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«  poèmes d'été » : L’été

Ecrit par Patrick Chavardès le 12 juillet 2014. dans La une, Ecrits

«  poèmes d'été » : L’été

Je vois dans ta voix les lignes de ta main.

Je vois un monde
à travers les mailles d’un filet de pêcheur.
Tu me parles avec un coquillage au bout d’une ficelle.
Je brandis contre la nuit un lucide couteau.

Le ciel est clair mais vide vide vide

Lumière Lumière tu as tué la lumière.
L’encre des mots l’a retenue. Ta voix dit tout.
Lumière tu m’as trompé.
Le rouge était caché sous la grisaille.
Toutes les couleurs m’ont abusé.

Je ne veux que ta voix de sable mon chevet.

Lumière Lumière laisse la nuit épaisse
à sa noirceur première.
Ne fais pas honte à ma colère.
Laisse le feu léger aux brindilles.

Lumière Lumière tu me suivais partout.
De l’hiver à l’automne
tu inondais les chemins fourbes
où l’amour aveugle criait son malheur.

Je marche les yeux clos
sur une grève où vient mourir ma guerre.
Sans toi je ne suis jamais que moi-même.

Un ruisseau (VI)

Ecrit par Patrick Chavardès le 25 mai 2013. dans La une, Ecrits

Un ruisseau (VI)

Adieu reliefs des plafonds

rêves d’enfants couchés trop tôt

inquiets dans leurs draps de soie rose

tandis qu’à travers les volets

perce le dernier rayon

 

O cette antre au nom de Tabou

tu dansas avec des dieux noirs

Plus de tabous maintenant !

 

– Si, Dieu peut-être ?

 

Ah nostalgie vieux chapelets

de regrets et de remords

que j’égrène en me taisant

Qui m’entendrait ?

 

– Dieu peut-être…

 

Un ruisseau (V)

Ecrit par Patrick Chavardès le 11 mai 2013. dans La une, Ecrits

Un ruisseau (V)

A quoi bon tout vouloir

quand tout nous divise

à la fin c’est si peu

paie content et pars sans demander ton reste

 

les obsédés du Tout

ont un phrasé précieux

des dents en or massif

et parlent sans nous connaître

en notre nom

 

Ils ont trouvé des formules

pas le lieu

ils n’ont pas défendu l’homme jusqu’au bout

ils ont rongé ses os

 

Et la femme demeure en arrière

avec le masque du silence

Un ruisseau (IV)

Ecrit par Patrick Chavardès le 27 avril 2013. dans La une, Ecrits

Un ruisseau (IV)

Ne dis pas qu’une intention fait la moitié du geste

ni qu’un horizon achève le regard

non

il le coupe

 

et cette ligne est perpétuelle prison

 

Un soleil aveugle saigne sur la montagne

tandis que des yeux enragés refusent la fin du jour

et la crête brise la brise

tout m’enflamme

 

O mort d’avant la mort

creusant une évidence si proche d’être nous

une page restée blanche

une page tournée noire

et un silence

Derrière cette ligne une autre vie

et combien d’autres lignes de vie

Toi tu n’en as qu’une

Garde-la sans la plier

afin que demeure un nid à la croisée de tes mains

Un ruisseau (III)

Ecrit par Patrick Chavardès le 13 avril 2013. dans La une, Ecrits

Un ruisseau (III)

Je t’oublie dans le soir

j’efface ton nom ton visage

La mort m’attend

mais je n’y pense pas

 

Tiens je n’y pense plus

il n’est pas question d’elle

 

Je ne sais pas à quoi tu rêves

ni ce que tu crois être toi

 

Tu prends l’éternité pour ta mère

Le monde n’est pas une cathédrale

Il est beaucoup trop petit

pour contenir une seule prière

Un ruisseau (II)

Ecrit par Patrick Chavardès le 06 avril 2013. dans La une, Ecrits

Un ruisseau (II)

Tu t’esseulais tranquille

coutumier d’un conte

où les questions s’oublient

sur un chemin neuf

 

Un geste défaillant aurait trahi ton double

tu n’avais qu’un modèle toi

Une nuit te vit nu

vouloir briser la glace

 

Amsterdam ou Venise peut-être ailleurs

quelqu’un se gondole de rire

dans la vitrine

les mannequins tournent la tête

Un ruisseau

Ecrit par Patrick Chavardès le 30 mars 2013. dans La une, Ecrits

Un ruisseau

Je désire une fin

sans moyens

Qui voudrait d’une stèle

je ne désire rien d’autre que

me coucher sous l’arbre et que l’arbre soit

comme un arbre

 

Je le désire sans cesse

 

Les pierres se souviennent que je chantais

et dansent autour de moi

Quelle liberté ?

Ecrit par Patrick Chavardès le 09 mars 2013. dans Philosophie, La une, Ecrits

Quelle liberté ?

Tout alla-t-il de soi à une certaine époque ? Du moins nous en avions l’impression… Toujours est-il que nous nous sentions libres. Nous partagions presque tout. Nous ne nous posions pas de questions sur nous-mêmes tellement nous étions tournés vers un ailleurs à conquérir ou à inventer. Notre quête solidaire brillait comme un soleil. C’était clair et chaud, bon et beau. Nous vivions sur des idées, pour des idées, avec des idées qui nous servaient d’armes et de monnaie d’échange. Et cela suffisait à créer un monde parallèle bien vivant où les contradictions ne nous déchiraient pas, où les conflits ne nous tuaient pas. Nous étions en pleine croissance. Or nous menions une expérience dont on revient difficilement : celle de changer la vie.

Avons-nous réellement pu nous connaître et connaître la valeur de nos actions ? Sans doute, est-ce seulement entre nous que nous en avons entrevu la valeur d’usage et quelquefois la valeur d’échange. Nous avons fait l’expérience d’une révolte collective en rejetant les valeurs d’après-guerre, tout un bloc où s’agglutinaient travail, famille, patrie, hiérarchie, obéissance, bref, tout ce qui représentait à nos yeux l’ordre, le profit et leurs violences. Il y eut le mouvement fusionnel de mai, pendant quelques semaines la vie comme une grande fête où nous pûmes jouir sans entraves. Mais l’essence de la révolution c’est le plaisir de la rébellion. Ce n’est pas ce qui vient après. La révolution n’est pas faite pour réussir quoi que ce soit, c’est un mouvement désintéressé par lequel un certain nombre d’individus s’insurgent contre l’autorité en place et par là même se rendent tous libres de paroles et d’actions envers chacun.

L’œuvre bleue

Ecrit par Patrick Chavardès le 23 février 2013. dans La une, Ecrits

L’œuvre bleue

La nuit tombe de haut

tu te penches pour en ramasser les éclats

 

Cette nuit est la tienne

nuit de cyan

 

Elle te fait autour des yeux des cernes couleur de terre

et tu vois dans la nuit une autre nuit de Sienne

 

Pâle comme un soleil d’hiver

de la fenêtre tu contemples les montagnes efflanquées

grands corps enlacés où va ton regard plus limpide qu’un lac

 

Une saison de tourments t’a mis dans les cheveux un unique flocon

 

Oh les neiges éternelles sont-elles vraiment éternelles ?

Idiologies

Ecrit par Patrick Chavardès le 19 février 2013. dans La une, Ecrits

Idiologies

« Le monde est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien » (Shakespeare).

Il faut se faire violence pour parler de l’idiotie. Tout discours sur l’idiot est impossible, frappé de nullité. Mais l’idiotie nous hante, comme un désir honteux, une bassesse inavouable. L’idiologie serait alors comme une anti-idéologie, la hantise de l’idéologie.

L’idiot n’est pas violent. Il est idiot. Au moins ne prétend-il pas former une idéologie avec deux idées. Nul savoir donc… Il connaît cependant la saveur éphémère des choses. Il s’en contente et en conçoit une sagesse.

Je veux l’imaginer dans son vacillement, plutôt, assez indécidable. Ainsi n’est-il ni pour, ni contre Dieu. Il est là, en vie et il s’en satisfait. Rien ne saurait épuiser la figure de l’idiot : ni le non-savoir, ni le bas, ni le sale. Rien à dire du silence qui de lui sourd. Il peut les choses mais il n’entend pas les mots qui ne s’entendent qu’entre eux.

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