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Parions sur la vie (et si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être)

Ecrit par Myriam Hamouda le 21 novembre 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Parions sur la vie (et si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être)

Dis-moi, elle ressemble à quoi la vie, vu de tes yeux à toi ? Toi qui n’en finis pas de bondir, de sortir les griffes pour de faux et de ronronner comme si de rien n’était. Toi qui n’en finis pas de t’amuser de tous ces petits riens que les grands cons dans mon genre ne savent plus voir. Toi qui n’en finis pas de te frotter aux gambettes de la vie malgré les coups qu’elle t’a déjà donnés. Dis-moi, elle ressemble à quoi la vie vu de tes yeux de tout petit chaton ? Est-ce qu’elle fait mal parfois quand tu loupes ta dernière pirouette, dis-moi comment fais-tu pour toujours retomber sur tes pattes ? Est-ce que tu t’y sens à l’étroit souvent, dis-moi comment fais-tu pour ne pas me détester d’amocher ta liberté ? Celle à laquelle je tiens comme à la prunelle de mes yeux. Ceux qui se drapent de larmes à mesure que la bêtise humaine l’effrite. Dis-moi, il ressemble à quoi le monde pour que derrière la fenêtre tu crèves d’envie d’aller coller ton museau dedans ? Dis-moi, est-ce que ton soleil brille fort, dis-le moi je t’en prie, mes yeux à moi depuis vendredi ne distinguent plus rien qu’une interminable nuit qui n’en finit pas de tomber. Dis-moi, tu dois me trouver bien bête à laisser le temps filer en chialant sur le canapé, hein ? Toi qui la prendrais bien ma place, pour aller farfouiller dans les moindres recoins du monde, et sûrement que tu les y dénicherais ces foutus fragments d’humanité ; pour aller jouer avec le brouillard et sans aucun doute que tu le dissiperais en même temps que la haine et la peur, et peut-être aussi que t’arriverais à le faire voir aux yeux qui n’y arrivent plus : ton soleil qui brille fort. Dis-moi, y a-t-il quelque chose de mal à préférer être bête parfois, si le genre humain ça ressemble à ça ? Et toi qui regardes par la fenêtre et que je ne parviens plus à lâcher des yeux depuis, je t’assure que si je le pouvais je te la cèderais volontiers, ma foutue place que je ne sais plus occuper qu’à moitié. Alors, je te regarderais baisser la poignée de la porte d’entrée, la claquer entre mon museau et tes pieds. Alors, je miaulerais à la mort à la vie à t’en fendre le cœur, si ton cœur n’était pas déjà pris par ce parfum de liberté dont la cruelle humaine que j’étais se pensait en droit de te priver. Alors, je t’en voudrais un peu pour la forme et puis, je retournerais vaquer à mes occupations. Et je n’en finirais pas de bondir, de sortir les griffes pour de faux et de ronronner comme si de rien n’était. Et je n’en finirais pas de m’amuser de tous ces petits riens que les grands cons dans ton genre ne savent plus voir. Et je n’en finirais pas de me frotter aux gambettes de la vie malgré les coups qu’elle m’a donnés. Et le museau collé à la fenêtre, de ce monde en morceaux je ne distinguerais qu’un soleil qui n’en finit pas de briller. Et de mes yeux de tout petit chaton, le conditionnel je le mets en bouteille.

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Ecrit par Myriam Hamouda le 17 janvier 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Que ceux qui défendent soudain la liberté d’expression laissent à ceux qui ont la gorge trop serrée la liberté de ne pas s’exprimer. La douleur n’est pas une matière enseignée sur les bancs de l’école, et personne ne nous a jamais appris à la dompter pour en faire un petit chaton trop mignon qu’il suffirait de caresser pour le calmer quand il est en colère ; chacun s’arrange toujours avec sa douleur du mieux qu’il le peut. Il y en a qui ont besoin de parler, beaucoup, à toute vitesse, pour faire sortir ce mal qui les ronge de l’intérieur, pour fuir ce silence dont le gouffre s’ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ont peur de tomber. Il y en a qui ont besoin de prendre l’air, comme depuis que la douleur les en a privés ils n’arrivent plus à respirer ; ils marchent d’un pas aussi lourd que leur cœur dans le bois d’à côté, ils galopent autour d’un stade la nuit tombée en espérant qu’à force de tourner en rond ils arriveront à fabriquer une tornade qui aspirera leur mal-être. Il y en a qui ont besoin de laisser leur douleur sur le paillasson de l’entrée et de troquer leurs idées avec celles de leur voisin de palier ou celles de n’importe qui tant qu’elles sont sages et les laissent tranquilles, ils essayent d’en rire comme les lames de leur plancher sont déjà imbibées de leurs larmes trop salées, ils jouent à candy crush comme ils savent pourtant que les vies ne se cumulent pas, que le monde n’est pas un gros bonbon rose, mais ils aimeraient pouvoir y croire encore un peu comme avant. Il y en a qui ont besoin de se taire et de tendre l’oreille pour écouter le silence derrière le brouhaha.

Et depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne savent plus ce qui leur fait le plus mal. La barbarie de ces types remplis de haine qui ont confondu kalachnikov et crayon-mine, ou ces discours venimeux qui jaillissent de tous les côtés chaque minute. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; c’est des images choc des slogans qui claquent des gorges trop serrées qui craquent sous les draps et que le monde pointe du doigt parce qu’elles n’ont jamais appris à répandre leurs larmes sur le trottoir d’en bas. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; quand la minute de silence passée les langues se délient les cagoules valsent et que sous ce si bel élan de solidarité se faufile la haine d’une meute en pleine confusion. Et même si leur appartement reste propre à coup de troubles obsessionnels compulsifs et d’eau de javel, depuis mercredi ceux qui ont la gorge trop serrée passent pourtant toutes les minutes de leurs jours et de leurs nuits au-dessus de la cuvette des waters. Et si elles pouvaient parler les gorges trop serrées, elles hurleraient aussi fort que vous qu’elles ont mal, aussi mal que vous ; et elles tendraient leurs mains comme elles vous souhaiteraient pour cette nouvelle année de laisser votre haine désordonnée de côté, juste un instant celui d’apprendre à nous aimer avant de prononcer ces mots qu’on ne pense jamais vraiment quand c’est la colère qui les lâche en dérapant sur le verglas. Mais, depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne parlent plus, comme ils ont perdu le sommeil les mots et leur bienveillance.