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Atterrée à moins que sidérée...

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 octobre 2016. dans La une, Politique, Actualité

Atterrée à moins que sidérée...

L'actualité – c'est formidable pour RDT – nous alimente avec une constance de mère nourricière, et cette semaine, le choix s'est présenté vaste comme ces buffets où l'on peut pour un prix x, se goinfrer à l'infini.  Quid des premières lances brisées au tournoi des Primaires de la Droite, tandis que, presque dans le même temps médiatique il nous fallut dresser l'oreille – à défaut de l’œil, au vrombissement du «  Confidences d'un président qui ne devrait pas dire... », si l'on me permet d'en bidouiller le titre.

 Dans les deux cas, j'en ressors atterrée, c'est à dire consternée, et sidérée, comme arrêtée en vol, rassouillée plus que par notre épisode cévenol Héraultais ; de la flotte froide qui vous étouffe et un vent de tempête qui submerge le peu de sérénité que vous aviez encore au fond des poches.

 Les 7 chevaliers tout sauf blancs des Droites, agencés comme à la messe, pas toujours à l'aise – ce genre de ballet démocratique n'étant pas si usuel dans ce camp – nous en ont donné pour feu notre redevance. Tant, par le dessous des programmes aux hampes ( il faut tendre l'oreille à ce – plus libéral que moi, tu meurs, et à ce simplet défaire le quinquennat Hollande, et tout baignera), que par – jouissif – ce parfum saturant le studio de haines recuites ou plus fraîches, dont le spectacle fut vraiment à la hauteur. Tout ça nageait dans un XVIème siècle des guerres de religion, des Guise aux abois ou des lansquenets de Henri III, planqués dans l'escalier de Blois, aux petites heures. Les regards, les postures gestuelles, les mimiques retenues ; parfois le bruit d'une arme tombant : ce marmonnement de Fillon à Coppé – tu réécris l'Histoire, ce glaçant – tu n'étais pas assez important pour traiter de cette loi sur la  Burka, à Coppé encore,  venu d'un Sarkozy, impérator fulminant égaré dans ce peuple ... J'encourage ceux qui ont loupé ce volet 1 de la série à s'y précipiter en replay d' urgence...

A tout seigneur... il convient aussi de s'occuper du  président... le mien, notamment. Premier exploit, il y a peu, souvenons-nous : avoir accepté la manœuvre quasi folle d'acheter des trains – foin de la SNCF, pour contenter un petit nombre d'employés d'Alstom-Belfort, que l'on voulait « déporter » quelques miles au Nord. Trains qu'on donne à fabriquer, puis à faire rouler, si j'ai bien compris, sur d'improbables et non nécessaires trajets, assortis de contraintes techniques, donnant au projet un air de conte pour enfants quelque peu crédules... Grands travaux du XIXème à moins qu' image de ces rois – d'Ancien Régime bien sûr, octroyant de baroques cadeaux à leurs sujets. Carie  déjà fort dérangeante. Non content de ça,  et quasi dans la foulée, le livre, non du siècle mais du quinquennat, ce Verbatim au petit pied, pas d'un conseiller partant de sa position pour regarder et causer sur le règne, mais – autre façon,  sorte de fenêtre ouverte sur l'Exécutif  dans ses œuvres, au quotidien, observant « tout » et le reste ( à quatre yeux et oreilles de deux journalistes choisis, comment et sur quels critères, mystère) pour en faire un rendu-somme – plus de 600 pages – censé  être un Mon quinquennat vu par moi,  par  François Hollande... La démarche m'échappe un peu, si ce n'est la certitude de la maladresse et de l'inopportunité.  La façon dont on l'exploite, triturant bribe de confidence et reste de phrase tronquée, par contre, n'échappe à personne, en ces temps difficiles et délicats de fin de mandat. Il fallait s'y attendre et  il est impossible, pour autant, me semble-t-il de défendre là, quelque chose ou quelqu'un.

Le migrant et les deux Europe

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Le migrant et les deux Europe

L’autre ne fait décidément plus recette en Europe… et cela, même si, quelques centimètres avant le précipice, le projet de Victor Orban, le Hongrois, a butté hier sur l’abstention massive (près d’1 Hongrois sur 2 n’a pas voté) avec pour conséquences la non-validation juridique de la consultation. Mais on sent bien que c’est reculer pour mieux sauter, demain n’est plus sûr. La falaise d’Etretat est pilonnée patiemment à sa base…

Ce 2 octobre, en Hongrie, à l’abri de murs hérissés de barbelés, gardés par des chiens et des milices, Victor Orban voulait consolider un pouvoir largement populiste, si ce n’est fascisant, en faisant voter non à la question simpliste de son référendum :« Voulez-vous que la Hongrie accepte des réfugiés venus de Syrie ? »(on aura compris que la phrase est modulable à toutes autres origines de migrants). Sur le total exprimé, pas moins de 95% se sont prononcés pour ce « non ! » Le pays, à ce titre, peut devenir un modèle générique que d’autres déclineront à l’envie : ceux qui s’opposent aux « hordes » venues d’ailleurs, aux « invasions barbares », à ceux qui ne sont pas comme nous, en ça ou en ça, à l’ailleurs simplement. Ceux qui « en ont » ! Ceux que l’étrange étranger transit. Prototype de gens, de pays qui prônent la fermeture, le mur, la frontière de fer, comme seuls viatiques et programmes… Hongrie des grandes plaines où passèrent les Huns, où mugissait Gengis Khan en son temps. Unique ?? ou, malheureusement, première de cordée dans une foule de semblables ?

Cohérent, en tous cas, le petit pays nageant avec les autres de l’Est en dehors du communisme, partageant avec certains voisins cette signalétique, hors du système soviétique, dont il a souffert, hésitations multiples sur les voies « démocratiques » à choisir, adhésion à l’UE, moitié pour avoir une identité, moitié pour les mannes diverses et trébuchantes. Comme ailleurs – plus qu’ailleurs – un penchant pour des pouvoirs forts en gueule, une fabrication sur le tard et à la va-vite d’un type-hongrois mitonné à l’ombre d’un récit national (lisez donc les livres d’histoire des petits), insistant sur une identité, y compris chrétienne, dont les façons de vivre ne sauraient cohabiter avec d’autres, et surtout pas des musulmans. Ce qui correspond aussi au « sentiment national » des frères polonais, actuellement. Résumons : racisme, nationalisme, lecture pour le moins originale des valeurs des Lumières droits-de-l’hommiste et du christianisme, vision lointaine et fantasmée de l’UE à laquelle ce dimanche un défi – signe d’un pouvoir dangereusement hargneux – avait été lancé ; a été bel et bien lancé. Comme un autre Brexit qui aurait sonné au soir du 2 octobre… voilà ce qui se cuisine à l’Est. Un Est dans les 28, pourtant, car, chaque pays de l’union n’a-t-il pas accepté l’obligation de recevoir et de traiter au mieux des Droits de l’homme son quota de migrants ? La Hongrie européenne, de facto, également, mais la Hongrie de Orban s’autorise autre chose – schizophrénie curieuse. Au nom du pouvoir souverain de son peuple aux opinions évidemment mouvantes, comme c’est le cas de tous les peuples, ce peuple tout d’un coup idolâtré, en capacité de s’affranchir du Droit de la collectivité à laquelle il appartient. Référendum bonapartiste à la clé, qui ficherait à la poubelle des engagements du vivre ensemble, à plusieurs. Colocation à la hongroise, particulière. Modèle futur de vie dans une Europe à plusieurs vitesses et cercles, image de moins en moins floue de ce choc à venir entre le projet collectif et les valeurs et le repli sur un souverainisme encore frétillant. Pour lors, UE dont les « diktats » passant au-dessus de la tête des peuples serait devenue insupportable – ce que dit le vote de Budapest du jour – pour ces pays nouveaux adhérents, dont on analyse sans fin chez nous la faible maturité politique, la difficulté d’accepter la dose de collectif que porte l’UE, ceci au nom de leur récente histoire et de leur besoin inextinguible de libertés. C’est d’une autre Europe que la nôtre, dont parlent – même – certains intellectuels de ces pays d’Europe Centrale – laissons de côté la prétendue « populace » propre à tous les fascismes. On y dessine une Europe ferme, arc-boutée sur sa « civilisation » chrétienne, sur des frontières moins poreuses, militairement défendues. A l’intérieur, nous tous, à l’extérieur, les autres. On se croirait revenu au fameux choc de civilisations et à ses bulles, au siège de Vienne, au XVIème siècle, face à Soliman ; un monde en morceaux bien délimités. Un univers, des mentalités qui disent bruyamment : tout sauf cette globalisation, des marchandises – passe encore – mais des hommes ! Halte là. J’entendais dans un sujet TV, un responsable hongrois, tout sourire, présenter son pays comme le fer de lance de la défense de l’Europe, façon / poussez-vous de là, on s’en occupe…

A l’homme qui réfléchit

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 octobre 2016. dans France, La une, Politique

A l’homme qui réfléchit

Comme elle est difficile, la danse de Saint-Guy, qui à l’origine fut, on le sait, une maladie des temps médiévaux, lésion du cerveau : le bonhomme s’agitait, comme d’un pas à l’autre, sautant, reculant, habité d’étranges soubresauts, l’œil ailleurs, sinon vide. Si j’en parle, c’est que beaucoup imaginent assez bien actuellement notre président dans ces transes : faire, pas faire, avancer, reculer, sauter, non, remettre le projet. Y aller, ou pas, plus tard, faut voir…

J’imagine, moi aussi, comme les analystes, comme tout un chacun, ces bouffées de perplexités, ces trouées d’inquiétude, de fatigue, peut-être quelquefois – à peine – ces visions fugaces sur le gouffre du non maîtrisé, de ce qui échappe, mais je sais, le connaissant un peu, que ce n’est pas Hollande, ça. Que ce sont là, postures plus que réalité, du donner à voir pour perdre le premier journaliste qui passe, un rien parfois, n’en doutons pas, de déstabilisé par le grand vent – on le serait à moins. Forcément. Mais il y a en cet homme des réserves de prudences, de toutes les couleurs, d’intelligence politique hors pair, on le sait, de la ténacité à n’en pas mesurer le fond, du sang-froid, qu’on ne voit jamais au premier regard mais qui ne quitte pas le derrière des sourires, de la résilience à revendre aussi. Quant à la rondeur apparente, diplomate à souhait, elle fait mal quand on s’y cogne – tiens, comment tant de rond peut autant couper aux angles, étrange géométrie… Cet homme – le privé, je n’en dirai mot, mais le politique, le public – est facettes, comme peu.

Complexe, est l’homme, plus que compliqué, depuis le début, bien avant l’élection, quand il s’est accordé à lui-même ce droit de se présenter, aboutissement d’un chemin de réflexion personnelle, que je pense avoir été sans concessions, sans place laissée plus que de nécessaire aux influences, à l’opinion de l’entourage. C’était, et c’est quelqu’un qui consultait et accordait de l’écoute à vos dires, et du prix, mais tranchait seul et plutôt silencieusement. Dirigeant politique et non petite girouette mendiant le quoi faire du bec d’autrui, il avait – il a – ce sens de la concertation puis de la décision ; le sens aigu de la concordance des temps grammaticaux n’ayant jamais manqué à F. Hollande ; pas plus que le sens de l’avant, de l’après, figurez-vous. Donc, ces jours-ci, quand on le sent, interrogé, presque sceptique, qu’en penser ? sachant qu’on ne saura pas tout du dedans des choses…

Ce qui ne fait pas question, c’est qu’il est l’homme qui a porté, porte et compte porter jusqu’au dernier jour, âpre à la tâche sous de faux airs bonhomme, que les hiérarchies les grandes et les plus fines sont totalement prises en compte, donc que le travail présidentiel n’est pas arrêté par le futur électoral – le sien, j’entends. Encore heureux, me direz-vous. Comparons toutefois, un œil dans le rétroviseur… Pour autant – là encore dans la petite mesure de mes expériences – l’homme  butte et risque de butter sur ce qui ne touche pas au tangible : il veut bien nous entendre sur le réel de nos vies – toutes – mais renâcle à s’emparer de nos imaginaires, de nos subconscients, de ces « impressions que, sentiment de » qui pourtant foisonnent et alimentent ces représentations fumeuses et redoutables qui colorent l’opinion aux abois. Il me dirait – sûr – : mais de quoi s’agit-il ? Et les chiffres, la Sécu (quoique, à affiner…), le chômage (jusqu’aux données actuelles, certes, mauvaises), l’effort dans l’industrie, les contrats avec l’étranger, la sécurité et Cazeneuve, la défense et Le Drian, le formidable travail de Valls… le chantier avance, vaille que vaille, et la façon plutôt flatteuse dont Hollande est perçu à l’Étranger – l’homme d’État de l’année – lui donnent raison, au sens où l’Histoire le jugera évidemment mieux que l’opinion. Mais… et, là, je vois d’ici son regard non convaincu, quid justement des tissus de l’opinion, le tangible et le reste, tout le reste, les fantasmes y compris, et les peurs, ah ! les peurs, un domaine étrange pour cet optimiste grand teint. Tout ce qui pèse pourtant, dans les sondages annonciateurs de défaite pronostiquée en défaite claironnée, au même titre que la « réalité », ce qu’on peut attendre et vouloir, raisonnablement, ce qu’on peut admettre et comprendre, ce qui – excusez du peu – est pourtant la partie majeure de la balance, mais qui ne semble plus l’être dans le prisme actuel.

RAMSES-IFRI 2017 : Un Monde de ruptures

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique

Collectif, sous la direction de Thierry de Montbrial et Dominique David, Dunod, 345 pages, septembre 2016, 32 €

RAMSES-IFRI 2017 : Un Monde de ruptures

Ouvrage prospectif de référence de l’IFRI, la revue Ramses (rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies), publiée chaque année, est un cadeau pour chaque citoyen. Et quel cadeau ! Un livre s’ouvrant sur le monde d’aujourd’hui, au bord de celui de demain ; des clefs – bien entendu – « des » et non « les », pour s’y retrouver un peu dans l’univers en chemins sinueux dans lequel nous vivons ; cet environnement qu’on s’accorde tous à trouver de plus en plus complexe, mouvant, et difficilement lisible souvent. D’où la place éminente et grandissante qu’occupe la géopolitique, et plus en retrait, la géo-économie, qui peut diriger les guerres ; toutes qui, au temps ancien de mes études, ne faisaient que  murmurer. Or, qui, aujourd’hui, dit géopolitique, dit – notamment – IFRI.

« Un Monde de ruptures » est le titre judicieux du numéro 2017, et le dessin de couverture d’une mappemonde fracturée en multiples morceaux va dans ce sens. Rupture(s), mais encore ? Où, qui, comment ? L’équipe a ciblé 3 axes : le Terrorisme, le Moyen orient, la Crise européenne.

Dans une longue et brillante introduction, titrée « Perspectives », Thierry de Montbrial, fondateur et président de l’IFRI, donne le ton dès les premiers mots : « Le rêve d’une mondialisation heureuse se dissipe… mais le phénomène polymorphe de l’interdépendance continue de s’approfondir ». Positionnement clairement posé d’entrée : une mondialisation de rêveurs avec abolition des frontières demeure à exclure ; restera un monde de « Nations, d’États et leurs interactions… démultipliées sous l’effet des technologies dont les axes sécurité collective et rapports de force (demeurent essentiels) ».

En regardant de plus près, la Chine – à tout seigneur… – continue de prendre le tournant de l’après-croissance à tout va, doit s’insérer dans la diplomatie internationale et prendre en compte l’environnement. La Russie de Poutine, pour laquelle l’Extérieur renforce l’Intérieur, a réussi son retour sur les grands théâtres, au Moyen-Orient, et en Syrie notamment. Arrêt sur image dans le Golfe, pris entre la menace de la renaissance iranienne, et l’incarnation du Wahhabisme dans Daech, mais à moyen terme, devant faire face au déclassement à prévoir des états dont la puissance économique est mono-dépendante du pétrole. La chute des prix des hydrocarbures étant, nous dit T de Montbrial, « un des phénomènes les plus importants de la période ». Est examiné ce « pivot vers l’Asie », axe majeur de la diplomatie américaine, alimentant aussi bien « la lutte pour le maintien de la suprématie », que « la promotion d’une mondialisation américaine ». Le Moyen-Orient d’aujourd’hui était le sujet phare du numéro d’été de la revue politique étrangère de l’IFRI ; qu’en sera-t-il demain ? L’Iran, une partie de la Syrie, l’Irak et le Liban, soutenus par la Russie, seraient une partie possible de la scène, tandis que la Turquie, Israël, l’Arabie Saoudite et l’Égypte en seraient l’autre partie, soutenus par les Occidentaux. Un nouvel équilibre – pas de nature à faire renaître l’antique Guerre froide – axé sur une réconciliation Turquie/Israël, l’amélioration des relations turco-russes, mais aussi de celles entre Moscou et Washington, et la persistance d’un Iran réintégrant la communauté internationale. Quant à l’Afrique qui devrait, martèle Ramses, s’affirmer « comme le continent en développement complémentaire de l’Europe », de nombreuses zones d’ombres et questions en limitent la prospective. Toute une partie de ce texte introductif est légitimement consacrée au devenir de l’Europe en tant qu’union, tant l’afflux des réfugiés, et le coup de tonnerre du Brexit (« le génie du référendum est sorti de la bouteille ») alimentent des rejets, déceptions bruyantes, et déstabilisations en cours. S’il y a bien un endroit dans le monde sur lequel la lunette en 2017 doit rester braquée, c’est ici, en Europe. L’IFRI alerte sur plusieurs points, entre autres la nécessité vitale d’un couple franco-allemand bien vivant, prendre acte qu’on a, côté frontières, supprimé les intérieures, sans renforcer la frontière extérieure de l’UE, que les confusions réfugiés/immigrés sont dangereuses, que – l’Allemagne le sait plus que d’autres – notre démographie vieillissante a besoin d’arrivées extérieures… Certes « le scepticisme n’est pas un rejet radical mais plutôt un appel à une révision générale », et on s’achemine vers les cercles concentriques d’une union à plusieurs vitesses, mais la terrible face noire de la mondialisation qu’est Daech – présent sur 5 continents ! – vient, en Europe aussi et surtout, brouiller la visibilité de l’avenir 2017.

L’irrépressible besoin d’alternative

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 septembre 2016. dans France, La une, Politique

L’irrépressible besoin d’alternative

Aller vers autre chose, tâter d’autres solutions, marcher dans des chemins neufs, ou même – foin ! – abandonnés depuis des lustres, ayant du coup gagné au milieu de leurs friches, un petit quelque chose du tout neuf des origines. Mais changer ! Comme on retapisse la salle à manger au coin d’un été (certains, surtout certaines, le savez-vous, bousculeraient meubles et déco tous les 2 ou 3 ans, même pas un quinquennat, en un besoin quasi maladif). Opter pour un autre horizon ; le sien, on ne peut plus le voir « en peinture ». Combien vont, on le sait, jusqu’à pousser la manœuvre dans le champ dangereux des équilibres familiaux, affectifs... Changer, donc – pense-t-on, respirer mieux, survivre. Et vous voudriez que cela ne résonne pas, à l’identique ou presque, sur les discours politiques du péquin-citoyen (paraît-il) de base, celui qui gueule qu’on « en a marre », que tous « dégagent », qu’on voit enfin du nouveau, à n’importe quel prix…

Si l’on met à part le volet profondément déçu, amoureusement dépité, de ceux pour qui le Hollande-bashing 1, 2, en attendant les autres possibles d’ici la fin du match, a été la façon de pleurer devant tout ce qu’on attendait dans nos rêves, ce qu’on s’était imaginé pouvoir avoir (que je ne confonds pas avec ce qu’on nous avait promis et qu’on n’a pu tenir), tout le reste – peu s’en faut – de ces rejets de l’Exécutif, des partis de gouvernement, notamment le PS, adulé pourtant dans un passé pas si lointain, de la politique en général ; tout – semble-t-il – relève de ce haut mal : un besoin qui saute les digues de ces alternatives (le singulier étant plus adapté) qu’on n’a cessé de demander, de contestation contradictoire technique en manifs mono maniaques, de cris médiatisés en fureur à la une des journaux : – enfin, ça ne peut plus durer ; arrêtons tout, là, tout de suite, et partons pour autre chose… car dans l’affaire, la cohérence, l’étalage des conséquences, le futur convoqué à la table des réflexions, ne sont pas du bal ; seul compte le besoin, cri primal politique à sa manière, qui n’accueille nullement ce mot honni de possible ; voyons un peu comment le satisfaire, et vite, s’il vous plaît.

Entendons-nous bien ; ce besoin furieux n’a quasi rien à voir avec les préparations diverses des alternances politiques, passant par des programmes, qu’on va préférer choisir par un vote majoritaire, mettre en œuvre, des hommes aussi, d’autres que les binettes que nous servent les images ; non, tout ça correspond trop au mécanisme classique (ronronnant diront certains) d’une démocratie à la manœuvre, telle qu’elle avance ces temps-ci, en vue des Présidentielles, avec en bandoulière la petite novelleté des Primaires. L’alternance à laquelle s’accroche ingénument la droite ne comblera en rien la soif d’alternative, car, en quelque sorte, celle-ci porte en elle l’impossibilité de sa satisfaction. L’alternative, comme elle est souhaitée, rêvée, de fait, c’est autre chose ; ça ressemblerait plus à la Geste anglaise de Juin : saut dans l’inconnu (évaluation des conséquences absentes du film ; usage immodéré du processus référendaire donnant une impression énorme de pouvoir aux votants, reculs inouïs des politiciens traditionnels une fois le Brexit acté). La furieuse envie d’alternative, telle qu’elle est jouée sur notre théâtre, va avec la folie brouillonne, débordante d’énergie peu maîtrisée de l’adolescence. Sympathique, à retravailler pourtant, à confronter puis affronter au réel, auquel on n’échappera pas dans sa vie d’adulte. Ce sont les Podemos (« nous pouvons ») en reculade espagnole, ce fut le Syriza et sa dure traversée des réalités. Ici, à cette heure, je ne vois pas grand monde qui leur ressemble vraiment, mais beaucoup d’essais infructueux de pâles copié-collés… Pour autant, ce besoin intéresse au plus haut point nos populismes, partout en Europe, outre Atlantique, aussi chez nous – déferlante FN oblige – encore plus. Ceux-là, dont on ne sait pas grand-chose, dont on ne lit pas des programmes précis, qu’on n’entend pour ainsi dire pas – regardez la Marine – protègent cette imprécision, ce vague « j’en pense que » de comptoir, ces colères fumeuses de réseaux sociaux crachées en deux lignes et trois émoticônes, qui composent si bien avec la faim d un autre chose qu’on veut avant tout fantasmer.

Crépusculaire, la rentrée politique…

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 septembre 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

Crépusculaire, la rentrée politique…

On hésite : ce tableau deCaspar David Friedrich, où deux hommes vêtus de noir regardent – ils sont de dos – un « paysage du soir » ? Et puis, non, car l’horizon y est ouvert sur le rougeoiement de lointains portant leurs lendemains, donc des possibles. Ou bien, plutôt, ce Gérard Garouste, « les violents contre eux-mêmes », un homme abîmé, torturé ? faisant face à un arbre-pieuvre aux têtes menaçantes, bref une image de cauchemar, fin d’époque, lugubre banquet où chacun mange le voisin...

Sombre et inquiétante à souhait, la rentrée politique 2016, basculant ses néants, d’Université d’été en causerie de place de village. Rien qui ressemble en fait à ce que nous connaissions ; nos rituels, où Majorité portait beau et bronzé au sortir de vacances reconstituantes, où Opposition glapissait, pleine d’appétit, toutes dents dehors blanchies par l’été. Chacune bien calée dans son rôle, un brin de guignol, mais encore du vrai politique. Rien, il faut dire, dans cette annus horribilis – une de plus – ne sonnant plus comme naguère.

La Droite, pardon les multiples Droites, entament en fanfare le bal, tirées au milieu de la piste par le plus agité des siens – remuant, comme on le dit d’un enfant sous Ritaline. Sarkozy mène la danse avec un son de fin de vieille récré de 10 h, comme toujours. Tire la couverture à lui avec force grognements, est de toutes les photos, à peine plus grisonnant que dans nos mémoires de 2012. Avez-vous remarqué, dans ses serrages frénétiques de mains de ses fans (seigneur ! encore fort énamourés), il ne cesse de dire : merci ! étonné probablement qu’on lui propose encore un rôle. Tout, à droite – et tous – dérivent plus ou moins bruyamment dans le « plus à droite, toute ». Décomplexée ou plus gênée la manœuvre, mais unanime. Face aux échecs électoraux à venir, supposés, de plus en plus plausibles, de la gauche de gouvernement, il faut que le drapeau claque clairement autre, alternance oblige, qu’il soit visible en haut du mât, que les signaux dits, écrits – voix plus ou moins haute et sonore – l’affichent partout : – quand on changera, ce sera pour le dur. Le Pen nous fait de l’ombre sur nos salades de demain, foin ! On va la doubler sur son extrême droite. Dans la foire de bonimenteurs à l’œuvre ces jours-ci, il y a ce qui est donné à entendre au peuple de Droite, électorat énervé et affamé, shooté par ses frustrations et le désir de revanche, plus loin du raisonnable que les chefs, et ce qui est glapi en direction des autres, des innombrables prétendants à la Primaire de novembre, du moins, de ceux du premier rang. Il y a là, les mines, la communication non verbale – Sarko plus mâle et colérique que le maire de Bordeaux, Lemaire, dont le sourire affable se perd dans l’œil sombre d’un Fillon… NKM tout en miel de surface et en aiguillons de fond. Et puis – mais qui d’entre nous a franchement perdu 3 heures chaudes à ouvrir ces textes – il y a le fond de sauce des programmes, chantant un « plus libéral que moi, tu meurs » à faire frissonner la canicule ; et pan dans les droits sociaux, pan dans les restes de l’État providence… allez donc voir vos retraites futures, vos chômages à venir, l’école de vos gamins, les soins de vos aînés… c’est là, dans le secret de pages froides et dures qu’on trouve le dénominateur des Droites, plus décidées que jamais à quitter les rivages d’union nationale conjoncturelle (réécoutez le diapason des leaders droitiers, franchement ignobles au lendemain de Nice), prenant de l’altitude (mauvais vents !) par rapport aux décisions de gouvernance qu’ils auraient prises identiquement, se voilant la face : – la République ! Quelle République ?

Mes jardins de fin d’été

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 septembre 2016. dans La une, Ecrits

Mes jardins de fin d’été

– Dis donc toutes ces mirabelles bleues, on en fait quelque chose, avant qu’arrivent les pluies  ? Et la voix qui questionne et celle qui répond, de résonner drôlement, plus hautes, plus sourdes, sautant de branches feuillues de verts endorés en brindilles – ces orties, quand même, quelle santé malgré la chaleur ! sur une herbe fatiguée de fin d’été qui traîne.

Corrèze. Là où l’après 15 août fait tourner la lumière ; toutes les lumières du Pays Vert. Il a souvent suffi de trois orages pour tasser les feux comme on couvre l’âtre avant de se coucher, les nuits d’hiver, comme les moines d’Aubazine (il fallait alors dire Obazine - opacina – sombre au Moyen-Age) à trois pas de chez moi mouchaient les chandelles de la nef cistercienne. Quelque chose se passe dans les fins d’été, par ici ; c’était aussi le cas dans mon Bourbonnais d’enfance ; le Massif Central la jouant magique dans ces subtilités. Les bleus francs du roi des étés de Théophile s’estompent sans quitter la scène ; ils jouent la « regrettade » ; la leur, la nôtre ; les verts surtout, ces mille verts d’ici baissent d’un ton ou deux, en partance pour les ors à venir, une respiration douce avant l’éblouissement de l’automne, « la » saison corrézienne. La cime des châtaigniers et de ce tilleul ont franchement roussi ces jours-ci, la récente canicule ayant fait son œuvre. Mais c’est cette langueur surtout en fin de journée, siestant dans les odeurs de fruits trop murs – fais attention aux guêpes ! Non, ne mange pas ces raisins, ils sont trop chauds… – qui est la vraie couleur de la fin d’été au jardin, une nostalgie en soi, un état fait de silence, d’attente et de tous les regrets. Un peu maso parfois, nous et ces moments-là…

Je reviens d’une visite que je fais rituellement, à cette époque de l’année, en famille, en Bourbonnais. Le jardin de ma tante domine la vallée du Cher, suffisamment pour qu’on suive cette traînée brumeuse sur la rivière, bordée par les lointains des Combrailles limousines. Les verts alanguis – autres qu’en Corrèze, qui tirent au nord sur le Berry tout proche – captent l’œil et le fixent sur les peupliers ombrant les prés des Charolaises. C’est une petite commune jouxtant à présent Montluçon, vraie campagne à l’origine, peuplée en un temps si proche et si lointain de ces ouvriers – tous communistes, précise tantine – qui avaient posé la cantine en un petit chez soi (les « chez nous » et autres « sans soucis » fleurissent encore, naïfs, dans le fer forgé des façades). Presque toutes ces petites maisons ont à l’arrière un jardin, clos, identique : 3 marches pour descendre, le robinet d’arrosage, le tuyau ou l’arrosoir, les outils, datant parfois d’une autre génération – l’abri de bric et de broc qui va avec. Jardin potager – les tomates tiennent encore bon, quelques courgettes, parfois ces Rhubarbes à confiture ancienne, mais on a déjà débarrassé des plates-bandes entières, ce n’est plus le plein juillet. Jardin fruitier surtout, avec au centre ce cerisier de Désertines, celui des petites noires dont on fait le « millard » (le clafoutis) de nos enfances. Des poiriers pas toujours greffés, ou mal, dont les fruits vont agacer les dents, trois pruniers – mirabelles, reines-claudes, et bleues – dans le meilleur des cas, quelques rangs de vignes à raisin de table tapissent un mur chaud – à se croire dans les Riches heures du Duc De Berry… – noueuses, ployant sous les fruits qui attendront septembre pour aller au panier, des branches de pêchers de vigne, les plus goûteuses, dont mon père soulignait la fugacité – à l’échelle du temps du jardin : quelques années, pas plus. En plissant les yeux, le matin, pas trop tard, la lumière, les fruitiers, le genre de maison ouvrière, les odeurs, on est à Montluçon, à ne pas s’y tromper, et pile à ce moment… et c’est comme un bonheur de saisir la valeur, presqu'éternelle au fond – de telles perceptions. Ce jour-là, trois générations palabraient à l’ombre – qu’il fait chaud ! Plus qu’en 2003, tu crois ? La tante, la nièce, la petite nièce. Bavardage diffus propre à ces jours de l’année ; chacun échange, bribes de souvenirs – tu te rappelles, avec ta grand-mère, le jour où… observations soudaines – mais au fait, comment va ton voisin ? Le divorce de son fils ? Trois rires partagés, du silence, on rentre un peu en soi, la rentrée approche… Francesca Solleville a chanté là un de ses plus beaux textes, Gougaud, je crois, ou bien Le Forestier « sous le marronnier du jardin / trois générations réunies / on a déjeuné, on est bien / au soleil de l’après midi ».

– Il porte beau ton olivier nain ! Tu l’as rapporté du Midi ? En hiver, j’ai un peu peur pour lui, mais finalement, pas si fragile que ça, la bête… Et la tantine de sourire, 86 ans à son chapeau de jardin, en octobre. – L’an prochain, j’acclimaterai un Bougainvilliers du Maroc ; il faudra bien 10 ans pour l’avoir pleines fleurs…

L’Europe au défi des populismes

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 août 2016. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique Etrangère de l’IFRI

L’Europe au défi des populismes

Le dossier principal de la Revue, cet été, s’annonçait de toute première importance, et fera du reste l’objet d’un prochain article (Moyen Orient, le nouveau « Grand Jeu »), mais notre propre Une de fin d’été, par sa composition et ses préoccupations se devait de cibler le sujet de Contrechamps : L’Europe au défi des populismes.

Deux forts articles dressent remarquablement l’état des lieux en ce domaine charriant les peurs de tout démocrate. Jean-Dominique Giuliani examine l’Union face à ces menaces, tandis que Georges Mink s’arrête sur le cas de l’Europe centrale, particulièrement la Hongrie et la Pologne.

Extrémismes, populismes, nationalismes à l’assaut de l’Europe

Leçon en tous points limpide et brillante, de Jean Dominique Giuliani, président de l’institut Robert Schuman et Européen convaincu, à l’optimisme non moins ardent. Le paradoxe est posé d’emblée : « L’Europe reste un modèle pour le reste du monde… et les sociétés européennes sont en proie à des doutes profonds ». C’est par ces failles, à l’œuvre depuis longtemps, que s’infiltrent les menaces actuellement affichées des populismes (opposant systématiquement le peuple aux élites, aux dirigeants et aux partis de gouvernement) et autres nationalismes (subordonnant tous les problèmes à la domination hégémonique de la nation).

Implantation grandissante dans le paysage européen de ces composantes menaçantes qui existent pour autant ailleurs dans le monde : depuis le début des années 80, du Parti autrichien de la liberté, à Le Pen au second tour de 2002, au Vlaams Belang belge, jusqu’au parti pour l’indépendance du Royaume Uni (et au Brexit d’hier)… Chemin d’ascension sinueux, de réussite à 2 chiffres aux élections, participation à des coalitions en marge des grands partis classiques, notamment conservateurs, mais pas seulement, jusqu’à leur visibilité actuelle en passe de devenir champions à part entière (Europe centrale, France, Royaume Uni, Finlande, Slovaquie, Autriche). L’image des populismes gagne en carrure et en puissance et se banalise dans l’opinion. Communication arc-boutée sur un discours antisystème, de rejet de « la classe dirigeante, fondé sur la proximité des politiques conduites quelles que soient les alternances ». Le « syndrome TINA – there is no alternative » étant assimilé à « tous pareils ».

Ces partis populistes se nourrissent évidemment des défauts de l’Union, fabriquant à un rythme industriel les europhobes, émergeant avec un discours brutal, du peuple des eurosceptiques. Imperfections de tous ordres, tant dans sa construction : son « refus de la puissance met à mal l’Europe dans les rapports de force internationaux », que dans son fonctionnement : « juridique, diplomatique et non politique, lointaine, inaccessible au commun des mortels… organisée à travers un rapport indirect à ses citoyens ». Plus de 30 partis populistes, nationalistes, extrémistes, pavoisent actuellement, amplifiant leur audience par les réseaux sociaux à la « parole libérée », et immédiate, surfant sur la Crise et montant en puissance exponentielle avec la peur des Réfugiés arrivant en Europe. C’est cette carte-là – un énorme potentialisateur – dit J-D. Giuliani, qui est la plus efficace pour effrayer, et forme la trame constante et porteuse de ces discours. Poids des images circulant en boucle, des peurs archaïques, des projections diverses d’« invasions ». On ajoutera au tableau l’arme des référendums utilisés de plus en plus, rêvés par les populistes et souverainistes comme substitut à la démocratie représentative, et ne seront pas négligés les « ennemis » supposés de l’Union, avec au premier titre, selon cet article, Poutine et la Russie, qui « n’aime pas l’Europe et a décidé de l’affaiblir par tous les moyens », argumentation qui mérite débat, mais qui est convaincante.

L’été meurtrier et le fait religieux

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 août 2016. dans France, La une, Politique, Société

L’été meurtrier et le fait religieux

Étrange période que cet été 2016. Traverser des Événements de première importance – et quels évènements ! – alors que le magazine est calé dans la langueur de son été propre – thème des vacances ! qui plus est, cette année. Le réel qui échappe à l’écriture-sur ; des Reflets qui s’estompent sur le temps qui incendie…

Nice ; Fête Nationale, en regard avec un État d’Urgence, dont notre président avait le jour même annoncé la suspension. Attentat opportuniste par un loup solitaire, malade mental ? Revendiqué, après peut-être temps de réflexion, par Daesch, de longues heures après… massacre de masse à haute valeur ajoutée médiatique, dont on a senti l’onde de choc, à cette impression, qu’alors, avec ça, tout peut arriver, que tout le monde peut y passer. Perception que la menace est partout, avant hier, ceux de Charlie – un semblant de terrible « logique » ciblée – hier, terrasses et Bataclan, tirage au sort de n’importe qui ; aujourd’hui, grande ville et mouvements de foule, puis après, dans le silence matinal de cette petite banlieue de Rouen, dans une église, où si peu de gens assistaient à l’office banal, et encore sur ces trottoirs quotidiens de Belgique où l’arme blanche frappa 2 policières qui passent. La menace est partout, imminente. Demain, dans mon jardin, au fond de ma campagne… La grande peur, forcément. Des hommes ; n’importe lequel (ce fou ? mais franco-tunisien ?), des femmes, des gamines comme celle, arrêtée hier, à peine 16 ans, déterminée à n’y pas croire… Comme – nos cauchemars d’enfants – une noire tache mortelle qui avance et rampe, silencieuse, vers moi ! Mais d’où vient-elle ? Quels chemins ? Comprendre au moins car c’est de cette incompréhension que viennent les peurs. Peur. Notre domicile, maintenant ?

« Tout ça n’a rien à voir avec l’Islam ! » ont martelé tout au long de l’année passée nos politiques, notre exécutif en tête (fallait-il entendre : cela n’a rien à voir avec la religion ?). Nous avons relayé – évidemment – dans nos chroniques ce message : pas d’amalgame ! Haut le front, les Musulmans. Heureusement ! Protéger coûte que coûte le précieux du tissu social ainsi malmené, ce qui reste possible (et pas négociable) du Vivre Ensemble de demain. La confusion entre être musulman, vivre sa religion à l’abri de notre laïcité française, qui – rappelons-le, protège tous les cultes et l’athéisme qui va avec – et la dérive vers une religion musulmane totalitaire, qui se veut politique, dont les valeurs de la république sont la cible principale ; qui oserait aujourd’hui faire un seul ballot de tout ça ? (mis à part le FN qui est dans nos contextes dramatiques la seule force politique qui fasse franche ripaille). Tout un chacun a – en gros – enregistré le danger de ces diatribes salafistes, fondamentalistes, qui, mixées avec une bonne dose de Net difficile à surveiller, quelques palabres notamment au fond de prisons surpeuplées, accouchent, même pas dans la douleur, du poison djihadiste et du passage à l’acte du terrorisme. Chacun d’entre nous a fait son marché dans l’info et a compris qu’il faut trier. Un autre corollaire au mot citoyenneté. Mais ce n’est pas aussi simple, et de moins en moins.

Reflets des Arts La Scène d’été de Frédéric Bazille

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 août 2016. dans La une, Arts graphiques

Exposition du Musée Fabre de Montpellier, Bazille, la jeunesse de l’impressionnisme, du 25 juin au 16 octobre 2016

Reflets des Arts La Scène d’été de Frédéric Bazille

C’est sans doute un de ses plus beaux tableaux, cette « Scène d’été ».Un des plus émouvants ; une fulgurance de fin de feu d’artifice, car un de ses derniers. Daté du printemps 1869. A deux pas de sa mort en 1870 pendant la guerre, à 29 ans.

Un vaste carré de 1m60, accroché dans la salle des « nus », pile en face de l’entrée. Venu pour l’occasion de l’expo, de Cambridge, Harvard Art Museums. Un tableau qui contient le reste de l’œuvre ; cette courte et si dense œuvre de quelques 50 tableaux, portant l’impressionnisme en gestation. Plus que « portant », marchant, au côté de ce qui marquera la peinture quasi définitivement, tant formes que couleurs, sujets que signes ; à son rythme et en travaillant sa marque à lui, ses façons. Sa trace. Rien de pareil, mais comme un constant air de famille, et quelle famille ! Manet, Monet, Renoir, parmi tant d’autres. Tous, ses amis. Une toile – enfin ! – qui fut acceptée par ces satanés salons, cousus de tous les conformismes, auxquels il fallait pourtant espérer être « accroché », vu, commenté, pour être acheté et sortir de la Bohème-vache enragée, qui était l’ordinaire de tous les peintres d’avant garde. « J’ai entendu des jugements durs, il y a des gens qui rient, mais j’ai aussi reçu des éloges hyperboliques… », écrit Bazille à sa famille.

Je vous ai déjà parlé, à Reflets du temps, de ce Frédéric, de sa personnalité, son itinéraire, de ses tableaux, dont Astruc, le grand critique d’art, écrivait : « déjà maître d’un élément qu’il a conquis : la plénitude étonnante de la lumière, l’impression particulière du plein air, la puissance du jour. Le soleil inonde ses toiles, et dans “les baigneurs (Scène d’été), la prairie en est comme incendiée ». Bazille, celui des sujets au soleil. Dans ses toiles, tout bouge, bruisse, sent, comme l’été Montpelliérain, celui de son domaine familial de Méric, surplombant le Lez. On est dehors, pour « de vrai » disent les petits, qui sentent la magie mieux que ne l’expliquent les livres.

Alors, vous me permettrez de mettre dans ce seul tableau – Scène d’été – toute l’admiration, tout le bonheur, aussi, qu’on ressent en sortant de ce Fabre qui a su rendre un hommage magnifique, avec éclat, et sans doute amour, à l’un de ses peintres fétiches en exposant toutes ses toiles venues d’ici, de musées européens dont Orsay, et américains, en les agençant parfaitement pour que l’itinéraire soit à la hauteur du jeune génie et de son œuvre. Parsemant l’expo, les « amis », Monet, Manet, Renoir, Berthe Morisot qui disait de lui « le grand Bazille », les influences, comme Cabanel, et bien plus, Courbet, ou ceux, tel Cézanne qui travailleront les mêmes thèmes, sont là, comme autant d’hommages forts. Bazille, un jeune pont au bord de la Peinture.

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