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Histoire racontée à Emmanuel

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 mai 2017. dans Ecrits, La une, France, Politique, Littérature

Histoire racontée à Emmanuel

Ne disait-on pas de vous, jeune lycéen, que « vous saviez tout sur tout », formule, soit dit en passant, qu’à présent devenu chef de l’État vous feriez bien de retirer de la circulation… Alors peut-être connaissez-vous, Emmanuel, Monsieur notre jeune Président, cette lointaine tribu des fins fonds de la Nouvelle Guinée – les Baruya. Il se trouve que moi – dans une autre vie – pourtant professeur de géographie, j’ignorais tout et même au-delà, de ces Baruya de l’autre bout du monde, sauf qu’à présent, après une lecture plus que passionnante d’un livre édité par Thierry Marchaisse, que je m’apprête à recenser dans La Cause Littéraire, je sais « un peu » de choses multiples sur ces gens-là, qui m’ont – on comprendra pourquoi – donné envie de vous écrire trois mots, sachant que vous avez sans doute encore l’âge d’écouter des histoires, pour peu qu’elles soient vraies ou autour…

Maurice Godelier, l’éminent ethnologue, a suivi, ainsi que plusieurs collègues (on dit « faire du terrain »), cette tribu installée en altitude entre deux hautes vallées, au milieu de chaînes de montagnes des origines, pendant quasi un demi siècle. Dans ce livre à la portée de chacun, sans jamais déroger pour autant au contenu exigeant de ses observations, comparaisons, recherches, on en apprend des vertes, des mûres, sur cette tribu, sur l’outil incomparable qu’est l’ethnologie, dans l’appréhension du monde et sur nous, comme en miroir. Magnifique livre, donc ; ma future recension le dira, mais ce n’est pas le sujet ici.

Ce qui m’a intéressée (lecture très contextualisée faite ces derniers jours à l’abri de votre présidentielle) et vous intéressera, Emmanuel, c’est que ce livre éclaire, décrit, ma foi, des pans entiers de votre programme, et carrément votre philosophie…

Posons la scène de l’étude : « Cette petite société tribale, jusqu’en 1960, se gouvernait elle-même, ne connaissait ni l’état, ni l’économie de marché, encore moins la “vraie” religion, celle du Christ… quelques décennies pour tout changer, sous l’impact de la colonisation australienne – 1951 – de l’accès à l’indépendance de la Papouasie-Nouvelle Guinée – 1975 , de l’économie marchande autour du café et de la Christianisation protestante… ».

La tribu – celle des Baruya, comme d’autres – obéit à un ordre social composé de groupes de parentés, revendiquant un même territoire, pratiquant l’échange des femmes (ne froncez pas d’entrée vos sourcils !) ; ordre fondé sur la domination des femmes par les hommes (ne partez pas !), scandé par des rituels et des initiations. Une société, un ordre, des usages ancestraux, un vieux système, des changements, des ouvertures, et peut-être des choix, le vieux, la crise, le neuf… (c’est bien, vous restez…). Je me contenterai d’utiliser deux points, deux moments de l’étude, mais votre écoute attentive en subodorera bien d’autres.

« Tous les trois ans, les Baruya construisent une vaste maison cérémonielle, la Tsimia ». En fait, corps symbolique de la Tribu (vous dressez l’oreille, forcément). Le poteau central est appelé « grand-père » ; un opossum vivant est précipité du haut, puis ce gibier est offert à l’homme le plus âgé de la vallée, rappelant que la mort arrive, et que les jeunes entrent dans la carrière (vous lorgnez derechef sur les logos des LR et du PS, soit ! vous éviterez évidemment la mort de l’opossum). Les hommes mariés et pères plantent « en même temps » (vous avez bien entendu) les poteaux des murs de la Tsimia, montrant « qu’à ce moment-là, symboliquement, toutes les différences, toutes les contradictions qui pourraient diviser les Baruya sont effacées. Seule l’unité face aux dangers, intérieurs comme extérieurs, persiste » (je vous sens frétillant – certes, le Louvre est passé, mais les occasions reviendront).

L’amalgame selon Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 mai 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

L’amalgame selon Macron

Rien qu’en le regardant, on l’imagine, le jeune président, sabre au clair, fendant l’air de ses projets, en tête de ses « marcheurs de la république » – bien jolie quand même, l’appellation. On le voit, car c’est comme cela qu’il se projette, menant à la bataille, que dis-je, à la victoire, des armées révolutionnaires (on va mettre des guillemets à révolutionnaires) fournies de tout un peu.

Dans les temps de la Grande Révolution, au tournant de l’An II, une fois la patrie reconnue « en danger », il en avait fallu du monde – se souvient-on de ces frontières menacées de partout (cela en imposait à mes élèves) sur lesquelles volaient coiffés de leur grand chapeau noir à cocarde ces commissaires aux armées de la république, qui n’ont cessé d’habiter depuis nos imaginaires. Alors, la Convention avait imaginé d’« amalgamer » les petits nouveaux – soldats aux pieds nus du poème de Hugo, encadrés – monitorés dirait-on maintenant – par des aguerris des anciennes armées, et guidés par ces jeunes gradés de la noblesse éclairée, ayant le cœur patriote, puisque aussi bien, l’Ancien régime qui rangeait les gens comme les choses, réservait le soin de combattre à la noblesse. Et, que – cela interrogeait au plus haut point les minots de mes classes, qui ainsi, emportaient pour la vie le sens du mot privilège – même les plus doués d’entre les Bourgeois, et les plus modernes restaient de ce fait devant la porte. Savant mélange, donc ; expérience et compétences ici, fougue et il faut le dire, chair à canon, là. De même, quelques lieues plus loin, quand l’Empire de Napoléon le grand (auquel on se plaît à risquer quelques comparaisons avec le jeune nôtre), quand la fin menaça et que la Grande armée tira la patte, on refit dans le mélange – plutôt des âges, là, avec l’arrivée des bébés Marie-Louise auxquels quelques grognards apprenaient sur le tas, et le tard, le métier…

On aura compris mon propos : l’amalgame est de retour dans les yeux de notre frais élu, avec la fabrication de sa troupe de postulants députés aux Législatives de Juin. Plus de 400 nominés comme candidats d’En Marche (« La République en marche »), et comme le président avait construit sa pelote sur le mot nouveauté, l’équation s’avère difficile, puisque, enfin, on ne doit voir que des nouveaux visages, des jeunes ma foi, ça paraît relever de la cohérence, mi femmes, mi hommes, comme le veut la parité, et un beau boisseau de la Société civile. Pour encadrer la troupe, des « politiques », guillemets, comme si c’était un vilain mot ! piochés savamment côté Juppéistes, Centristes évidemment, et restes de  Socialistes inconsolables… Ça en fait du monde, du beau, on verra, du jamais vu, probablement. Les pedigree semblent aller grosso modo dans le sens de ces demandes, mais ce n’est pas pour cela – ou justement pour ça – que l’inquiétude n’est pas du voyage.

Parce que finalement, depuis les débuts du parlementarisme jusqu’aux heures qu’on vit, qu’est-ce qu’un député « envoyé », littéralement parlant, si ce n’est l’homme qui va faire la loi, relever – difficile autrement – d’un groupe, travailler – beaucoup, quoi qu’on dise, plus et autant en commission que sous les feux des séances plénières, et – surtout – faire ces allers-retours aux airs de reddition de compte entre sa circonscription et l’Assemblée, pour consulter – inlassablement – ceux qui dans l’affaire sont les seuls qui vaillent : ses électeurs. Jusqu’à preuve du contraire, le système de la démocratie représentative demeure, même si on peut supposer – philosophie Macron oblige – qu’une bonne dose de démocratie plus directe sera recherchée (quoi, comment, nul ne sait). Donc, et quoi qu’il puisse s’en murmurer avec haussement d’épaules dans les rangs des En Marche, ce sera compliqué de faire sans le territoire, ou en les survolant seulement, et ce, malgré les ordinateurs… Or, combien de temps auront ces foules postulantes pour apprivoiser ceux qui dans quelques jours voteront peut-être pour plein de « petits Macron », qui n’en seront pas, formule usée partout ces jours-ci.

Le temps des allégeances

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 mai 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Le temps des  allégeances

… et peut-être aussi, celui des – fausses – confidences : – t’en es où, toi, avec Macron 1er ?

Certes – qui aurait l’inélégance de le contester – la victoire du 7 fut belle, éclatante même, comme le disent les buccins des soirs de bataille âprement gagnée, bardée de ouf, ouf… La marche européenne du chevalier en sa cour du Louvre fut émouvante, lyrique presque, et ses deux discours, le 1er comme le second, empreints de la gravité qui avait tant manqué à l’étudiant arrivé en tête dans la nuit du 23 avril. Et puis les mots ; j’ai goûté comme vous tous ce « la tâche est immense », et surtout ce « je vous servirai » ; on a connu pires comme anaphores.

Bon, en avant (on va éviter marche) ; l’avenir, s’il n’est pas bisounours, n’en est pas moins ouvert ; chez les pires de pires on commence les règlements de compte à la Borgia, et le Macron-Bashing attendra à la porte.

Mais… cette présidentielle ayant été unique en son drôle de genre, le happening en reprend pour un tour, à peine éteints les flonflons de la fête. Ni trêve, ni repos ; au pas de charge vers les tours 3 et 4 de l’élection du président en pays de France – ne me dites pas que vous pensiez que c’était fini ! Législatives derrière, juste derrière – depuis la réforme pas forcément idéale, loin s’en faut, du calendrier électoral. Car, ils sont foule sur l’échiquier, ceux qui ont certes – naturellement, généreusement même – défendu ce dimanche la république, mais qui, dès lundi, matines à peine sonnées, ont ressorti le vieux jeu de cartes et repoussé à des calendes incertaines le blanc seing au blanc bec. Ce, notamment à Droite, mais largement pas que. Et, chacun de sortir de la naphtaline ses hommes, ses usages et lieux connus donc supposés réconfortants, son programme, son territoire, et là, les nouveaux « candidats internet » auront peut être chaud aux fesses. En route, disent les anciens – c’est assumé ici, murmuré, là – pour un groupe parlementaire massif de nature à peser, voire – rêve des nuits de pleine lune – imposer une cohabitation avant l’heure habituelle. A tout le moins, des influences, des négociations de groupe à groupe ; pourquoi pas des majorités d’idées avec toutes les difficultés de la manœuvre. Derrière l’encore jeune Baroin, se rangent, sourires plus ou moins faux, les LR, « fidèles à la famille », nous soulant du zeste mafieux du mot. L’appétit d’alternance, de vengeance pas moins, porte hauts les drapeaux relevés de la Berezina Fillon. A gauche – en face, on relève les morts – Dieu qu’il y en a ! et il faudrait, on le sait, repartir à la bataille, d’entrée, pour fabriquer vite fait un semblant de muraille contre la houle hétéroclite des marcheurs ; exister, à moindre coût, même modestement, se présenter partout, évidemment avec ce qu’il faut dans la besace. Mais sous quelle appellation ? La vigne est sous la grêle : Mélenchon, bêlent certains, comme devant l’évidence, sous les effluves de sa belle performance… Mélenchon, de gauche encore ? Ça se discute, vraiment ! PS, avec son versant écolos, mais lequel ? Celui de Benoît, sa facette congrès-toute, inenvisageable, on verra justement au prochain congrès. Celui des sociaux-démocrates ? D’aucuns, il est vrai, déjà en haute mer, aiment à dire qu’il n’en faut plus, car on n’a plus les moyens de redistribuer. Tiens donc, et de quoi demain sera-t-il fait, si l’économie le permet à nouveau, ce qui peut raisonnablement s'envisager ? Valls, fut un temps pas si loin, aurait bien relevé ce drapeau-là pour peu qu’il soit pimenté d’un pragmatisme bien visible… Valls, laissons-le souffler, ces jours-ci ne sont vraiment pas les siens… d’allégeance en vrai ralliement refusé avec arrogance et pas vraiment d’esprit citoyen par un « vieux » Macron politicard pointant sous le tout neuf. Autre chose, autres gens ? Pourquoi pas, voyons un peu, imaginons ; le socialisme ne meurt pas si vite ; il est si vieux et si intemporel. Il lui faudra plus de temps que celui qui nous sépare de la mi-juin pour se remettre, ressembler à autre chose en demeurant lui-même. Qui ne le devine… Exister pour d’autres rôles, avec d’autres aussi, tenir sa partition dans le nouvel ordre politique, sociétal, mais exister encore, et avoir besoin, ces jours-ci, de quelques mains fidèles pour accompagner ce terrible fond de pot et cet élan pour rebondir… Un Hollande, un Cazeneuve, une Belkacem et notre Delga de la grande Occitanie parlent en ce sens.

Ils vont voter… dit Boubou

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 mai 2017. dans La une, Ecrits

Ils vont voter… dit Boubou

A peine remis des angoisses quand même existentielles du grand déménagement ; pénates Montpelliéraines tout juste appropriées, voilà qu’« ils » me refont un psychodrame, bien typique d’eux, les gens à deux pattes : ils vont voter disent-ils, et c’est en boucle, des matines de France Inter, où, au grand jamais, il n’est question de chats, aux discussions ininterrompues, entre eux – des fois, ça hausse le ton, alors que dans la gamelle repose, semble-t-il, le même nom de futur président ; mais – voyez s’ils sont drôles ! il y a le vote « à défaut » et le vote « d’adhésion »… selon mes moustaches, au bout, c’est pour autant d’un seul tenant ; croquettes au poulet, point barre…

Coups de fil aux copains au creux de l’après-midi, pour Elle – ce Jean-François qui trouve hilarant d’aller « Macroner » dimanche, tandis qu’elle s’esclaffe – après on ira  maronner » ; mais quel âge ont-ils ? Lui, c’est page FB les unes après les autres, à répondre aux « amis » – que je n’ai jamais vus – comme si son déjeuner en dépendait, pas moins, au point qu’il en oublie parfois de vider ma caisse ! Non, mais ! ça prétendrait, après, avoir son avis sur gouverner le pays !!! j’hallucine (oui, nous les chats  juniors on parle « jeune »)…

A la TV – celle qu’ils regardent, absolument jamais « 30 millions d’amis » – on ne parle plus que de ce vote ; des chiffres, comme pluie d'hiver ! Ça couine beaucoup sur ces batailles, après, dans les discussions entre fraises et fromage ( - 60/40… tu crois, et les cachés ?? t’en fais quoi ?). Cachés ? Dans mes tendres souvenirs de mon herbe corrézienne - hélas, une autre vie - n’étaient cachés que les mulots apeurés que je débusquais en un grand bouquet d’heures ; faut moult patience pour les cachés ; ont pas l’air de savoir... Slogans, banderoles, aux JT, et jusque sur La Comédie d'ici : « ni-ni » ! dit celle-ci ; faut-il avoir passé autant de temps sur les bancs d’école pour être aussi gamins, je ne veux pas dire « bête », ce serait par trop stigmatisant pour les miens… du coup, ça rigole dans la maison : « ni-ni-non-non ! », comme une imitation de ronronnement qui ne trouverait pas son rythme...

 Hier – j’ai dormi la plupart du temps malgré le raffut que ça faisait – ils m’ont imposé le « débat » ; l’homme de la gamelle, tout en statistiques de plus en plus précises, qui avait l’air de tout savoir – n’avait rien d’écrit devant lui, tout dans la tête, mazette !! – et une femme blonde, agitée à n'y pas croire ( nous les chats, nous détestons les agités), au regard parfois inquiétant, qui de temps à autre aboyait en secouant sa crinière… elle avait quelque chose de mon pire ennemi là-haut en Limousin, le chat roux du voisin qui m’en a fait des pires que pires ; il louchait (j’en cauchemarde encore), elle, j'ai pas bien vu…

 Voilà donc ce qui les agite depuis toutes ces semaines ! Ce qui occupe leur esprit, leurs espérances, va savoir, leurs peurs ? la crinière, sans doute… Comment voulez-vous que je puisse les faire profiter de ma haute sagesse animale, orientale, qui plus est ; pas un mot sur les chats dans les deux heures d’hier... pfft ! j’ai pourtant tendu l’oreille, et je l’ai fine.

Par contre, dans les images qui accompagnaient le bla-bla de la blonde, est passé un chat, gris cendré – magnifique, et sauvage, de luxe assurément ( bizarre pour celle qui veut représenter le peuple, non ? Que voulez-vous, mes critères sont mes critères !)  Pas forcément sympa, genre fauve qui va tout boulotter dans la basse cour. L’autre, celui des chiffres, pas un seul chat en vue, ni même du reste un chien, aucun des labradors des deux François ! Drôle d'époque...

Faudrait vraiment lui dire – s’il sort du chapeau-gamelle ce dimanche, le beau gosse aux yeux bleus – qu’un président sans animal, « cela » (il dit souvent ce mot) ne saurait le faire ; parole de Boubou !

Quoi qu’il en soit… quand même…

Ecrit par Martine L. Petauton le 29 avril 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Quoi qu’il en soit… quand même…

Ce qu’on aurait (ne disons pas rêvé) préféré, nous, gens de Gauche de très vieil itinéraire, ayant depuis si longtemps quitté les rives affriolantes des Gauches radicalisées, pour poser nos valises en civilisation rassurante des sociales démocraties des possibles… ce qu’on aurait quand même pu vouloir se présenter au soir du 23, c’est sans doute, dans le marigot, voir surnager un peu de nous. Une Gauche encore visible, une ou deux branches ici et là, reconnaissables, pimentées d’un reste de solidarités, d’une effluve d’égalité, du « tous », à peine, du collectif – encore un peu. Bref, loin, même en tendant l’oreille, comme à bouche fermée, le refrain du « Temps des cerises »…

Or… Ni Hamon ayant si maladroitement relevé le drapeau du PS à terre, ayant ignoré l’impératif du rassemblement de la « famille », préférant s’agenouiller aux pieds de la « France insoumise », en un étrange retournement de l’Histoire de ces dernières décennies où c’étaient des fourches caudines socialistes dont devait s’accommoder un PC en dérive. Ni Mélenchon en gloire de protestataire, seul mot porteur de la campagne, s’éloignant à grands coups d’ailes de son bastion originel, à grands coups de menton, même, au dire de certains, loin de la gauche en général… ni celui-ci, ni celui-là n’ont incarné de façon satisfaisante la Gauche, celle fixée telle huitre sur les parcs de  Thau, en nos mémoires, pas moins  en  nos imaginaires. Le ni-ni, avant que d’être pour certains encolérés, le nez sur leur pauvre guidon, dans l’acte du 7, est incontestablement dans le tableau du 23 au soir. De Gauche – tous ingrédients rassemblés – il n’y aura pas dans les urnes du 7 ; et que ceux – regards apeurés – qui disent n’avoir rien vu venir, aillent… au diable finalement.

Alors… le raisonnable et rien d’autre, toque à notre huis, même si ce mot n'est pas si fréquent dans certains dicos de camarades. Même. Cela n’aura échappé à personne – quoique le Jean-Luc, à l’heure où j’écris, on se demande...  le 7 mai, c’est la veille du 8 Mai, qui, en France et partout en Europe, sonne le moment de toutes les résistances et de fait, de tous les humanismes, s'il le faut, accommodés à toutes les sauces. Donc, l’Histoire commande, et la nôtre à gauche, encore davantage.

Pas une voix, c’est évident, ne doit manquer à ce « piccolo principe », dont la personne, l’itinéraire, le programme et les engagements n’ont rien à voir avec l’« autre ». Rien, même si le flou, le sinueux, l’aventureux et pas mal de fenêtres encore bien peu ouvertes sur la netteté du réel de demain, peuvent légitimement encombrer nos positionnements dans cet entre-deux-tours. Même si notre bulletin de dimanche en huit, portera de nombreux points d'interrogation ; ponctuation, si l'on réfléchit bien, inhérente à tout acte démocratique fort.

Nous allons donc voter, contre l’autre mais aussi pour demain, donc, se proposer d’être un peuple de vigies des plus exigeantes face au vainqueur probable et hautement souhaitable qui s’annonce. A Droite, et à Gauche, dit-il. Ouvrons, donc, gens de gauche « traditionnelle », notre livre de comptes. Les contrats, les engagements nous attendent… et pas moins les débats.

En marche, en attendant, vers le vote du 7. Cela n’échappe à personne que l’écart sera un critère de la plus haute importance, et que nous, gens de gauche, avons l’habitude – et le sérieux – de pratiquer une citoyenneté d’honneur.

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 avril 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

… Le huitième de la Vème république, celui – ou celle – qu’on élira le 7 Mai.

Il ne s’agit pas d’une comparaison des programmes en politique étrangère, même si, à la fin de chacun des 15 articles de cette somme de travail d’analyses, un tableau synoptique présente fort utilement les propositions des grands candidats. Il s’agit des thèmes qui seront ceux auxquels le nouveau président sera confronté dès son élection. A la fois, donc, des analyses et pistes destinées aux candidats eux-mêmes et bien autant à la réflexion de nous tous, lecteurs-électeurs.

Cet important travail que présente l’IFRI rassemble 15 articles courts et pas moins de 21 rédacteurs, sous la houlette du directeur de l’Institut, Thomas Gomart, et de Marc Hecker, dirigeant les publications de l’IFRI et rédacteur en chef de la revue de Politique Étrangère, dont nous sommes devenus familiers à Reflets du temps.

Impossible de recenser – vraiment – chacun des 15 articles, tous fondamentaux. J’ai pris le parti d’en extraire quelques éléments phares, à tout le moins, d’en éclairer le titre en forme de problématique parlante. Saluant chacun des chercheurs spécialistes qui ont dégagé la substantifique moelle de leur sujet, tous de façon pédagogique et remarquable ; me sera-t-il pardonné de n’en citer, pour cause de place, aucun de leurs noms !

L’introduction cible l’importance en politique étrangère, du Président, et depuis le passage au quinquennat en 2002, l’accentuation de la rupture Gaullo-Mittérandienne.

« La – future – politique étrangère sera entravée par la dette » à hauteur de 32000 Euros / Français de dette, d’où un incontournable : la baisse des dépenses publiques.

Au-delà des « postures », « comment défendre les intérêts de la France commercialement ? » sachant que le débat actuel tourne autour d’un retour à un protectionnisme français, et qu’il faudrait chercher à influencer des réponses européennes aux défis de l’heure.

Point central, celui de « l’énergie et du climat, des enjeux de la transition énergétique »,une des réussites du quinquennat sortant, dont la progressive sortie du plein nucléaire reste à aménager.

5 défis pour la présidence à venir, autour – évidemment – du « terrorisme ». Connaître la source à travers la zone syro-irakienne ; cibler le problème des « revenants » et trouver la juste place et forme de la déradicalisation. Avoir en mire la réactivation des réseaux anciens, et « faire fonctionner » le fichier mis en place depuis 2015 des 12 à 16000 personnes susceptibles de passer directement à l’acte, de même que les « frappes obliques » venues de ressortissants étrangers.

La « défense » pourrait bien être à un « moment de vérité » dans le prochain quinquennat, avec une réaffirmation de l’objectif de l’autonomie stratégique, ce qui souligne le besoin de crédits et moyens insuffisants pour le moment.

Un article très actuel sur la « maîtrise du numérique en stratégie » apporte un utile éclairage sur la course aux cyberarmements, dont la Russie, s’est fait – on sait - une spécialité.

L’article sur « reformuler le défi migratoire » est – forcément – attendu, de même, pour le coup, que le tableau synoptique des programmes des candidats. Débats qui tournent depuis la fin des années 80 autour des notions de nationalité, régularisations, immigration choisie et/ou subie. Mais, l’été 2015 et la crise des migrants, la catégorie aussi de réfugié s’invitant dans les débats, a coloré différemment la campagne. Nécessité d’un traitement de ces sujets à l’échelle européenne, mais force est de constater que des approches irréconciliables, apparemment, se sont installées entre états européens ; Allemagne, par exemple, et Hongrie. Plusieurs articles éclairent les problématiques propres à nos relations à venir avec des États ou groupes d’états.

Que faire avec la Russie ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Que faire avec la Russie ?

Dossier « Contre champ » de la revue Politique Etrangère, printemps 2017, une réflexion de toute première urgence : la Russie. Omniprésente dans notre actualité, encore cette semaine passée avec les évènements de Syrie. Omniprésente dans la géopolitique de notre quotidien, et forcément alimentant peurs et fantasmes à moins qu’enthousiasmes bruyants :« Le grand méchant loup est de retour. Et il est russe… La Russie serait au mieux imprévisible. Vladimir Poutine serait le nouveau maître du monde… ».

Deux articles charpentés essaient avec maestria l’un comme l’autre d’éclairer nos lanternes sur « nous et la Russie ». Les titres posent des nuanciers différents entre « vivre avec la Russie » et « faire face à la Russie ». Aucun propos simpliste, ni caricatural dans ces analyses de l’Occident face à la Russie, notamment l’UE ; derrière, les USA.

Dominique David (Vivre avec la Russie) tisse son analyse autour de deux idées force : « La Russie puise sa force dans les erreurs et les illusions de l’Occident de l’après guerre froide » mais  « ni leader, ni modèle, elle a besoin des nations occidentales ». Nous recevons de l’immense voisin des reflets manquant d’objectivité que nous lisons à l’ombre de pré-acquis historiques, de réflexes et de crispations idéologiques, nous empêchant de « mesurer ce qui fait la force et la faiblesse russe aujourd’hui ». Les signes de bonne volonté de Poutine vis-à-vis de l’Occident, Amérique comprise, sont listés, depuis 2011, de même que leur échec. D. David éclaire en l’Occident ce « remplacement d’une société de stratégies par une communauté internationale des valeurs, et l’alignement universel sur les principes formels de la démocratie ».Ce qui fait sens au regard de l’Histoire récente. Géopolitiquement parlant, l’accent est mis sur les changements qui s’ordonnent sur l’échiquier international ; fin des puissances intégrales ; multiplicité des puissances limitées (et mouvantes, peut-on ajouter) à la tête desquelles veut se positionner la Russie. Laquelle « dans l’air du temps » a su développer des langages d’« obsessions dominantes » tel « l’anti-islamisme virulent, le conservatisme des valeurs d’État, l’autorité martiale et la fermeture pour se préserver de l’autre… ».Pays qui a « les faiblesses d’une force », décline l’article : un camp du refus contre l’OTAN, y compris à l’ONU, immensité, richesses énergétiques, balancier Europe-Asie. Faiblesses en terme d’une économie qui a pâti de la chute des cours en énergie, de l’évasion financière, d’un secteur productif et d’infrastructures sacrifiées, d’une « puissance militaire » qu’il faut nuancer, si ce n’est que l’image supposée menaçante de cette force reste un atout.

Comment du coup départager ce qui doit exister et être pesé entre « l’intérêt russe et notre intérêt » ; partout la Russie existe et « marginaliser, refouler cet acteur serait dangereux ; l’inclusion étant le but d’une stratégie pacifique ». Négocier, donc, en Ukraine (lever à terme les sanctions), négocier sur le Levant, négocier l’ordre de sécurité européen… Coexister avec un régime qui ne nous agrée pas. Entre autres… dit D. David.

Thorniké Gordadzé, qui fut ministre d’état en Géorgie (Faire face à la Russie), insiste sur le rôle de diviseur des Occidentaux de Poutine, tant en géopolitique pure, qu’en soutien par exemple des populismes européens à l’intérieur des états. Analyse précise est faite du système Poutine, « un régime qui se caractérise par l’accaparement du pouvoir politique et économique par les acteurs venant des services de sécurité, la suppression des contre pouvoirs, médiatiques, comme opposition politique… Ces services s’auto investissant d’une mission quasi métaphysique de sauvegarde d’une patrie en constant danger ». Accent mis, chiffres à l’appui, sur la considérable baisse du niveau de vie d’une grande partie de la population – 16% vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La Russie n’a donc pas les moyens de ses ambitions géopolitiques, essentiellement redevenir une très grande sur l’échiquier, via l’image martiale de son versus militaire. Elle se veut « un modèle alternatif à celui de la démocratie libérale occidentale », ce qui est plus difficile qu’au temps de l’URSS. Aussi, elle contourne ces réalités en s’attaquant – Wikileaks, et les réseaux sociaux – aux tares supposées du « modèle » occidental. Et échafaude un projet de sociétés conservatrices aux valeurs chrétiennes et familiales.

Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 avril 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Parce que l'homme, on peut l'espérer, est aussi bâti de mémoires, celles des grandes guerres, des Hiroshima et du Viet Nam, celle – si près, si loin peut être, des villages kurdes de Sadam, de Damas, enfin – été 2013, en Août, au mitan des plages, quand la bagatelle des 1500 morts – déjà Sarin,  s'étala en une et, que la voix de Hollande – notre honneur - fut hélas seule à tonner.

Alors, ce coup-ci ( car Bachar-l'infâme glisse ses horreurs de coup en coup, du moment que ça bouge pas trop ; tuant comme un sale gamin qui profite de ce qu'on ne le voit pas à la récré), après Alep cet hiver, l'entrée dans l'été par l'aspersion d'un quartier dit « rebelle » au Sarin – 10 mm sur la peau suffisant à  provoquer des séquelles définitives.

 En finir avec un nid d'opposants ? Impressionner un adversaire qui n'en finit pas de mourir ? Ou voir et mesurer la capacité – la volonté - de résistance des autres en face, cet « Occident » globalisé... Le cerveau tordu de Bachar Al Assad n'en finit pas de nous sidérer.

Même scénario, ou peut s'en faut, qu'en 2013, profitant pour avancer de quelques cases sur cet échiquier de malheur, d'une situation internationale  devenue d'une autre teinte : l'appui, pensé sans doute sûr de la Russie et de l'Iran ; le changement Obama / Trump ; le premier étant vécu comme couard incapable de quitter sa tanière ; le nouveau ayant eu il y a peu, d'amènes propos sur Bachar, comme à vrai dire sur tout dictateur ; l'UE au pire de sa « décomposition  démocratique », Hollande sur le départ ; une Le Pen quelque peu fascinée, sous l'égide de son mentor en géopolitique , Poutine. Bref, un excellent créneau.

C'était sans compter avec, ce qui, de fait, est presque le seul vrai tangible de l'élection surprise de Donald Trump ; sa santé mentale. On le sait – un peu tard - l'homme est un narcissique médical, prisonnier de coups de sang non maîtrisés et d' affects désordonnés. Un compulsif aux manettes. Revoyez ces dernières 48 h : les images – beaucoup d'enfants - accompagnant les faits circulent en boucle sur les chaînes d'infos – seules validées par la Maison blanche. Choqué, bombardé d'émotionnel, Trump sombre – comme nous tous, mais d'une toute autre place - dans un compassionnel déchaîné et immédiat, et décide, que contrairement à tout ce qui a accompagné et fait sa campagne et sans doute son succès, on allait « sortir » de chez soi, armé de pied en cap et « intervenir ». Ce qui signifie d'habitude, quand on est un chef d'état, un protocole, éloigné de toute précipitation. On consulte les instances internationales, on essaie  de convaincre le conseil de sécurité ( ce qu'a fait du reste sa ministre, photos à la main), on consulte, à tout le moins on avertit ses alliés ( F. Hollande baragouine en regardant ailleurs, qu'il a ( aurait) été prévenu 1 h avant, ce dont on peut douter, à peser son mécontentement visible). Or, là, intervention en solo pur des États Unis, au débotté. Foin de la coalition ; quelle coalition ?? Attaque aérienne ciblée, certes, mais dans la foulée, autant dire, réaction « personnelle » du compulsif, pas mécontent dans le champ militaire, comme dans quelques autres depuis son élection, d'utiliser tous les jouets que le pouvoir lui a remis. J'entends ça et là quelques trémolos sur le Trump nouveau ; on me permettra d'y voir le même. Exactement, et dans un « jeu » qui peut légitimement inquiéter.

Pour autant, et comme en géopolitique, la fin compte bien autant que les formes et les moyens, faut-il attendre de vrais résultats des évènements du jour ? De nature, par exemple à infléchir le cours de la guerre en Syrie, voire de reposer les rapports internationaux ? Assad reculant, transi de peur, et préparant ses valises ? Probablement pas, d'autant que l'allié russe – l'Iranien, pas moins, s'est immédiatement porté à son secours, convoquant le post factuel, en renversant le récit – ce seraient les rebelles qui couveraient de tels entrepôts de gaz...

Quant à ceux à qui plaisait – le Munichois étant une espèce consubstantielle à l'homme, et hélas éternelle – l'idée d'une planète où les Grands, USA, Russie, se seraient « entendus », vaille que vaille, ces évènements là sont de nature à les faire déchanter.

L'avenir demeure donc  bien embrouillé, sur le théâtre syrien et j'entendais, hier, notre précédent ministre des Affaires étrangères – Laurent Fabius, un très bon cru ! commentant les évènements du sinistre Août 2013, en ces termes : - plusieurs hypothèses se présentent ; toutes se discutent avec les autres ;  parmi elles,  il n'y en a qu'une que je réfute absolument, celle qui dirait qu'il ne faut rien faire...

Décompositions démocratiques Revue de Politique Étrangère de l’IFRI

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Décompositions démocratiques Revue de Politique Étrangère de l’IFRI

Remarquable(s) contenu(s) pour ce numéro de printemps de PE. Deux très forts angles d’attaque sur des préoccupations de chacun de tout premier plan : les décompositions démocratiques – Europe et USA, et la Russie, ou plutôt nous et la Russie. Les deux dossiers étant fondamentaux, ce sera donc deux recensions pour Reflets du temps, cette semaine et la suivante.

Quatre articles nourris sont consacrés à ces « décompositions démocratiques », titre fort pertinent, dont tous les jours ou presque, on entend le bruit de la menace, des peurs qui accompagnent, plus peut-être que les analyses distanciées. D’où le précieux du dossier.

Laurence Nardon(Trump et la crise de la démocratie américaine), spécialiste des USA, cale son téléobjectif dans les recoins d’une Amérique devenue Trumpiste. Elle revient sur les causes de ce qu’on présente comme « l’échec du système politique américain avec l’élection de cet homme d’affaires à la personnalité narcissique et impulsive », prouvant que de fait le dysfonctionnement était à l’œuvre depuis plus d’une décennie, par les institutions et le rôle de l’argent. Blocage du mécanisme de séparation des pouvoirs, morcellement du paysage médiatique, et montée en puissance des réseaux sociaux, dérive droitière du parti républicain, tandis que les démocrates évoluaient, eux, vers la gauche, « captation du processus démocratique par les plus riches, et mobilité sociale entravée, au point que la société serait aussi inégalitaire à présent qu’à la veille de la crise de 29 »… C’est donc sur ce « terreau » que les thèmes populistes et protestataires de Trump ont pu prospérer auprès de petits blancs déclassés, subissant de plein fouet les effets de la désindustrialisation, et goûtant aux thèmes identitaires. Fort intéressante est l’analyse d’un éventuel « fascisme » de l’épopée Trump, « révolutionnaire » en période 1, puis réactionnaire et conservateur, une fois au pouvoir. Les références historiques ne manquant pas, les éléments comparatifs, ailleurs qu’aux States, s’invitant presque naturellement dans la lecture, l’outil de réflexion sur notre réel que propose L. Nardon devient d’une brûlante actualité, en associant Trump et son élection au « post verity », soulignant notamment combien les faits (qu’on dit d’usage têtus) semblent n’avoir que peu d’importance au regard du récit véhiculé par Trump lui même. Et l’Europe et notre campagne présidentielle de s’afficher en fond d’écran…

Sabine Sauruggers’attaque à un gros morceau, celui de L’Union Européenne (Crise de l’Union Européenne ou crises de la démocratie ?). Utile déroulé historique démontrant que les crises de la démocratie sont anciennes dans l’UE, que les choix ont privilégié le recours aux experts, et les politiques de régulation, que l’élection du Parlement européen, et la complexité aggravée des institutions, n’ont pas enrayé l’abstention des Européens électeurs (58% en 2014). La citoyenneté européenne a été mal saisie et a mal fonctionné. La volonté d’inclure d’autres acteurs non étatiques, économiques et civiques, par exemple, originalité qui aurait pu déboucher sur une démocratie associative, n’a que peu réussi. Bref, l’UE, contrairement à l’image que nous véhiculons, ou qu’on veut nous donner, a tenté de remédier à ses difficultés. Europe vivante jusque dans ses maladies. Ce qui creuse si dangereusement son déficit démocratique actuel c’est « la politique d’asile et d’immigration, et le système économique et financier », autant dire la perception de la « passoire » et du « gouffre ». Il nous suffit de voir à quel point l’image dégradée de l’Union, son utilité interrogée, alimentent les colères des partis protestataires, « chez nous », et ailleurs, pour comprendre que la partition raisonnable et hiérarchisée entre fantasmes et réalité risque d’avoir du mal face aux opinions : « dès lors que la démocratie est critiquée et rejetée dans ses fondements mêmes, les perfectionnements apportés au système démocratique ne suffisent pas à susciter l’adhésion citoyenne ».

« Orban et le souverainisme obsidional » est le sujet décliné par Paul Gradvohl, élargissant son propos à la Pologne et la Tchéquie. Obsidional se disant d’une ville assiégée, on a là une composante d’impression de menaces extérieures, se « consolant » par le recours à un passé mythique et s’articulant à des pratiques des temps communistes, sans négliger des résurgences religieuses chrétiennes. « Exceptions propres à l’Europe centrale, ou éléments précurseurs qui se diffusent ailleurs ? », voilà la problématique de l’article, examinant le retour au passé et l’identitarisme forcené (« l’humain n’est plus le nord magnétique, il est remplacé par le national ») qui renforce la politique férocement anti-réfugiés. Est observée l’importance de la paranoïa face aux média ; est souligné dans les heures récentes le rapprochement économique avec la Russie. Autre façon de narguer et de s’éloigner de l’UE, à laquelle on est pourtant rattaché ! L’auteur, dans une longue conclusion, appelle à soutenir les résistants d’Europe centrale (« le contrat Hongrois nucléaire avec la Russie pourrait être bloqué »), et demande à l’UE une vigilance particulière face à ces territoires du souverainisme obsidional.

Et pour en finir, tentons donc ce bon vieux complot…

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 avril 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Et pour en finir, tentons donc ce bon vieux complot…

Parce quand même, « le chemin de croix » de la Droite (ça va comme un costume au cher Fillon, cette formule) est tellement dur… Ces affaires qui tombent comme à Gravelotte ; de riche objet offert comme au temps des Rois – et alors ! – en mises en examen en cascade ; ces concerts de casseroles amusants, mais dont la pertinence est peu citoyenne au bout : qu’on laisse donc faire la justice ; qu’on laisse s’empêtrer à moins que le contraire, nos « camarades » LR dans leur conscience, morale et autres instruments poussant d’usage en cœur et cervelle chrétiennes. Bref, basta. Tournons le regard en attendant – en espérant, que l’électeur saura tourner la page…

Mais on comprend bien cette colère inextinguible des troupes, des concitoyens ; on leur a volé la fin du film, le happy end de l’alternance assurée, et c’est intolérable. On les voit – on en connaît tous, quelques-uns de ces gens de Droite – leur mine défaite avant l’heure, leur aigreur de futur mauvais perdant, leur air ahuri de lendemain de fête qu’aurait mal tourné. Chaque soir, quand l’heure, un quasi rituel, de « C dans l’air » sonne celle des dernières news – une sorte de moisson, vous voyez – on les attend avec gourmandise, ceux des experts (faut-il vraiment les citer) qui penchent nettement à droite, et s’étaient faits raseurs de murs tout leur chemin de croix à eux. Alors…

Eh bien, si l’on pouvait – n’importe où – trouver, dégoter, 3 pincées d’infos de nature à détourner les feux… ce serait assistance à personne en danger, faire souffler un peu le bœuf, ce serait humain finalement. On se dit – magnanime – oui, soyons sportif ; pouce !

Or, les voilà, utilisant leurs minutes de perm, nos LR fillonistes, tout « rebéqués » (« pas contents » en langage Ancien régime), galopant jusqu’à la librairie du coin de la rue, pour acheter un bouquin spécialisé dans le thriller politico-judiciaire, un brin fouillis renseignements généraux, une miette tout ce qu’il faut savoir sur les systèmes divers et variés de surveillance par le pouvoir en place, avant, et après, même. « Bienvenue Place Beauvau », voilà la pépite et pourquoi pas la goupille.

Qu’en disent les auteurs ?

1) Que tout pouvoir en place, notamment l’Intérieur, certainement l’Exécutif dans son entier, savent plein de choses ; infos de première importance, nécessaires ou moins, infos sans beaucoup d’importance ni d’urgence, à garder sous le coude, s’il s’agit de gens à surveiller ou d’opposants politiques. Qui en douterait ? De là à exploiter tout de façon perverse, malveillante (voyez « Clearstream », un must), à déguiser en bombes assurément mortelles des bribes pour en faire des affaires capables de gagner une présidentielle, il y a ce qui sépare un Richelieu, un Mazarin, un Talleyrand – autre must – d’un Hollande. Peut-être – à peine – un Absolutisme d’un État démocratique, car cet homme à qui on peut reprocher tant de choses, est plus que d’autres dans la constance du respect de l’État de Droit.

2) Le livre précise que l’Affaire Fillon n’est pas à son menu, que de « Cabinet noir » tirant ficelles en chambre, aucune preuve tangible ne court la rue dans l’état actuel des connaissances, mais, peu chaut à l’heure où nous sommes et dans le trip Filloniste, tel qu’il fonctionne : le « post verity » servira de viatique ; peu importe les faits, le raisonnement, les analyses ; ce que vous devez croire est ce qu’on vous raconte… récit, roman, même mot, pas loin.

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