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Toulouse

Ecrit par Sabine Aussenac le 08 juin 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Toulouse

Longtemps, je t’ai rêvée.

Perdue au fond des terres arides du Cantal, enlisée dans la lave stratifiée des volcans, je te cherchais, palais de briques roses, sur le fil ténu de ma mémoire.

Je fixais tes vertiges, placardant de grandes affiches de la basilique St-Sernin sur les murs gris de mon appartement clermontois, m’enivrant de tes lumières, orpheline de tes mondes colorés, de tes petits marchés, de tes pincées de tuiles… La ligne bleutée des Pyrénées, se dessinant les soirs d’été tout au loin, m’était appel et mirage. J’avais soif de toi.

Me manquaient la douceur de tes ocres toscans, le parfum des tilleuls et des lilas des soirs de mai ; me manquaient ta croix occitane et tes ruelles chargées d’histoire, tes bleus pasteliers et tes joutes hérétiques, tes éblouissements multicolores, de tes violettes timides au sang de tes briques. Toi la fière, la rebelle, capitale debout d’une Occitanie qui se rêvait libre…

Sans toi, je n’étais rien. J’avais faim de tes petits matins gourmands et tendres, lorsque tu t’éveillais, mi-Reine des Pyrénées, mi-village gascon, faim des claquements des persiennes et du café brûlant dans les tasses vert et or du Florida. J’avais faim de ta faconde, des effluves de cassoulet aux marchés aux gras. Mes lieux de vie me semblaient orthorexiques et glacés. J’avais froid sans tes ardeurs méditerranéennes, lorsque ton soleil d’enfer dardait la brique et que seules tes églises offraient des oasis de fraîcheur.

Dans ma valise de soie il y a…

Ecrit par Sabine Aussenac le 01 juin 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Dans ma valise de soie il y a…

Imbattable. Je suis imbattable en déménagements, depuis ce jour où l’Éducation Nationale m’a, pour mon premier poste, envoyée civiliser l’Auvergnat… Au gré des mutations au hasard de notre douce France, puis, plus tard, de mes deux mariages et de mes deux divorces, sans oublier mes premiers déménagements dans l’intra-muros de ma chère Ville Rose, j’ai développé de véritables stratégies de combat, élaborant au fil de ces 23 exodes toute une méthode consistant par exemple à envelopper le « fragile » dans du linge, à caler le haut des cartons avec un album ou une BD, recouvrant l’ensemble d’une peluche, déballant ensuite d’étranges miscellanées où une théière voisine avec le Musée d’Orsay et un marsupilami.

Je vous passe la savante numérotation au marqueur de tous les cartons, à chaque pièce du futur lieu de vie étant attribué un numéro dédié, ainsi que le marquage patient des gros sacs poubelles emplis de vêtements finement roulés tels du kloug sous les aisselles avec des étiquettes elles-mêmes couvertes de gros scotch transparent. C’est bien simple : je me suis demandé si je ne devrais pas louer mes services pour aider de pauvres fonctionnaires mutés à économiser une partie du déménagement en « catégorie C », la moins luxueuse, qui revient quand même, dans le meilleur des cas, à plus de 2000 euros hors taxes…

Bon, et en fait, là, je fais la maline alors que je ne sais même pas encore COMMENT je vais, cette fois, passer du point A au point B, n’ayant ni envie de perdre quatre jours dans un fourgon ADA, ni les moyens de dépenser un mois de salaire en entreprise de déménagement lambda…

Mais ce n’est pas de cela dont j’avais véritablement envie de vous parler, entre la grisaille épouvantable de ce mois de mai qui se prend pour octobre et mon appartement qui, en ces temps de grand chambardement, ressemble de plus en plus furieusement à une coloc d’étudiants en médecine débordés par leurs soirées, et de moins en moins à celui de cette prof vieillissante que je suis censée être, réellement.

Du STO au Club Med : qui part en vacances en Allemagne ???

Ecrit par Sabine Aussenac le 11 mai 2013. dans Ecrits, La une, Voyages

Du STO au Club Med : qui part en vacances en Allemagne ???

Bien sûr, ce n’est pas la Seine,

Ce n’est pas le bois de Vincennes,

Mais c’est bien joli tout de même,

À Göttingen, à Göttingen.

En feuilletant un magazine féminin allemand, je trouvai hier soir tout un « publi-reportage » sur nos belles régions françaises, ode à nos paysages et à nos vins, bourdonnant d’adresses et de convivialité… L’Allemand ne se dit-il pas, d’ailleurs, « glücklich wie Gott in Frankreich », entendez « heureux comme Dieu en France », dès lors qu’il veut évoquer nos terroirs ?

Qu’en est-il de notre propre regard touristique sur l’outre-Rhin ?

Il est, hélas, et depuis des années, réduit à la portion congrue… Car, avouons-le, qui, oui, qui s’en va passer des vacances en Allemagne de son propre gré, sans y avoir été invité par quelque congrès, séminaire ou grand groupe économique « partenaire » ?

Il faut bien oser appeler un chat un chat, et le clamer haut et fort : les séjours du Français lambda au pays de Lili Marleen évoquent encore plus souvent le STO que le Club Med. D’ailleurs, c’est bien simple : ne se rendent réellement en « touristes » en Teutonie que les germanophiles, universitaires par exemple, ou enseignants du second degré, et/ou quelques rares rescapés, souvent retraités de nos jours, des fameux « échanges » en peer to peer de villes ou de régions mis en place dans les bienheureuses « années De Gaule-Adenauer »…

Dans ce no man’s land touristique, Berlin est devenue l’exception qui confirme la règle. Oui, Berlin, the place to be, la petite capitale qui monte qui monte, lieu de prédilection des écrivains, des bobos même, tant le prix du mètre carré fait sourire, de Kreuzberg aux superbes lacs entourant la capitale de l’ex-RDA… Berlin la virevoltante, plus branchée que Bruxelles, bien plus verte que Paris, plus cosmopolite que Londres… On s’y presse, on s’y retrouve, on y est heureux.

Déclaration de Patrimoine

Ecrit par Sabine Aussenac le 27 avril 2013. dans Ecrits, La une, Actualité

Déclaration de Patrimoine

– Un grand bureau en chêne blond, racheté à la SNCF par first husband number one pour cent francs, quand ils ont mis du formica partout.

– Une grande table de ferme aux pieds coupés, payée 70 euros aux Puces et ramenée par mon amie Hélène dans sa Simca.

– Un grand lit à baldaquin Camif, acheté quand j’ai décidé d’arrêter les hommes – je sais, c’est paradoxal. Mais c’est MON lit !

– Un buffet en bois blanc datant d’avant Princesse Un, je vous parle d’un temps que les jeunes de 20 ans ne peuvent pas connaître.

– Deux tables achetées à l’assoc de récup de ma cité gasconne, genre on ne sait pas trop comment elles tiennent ni pour combien de temps.

– Le secrétaire de ma grand-mère teutonne adorée – il a connu Adolf, sans doute, and so what ? Moi, je n’étais pas née.

– Les étagères laissées par mes différents compagnons et/ou leurs proches : un machin fait par la sör de Pasteur Fou, très pratique, où je pends mes sublimes mugs anglais de quand je pouvais bêtement aller à Midica et en acheter un, juste comme ça, pour 19 euros ; les très vilains vestiges blancs en agglo de mon dernier compagnon – coucou, tu aurais pu prendre des nouvelles après l’appendoc de Fiston…

– Un frigo qui congèle les yaourts et réchauffe la viande.

– Une gazinière que même une portugaise fort habile n’arriverait pas à « ravoir ».

Hôtel du Département

Ecrit par Sabine Aussenac le 13 avril 2013. dans France, La une, Politique

Hôtel du Département

Entre le départ de Miss Maggie, les déclarations de patrimoine de nos têtes dirigeantes et les menaces du gros dictateur plein de soupe et de missiles, l’éventuelle partition de l’Alsace-Lorraine – oups, pardon, je veux dire des différentes collectivités territoriales d’Alsace – est passée un peu à la trappe dans le flot de nos consciences médiatiques.

C’est vrai que tout le monde ne s’est pas encore senti concerné. Déjà, c’est petit, l’Alsace, et puis c’est tout en haut à gauche, pour nous, Sudistes passant rarement la ligne de démarcation de Brive-la-Gaillarde… Mais je peux vous assurer d’une chose : si on avait organisé cette votation dans notre Sud-Ouest, les langues se seraient déliées, les réseaux sociaux déchaînés, les banderoles colorées.

En fait, personne n’avait vraiment rien compris à ce projet un peu flou, ou un peu fou, de fusion des trois vénérables institutions que sont le Conseil Général des deux départements concernés et le Conseil Régional. Modèle allemand, sirènes communautaires, indépendantisme soudain d’une région qui, décidément, semble ne toujours pas savoir sur quel pied danser, entre Hansi et Pont de l’Europe, Riesling et Gewürz…

Il semblerait surtout que le paramètre principal ait été oublié par ces messieurs à la réforme facile : les Français sont extrêmement attachés à leurs départements ! Oh, je ne vais pas vous détailler l’historique de ce savant découpage datant même de l’an 1685, lorsqu’un certain Marc-René d’Argenson le proposa au roi, bien avant le décret pris par l’Assemblée constituante le 22 décembre 1789…

Le poste de maman

Ecrit par Sabine Aussenac le 23 mars 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Le poste de maman

Somme toute, je ne pouvais trouver meilleure introduction à ce texte-là que mon petit hommage récent, Le poste de papa, écrit à l’occasion de la Journée Mondiale de la Radio…

Hier, je me suis dit que le titre serait donc trouvé : Le poste de maman ! Car somme toute, nous aussi, les filles, les femmes, les vieilles dames, nous écoutons la radio. Peut-être même davantage que vous, Messieurs.

Nous écoutons la radio le matin, lorsque nous nous levons, souvent, dès l’aube, avant la maisonnée, pour préparer le p’tit dej’ des enfants ; nous écoutons la radio dans la voiture, en les amenant à l’école ; nous écoutons la radio dans la journée, lorsque nous sommes « femmes au foyer », ou, plus tard, retraitées. Et, statistiques obligent, vous en conviendrez, nous sommes, à cet âge, plus nombreuses que vous… Nous écoutons bien sûr encore la radio en fin de journée, dans la voiture encore, ou en préparant le repas tout en surveillant les devoirs. Et puis encore le soir, en faisant la vaisselle, en préparant le repas du lendemain, ou, peut-être en faisant du repassage.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous demander, Messieurs, où vous vous trouvez pendant que nous vaquons à ces tâches-là… Je me contenterai de reprendre cette vieille blague qui me fait toujours rire :

Les grandes vacances

Ecrit par Sabine Aussenac le 09 mars 2013. dans La une, Souvenirs, Actualité

Les grandes vacances

C’est d’abord cette perspective d’infini. Ce goût de la liberté. Cette antichambre du paradis.

Souvenez-vous. Nous vidions les encriers pleins d’encre violette, recevions nos prix, promettions de nous écrire une carte.

Et puis nous rentrions, nos semelles de vents pleines de rêves, en sandalettes et robes d’été, pour affronter ces deux mois de liberté.

Les grandes vacances. Cette particularité française, aussi indispensable à la vie de la nation que la baguette ou le droit de grève. Les grandes vacances, celles qui d’un coup d’un seul amènent les Ch’tis jusqu’à Narbonne et font monter la Corrèze à Paris. Ces deux mois-là nous permettaient de vivre notre enfance. Jamais, jamais je n’oublierai la douceur de ces étés interminables. Chez moi, fille d’enseignant, ils avaient mille couleurs.

Le petit jardinet d’Albi et ses pommiers abritait la balançoire, le sureau et nos jeux innocents. L’impitoyable soleil estival jaunissait la pelouse et faisait mûrir les pommes, tandis que papa nous amenait à la piscine municipale.

Mais surtout, nous allions aux « Rochers ». Notre maison de campagne, celle que mes parents avaient achetée pour une bouchée de pain dans les années soixante, et où passaient les cousins et amis, au gré de longues soirées emplies de grillons et de fêtes. Il me faudrait mille ans pour raconter les orties et les mûres, les bâtons frappant l’herbe sèche des sentiers et le clapotis du ruisseau.

Le poste de papa

Ecrit par Sabine Aussenac le 02 mars 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Le poste de papa

Le poste de papa était un Grundig, qui avait sans doute transité au nez et à la barbe des douaniers, en cette époque bénie d’avant Schengen, lorsque mes frères et sœur et moi, dormant à l’arrière de la 404 familiale, cachions les trésors teutons rapportés par mon père de cette Allemagne florissante des Gründerjahre, durant les longs trajets entre notre Sud-Ouest et la Rhénanie de maman…

Le soir, le poste grésillait. Mon père nous appelait parfois pour nous faire écouter quelque émission de la Deutsche Welle, voire même « Voice of America » ; les yeux brillants, il montait le son en nous faisant rêver à ces terres lointaines qui, soudain, envahissaient dans notre petit salon de province. Bien avant internet, le monde toquait ainsi à notre porte, merveilleux et si vaste, puisqu’il suffisait de tourner un bouton… Plus tard, lorsque papa fit des essais de CB, nous franchîmes encore une étape, admirant ce père radio amateur, qui savait franchir toutes les frontières…

Chez mes grands-parents français, on écoutait « le poste », une minuscule radio à piles. Et mon grand-père, parfois, entre deux extractions de son bon miel de montagne, d’évoquer le Général, et puis les camarades du maquis, avant de monter le son si Mireille chantait…

D’un ange à l’autre

Ecrit par Sabine Aussenac le 23 février 2013. dans Souvenirs, La une, Ecrits

D’un ange à l’autre

Ulrike, ma poupée, prenait l’avion. C’est du moins ce que prétendait ma mère, car je retrouvais toujours ses sourires de porcelaine dès notre arrivée à Duisbourg : en fait, une même Ulrike existait des deux côtés de la ligne bleue des Vosges… Quant à nous, entassés dans la quatre-cent-quatre familiale comme si nous partions vers Alger, couchés à l’arrière sur des valises dans lesquelles mon père faisait passer en douce les dernières nouveauté de la « hi fi » allemande au nez et à la barbe de la douane pourtant tatillonne, nous regardions défiler la campagne française dans un délicieux voyage vers l’un de ces pays où on n’arrive jamais, qui se répétait d’été en été.

Après avoir quitté la douceur lauragaise, nous faisons une première étape chez des cousins germains, dans un petit pays du Berry, à Sancoins. Bien avant ma découverte de la Fête étrange et des Sablonnières, je percevais les mystères de ces forêts profondes, et ce n’est pas Pierre qui me contredisait ; mon taciturne cousin, que nous emmenions afin qu’il progresse dans sa connaissance de la langue de Goethe, jouait les Meaulnes désabusés et dormait jusqu’à notre passage en terre flamande.

Ce sont les maisons qui nous mettaient la puce à l’oreille. De la brique flamboyante d’Albi la Rouge, nous passions au rouge sombre des façades souvent noircies par les scories ; les murs d’enceintes grandiloquents de la fierté française faisaient place à de petits croisillons de bois, tandis que les jardins s’ornaient de toutes les couleurs que le soleil semblait refuser à ces terres qui, à nos yeux de « sudistes », paraissaient presque boréales.

Les autoroutes aussi nous faisaient rire, lorsqu’elles semblaient s’éclairer comme par la magie d’un allumeur de réverbères. Oui, à n’en pas douter, nous approchions de ces Nords où le rapport à la lumière se joue sur de nouveaux tableaux. Le ciel de nos étés continentaux n’arrivait jamais à la cheville des illuminations méridionales, mais qu’importe, nous en aimions les caprices, les nuages soudains qui nous permettaient de jouer dans le grand sous-sol de nos grands-parents ou de nous réfugier dans la caravane installée dans le jardin.

... égorger vos fils, vos compagnes...

Ecrit par Sabine Aussenac le 18 janvier 2013. dans La une, Société

... égorger vos fils, vos compagnes...

Un mois. Quatre « drames familiaux ».

En France, en 2012, en un mois, quatre hommes, maris et/ou pères de famille, ont joué les justiciers, les redresseurs de torts, les pater familias aveuglés par leur toute puissance.

Ces familicides, que j’ai déjà évoqués dans diverses tribunes, comme ici dans Tes enfants tu ne tueras point, me semblent être le triste écho de ce qui se passe à l’autre bout de la planète, en Inde, où cette jeune étudiante victime d’un viol collectif vient de décéder, alors qu’une autre jeune fille de 17 ans s’est, hier, suicidée devant le refus de la police de prendre sa plainte – on lui avait même proposé d’épouser l’un de ses violeurs…

Ne nous leurrons point : dans le monde entier, dans toutes les civilisations, depuis la nuit des temps, la femme, loin d’être l’égale de l’homme, subit des violences répétées, dans son corps, son esprit, jusque dans la chair de sa chair lorsque un compagnon ivre de vengeance ou de jalousie tue ses enfants innocents.

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