Articles taggés avec: Matthieu Baumier

Afrique, le monde d'après

Ecrit par Matthieu Baumier le 11 avril 2011. dans Monde, La une, Politique

Afrique, le monde d'après


Deux années dans le vrai monde, ça rend moins réac. C’est ce que je pensais, vers six heures, en posant mon sac sur la table d’un bistrot de l’aéroport d’Amsterdam, le jour du retour. Impression de le connaître cet aéroport, comme un frère, une maîtresse plutôt, oui, l’une de ces maîtresses chez lesquelles on est passé plusieurs fois, un peu vite, heureux de revenir de temps à autre. Je regarde les lumières, les distributeurs de tout, de rien, les écrans, je regarde le bruit, étrange cela, et pourtant je le fais, j’observe le bruit. On regarde le bruit quand on revient du monde des autres bruits. Là-bas, c’est la mort. Pas la mort aseptisée, pas la mort cachée, même pas celle des proches, de la famille et cetera, comme ici, là-bas ce n’est pas la mort d’ici, pas la même mort. Là-bas, c’est la mort dans la vie, la mort au quotidien, la crevure sous les yeux, à chaque instant ou presque. On meurt de rien, là-bas, juste d’être né là-bas c’est tout. Michel Crépu me demande de dire ce là-bas, cette Afrique, cette vie, ces deux années en Afrique, alors les mots je vais les dire, je vais les écrire et. Quoi ? Je ne sais pas. Je ne vois pas bien quels mots peuvent traduire réellement la réalité de là-bas, celle qu’on ne comprend pas en fait. Comment saisir ce qu’est le monde d’après le monde des hommes ?

Pourquoi les français auraient-ils confiance en M. Le Pen plutôt qu'en Sarkozy ou DSK ?

Ecrit par Matthieu Baumier le 25 mars 2011. dans France, La une, Actualité

Pourquoi les français auraient-ils confiance en M. Le Pen plutôt qu'en Sarkozy ou DSK ?


L’éventuelle présence de Marine Le Pen au second tour d’une élection présidentielle a été beaucoup commentée. D’un côté, une droite effrayée de perdre ses acquis électoraux au profit du FN, ou du moins inquiète de voir le parti de M. Le Pen provoquer des triangulaires à répétition. Une droite libérale dont l’observateur sent qu’elle peut imploser, entre ceux qui ne rechigneraient pas à une alliance et ceux qui la rejettent. Ici, l’on accuse le parti socialiste et les médias d’être responsables de la montée de M. Le Pen dans les sondages, de par l’ambiance délétère créée à l’encontre du président de la République. De l’autre, une gauche socialiste qui en profite pour faire la liste des actes politiques d’un gouvernement à la remorque du FN, depuis le débat pour le moins mal mené sur l’identité nationale jusqu’aux cafouillages de celui à venir sur l’islam ou la laïcité. Ici, l’on accuse l’UMP de réinstaurer Vichy. Il suffit donc de bien peu de choses pour qu’un vent de panique se lève, juste un sondage. Or, un sondage c’est peu. Non, la question qui se pose n’est pas de savoir pourquoi des personnes sondées disent qu’elles voteraient M. Le Pen maintenant.

Henri Guaino ou la rhétorique du sophiste

Ecrit par Matthieu Baumier le 21 mars 2011. dans La une, France

Henri Guaino ou la rhétorique du sophiste

Point de vue publié dans "Le Monde.fr" du 10 mars 2011


Dans une tribune publiée dans Le Monde daté 27 et 28 février, en réponse au texte du « groupe Marly », le conseiller spécial du président de la République, Henri Guaino, perpétue la sophistique installée à la tête de l’Etat depuis 2007. De ce texte creux au ton paternaliste, ton qui s’apparente à celui d’un « papa » tançant ses enfants après qu’ils aient traversé en dehors des clous, manière sans doute diplomatique de rappeler à l’ordre, il ressort que le mot confusion est bel et bien le maître mot qui règne au sommet de l’Etat.


Une confusion qui mêle paternalisme et arrogance car, à l’évidence, dans les couloirs de l’actuelle république l’on n’aime guère être contredit. A quoi avons-nous assisté au cours des dernières semaines ? A la faillite morale et éthique du pouvoir politique en place en France. Cette même morale dont H. Guaino se revendique dans sa tribune quand il affirme justement vouloir « élever le débat » à la hauteur de la « dimension morale » de la politique.

Dominique Strauss-Kahn, messie "socialiste"

Ecrit par Matthieu Baumier le 28 février 2011. dans La une, France

Dominique Strauss-Kahn, messie

Bien que spectateur extérieur de cette famille politique, il est difficile de ne pas ressentir de la compassion pour les sympathisants égarés du parti socialiste. On les imagine déboussolés. Un parti qu’il convient de ne pas confondre avec les différents socialismes historiques, confusion qui serait un tantinet irrespectueuse vis-à-vis de ce qui reste de socialistes en France. Mais l’objet de cette chronique n’est pas de chercher ce qui reste des socialismes, quête qui concerne peu l’auteur de cette chronique. Non, la présente chronique vise à observer la venue du messie DSK. Le procédé n’est pas nouveau : le parti socialiste s’essaie régulièrement au lancer d’hommes providentiels, messies détenteurs de la « légitimité de gauche », « socialistes », « sociaux-démocrates », « sociaux-libéraux » et cetera. On repensera ainsi à Jacques Delors. Il semble que l’apparition providentielle de DSK sur les écrans de télévision ne soit pas sans lien avec ce qui fut tenté du côté de Delors autrefois. Dans les deux cas, le parti socialiste se pose une même question : « qui peut faire gagner la gauche ? ». Entendons-nous bien, pas « qui peut faire gagner la France ? », pas « qui peut sortir le pays et ses citoyens du marasme dans lequel les politiques actuelles nous plongent ? », pas « qui a une vision politique pour la France, l’Europe et le monde ? », non,  non, juste « qui peut faire gagner la gauche » ;

Enfin, de vraies vacances pour Michèle Alliot-Marie

Ecrit par Matthieu Baumier le 18 février 2011. dans Monde, La une, France

Enfin, de vraies vacances pour Michèle Alliot-Marie


Un mensonge, cela peut sembler bien anodin. C’est peu de choses, un mensonge. Et plusieurs petits mensonges, cela reste peu de choses. Juste de l’anodin démultiplié, épiphénomène si l’on compare avec des choses plus graves. Il y a toujours plus grave qu’un mensonge ou qu’un ensemble de mensonges. En apparence. Que la ministre des affaires étrangères de la République française mente à la nation, prenant les citoyens pour des benêts à même de croire que l’on rencontre ses amis, accompagnés de leurs jets, sur le tarmac de n’importe quel aéroport du monde, cela peut sembler anodin. Qu’elle ne sache plus, selon les jours, si un ministre a droit à des vacances ou bien s’il demeure ministre même en vacances, cela peut sembler peu de choses. Que notre ministre des affaires étrangères, « ministre », c’est-à-dire mandatée par la République française, téléphone à un chef d’Etat, rien de plus normal, cela fait partie de ses attributions, quand elle demeure ministre, bien qu’étant en vacances, il y a toujours deux ou trois points à évoquer, de jour comme de nuit, dans le cadre de relations internationales entre pays ayant des intérêts communs.

La "république" virtuelle des médiocres

Ecrit par Matthieu Baumier le 14 février 2011. dans La une, France

La


Le président de la « république » est entré en campagne électorale en vue des élections présidentielles de 2012, sur TF1 comme il se « doit », dans un contexte accentuant la honte que tout citoyen peut ressentir devant la gouvernance qui nous est imposée. Quand on pense à 2007… On pouvait ne pas être d’accord avec le candidat de l’époque, on pouvait néanmoins comprendre que des intellectuels et des électeurs choisissent de soutenir le projet d’alors, finement rédigé par des conseillers de talent (ils n’exerçaient pas encore de pouvoir réel). Il y avait tellement de promesses en 2007 ! Du reste, que n’a-t-il pas promis le candidat de 2007 ? Difficile à retrouver… Des promesses à la pelle, promesses qu’il savait impossible à tenir pour la plupart, mais qu’importe, oui qu’importe, la question n’est pas de tenir les promesses mais bien de s’élever aux plus hautes charges, d’occuper des postes, des positions et, voyez-vous, vous dira-t-on, dans ces mêmes sphères, voyez-vous, tout le monde le sait bien que les promesses ne sont pas faites pour être tenues.

L'anti traité d'athéologie, le système Onfray mis à nu (extraits)

le 21 avril 2010. dans Philosophie, Religions

L'anti traité d'athéologie, le système Onfray mis à nu (extraits)

Avec les pages du Traité d’athéologie consacrées aux prétendues relations entre le nazisme et le christianisme («Le mariage d’amour entre l’Église catholique et le nazisme ne fait aucun doute», p. 220 et 221), Michel Onfray investit «le café du commerce (1)». Le lecteur des pages du philosophe avance entre rumeurs, affirmations infondées et invectives prétendument porteuses du «vrai». C’est-à-dire les thèses mises ici en scène par Michel Onfray. Sauf que l’écrivain et historien que je suis, penché depuis nombre d’années sur l’histoire des religions comme sur celle du nazisme et de l’antisémitisme, est excédé par ce qu’il faut bien appeler ici la malhonnêteté intellectuelle. Je vais développer plusieurs des thèses exposées par Onfray, non pas pour prouver qu’il a tort sur tous les points – l’existence historique d’un antijudaïsme, et en son sein d’un antisémitisme, à l’intérieur du christianisme, par exemple, est une réalité –, mais bien pour montrer qu’il utilise un substrat de réalités historiques afin de les amalgamer avec des assertions qui, par certains aspects, tiennent du délire. Au bout du compte, il est impossible de ne pas s’interroger sur les mobiles de tant d’invectives et de faits détournés ou inventés. Une question servira de fil rouge à ce chapitre : de quoi Michel Onfray veut-il exonérer l’homme immanentiste ? De quoi, en l’homme, le philosophe de l’immanentisme et de l’hédonisme militant a-t-il peur ?