses rochers de Guernesey, elle rêva du pays de France dont elle fut quasi constamment exilée. Allant jusqu'à patauger dans les neiges si lointaines de Russie, grand reporter à sa manière... Voyageuse, et des meilleures, Germaine, disant des pays d'Europe ces mots qui ne peuvent que vous donner des idées à débattre dans les prochains sommets : « les nations doivent se servir de guides les unes aux autres et toutes auraient tort de se priver des lumières qu’elles peuvent mutuellement se prêter… on se trouvera donc bien en tout pays d’accueillir les pensées étrangères, car dans ce genre, l’hospitalité fait la fortune de celui qui reçoit » . Et vous porter à suggérer, vous qui savez apparemment si bien trouver le chemin des autres, que le drapeau étoilé de L'Europe, s'honorerait de son portrait, de sa face, comme on disait à son époque. Enfin, femme politique de premier plan, de tout premier droit, elle qui jamais ne put évidemment voter ou porter sa voix dans les cénacles du pouvoir – autrement, mais cette forte influence en vaut bien d'autres, qu'en osant écrire, et de quelle façon, des lettres et des pamphlets, des romans jamais mièvres, toujours engagés, mais habiles, sachant marquer les bornes à ne pas dépasser ; un peu « juste au milieu » à votre façon, à vous. Aimant  le vent des idées nouvelles dans la Révolution, frissonnant sous ses terribles abus, bien sûr. Elle devrait vous convenir, ni Droite, ni Gauche, à moins que, et... et. Encore monarchiste sur les bords, à l'anglaise, toujours démocrate façon représentative, intellectuelle convoquant à tire d'ailes les Grands Antiques, pas pétroleuse pour deux sous, mais tellement politique. Convenez-en, Monsieur Macron, cette Germaine est cousue pour vous, vos élans, vos fulgurances raisonnables. De là où elle est, elle a – croyez-moi, voté pour vous et elle marche ; mais méfiez-vous, rapidement – c'est une femme , sans vous quitter d'un œil vigilant, critique, quoique probablement, bienveillant !

 

Œuvres, Madame de Staël, La Pléiade, Gallimard, avril 2017, Édition de Catriona Seth avec la collaboration de Valérie Cossy, 1649 pages, 65 € jusqu’au 31/12/17

 

En La Pléiade, enfin, l’œuvre de Germaine de Staël, bien autant pour la femme actrice-arbitre de son temps s’il en fût, que pour sa plume, classique et lumineuse, solide et ambitieuse, comme elle.

On connaît d’elle sa vie – romanesque – qui fascine par sa modernité et son audace, sa voix et sa présence de femme, incongrue en une époque si peu féministe. On sait la battante en politique qu’elle osât être, et on conserve dans le meilleur des cas quelques relents scolaires d’écritures romancées, demeurant pour autant dans nos anthologies personnelles largement derrière et dans l’ombre des « grands » du XIXème et de ce Benjamin Constant auquel on l’associe. Mais, qui d’entre nous sait l’immense culture – notamment littéraire, mais aussi philosophique, historique – de la dame, sa force d’écriture et sa capacité à utiliser la charpente de personnages fictifs des plus élaborés pour éclairer ces dessous de l’âme de ses contemporains jusque dans les plus infimes détails. Croisée des chemins que G. de Staël, intellectuelle des Lumières – une des très grandes – portant les débuts du romantisme et annonçant les problématiques des « soi, en soi » de toutes les psychologies à venir.

Sa majesté l’abstention

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 juin 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Sa majesté l’abstention

Pas inconnu du tout, le phénomène, récurrent depuis quand même 20 ans, ayant monté en graine depuis 2002, l’année du tournant de l’inversion des calendriers électoraux, l’abstention faisait partie du paysage de nos soirées TV, plutôt costaude dans les « petites » élections, locales ou européennes, plus discrète dans les grandes – législatives –, presque négligeable dans les présidentielles, l’élection préférée des français, tous amateurs de Bonaparte à cheval. On la nommait joliment « aller à la pêche », avec un rien d’indulgence. Ça, c’était avant.

Déjà en 2012, derrière la Bastille gonflée de ses folles espérances, elle guettait : 42,7 au 1er tour des Législatives ; on l’aurait presque oublié. Sous les ponts du quinquennat Hollande, elle n’a cessé d’augmenter, telle une rivière sous épisode cévenol ; les arches étaient menacées, seulement menacées. Depuis hier, on n’entend plus que le sinistre craquement de leurs brisures et effondrements. Raffut d’enfer : 51,29 d’abstention au 1er tour de ces législatives 2017 ! record historique ; plus d’1 français sur 2 n’a pas jugé bon de s’exprimer comme citoyen ; c’est là le sujet majeur de fait, de ce scrutin, son véritable effet en creux, le devenir interrogé.

Car qu’est-ce qu’être un abstentionniste ? Une minorité qui en est à quasi ne rien savoir (ou ne vouloir savoir) du mécanisme institutionnel qui construit notre démocratie représentative – « c’est quoi madame un député ? c’est pour quoi faire ? » me demandaient au bout du doigt levé mes petits élèves de 11 ans à peine passés. Mais 11 ans ! Le genre encoléré qui veut être signifiant, dire quelques menues choses sur sa vie, et qu’on l’entende ! semble être devenu le genre premier de l’espèce, à ranger dans l’armoire aux pas contents du tout avec les copains actifs, qui, eux, votent pour les partis protestataires qui à présent prolifèrent. Abstention ne rime pas avec enthousiasme participatif, ni constructivisme politique, chacun le sait ; dans la colo, c’est le gamin qui ne veut être d’aucune activité, qui ne s’intéresse à rien (ou qui dit n’avoir rien trouvé pour lui dans le panel). Le pas motivé. D’accord, mais hier, c’est d’autre chose qu’il s’est agi. D’où le regard inquiet des politiques, les « En marche » compris ; oui, eux, d’abord, et ce serait bien qu’ils l’appréhendent, pour la suite de leur trajectoire pour le moment triomphale.

Qui s’est déplacé, pour ces élections, pour choisir « son » député ? Ceux qui, au tour d’avant, avaient plébiscité E. Macron pour « rester cohérent », pour « donner au président les outils législatifs pour mettre en place son programme » (mécanisme connu de la Vème, que rappelle ici même Jean-François Vincent dans son texte) ? Pas aussi net, loin s’en faut. L’élection présidentielle 2017 a été, faut-il le rappeler, un faux plébiscite, comme une réussite en creux ; Macron a été « trié » autant par défaut que par adhésion (et à mon avis, davantage par défaut) ; ce mariage n’est pas d’amour ou d’engouement, mais de raison quasi balzacienne. L’avenir dira ce qu’il deviendra ; ne tuons certes pas l’or des possibles, mais soyons lucides et pragmatiques. « Je ne vais pas refaire Macron, ce coup-ci » disait cette copine. Combien d’entre nous tous ont tenté hier de fabriquer un peuple parlementaire de vigies, souhaitaient des voix utiles (évidemment quand il le faudrait, intelligemment constructives), bref, ont voulu bricoler, sans trop y croire, des contre-feux de nature à faire vivre le fait parlementaire, à installer une démocratie vivante et dynamique… combien ont raté la marche ? La carte des Bérézina des LR et bien plus du PS parle d’elle même. Celle, beaucoup plus grinçante, des FN privés de représentation, risque de faire très mal. Nous entrons probablement dans Bonaparte, qui ne l’oublions pas fut « la Révolution à cheval », et bétonna ses « masses de granite », qu’on a portées ou subies presque jusqu’à nos jours. Mais faut-il convoquer l’Histoire, pour se souvenir que : pas, que !! Après ces déconvenues et longues amertumes en bouche, qu’il faudra forcément analyser au soir du 18 juin, c’est vers cet immense peuple « ensilencé », qui n’a pas voulu parler hier, que devront se tourner d’urgence les bannières de la République en Marche, du haut de leur victoire, avec la bienveillance et l’écoute, l’élégance aussi, qui s’imposent. Je veux croire qu’ils en ont conscience.

 

Lundi 12 Juin 2017

Le Tout Bon - La coupe de fromage frais aux fruits d’été

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 juin 2017. dans La une, Gastronomie

Le Tout Bon - La coupe de fromage frais aux fruits d’été

Comme nous n’en sommes pas à faire nous-mêmes notre fromage frais, n’importe lequel du commerce – battu – pas trop faible en calories (le 0% est trop aqueux) conviendra.

Le nœud de la recette, c’est le coulis.

Le quart du poids des fruits en sucre (ce ne sont pas des confitures), le sucre allégé peut être utilisé. Tous les fruits ou presque de l’été seront de la fête ; un seul impératif : juteux.

Les fruits rouges – tous – sont en première ligne dans les recettes et notamment celle-ci.

Goûteux, décoratifs, mais les abricots, les pêches, le melon, les poires ou les mangues bien mûres seront très bienvenues. Une « roue » de plusieurs coulis alternant les couleurs, déposée sur la table autour de la jatte de fromage blanc, est du meilleur effet tant pour l’œil que pour le palais.

20 bonnes minutes à feu doux, en tournant un peu. Suit un énergique mixage et un filtrage, si besoin est. Ces coulis peuvent se congeler et s’utiliser pour napper ultérieurement une charlotte par exemple.

Aujourd’hui, je vais donc acheter un kilo de fromage frais battu 20% de matières grasses ; 200 gr de fraises gariguettes, 100 gr de framboises. 200 gr de melon bien mûr. Deux coulis bien distincts : le fruits rouges, le melon ; pour chacun d’eux j’aurai ajouté 50 gr de sucre poudre.

Après cuisson et filtrage, les pots refroidiront quelques heures.

Au moment de servir ce dessert particulièrement rafraîchissant, on prendra soin de mélanger au fromage une grosse cuillerée de crème entière. On ne le sucrera surtout pas ; c’est le contraste entre l’hyper sucre du coulis et le fromage nature qui est recherché. Chacun composera son assiette nappée au choix – et successivement – de fruits rouges et de melon.

Autre chose que de simples glaces. Prêt pour la canicule, ce mixte fraîcheur de la cave et du jardin tôt le matin ; un goût d’enfance lointaine ; un délicieux suranné de cuisine…

 

Bon appétit Messieurs et Mesdames aussi

Qui Mélenchon veut-il tuer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 juin 2017. dans France, La une, Politique

Qui Mélenchon veut-il tuer ?

… Car il ne peut s’agir maintenant que de meurtres en suspens ; de raison ou mieux de politique, plus du tout.

De Jean-Luc Mélenchon, tout ou presque a été dit, depuis ce temps si long où nous l’avons côtoyé, nous, gens de gauche, ici ou là. Je ne reviendrai pas sur ses – immenses – talents, d’intellectuel, d’analyste politique et sociétal, d’orateur, le meilleur et de loin qu'a porté notre République depuis F. Mitterrand. Je l’ai écrit comme tant d’autres. Son verbe et sa syntaxe parfaite, ses références historiques millimétrées, ses envolées – si XIXème – son socialisme tripal et résonnant comme peu d’entre celui des autres en sincérité quasi amoureuse, son œil aux reflets sombres n’invitant guère à la blaguette, ce côté sérieux, solide, presque professionnel, qui, moi, me convenait, ainsi que cette émotion à peine contenue, bellement visible quand il s’agissait de pointer le doigt sur le fasciste tournant le coin de la rue… J’ai voté moult textes aux congrès de mon PS, portant sa signature, et pas une seconde je ne le regrette. C’était jadis, et François, le nôtre, avait en rangeant nos votes ce sourire tolérant et amène, qui le définissait, et ce léger haussement d’épaules devant nos enthousiasmes de gauchistes du parti… sans doute, le connaissait-il déjà de l’intérieur, tellement mieux que nous.

Depuis longtemps – sous les ponts de notre gauche… – mes chemins « mélenchonesques » ont divergé et tout le quinquennat passé, sont probablement sortis définitivement de son territoire. Sans quand même tuer symboliquement ce drôle de lointain cousin en partance pour les quatre cents coups, ni, quelque part, le quitter du regard, inquiète, forcément inquiète.

Mais, aujourd’hui… j’hésite : chagrin ? non, je ne lui porte plus assez d’intérêt ; colère ? ça, oui, et de toutes les couleurs et formes ; cela devient fatiguant. Peur, peut-être ? pas faux ; où dérive-t-il ? Où va-t-il finir ? Soucis – continuons la métaphore – qu’a la famille en apprenant justement les frasques de ce cousin, vilain petit canard qui un jour atterrira en taule ??

Dans ses discours actuels au parfum de harangue violente, les coups n’en finissent pas de pleuvoir sur son ancien parti, son ancien premier secrétaire, ses anciens camarades – pourtant, quasi tous à terre, on en sourirait presque. Vous l’avez entendu, ahuris comme nous tous, commencer le 7 mai son allocution par ce « enfin, voici fini le pire quinquennat de la Vème… », et ne visiblement plus avoir l’énergie pour appeler au vote anti Le Pen. De fait, et sans vouloir tomber dans la psychanalyse de bazar, cette hargne à « tuer les siens » ayant un peu à voir avec se tuer soi-même, ce chantier intime, ce travail, comme on dit, a quelque chose de poignant, mi-Shakespearien, mi-tragédie antique. C’est ainsi qu’il s’acharne consciencieusement, depuis, boxeur halluciné ; on l’entend presque penser qu’il faut encore cogner, que tout ça n’est pas mort, ou pas assez. Il poursuit ses « adversaires préférés », ses ennemis, allez ! Il faut qu’il en accepte le mot, voire le sens, partout où « se les faire » semble le seul mot d’ordre, étriqué, forcément et contre productif, on le suppose aisément.

Regardez Marseille où il se présente (parachuté ? « Partout chez moi, en république ! » répond-il avec superbe), circonscription où peu de FN vaquent, mais tenue de belle lurette par un socialiste. La carte des législatives à venir est panachée de France Insoumise bataillant avec de vraies balles contre les restes du PS, et il n’y a bien que notre Benoît – plus naïf que lui on meurt – pour bêler les désistements futurs. Apothéose, ces derniers jours, le chef des Insoumis accuse notre ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, d’avoir « assassiné » le pauvre jeune militant écolo des manifs contre le barrage de Sivens, en 2014, Remi Fraisse… plus deux ou trois allégations de même gabarit en guise de dessert (« Cazeneuve, le gars qui a fait gazer, matraquer… »). Cazeneuve porte plainte, et avec lui, la République.

Éditorial - Le fou du monde

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 juin 2017. dans Monde, La une, Environnement, Actualité, Politique

Éditorial - Le fou du monde

Plus aucun autre titre n’est à présent possible ; la prochaine fois qu’on le verra à l’œuvre, ce Donald qui ne fait plus rire, ce sera peut-être derrière des missiles face à la Corée…

Reprenant ses postures – le menton, avez-vous vu le menton ! – de sa campagne électorale qui l’a hissé sur le bureau ovale (sur, plutôt que au), le bonhomme-monsieur-le-président-des États Unis-hélas-hélas, a, au cœur de la nuit, décidé avec le fracas qui sied à la manœuvre de retirer son pays des accords de Paris sur le réchauffement climatique, qu’en son temps avait évidemment signé son prédécesseur, Barack Obama. La COP 21, pas moins ; les grands outils du monde, la marche du monde, quoi ! Simple et minable « chiffon de papier » que la chose, dit-il – d’autres et non des moindres ont fait en leur temps dans l’exercice – vision personnelle et des plus inquiétantes au poste où il est de la notion d’engagement, de responsabilité, de ce « ne pas tenir compte des autres et du reste du monde » qui finit par définir Trump. Certes, et si l’on prend l’affaire par ce bout un peu court, cela avait été martelé durant sa tonitruante campagne : le réchauffement climatique n’était-il pas un complot ourdi par l’ennemi chinois pour couler la puissance américaine, et cela avait voisiné dans l’extase des adeptes, avec le mur protégeant du Mexique honni, les musulmans rejetés des aéroports, et sans doute bien d’autres pépites qu’en ce temps, les opinions, dont nous, traitions d’un haussement d’épaules qu’on peut à présent trouver bien léger.

Car la bête, une fois élue – mal, mais qu’importe – une fois lâchée, on a vu : le gouvernement des tweets, les signatures du gamin content de son stylo, le mépris dictatorialisant des « autres », le Congrès, la Cour suprême, les médias – ennemi obsessionnel déclaré – et, dirons-nous, le « reste des pas d’accord ». Foin de tout ça. On l’a dit partout, fallait pas élire – pour de vrai – un péquin comme Trump. Maintenant, faut gérer et digérer la pilule. Alors, ce « je veux agir pour Pittsburgh et non pour Paris… je n’ai pas été élu par Paris » (de mémoire), la bonne blague ! Pas innovante, puisque isolationniste à gros traits, cela a été l’Amérique si souvent, plus souvent d’ailleurs dans les intentions et menaces que dans les faits. Faisons confiance à Trump pour s’essayer, en vrai, à la démarche… et n’oublions dorénavant plus : c’est un gars qui veut voir comment ça fait, le « en vrai »…

Le « rest » du monde, secoué de la nouvelle toquade du monstre, s’ébroue ce matin – mais comment mener les objectifs de Paris sans Washington – pas une paille ! Et les mots de circuler en boucle : dévalorisation, dévalidation… Notre nouveau ministre en charge du secteur, Nicolas Hulot, relayait aux matines l’optimisme forcené qui se veut être la carte de visite de notre nouveau gouvernement, en soulignant une évidence, en montrant l’ouverture, de fait la faille du Donald ; un reste du monde se dressant uni, face à Trump, et une Europe vent debout qui reprend – enfin – du service à la proue des Droits de l’homme (l’environnement vivable en est un des premiers) et de garantie offerte aux plus fragiles, tous les Sud pauvres et parmi eux les réfugiés climatiques qui n’en peuvent mais. Donc, et le nez sur l’effet de souffle du beuglement américain (pardon ! Trumpien), ce choc de billard n’a pas forcément acté l’échec de la partie des « autres », ce mot détesté, presque recraché par le président américain. Or, se situer face, avec, et dans l’altérité n’est-il pas – au jugé de la psychiatrie – un signal de plus ou moins bon fonctionnement humain… et de vous renvoyer à l’abondante et assez pertinente littérature, qui, depuis les débuts fracassants et pas mal fracturés de l’élu américain, foisonne…

Au final, ce qui pourrait être le plus remarquable, mais effarant, dangereux, dans ce recul, refus, entrée en je ne sais quel autisme, de l’homme fort de Washington, acculé à endosser à nouveau les habits du candidat, faute d’avoir su prendre ceux du président, ce sont les incapacités, les positionnements et même les postures : décidément, discuter, négocier, écouter, se mettre autour de la table avec d’autres, tout ça est terre étrangère pour Trump, et il y a du souci à se faire, car comment marche le monde, sans ça ??

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