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Planète sacrifiée et peuples perdus… (1)

Ecrit par Sabine Aussenac le 07 décembre 2013. dans La une, Ecrits

Planète sacrifiée et peuples perdus… (1)

Geronimo sourit

Terre folle et peuples perdus…

 

Chants tutélaires des tribus rassemblées

Longtemps, ils s’étaient couchés de

bonne heure, quand barrissaient

bêtes des forêts

émeraude. Puis vint

le feu.

Liberté adoubée aux grottes,

bisons et sanguines.

Au ventre rond

des femmes, l’Humanité

s’éveille.

 

J’avais des amis en Afrique…

Ecrit par Sabine Aussenac le 23 novembre 2013. dans Racisme, xénophobie, Souvenirs, La une

J’avais des amis en Afrique…

Ce texte, qui était paru dans l’ancien « Post », et dont je ne trouve plus trace, je souhaiterais aujourd’hui le dédier à Madame la Ministre, Christiane Taubira. Madame la Ministre dont je suis loin de partager toutes les opinions, mais que je soutiens, en ces jours où ma France brunit, de tout mon cœur républicain.

Mon Afrique, il me semble, ne va pas très bien en ce moment. Entre les sacrifiés de Lampedusa et nos deux journalistes assassinés, entre ce prêtre enlevé aujourd’hui et les terribles tensions du Proche-Orient…

Le monde, notre monde, bouillonne en tous sens, immense poudrière, pleine d’humains qui après les typhons ne trouvent même plus de quoi enterrer leurs morts, quand d’autres, honteusement, se gavent d’indécence.

Alors, nous, Français, nous, tous Présidents de la République, nous, héritiers des Lumières, levons-nous pour dire notre solidarité face aux serpents de toutes les dictatures. Nous, Français, nous, tous Présidents de la République, serrons-nous les coudes, retroussons nous les manches, osons la solidarité, plutôt que d’insulter les femmes et la démocratie.

J’avais, j’ai et j’aurai toujours des amis en Afrique, et dans le monde entier.

Et j’aurai une pensée toute spéciale pour ce prêtre enlevé au Cameroun, le Père Georges Vandenbeusch. Que Dieu  le garde. Et nos prières.

J’avais huit ans, guère plus. Bien sûr, nous avions un poste de télévision, et j’avais déjà vu des films se passant en Afrique, ou avec des Noirs américains.

Mais là, ma grand-mère, soudain, serra ma main plus fort. C’est que dans ma petite ville tarnaise, dans les années soixante, on était vraiment loin du Bronx. Et des Black, c’est simple : il n’y en avait pas. Ma mamie me dit alors, sur un ton docte, empli de son bon sens paysan :

Mon pays des Lumières, aux portes de la nuit...

Ecrit par Sabine Aussenac le 09 novembre 2013. dans France, La une, Politique, Actualité, Société

Mon pays des Lumières, aux portes de la nuit...

Elle s’appelait Jehanne.

Une blonde, toute douce.

Je m’en souviens comme si c’était hier, c’était une de mes premières élèves, en ma première année de prof (non, nous n’avions pas d’IUFM, nous non plus. On m’avait dit « tiens, la clef du placard, le magnéto – à bandes, help !! –, les craies, et bon courage !!! »).

Très vite, le bruit a couru. La pauvrette, elle en rougissait. A son approche, les voix passaient en sourdine, on la regardait en chuchotant. On discutait de son cas en salle des profs…

– Il paraît que son père est CRS.

– Oui, je l’ai rencontré à la réunion, un beauf à la Cabu.

– La pauvre gamine, elle avait un prénom prédestiné…

Ses camarades la défendaient.

– C’est pas sa faute, Madame, si elle a pas fait son travail. Vous savez bien, c’est pas facile, pour elle.

Car devinez quoi ? Le père de Jehanne… votait Le Pen.

Je vous parle d’un temps où la vie était douce, où voter FN vous stigmatisait comme aux premiers jours du SIDA, où les moustachus du Front rejoignaient les moustachus à la Freddy Mercury dans un difficile outing ; d’un temps où l’on vous regardait avec horreur et compassion, partagé entre le chagrin et la pitié. Personne, non, personne n’aurait osé revendiquer en public son appartenance au parti de JMLP, hors réunions de famille avinées et/ou soirées entre anciens de l’OAS. L’information circulait sous le manteau, alimentée par la rumeur. Voter FN, c’était vraiment la fin du monde, c’était comme avouer qu’on était fils de collabo.

L’une chante, l’autre pas

Ecrit par Sabine Aussenac le 26 octobre 2013. dans France, La une, Politique, Actualité, Société

L’une chante, l’autre pas

OPINION

 

C’est curieux comme elles se ressemblent. Non seulement elles ont presque le même âge, mais on retrouve aussi quelques similitudes au niveau des traits du visage, de la teinte des cheveux, noirs de jais, de la taille…

Toutes les deux voulaient aller à l’école. Toutes les deux en ont été empêchées.

Mais ne vous méprenez pas, chers amis idolâtres, non, je ne vais pas, surtout pas vous servir un parallèle en forme de panégyrique autour de deux « icônes » actuelles.

Non, non et non : Leonarda n’est pas Malala ! Et j’aimerais infiniment que cesse rapidement cette idolâtrie autour d’une adolescente somme toute vraiment ordinaire…

Certes, elle et sa famille ont été raccompagnées hors de nos frontières, et, dans son cas précis, cela s’est maladroitement passé dans le cadre à présent « sanctuarisé » de l’école. Certes, cette adolescente était « intégrée », puisque scolarisée (vous aurez comme moi noté cependant le nombre de ses absences…), et l’argument phare que nous sert la soupe médiatique, autour des manifestations de ces lycéens affamés de révolte, serait son retour au bercail de l’Éducation Nationale.

Mais il convient quand même de raison garder : avant de faire de cette enfant notre nouvelle Marianne, avant de l’ériger en passionaria des cours d’école et d’en stigmatiser une république qui, soudain, semble presque Vichyssoise, il conviendrait de séparer le bon grain de l’ivraie et de revenir à la réalité.

Malala, j’en appelle à toi pour ouvrir les yeux de mes concitoyens sur la réalité d’un monde où, oui, souvent, les enfants, à 99% des filles, sont privés du droit fondamental à l’éducation. Ce combat, ton combat, Malala, ne devrait pas être souillé, vilipendé, manipulé par des thèses simplistes et des combats douteux.

Droit dans la nuit

Ecrit par Sabine Aussenac le 05 octobre 2013. dans La une, Actualité

OPINION

Droit dans la nuit

Aujourd’hui, le 30 septembre 2013, un meurtrier enchante les ondes de sa voix doucereuse, clamant « droit dans le soleil » sa vérité, sa liberté, sa soif de vivre.

Et j’entends au fil des ondes ceux qui se félicitent de ce retour en catimini de pacotille, puisque malgré un nouveau nom de groupe le chanteur explose et s’expose partout ; Anna Gavalda sur RTL, qui pense que ce retour « honore notre société », par exemple.

Madame Gavalda, non, je ne partage pas votre opinion. Elle est indécente, indigne, et manque totalement de compassion. Elle fait la part belle aux bourreaux, aux assassins d’enfants, aux maris violents, à tous ces bien-pensants qui toujours défendront le droit et la liberté aux dépens des victimes, de leurs proches, de leurs peines atroces.

Honorer Monsieur Cantat, c’est donner à nouveau le volant à celui qui, ivre, a fauché un groupe d’enfants qui riaient à la sortie de la classe.

Permettre à cet homme de chanter, mais surtout de vendre, de se vendre à nouveau, c’est permettre à un violeur de rôder à nouveau autour des forêts et des parkings.

Penser que laisser à l’art l’ultime liberté, même après un ou des crimes, fait partie des fondements du droit, cela revient à laisser se marier à nouveau un homme qui aurait battu à mort son épouse.

Car réfléchissez, Madame Gavalda : ce n’est pas simplement un homme ivre, drogué et malade qui a tué une femme, là-bas, si loin, à Vilnius. Non, c’est bien davantage. Aux confins de la Baltique, alors qu’il aurait dû couvrir d’ambre sa bien-aimée si talentueuse, c’est un chanteur, un artiste, qui depuis longtemps frôlait le borderline, expiant par son art les excès en tout genre, qui a assassiné une autre artiste, la merveilleuse comédienne Marie Trintignant.

C’était un double meurtre, car cet homme a tué une femme, une mère, mais aussi une artiste.

Le jour où je me suis abonnée au Monde

Ecrit par Sabine Aussenac le 21 septembre 2013. dans Ecrits, La une, Média/Web

Le jour où je me suis abonnée au Monde

Bien sûr, parfois, je le lisais. Au hasard d’un CDI, ou pour quelque article spécifique, quelque événement : élections américaines, tsunami, rentrée littéraire… J’avais lu un jour que la Française type, sulfureuse et intello, se devait de le déployer sur une plage, ou à la terrasse d’un café. De moins en moins sulfureuse, je me prêtais donc assez rarement à cette dernière pratique.

Je ne vais pas vous mentir : la pressophage que je suis craquait bien plus régulièrement pour des magazines en papier glacé, pour la presse féminine, pour des revues de santé, de psychologie… Je piquais aussi Le Figaro chez mes parents, Match chez le dentiste, Elle chez des copines : bref, je n’étais pas une lectrice assidue du Monde.

Certains de mes proches étaient abonnés. Ils le plaçaient, parfois, d’un ton docte et assuré. Cette petite phrase légère, porte ouverte à tout un univers : « Tu sais, je suis abonné au Monde »… Et de m’envoyer des annonces de postes intéressants – merci tonton ! –, et/ou de me découper mes propres lettres, en ces jours de gloire où je fus « publiée », ou presque !

Cette année, soudain, une envie presque impérieuse s’est fait jour : il fallait que je m’abonne, moi aussi. Oh, non pas tant pour le prix, si intéressant, ou pour l’offre alléchante de lire en sus l’édition numérique, tout en recevant un appareil photo… Non, cette envie en devenait ontologique, primitive, c’était, à plus de cinquante ans, comme un besoin de rite initiatique. Un déménagement, un nouveau départ après des années d’enfer social, et ce besoin soudain de normaliser mon rapport à la vie, au quotidien, aux autres. D’aucuns auraient eu envie de vacances en club, de faire Compostelle ou d’acheter une grange : moi, je me suis abonnée au Monde.

Il ferait bon en Ars en Ré...

Ecrit par Sabine Aussenac le 14 septembre 2013. dans La une, Ecrits

Il ferait bon en Ars en Ré...

A jeun perdue glacée

Toute seule sans un sou

Une jeune femme de 48 ans

Immobile debout

Place du Capitole

A midi le quinze août…

 

Il ferait bon en Ars en Ré

Malgré les vagues papier glacé

Sous le auvent aux roses trémières

Mes mains seraient de dentelière

Pour les caresses toutes ensablées

Dans les pinèdes de Trousse-Chemise

Mon caramel au beurre salé

Et nos amours soudain permises

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre…

Ecrit par Sabine Aussenac le 31 août 2013. dans La une, Education

Longtemps, je me suis levée de bonne heure. Enfin, surtout le deux septembre, en cette veille de date fatidique qui noue l’estomac de millions d’enfants et d’adolescents.

Car pour nous aussi, leurs mentors, nounous, accompagnants, enseignants, c’est la rentrée. Enfin bon, pour nous, on utilise ce doux euphémisme de « prérentrée », comme un pare-feu censé nous protéger de cette terrible ligne de front, comme un avant-poste…

Quelque part entre le chant des cigales et le bruit de la pluie, à mi-chemin entre mirabelles juteuses et marrons tout polis de l’automne, nous voilà, en un petit matin où cette imperceptible fraîcheur nous fait hésiter entre espadrilles et escarpins, à reprendre le chemin des écoliers.

Terminée, cette interminable semaine des quatre jeudis de notre pause estivale : finies, les grasse-mats et l’heure espagnole de nos journées, quand toute la France se lève tôt ; notre éternité de nonchalance et de paresse est soudain guillotinée par le bruit sec des petits coups frappés sur le bureau du chef d’établissement, dans une immense salle où règne un incroyable brouhaha.

Ils sont tous là, les tâcherons de l’Éducation Nationale, les « équipes administratives » et les teams pédagogiques, les surveillants, les personnels au sol, enfin, du sol, ces ilotes qui veillent au bien-être de toute cette ruche, et que pourtant bien peu d’entre nous prennent la peine de saluer, et puis les stagiaires, rougissants, qui se tortillent sur leurs sièges, nerveux et inquiets en cette veille d’arène…

Les textos et la colère de Dieu… Ou comment le réalisateur allemand Werner Herzog s’engage contre les textos au volant

Ecrit par Sabine Aussenac le 24 août 2013. dans La une, Cinéma, Société

Les textos et la colère de Dieu… Ou comment le réalisateur allemand Werner Herzog s’engage contre les textos au volant

Le silence. C’est ce qui frappe dans ce documentaire puissant, From One Second to The Next, (D’une seconde à l’autre), dans lequel le réalisateur allemand s’engage contre les textos et autres mails au volant. Le silence, ou plutôt les silences, les insupportables silences que les proches des victimes ou surtout les auteurs des accidents eux-mêmes laissent planer entre colère, doute, désespoir ou dépression profonde…

Le réalisateur d’Aguirre nous avait habitués à la passion, à l’extravagance, aux outrances de ses films et de son caractère, entre les disputes mémorables avec ses acteurs fétiches sur les tournages et les remous de Fitzcarraldo. Ici, tout est en demi-teintes, la caméra semble filmer l’absence et l’irréparable. On repense aussi à Witness, lorsque dans l’un des portraits de vies brisées apparaît cette carriole amish, témoin survivant de l’un des terribles crash meurtriers.

Le film dure une trentaine de minutes, mais il est de ceux que l’on ne parviendra pas à oublier. Herzog, à la demande des quatre principaux opérateurs téléphoniques des USA, s’est donc joint à la campagne « It can wait », qui, chaque année, tente de sensibiliser l’opinion à ce fléau de la route qui provoque plus de 100 000 accidents…

Encore un été sans la plage

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 août 2013. dans La une, Ecrits

Encore un été sans la plage

Encore un été sans la plage

Sans cigales et sans tournesols

Sans l’odeur du grand large

Et sans ombrage de parasols

 

Encore un été sans ce sable

Tendre fin et si doux

Sans rires joyeux et grandes tables

Sans cousinades et guilledoux

 

Encore un été sans Provence

Sans lavandes et sans froufrous

Sans marché à Saint-Paul de Vence

Sans festival au Puy du Fou

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