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Tous les voyageurs, aujourd’hui, sont en deuil

Ecrit par Sébastien Ambit le 07 décembre 2013. dans La une, Actualité

Tous les voyageurs, aujourd’hui, sont en deuil

Qu’il me soit permis ici de revenir sur ce 13 février 2011 au stade national de Soweto. Il devait être 21h passées de quelques instants. Plus bas, le concert U2 donnait son premier concert africain, son concert pour cette terre de géants où l’intolérable l’a si souvent disputé aux grandes falaises de Capetown et aux dentelles de pierre du Drakensberg. Le stade de Soweto était plein comme un œuf, et ruisselait du bouillonnement des genres et des peuples d’Afrique du Sud.

U2 habitué à faire monter sur scène tout et n’importe qui, c’est sûr, va faire monter Mandela. A la fin de « One », le stade s’éteint, la caldera entre en fusion, plus de 100.000 personnes espèrent voir l’icône comme on halète à la promesse du jugement dernier. L’attente et l’espérance se lisent sur chaque visage. Les écrans au dessus de la gigantesque scène se rallument, il fait 50 degrés dans les tribunes et ça monte, ca grimpe… Et puis la voix de Mandela se fait entendre, le stade chavire, entre en fusion, les 104.956 sherpas gravissent la montagne pieds nus…

C’est son discours célébrant sa sortie du bagne et prononcé ici même en février 1990 qui est repris dans la langue de la liberté retrouvée. Nous sommes heureux, grands, petits, blancs, noirs, idiots ou intellectuels, nous ne sommes qu’un, « one ». Même U2, pourtant habitué à faire de ses foules des pénitents sur le chemin de Saint-Jacques reste assis par ce visage souriant malgré la haine de 27 années passées dans les prisons de l’Apartheid.

Ce qui a suivi ensuite m’échappe un peu, je sais simplement que venant de ma droite un gigantesque Zoulou m’a serré dans ses bras pendant que ce peuple en sourires d’amour entamait dans une ferveur unique les premières mesures de « Nkosi Sikeleli Afrika ». Le temps était chaud, le ciel était couvert d’étoiles et la rainbow nation communiait à ce sourire venant du si profond de l’âme.

Aujourd’hui tous les voyageurs sont en deuil. Qu’il fait du bien d’aller voir ailleurs si on y est, qu’il fait du bien d’aller tâter de la mémoire de l’Apartheid de plus près pour mieux comprendre nos discours à nous remplis d’à peu près sur nos communautarismes, nos peurs et nos Roms. Mon pays me fait mal, célébrant à l’unisson aujourd’hui la mort de cet homme, son enseignement sur la tolérance, son amour entre les peuples, mais qui reviendra demain à ses certitudes électoralistes et à ses petits meurtres entre amis. Politicards sans mémoire, sans vergogne et sans destin, je vous emmerde.