Articles taggés avec: Martine L_ Petauton

SOUVENIRS - Cauris d’Afrique

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 décembre 2016. dans Souvenirs, La une

SOUVENIRS - Cauris d’Afrique

Blanc et nacré, coquillage de l’Océan indien, venu de ce bleu unique des mers du sud, dont il conserve de fugaces reflets, le cauri tient au creux de sa main, comme un secret, ce matin-là, au détour de ce chemin rouge qui serpente sur le marché Wolof entre panières de mangues et de patates douces, dans le bruit assourdissant et chantant de l’Afrique noire. Le soleil est de plomb ; il doit être 10h ; on déambulait, heureux comme touristes en Afrique. Pas plus tard que la veille, on avait le parapluie, en pays de France, c’était février chez nous, et s’il n’y avait qu’une bonne raison à la magie des voyages, ce serait ces traversées de planète, à contre-saison. Cette année, pour la seconde fois, on venait au Sénégal ; région du Sine Saloum, entre océan et marais, dans cet entre-deux fleuves, habité de tous les oiseaux d’Afrique ; un endroit où dans le silence, celui si particulier d’ici, il n’y en a jamais de total en fait, de jour comme de nuit…

Le gamin – 10/12 ans semble-t-il, mais sait-on vraiment en Afrique – me regardait, son cauri posé dans la paume un peu calleuse. Regard sérieux, sombre à la manière de ces nuits de la ruralité de là-bas : si peu de réseau électrique, que par le hublot de l’avion, sortis de l’Afrique du Nord, illuminée par ses villes, on tombe dans ce bleu foncé, vraie couleur de la nuit, qui signe quelque part le survol du Niger ou du fleuve Sénégal. Derrière les yeux, ce « tout sauf l’innocence de l’enfance » qui est souvent le fait de ces gamins-ci ; un peu de l’adulte déjà devenu, quelqu’un qui a roulé sa dure bosse, qui en aurait des choses à dire, mais qui, le plus souvent, vous regarde, attentif, mais prudemment en retrait. Fait, aussi, de ces populations noires tellement plus réservées que nos amis du nord du continent.

Le regard appelle, puis la demande vient, discrète mais ferme : – Tu veux acheter mon cauri ? – Ça sert à quoi ? Silence, une miette scandalisé puis, petite voix (ah, ce français du Sénégal !) se voulant pédagogique : – C’est un coquillage, venu de la mer, il te portera bonheur, et… il fera encore d’autres choses… J’avance la main vers son offre ; il referme, comme sur la défensive ; négociation non terminée, ce qui ne va pas manquer de survaloriser le produit… – Si  tu me dis ces « autres choses » dont tu parles ? Il hésite et murmure – Les maladies, le Sida, les copains… les chances, quoi ; cette dernière « chance  copinade » demeure encore aujourd’hui mal identifiable pour moi !

Partout, les cauris, identiques à nos yeux d’étrangers ignares, en vrac, à l’unité, travaillés en bijoux sommaires ou parfois royaux ; pas un chapeau sans cauris, pas un vêtement de coton, à la teinture douteuse sans sa parure de gouttes nacrées, crantées, un peu piquantes ; un regard, un clin d’œil. Un passage obligé. Le cauri signe l’Afrique, la noire, la sub-saharienne, de Mombasa à Bamako. Vieux comme l’histoire si ancienne du continent, du temps des grands empires, le Malien, le Songhaï. A l’origine, venu – c’est quasi leur géologie – de ces îles des Maldives, entre Inde et rivages du Rift africain ; déversé par tonnes par les boutres lents aux ports de Mombasa ou la Pemba de Zanzibar, là où chaque porte en bois ancien s’orne de ces motifs valant nacre, cousus de cauris éclatants. Marchands dans l’âme en leur Moyen-Age de lumières, les Arabes en firent un trafic d’importance, de ces cauris devenus pratique monétaire pour des siècles. Les petits coquillages gagnèrent par des caravanes chargées aussi des épices de tout l’Orient, au pas lent des chameaux, l’Occident de l’Afrique, celui qu’on appelait alors Soudan. Puis – parallèle, peut-être, au trop de techniques et de rationalité de la colonisation – le cauri se fit outil divinatoire. Quelques femmes « jeteuses de cauris » officient encore, à la traditionnelle, dans quelques villages de Casamance, au pays des Diola, la terre des sorciers, et même à Dakar, pile à côté des couinements Google des ordinateurs derniers cris…

François… le mien

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 décembre 2016. dans France, La une, Politique

François… le mien

Difficile de parler de quelqu’un qu’on connaît – ma foi, assez bien – et qu’il a fallu, durant son quinquennat, traiter et tenter autant que possible de considérer, de loin seulement, comme à travers un prisme d’un genre inconnu. C’est parce qu’il a choisi de clore sa vie politique au sommet de l’État, que j’écris cette chronique, plus  personnelle que les autres à son sujet. Il m’a semblé qu’elle trouvait une place légitime, en bout d’une longue série dont il a été forcément l’acteur, et pour tout dire, qu’elle était nécessaire ; peut-être aussi pour moi, face à vous, amis lecteurs de RDT.
Difficile d’avoir eu à écrire sur un président qui s’appelait François… Pour autant, et je veux ici l’en remercier, ce fut - pour la journaliste amateure, la rédactrice en chef novice d’un Reflets du Temps si jeune bien que fringant - un excellent terrain d’apprentissage, puisque les sujets ne manquaient pas, les chausse-trappe non plus, si l’on avait quelques soucis d’éthique, et la volonté de ne pas être assimilé à de quelconques chiffonnades type tracts ! S'il fut banal d’accompagner les moments de victoire et ceux dont on savait qu’il y aurait un consensus pour le soutenir, lui et plus largement le gouvernement, tout le monde comprendra que ce fut plus difficile – plus compliqué, comme on aime à dire à présent à tous bouts de champ – d’écrire l’édito ou la chronique quand je n’étais pas au diapason – ce fut le cas – entièrement en accord – ce fut légion – de ce qui marquait l’actualité, ou quand – pire, au fond – je l’étais mais à contre-courant de l’opinion générale partagée par mes camarades, ou amis de ma famille de pensée, par exemple. Ces – mais Martine, es-tu encore de gauche ? au moment de la déchéance de la nationalité résonnent encore amèrement dans ma mémoire… un peu comme dans la sienne, si j’ai bien entendu son bilan du 1er décembre.
Alors, me direz-vous, la solution aurait pu être de s’abriter dans cette coquille d’amitié incompatible avec le moindre regard historique, voire simplement journalistique, sur le président de la république en exercice, et, ceci, aggravé par un engagement politique, donc partisan, que j' ai usage de ne pas cacher, donc d'assumer tranquillement, sans toutefois l'exhiber à tous bouts de champ.  Se réfugier au coin d’une page FB aurait été, certes,  plus facile à gérer, suffisant, on le sait, d'y bloquer les grogneurs de tous poils. Mais, c’était bien là, au fond, qu’était le défi, et son intérêt premier ; écrire en respectant RDT et ses lecteurs, donc dans la ligne in-négociable de l’honnêteté intellectuelle et citoyenne. Écrire avec une passion et une tripe parfois militante, en ne perdant jamais de vue la hauteur, la distance dues au rendu d'un événement. C'est vrai, qu'en cas de fièvre dangereuse, l'historienne de formation et de métier qui ne sommeillent jamais loin en moi, tirait ou tentait de le faire, rapidement la sonnette d'alarme. Ce fut de temps à autre le cas, douloureux mais nécessaire...  Sacré challenge, toutefois, qui a dû, j’en suis certaine, cahoter avec hauts et bas, mais, et j’en suis finalement fière, arriver mine de mine au bout du chemin.

Le renoncement de l’homme d’État

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 décembre 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

Le renoncement de l’homme d’État

Éditorial

 

C’est fait. L’homme d’État a tranché – avec ce qu’il fallait de courage – évidemment – d’intelligence politique, pour le bien de tous – assurément – le sens aigu du collectif face à l’Ego et aux arrangements de coulisse – particulièrement. Cet homme a montré – simplement – ce soir qu’il est de gauche et socialiste – et, clairement, pour ceux qui en doutaient ou en doutent.

Son renoncement est de gauche ; il la porte, avec ses plus belles valeurs, et il l’honore ; il a aussi (mais je ne suis pas sûre que la modestie de F. Hollande le verrait ainsi) quelque chose d’antique, à la Stoïcienne. Il y a eu en ce moment – sens historique du terme – plus que de l’honnêteté et de la sincérité ; une volonté, un soin pour dire que le travail avait été fait le mieux et le plus citoyennement possible, quelquefois raté, assez souvent mal expliqué. Du Hollande, sérieux, compétent, accrocheur – mais, si ! responsable, voilà ce qu’ a donné à voir, ce soir, un grand président. Ce que je l’ai toujours connu être, ce qu’il est. Ainsi de la litanie du bilan ou plutôt, reddition de comptes sur l’Agora, à l’Athénienne, point par point ; façons de l’homme public qui n’entend pas fuir ou se dissimuler dans l’ombre des défaites annoncées. Enfin, paroles fortes pour dire – obligatoirement – ce qu’il nous faudra demain d’unité, de vigilance, de courage, et de force.

Visage grave, presque austère ; voix, sourde et monocorde, parfois voilée, fléchissant – mais à peine – l’exercice est pénible mais il sera conduit… Économie des gestes et des mimiques, qu’on a tant vu ailleurs. Absence de théâtre… ces mots, comme confiés au passage : les rituels, les ors du pouvoir qui ne l’ont pas impressionné… la charge qu’il a remplie – chaque jour depuis ce Mai ancien – portant – et quels poids ! et de quelle façon ! et s’imposant – naturellement – de porter jusqu’au Mai qui vient. Remettant – sobrement, en fils de Delors – le témoin, veille des Primaires de la Gauche socialiste, à celui qui demain, s’avancera sur la piste, pour le même combat avec d’autres armes.

Émotion, à tout le moins chagrin, pour ainsi dire intime ; mais de la reconnaissance – énormément – et la conviction qu’il nous faut gagner. Que tous, nous soyons donc en ordre de bataille !

 

1er Décembre au soir

Moi, citoyenne, je…

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 décembre 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

Moi, citoyenne, je…

Ne voterai pas – second tour de Mai, s’entend – pour Lui, président Fillon, premier du nom, et probablement, premier du genre.

Je n’adouberai pas – l’homme, peu me chaut, je peux à l’évidence le respecter – mais le programme ! le positionnement, et pire, la philosophie politique !

Quelque chose qui oscille entre vieux et divers morceaux d’un Crumble de droite radicale, aspergé du Vichysme de nos mémoires. Relisons si besoin un déjà ancien, mais bien vif encore, Robert Paxton (Le régime de Vichy). Il n’y a pas eu dans ce temps « français » de 40 à 44 que l’antisémitisme honni et la collaboration active, il y a eu la peau de la république étrillée avec des sapes constantes et souterraines contre le sens du collectif et du tous, validant le petit paysan propriétaire et individualiste contre l’ouvrier, le curé contre l’enseignant ; régime clivant, en tout et avant tout, huchant à la cantonade que la défaite était dans l’essence de la République, celle du Front Populaire, évidemment, dans le manque d’effort et de travail, de sacrifice notoirement, considérant à longueur de discours du Maréchal qu’une « certaine France » avait été tellement négligée, qu’il fallait bien au final lui rendre justice… C’est un peu, ces temps-ci, comme avec certaines chansons : on a l’impression d’avoir entendu ça quelque part, et on mâche la musique du refrain la journée entière, en sourdine obsédante !

Personne, pour autant, sauf au coin de posts FB rapides et cogneurs, dont c’est la fonction, de tweets muselés par leurs X caractères, n’a posé quelque part un article de fond sur un copié-collé Pétain/Fillon, et c’est heureux, mais… qu’en historien ou analyste sérieux, la ressemblance puisse venir à l’esprit, cela ne semble pas non plus aberrant. Nous n’avons jamais vu, étalé et hissé sur la haute marche du podium, de façon assumée et décomplexée, un tel ensemble réactionnaire (= ne l’oublions pas, « vouloir revenir en arrière »). Dans les mœurs et mentalités (les tenants de la Manif pour Tous sont aux anges depuis le week-end). Dans l’affichage de la « foi de leur intime » sur la place publique, brandissant haut le Catholicisme le plus à droite, frisant l’intégrisme – France, nation chrétienne et tous les accessoires. Dans cette course sus aux services publics de tous poils, détricotant sous les hourrah les solidarités du modèle social français – non, celui du triste sire, Hollande, mais – jugez ! – de tout ce qui a été accumulé depuis, au bas mot, la Libération…

Des mots, diront certains, des promesses de campagne à destination de son camp en énorme et insatiable besoin de revanche… Affadissement en vue, eau dans le vin en devenir ? J’ai bien peur que non.

Plus que Fillon, lui-même, ses conseillers, les politiques du parti Des  Républicains qui vibrionnent dans son sillage, il y a les électeurs, ceux de   dimanche, ceux de demain. Nous ne sommes plus dans une époque où un mot pourrait en cacher un autre ! Ce qui est dit, doit être fait, ou du moins tenté, sauf à risquer la mort subite du politique. Voyez notre « mon ennemi c’est la finance »… l’électeur guette le politique, regard méfiant, main tendue du quémandeur. Fillon aura intérêt à servir sa soupe, sinon, gare !

Droite ; mes condoléances…

Ecrit par Martine L. Petauton le 26 novembre 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

Droite ; mes condoléances…

Simple comme faire un  billet aux lendemains de la Primaire de Droite ; saison 1, certes, mais que va nous apprendre de plus la saison 2 de dimanche en huit ?

Je n’ai évidemment pas sorti mon parapluie hier, pour aller mettre mon nez de Gauche dans les affaires de la Droite, et le garderai itou au chaud le week-end prochain. Chacun chez soi et les vaches – je ne sais – mais en tous cas, le temps politique pré-présidentiel sera bien gardé.

Au soir de cette nuit, aux longs couteaux mal dissimulés – les yeux de Dati, un régal ! – un constat cerné comme Institutions en Ve République : la France de droite ne veut plus du président mal élevé, ne veut pas du centre de cet autre – pouah ! Mais veut assumer sa droite décomplexée, tant dans l’économie – haut les cœurs, Thatcher ! – que dans les mentalités : hardi les anti-mariage pour tous et ce qui est autour. A peine l'homme de la Sarthe élu, les drapeaux bruyants de «  Sens commun » ont retrouvé le pavé ; ce sera certainement difficile de les néantiser dans une éventuelle présidence Fillon ; qu'on garde bien l'info sous le chapeau...

Résumer doit pouvoir être un exercice ici à la portée de chacun : Il était une fois, en ce pays de France dirigé par les diables sociaux démocrates en folie, une famille politique, la Droite de gouvernement. Commencèrent au début, comme il se doit après les défaites douloureuses, par se déchirer – un film d’épouvante ; du Copé, du Fillon, à la manœuvre. Observèrent ensuite le retour de leur chef de meute déchu, reprenant avec bel appétit le manche du Parti sous les applaudissements énamourés de ses fans. Du Sarkozy-énergie-envie ; un pléonasme. Virent il y a bien deux pleines années, au tournant de la A10 (celle qui vient de Bordeaux), arriver de son pas de sénateur chaloupé et doux comme  démocratie en Ve République, Juppé, un Alain que des foudres pas toujours bienveillantes, ainsi qu’un séjour au pays des grandes neiges écolos, avaient carrément sorti de son « Droit dans mes bottes » d’antan. N’entendirent pas, ces derniers jours, visiblement, Fillon le silencieux, le ruminant, tapi dans le bocage d’une Sarthe humide et froide comme le veut cet hiver 2016 entrant. Celui qu’en avait enduré à n’y pas croire, sous les sarcasmes et plus que ça de son Sarko de président. 5 ans de mal au dos, autant dire, de plein le dos. Un modèle psychosomatique, à lui tout seul, ce François-là. Un bosseur méthodique à moins que légèrement maniaque, un catholique affiché en couleurs, un conservateur qui fait sa pelote, laissant dire pour autant un peu partout que sa clique à lui, c’était le Gaullisme social, via Séguin, feu son mentor, comme on laisserait sur le menu ce magret de canard, que, non, on ne sert plus ce midi… Depuis hier au soir, l’interrogation nous taraude : Philippe Séguin (et le respect qu’on lui doit) aurait-il voté Fillon ?? Ah ! Condoléances…

The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 novembre 2016. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

Depuis ce jour où l’Amérique, blottie dans ses sondages et dans la suffisance de ses habitudes, a basculé dans quelque chose, dont, chacun de par le vaste monde cherche désespérément le nom, de jour en jour. Depuis, on est au moins sûr que la trouille des grandes invasions – barbares et inconnues pour le moins – diffuse, gagne à la manière des antiques pestes. Quelqu’un chez nous, à Reflets, ne disait-il pas : – c’est pour quand, notre Trumpette à nous ?

L’équation avait été posée bien avant les résultats : en France on agitait le FN et Marine ; idem partout en Europe où la gens populiste en déguisements divers bruissait dans l’ombre des urnes à venir. Les States avaient naturellement ce produit en magasin – une forme d’automatisme propre à l’époque. Le refrain était le même partout : les Populistes arrivent ! La vague nauséabonde déferle ! Depuis le mardi noir américain, les basses ont pris une sacrée ampleur dans le concert... Vrai, évidemment, que le poids du tout en tout d’un Trump sur le podium aux USA, demeurant la première puissance mondiale, notamment, dans les imaginaires de tous, a barre sur un FN annoncé à 30% au premier tour du printemps 17 en France, sur la quasi victoire imminente des pires en Autriche, l’échec sur le fil en Hongrie, le Brexit et ses pulsions folio-économiques ; j’en passe, sans oublier les vagues froides en Scandinavie, Allemagne et le toutim. Ce n’est pas à Reflets du temps, où peu de semaines échappent à un article avertisseur en la matière, que nous vous dirons le contraire… Il y a des parallèles nombreux et récurrents qui s’installent à plus ou moins bas bruit – les « dormants » n’étant pas les moins dangereux.

Ne serait-ce que dans ce franchissement des digues, que peaufine, plus que signe, l’animal roux d’outre Atlantique. Parce qu’enfin – là, on a d’évidentes comparaisons – l’électeur, et son à présent sérieux collègue, l’abstentionniste, beuglait plus qu’il ne passait à l’acte, dans nos années pré-Trump, pré-FN au pinacle. Il poussait d’an en an, davantage et de plus en plus près de la ligne d’arrivée, avec sur son dos ses rancœurs, ses frustrations, ses peurs, bien entendu. Frileux, il craignait par-dessus tout l’extérieur, siège de ses plus prégnantes angoisses. Il poussait, mais – on avait pris l’habitude d’avoir dans l’oreille le bruit du freinage – au dernier moment il n’allait pas plus loin, regagnait ses pénates hostiles en bougonnant, et, parfois, donnait en grognassant le bout de la main à ceux du camp de « la raison », autant dire du réel. Front Républicain chez nous, et ailleurs, Raison/Clinton au pays de l’Oncle Tom (un beau slogan qu’on aurait dû tester). Mais les digues ont cédé, comme avec le Brexit, on a voulu voir le bruit que ça fait quand on renverse la table. Qu’est-ce-qu’on fait après, qu’est-ce-qu’on-fait de ça ? Refrain un brin austère et redondant qu’on entend à présent. Et qui ne fait ni sens, ni programme.

« Les » populismes – plus que « le » populisme –, le problème c’est qu’ils floutent sous la focale, dès qu’on les zoome un peu, alors que dans le regard initial, ils ont l’air de se ressembler tous. Passé le moment des gueulantes, des peurs surtout pas vérifiées, des défilés des laissés pour compte, des vieux métiers qui meurent, du bruit de l’industrie qui s’est fait la malle, et du silence de mort des campagnes en chagrin… passé ce temps du renverser-la table-on-va-bien-voir, tout ce qui se compare donc, dont la grille marche au poil ; quand on mire de plus près, ça change et pas qu' un brin. Justement parce que ces mouvements populistes ne font jamais dans la dentelle, que leur côté protestataire tient bon au lavage, qu’ils brassent trop large et que la déception à venir est comprise dans le package de départ… j’en oublie, forcément.

Trump. Etonnés ? moi, non plus...

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Trump. Etonnés ? moi, non plus...

On sait  déjà qu'aux States, les sondages pédalent plus qu'à leur tour dans le maïs des grandes plaines. Il y a eu des précédents ; encore tout chaud notamment la présidentielle - Bush fils / Al Gore - en 2000, et visiblement cet immense territoire, ce continent – disent nos instituts de sondeurs européens, ne se prête guère aux pourcentages affinés, versus quasi scientifique, qui donneraient le résultat, pile juste avant la ligne d'arrivée. Plein de voix autorisées nous en rebattaient les oreilles depuis de longs mois, pourquoi aurait-il fallu que les tout derniers de ces sondages échappent à la règle ?  Alors, pourquoi ces cris de surprise effarée et pleurs suicidaires à notre matin-gueule de bois de certains, à leur nuit américaine, là-bas, dont les lampions annoncés se sont limités aux rues ( bien fréquentées) de N.Y, métropole éduquée XXL, multiculturelle depuis des lustres, ouverte aux vents de l'Atlantique et de la Mondialisation active, à prétention généreuse ; fanion d'une Amérique  se voulant résolument moderne,  qui parle au reste du monde bâti de la même chair : « notre » Amérique à nous.  Décidément, partout, le mot « représentation » campe ces temps-ci en haut de la liste... 

Sauf que d'autres Amériques, il en est plein – et, au final, davantage, au vu des résultats de cette présidentielle. Les États Unis ne sont pas toujours « un pays », mais généralement « des » pays. Ça ne date pas de ce sinistre 8 Novembre.

 Il faut avoir quitté la géante pomme de l'Est, Manhattan si petite, et le minuscule Greenwitch village de dessins animés, simplement avoir pris ces turnpikes qui n'en finissent pas de tracer l'immensité, avoir mangé un morceau – vraiment particulier - dans ces relais au bord de nulle part, au milieu des gens qui ne sont pas de N.Y, pas plus que de L.A ou de Frisco , pour ressentir qu'il existe un peuple américain en dehors de celui de nos imaginaires. Celui à qui Trump, cet étonnant spécimen du « populaire », a parlé, susurré - oreille,  cœur,  ego, et pourquoi pas, couilles,  dans chacun de  ses meetings.  Il faut avoir, même vite, mis le bout de l'orteil  dans ces terres de l'Amérique de tous les jours, une autre que celle des films, des livres et des chansons, fussent-elles celles du barde nobélisé. Avoir, sous un ciel blanc de chaleur plombée, par exemple, dans le bleu-rose étrangement layette de Miami, vu ces «  vieux et vieilles américains » de Floride, saturés d' héliotropisme dans leur parc-à personnes-âgées-apeurées, garantis sans émigrés, enfants, ni parfois, animaux.   Mauvais goût définitivement hors concours. Et que dire de tous ces vrais-faux Cow-boys des Grandes Plaines, plus blancs et racistes épais qu'on ne peut l'imaginer, territoires plus perdus que nos villages du Cantal, ceux qu'on voit si bien dans «  Brokeback mountain », ce film-chef d’œuvre qui dit Trump avant Trump... Étrange peuple, de notre point de vue, et différent, vivace ou plus assourdi depuis toujours ou presque, tout au long de l'Histoire américaine, depuis  1945, au bas mot. Petites classes moyennes agrippées à l'avoir, à cet américan dream du pionnier ayant posé son sac, d'une way of life, dessinée par la voiture, le réfrigérateur en attendant l'ordinateur. Ils ont cahoté  au rythme de la croissance généreuse,  et des inquiétudes des interventions ou des initiatives dans les guerres de ce qu'ils nomment en iliens qu'ils sont, le « rest » du monde, se sont trouvés immergés dans la crise des « Subprimes », ont chuté en 2001 avec les Tours... Comment de tels marqueurs auraient-ils pu s'effacer, ni même s'amoindrir – en vrai, ou via les TV et réseaux sociaux, dans la cacophonie actuelle des migrations, du terrorisme, menaces cauchemardesques d'invasions définitives... Tout le bruit de la victoire de Trump est là, mais était perceptible dans son raffut bien avant la nuit du 8 ; non ?

Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 novembre 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

… 4%, dont dégouline chaque « une » – quotidien, hebdo, voire pseudo-journal-photos du coiffeur –, dont résonnent en étrange boucle tous – j’ai dit, tous – les 1/4 d’heure des radio-infos (du café du matin, qui vous sale la tartine de confiture, comme un coup de mer inattendu, au repas de 13h juste derrière le jeu des 1000 euro – écoutez bien, machin : quel est le président de la Vème république le plus mal en point dans les sondages ? Réfléchissez ! Mais machin n’en a pas besoin, il fuse, il sait, et lève le doigt comme le petiot de la maternelle : François Hollande ; salve d’applaudissements : il a gagné !

Qui n’imaginerait le président, par ces heures glaçantes ou brûlantes, ces mal-heur(e)s médiévaux, se lever le matin – bon sommeil, on en doute une miette – ouvrant sa boîte à infos perso – presque intéressé, au fond – en se demandant, si c’est le jour où il va se trouver en-dessous de 0% d’opinion favorable et enfin être sûr d’entrer dans les livres d’histoire…

Oui-da, le Hollande-Bashing le plus hard du quinquennat s’annonce en fanfare. Bruits de tous genres, du concours de pets malodorants aux restes de tonitruances quasi wagnériennes, en passant par toutes les imitations de cris d’animaux, saugrenus, dangereux, inconnus et peut-être même inventés de toutes pièces. De ci, de là, glisse la mielleuse fadeur d’un Mozart raté, en guise de peau de banane bien sûr. On se demande finalement comment ça tient, un Hollande, là maintenant, et on interprète la hargne perfectionniste qui l’accable, par des interrogations du type : – C’est pas vrai, pas encore mort ! S’agite encore, la bête ! Remettons-en une couche, qu’on en finisse enfin ! Et les pelles de s’abattre, de Droite, de Gauche – on en compte vraiment beaucoup, là : Hollande lâché par son camp, par les siens, la meute hurle contre le président… un livre, pour le coup, de tous ces titres alléchants. Que d’honneurs on lui fait finalement… Serait-il si gênant ? Si important, incontournable ? Sait-on. Dans les temps médiévaux ou de la si douce inquisition, n’en doutons pas, le bûcher fumerait dare-dare… l’hérétique Hollande… on hallucine.

L’accusation fulmine avec dans les mains deux – définitives – pièces à charge. Le fameux livre de confidences, dont je vous ai parlé dans une précédente chronique avec l’ire qu’on aura remarquée. Je maintiens à cette heure que l’absence de congruence historique quant au temps de parution du livre, est l’erreur majeure de l’affaire. En doublette avec cette non moins curieuse absence de volonté de relecture. Par contre, j’ai eu depuis l’occasion de lire de forts pertinents articles, ainsi que de très hauts débats Facebook, signalant que chaque élément « confié » était bien assorti de son contexte (ce dont je doutais). Résultat fort différent du coup et éclairage cru du côté tronqué des phrases ou bouts de conversation hachés, hors-contexte – ainsi, le fameux passage sur les magistrats, entre autres : en pleine affaire Taubira-savait-elle, il défend sa garde des sceaux, bec et ongles, arguments solides à l’appui. Difficile de l’appréhender hors du livre lui-même, convenons-en. Pour autant, le président bavasseur, jacassant au comptoir de la république sur un tel et l’autre, est-il défendable ? Je ne pense toujours pas. Mais la façon dont les médias ont alimenté le feu de jour en jour – pages ouvertes sous le nez – tendant le micro à tout ce qui arpentait le chemin, pour s’ébaudir sur ces « tronqueries », est plus qu’indélicat, c’est obscène. Manipulation, malhonnêteté intellectuelle ? Évidemment. Comment se prétendre, dès lors, encore favorables à une candidature d’honneur, à défaut de gagnable, d’un tel personnage ? Et, pour le président, comment ne pas faiblir dans son projet de candidature ? Si l’on ajoute – fabuleuse coïncidence – la valse des Concurrents se jetant sur l’aubaine en se voilant tout soudain la face – Cambadélis ? Bartolone ? Et pourquoi pas Valls (au jeu des chaises musicales, qui resterait en piste ?). Tous ont eu des propos où la honte le partageait au déshonneur, les larmes de déception nous aspergeant presque dans le bruit feutré des vestes se tournant à moins que ce soit ce chuintement des rats quittant le navire… Vous savez bien.

Refaire la démocratie, Dix-sept propositions Rapport dirigé par Claude Bartolone et Michel Winock.

Ecrit par Martine L. Petauton le 29 octobre 2016. dans France, La une, Politique

éd. Thierry Marchaisse, septembre 2016, 299 pages, 14,90 €

Refaire la démocratie, Dix-sept propositions  Rapport dirigé par Claude Bartolone et Michel Winock.

Quel livre opportun ! En ces temps où pas un jour ne passe sans qu’on n’annonce – sinistres Cassandres – que la mort de la démocratie est à nos portes. Mais un rapport, sa connotation froide et juridique ? Institutionnel qui plus est, accouché de mains innombrables, en grande partie politiques, alors qu’on sait le rejet que provoque le mot seul… Raisonnable ? ou plutôt vendable ? Et de nous dire que l’éditeur est bien courageux…

Or, il est clair que tous ceux que le recul effrayé tenterait auraient grand tort, car – sans aller certes jusqu’à dire que c’est le roman de la rentrée – cet opus se lit comme un roman avec l’appétit passionné qui accompagne. Le récit des institutions, de leur état pas toujours flamboyant, des possibilités diverses de les améliorer, de les rendre vivantes et tant qu’à faire plus efficaces, est le cœur de cible du livre, et c’est rapidement qu’on avance à grands pas dans ces chemins convenus austères. D’autant que c’est nous qu’on interpelle, nous, citoyens, notre possible agir ; plutôt rare dans un domaine où la dépossession règne en maître, d’habitude. Institutions présentées avec un rare talent pédagogique, dont on sort incontestablement plus savant, et surtout plus consolidé, car on comprend d’entrée qu’elles sont le socle in-négociable de la démocratie politique, représentative, et plus au fond, sociétale. Que démocratie n’est plus synonyme de seuls palais lointains de la république, mais doit se décliner « dehors » et plus largement.

Rapport croisé de multiples entretiens, questionnaires, animé par le groupe de travail sur l’avenir des institutions, réuni de novembre 2014 à septembre 2015, sous l’autorité du Président de l’Assemblée nationale qu’on ne présente plus, Claude Bartolone, faisant équipe avec le grand historien Michel Winock. Autour d’eux, des membres de Partis Politiques, Majorité comme Opposition, et une pléiade de gens venus des bancs des assemblées ou de la société civile, tous experts à un titre ou à un autre. Tous, faisant autorité, de là où ils parlent. Travaux remarquables, appuyés sur des outils scientifiques de construction d’une enquête (les questionnaires, l’analyse des réponses figurent du reste dans les annexes). Nous sont livrés dans le présent livre, via la trame des discussions, les fameuses 17 propositions pour réformer la démocratie, auxquelles ont abouti ce travail dense, de même, en fin de rapport, que le contenu de certains travaux particuliers d’éminents participants – sachant que le manque de place a entraîné un choix, mais ceux qui, au sortir de ce rapport, voudraient approfondir, pourront se rendre sur le site de l’Assemblée Nationale.

Ces lettres que je n’ouvrirai pas…

Ecrit par Martine L. Petauton le 22 octobre 2016. dans La une, Littérature

Ces lettres que je n’ouvrirai pas…

Gallimard publie ce 13 octobre plus de 1200 lettres de François à Anne ( durée considérable de 1962 à 1995) ; impressionnante somme de la Collection Blanche.

Intérêt toutefois à débattre, de même que la démarche…

 Il est incontestable que ces documents – pièces authentiques qui devaient tenir un sacré bout d’armoire – nous touchent tous, quand on les imagine – ficelés ou en vrac, cette lettre-là débordant peut-être du tas, car lue et relue, écrits, quand on connaît l’auteur, son écriture, ses biffures, avec le stylo noble de l’écrivain que fut François Mitterrand. Émouvants, évidemment, par l’encre qu’on devine un peu passée de ci, de là, et le papier sépia du grand âge du grimoire. Bien sûr. Mais, de là à les sortir à la lumière crue du temps médiatique, à les publier, à ce que je les tienne, moi, entre les doigts…

 Il faudrait vraiment qu’il y ait un intérêt, je dirais, collectif. Non, celui, si banal, qui court aux côtés de toute personne publique ; évidemment pas celui des Gala-Voici, qui, du coup, redonnent de la voix à grands coups de photos, ni des bonnes feuilles de ce cher Nouvel Obs qui dégouline à sa manière. Non, il faudrait qu’il y aille de l’Histoire, ses champs nobles et de haute altitude qu’il fréquentait, lui ; et dont, nous tous, aurions besoin pour éclairer, comprendre, croiser au détour de ces lignes, l’actualité de cette époque, ou de cette autre, « sa » façon d’en parler, son ressenti. Alors, pourquoi pas, en effet, publier ces textes au titre du document historique, qu’ils sont à leur façon, regard d’un acteur politique de sa dimension.

 En ce cas, pourquoi ce parti pris d’exhaustivité, de prétendue exhaustivité, plutôt ? Publier la somme et, non – j’aurais préféré –  seulement ce qui nous concerne tous, reléguant la part – considérable – de l’intime et du privé au-dedans et non au dehors. Ce qui serait resté aurait nourri – justement parce qu’il s’agissait d’une écriture venue de l’intérieur et à destination de l’intérieur – nos recherches historiques à venir, même si (j’en ai l’impression) la moisson aurait été au fond assez peu abondante… Il aurait fallu, pour lors et dans l’éventualité de cette démarche qui a sans doute été pesée, trier, éliminer ces kilomètres d’intime valant hors sujet. Tronquer ces textes, mais, l’aurait-il vraiment accepté, lui qui vénérait à ce point l’écriture… ou bien, ne publier que quelques morceaux choisis, façon de ces grands des temps classiques. En ce cas certaines lettres apparemment magnifiques dans l’expression amoureuse, érotique auraient trouvé leur place ; quelques-unes, mais pourquoi toutes…

<<  3 4 5 6 7 [89 10 11 12  >>