Articles taggés avec: Sabine Aussenac

L’Allemagne? Tout un poème, le vôtre !

Ecrit par Sabine Aussenac le 04 mars 2017. dans La une, Ecrits

L’Allemagne? Tout un poème, le vôtre !

À l’occasion du Printemps des Poètes 2017, j’invite les poètes de tous les pays à rédiger un texte sur l’Allemagne, sa culture, son histoire, sa géographie, mais aussi sa langue, car l’allemand aussi c’est tout un poème !

Vous pouvez écrire en allemand, en français, dans la langue de votre choix (avec dans ce cas la traduction de votre texte en français ou en allemand !).

Ce blog poétique sera inscrit sur le site officiel du Printemps des Poètes, mais aussi diffusé largement pour promouvoir l’enseignement de la magnifique langue de Goethe !

Vous pouvez envoyer vos textes par mail en allant sur « contact », ou me trouver sur Facebook et Twitter.

https://www.facebook.com/LAllemagne-Tout-un-po%C3%A8me-375546452813667/

Grand froid, médias, femmes, manipulations…

Ecrit par Sabine Aussenac le 25 février 2017. dans Ecrits, La une, Société

Grand froid, médias, femmes, manipulations…

Attention, ceci est un message de prévention… Billet d’humeur…

Je ne sais pas vous, mais moi ils commencent à me les briser menu.

Je parle de ces annonces qui passent en boucle sur nos radios et télévisions, comme si nous étions en alerte chimique ou à l’orée d’un conflit international.

Attention, ceci est un message de prévention du ministère de la Santé. Il va faire très froid. Ne sortez pas sans vos bonnets, couvrez les extrémités du corps, etc. etc.

On croit rêver. Que les étés de canicule, quand il fait quarante degrés à l’ombre des terrasses et que nos Anciens tombent comme des mouches, on leur rappelle de s’hydrater, passe encore. Tout le monde sait que l’on oublie de boire, passé un certain âge, et que cela peut vite s’avérer problématique.

Mais là, vraiment, on prend les Français pour des cons. Peut-être nos dirigeants pensent-ils, depuis l’obscure commission constituée en urgence pour constituer un groupe de réflexion qui se chargera de donner des directives aux millions de coincés du cervelet (en partenariat avec l’agence de communication dépensant les deniers du contribuable à lui expliquer comment s’habiller le matin), que les habitants de l’hexagone sont tous atteints de quelque maladie orpheline qui les empêcherait de ressentir les températures extérieures et ferait que, par moins dix, la plupart de nos concitoyens décideraient d’aller en tongs au bureau, ou, par trente-huit, de sortir promener Médor en chaussures de ski.

Parce que voyez-vous, c’est là où je vois rouge : d’une part, notre argent sert, visiblement, non seulement à faire de la France le premier exportateur d’armes au monde – et là, comment vous dire, ce matin, j’ai juste envie de voter Mélenchon jusqu’à la fin des temps, voire même de quitter mon appart pour une ZAD – et donc à élaborer des « campagnes de prévention » à l’usage dudit contribuable mais d’autre part à infantiliser totalement les Français… Cela avait commencé il y a longtemps, avec les « 1 verre, ça va, etc. », et c’est de pire en pire…

Voici en effet la politique du « care » portée à son apogée, le summum de l’état providence, contrepartie rêvée de l’état d’urgence, 1984 mâtinée de Grey’s Anatomy : nous vivons donc à présent dans une société qui nous surveille et nous piste de la naissance à la mort, 24 h sur 24, mais qui plus est nous ordonne de prendre soin de nous, à tous les niveaux.

Certaines choses ne me semblent pas absurdes : oui par exemple aux images de cancer du poumon sur les paquets de Camel filtre, en espérant que les ados – qui grillent leurs clopes par centaines devant les établissements scolaires où normalement les « attroupements » sont prohibés – cesseront de trouver hyper cool de sortir fumer pour finir avec un respirateur pas bien glamour… Oui aux limitations de vitesse, bien sûr, parce que, qui aurait envie de se retrouver sur une petite chaise roulante, regardant l’océan des heures durant depuis le centre de rééducation, après avoir décimé les cinq membres de sa famille ?

Vivre libre

Ecrit par Sabine Aussenac le 07 janvier 2017. dans La une, Ecrits

Vivre libre

Je n’ai pas le permis. Je ne l’ai jamais passé ; et j’ai 55 ans.

Quand je lance cette phrase lors d’une conversation, entre amis ou dans une salle des profs, on me regarde comme si j’étais la grande sœur d’ET, et que j’arrivais d’une autre planète.

– Mais tu l’as raté ?

– C’est à cause de ta myopie ? (Oui, on me confond parfois avec Nana Mouskouri…)

– Et tu ne veux pas le passer, maintenant que tu as eu l’agrég ? (Sous-entendu : « Depuis 30 ans que tu la passais, on te comprend, tu n’as pas trouvé le temps pour le permis… »)

Non, je n’ai pas envie de « le » passer.

Parce que je vis très bien sans. Parce que j’ai élevé trois enfants sans l’avoir, parce que je vais travailler sans voiture, parce qu’il m’arrive même de voyager…

Comment fait-on pour vivre comme une star de l’empreinte carbone, et comment peut-on en arriver à ce défi écologique permanent ?

Au début, il y eut l’accident. Je vous parle d’un temps où les ceintures n’existaient pas… Une petite fille de six ans a donc été projetée depuis la banquette arrière, où elle dormait, sous le siège du conducteur où dormait aussi le cric – mon père a toujours eu un sens assez personnel du rangement. Fracture du crâne, solitude d’hôpital, cicatrice visible, et très vite kilos en trop liés à l’interdiction de courir, de bouger comme « avant »… Bon, c’était sympa, ça a permis de varier les surnoms, à « Hitler » – mes origines allemandes – se sont ajoutés « Bouboule » ou « Patate ».

Ma peur de la vitesse et mon vertige sont bien entendu liés à ce traumatisme, et faute d’avoir vu des psys – ce n’était pas encore tendance –, je vis donc sans prendre l’escalator qui descend, et n’ai jamais imaginé pouvoir emprunter, au volant d’un véhicule, une rocade ou une autoroute…

Ensuite, il y eut mon premier mari, le cheminot. Nous nous mariâmes alors que j’avais encore les joues rondes de l’enfance et arpentâmes l’Europe en vélo… et en train gratuit ! Que de beaux souvenirs dans ce passé de cyclotouriste, entre lacs de montagne autrichiens et pistes landaises… J’en ai gardé des mollets de campeuse, le goût des petites routes de campagne et une nostalgie délicieuse du vent qui fouette le visage, même si depuis un autre accident, en 2013, lorsque j’embrassai, pourtant à pied, mais en frontal et avec élan et sans les mains, une plaque d’égout, je n’ai plus osé enfourcher de bicyclette…

C’est à la même époque, d’ailleurs, que je me déclarai officiellement « écolo », entre un mémoire de maîtrise consacré aux mouvements alternatifs allemands, mes premiers Birkenstock et ma tendresse pour Dany le Rouge. De voiture, il n’était absolument pas question, puisque nous vivions en moulant le café au moulin à grains et en nous chauffant avec un poêle à charbon, rêvant, en bons post-soixante-huitards, d’un retour à la terre ; d’ailleurs j’avais aussi en tête l’exemple de ma marraine hollandaise qui nous rendait visite chaque année et nous parlait de ce pays où, déjà, la « petite reine » était reine !

SOUVENIRS - 23/12/86

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 décembre 2016. dans Souvenirs, La une

SOUVENIRS - 23/12/86

Elle avait été conçue le jour de Tchernobyl. Sans rire. Vous savez, grâce à ces petites réglettes tournantes, les hommes de l’art sont capables de nous trouver quasiment l’heure de la rencontre entre les têtards pressés et le gros pépère tranquille qui pointe son nez chaque mois…

Donc je ne m’affolais pas, en ce beau mois de décembre, pensant avoir un bon bout de temps devant moi avant l’arrivée de ma divine enfant. Je nidifiais tranquillement notre petit appartement clermontois, entre la commode blanche récupérée chez mes parents, le petit lit à barreaux sur lequel Pierre avait peint d’adorables nains aux bonnets rouges, et le berceau cerclé de vichy bleu et blanc, celui de mon enfance, qui avait déjà veillé sur tous mes frères et sœurs… Nous allions marcher au Jardin Lecoq et lire à la librairie des Volcans, Pierre cuisinait ses délicieuses daubes et moi je rêvais en préparant la chambre de bébé…

Souvent, je repensais au moment où j’avais appris la nouvelle, la veille de la fête des mères, et à ma fierté au moment de l’annoncer à toute la famille, en plein « Mess des Officiers » où mamie, ma grand-mère paternelle, nous avait invités. C’est ce jour-là que j’avais arrêté de fumer, d’un coup d’un seul ; faut dire que je faisais que crapoter, plutôt par nostalgie de mes années lycée, de ces seventies finissantes où le rougeoiement des Camel dans la nuit, assorti au grésillement de quelque vinyle des Eagles, me faisait rêver au « monde », suçotant aussi vaguement quelque joint maison, amoureusement concocté par Pierre, qui cultivait une herbe bleutée sur notre petit balcon…

Je me souvenais aussi, en pliant les petites brassières roses, de la grande flambée allumée dans la cheminée de Langon, où nous avions habité jusqu’à la Toussaint, quand Pierre avait piqué sa crise, quelques mois auparavant, me traitant d’étudiante attardée, me reprochant de ne pas, justement, être « dans le monde », lui qui faisait les difficiles trajets entre l’Auvergne et le Bordelais où le Mammouth de l’EN m’avait expédiée dès la fin de mon année de stage à Clermont… J’avais, un soir, brûlé tous mes cours d’agrég – mais oui, je passais déjà l’agrég chaque année !! – avant d’aller pleurer le lendemain au bord de Garonne qui charriait tant de mes souvenirs toulousains jusque vers l’océan tout proche… Comment aurais-je pu deviner qu’en juin je me tiendrai – en vain – devant le jury de l’externe, mon petit ventre déjà rond, ayant lu tout Laurence Pernoud mâtiné de Dolto, mais bien peu des œuvres au programme…

Franchement, notre petit lutin gigotant dans mon bedon tendu m’importait bien plus que cette chimère estudiantine.

Ma première matraque m’a frappée rue du Taur

Ecrit par Sabine Aussenac le 22 octobre 2016. dans La une, Politique, Société

Ma première matraque m’a frappée rue du Taur

« Ma première matraque m’a frappée rue du Taur ». Bon, d’ordinaire, je ne me cite pas – d’ailleurs je ne connais aucun vers de mes propres poèmes… – mais cette phrase, extraite de ma « Lettre à Toulouse » que Carole Bouquet avait lue lors d’un Marathon des Mots, je la trouve chouette.

C’est que j’ai été jeune, comme tout le monde, et de gauche avant de virer à droite, car, comme le dit un dicton célèbre, « Qui n’est pas de gauche à 20 ans est fou. Qui n’est pas de droite à 40 ans l’est aussi » – je plaisante.

Mais bon, avec un père Conseiller Général RPR qui monnayait les WE entre copains à notre maison de campagne en échange des timbres collés sur ses enveloppes de vœux à ses administrés, comme me l’a rappelé hier un ami d’adolescence croisé par hasard, je n’avais d’autre choix qu’une belle rébellion, orchestrée par quelques saines lectures, de Marx à Krishnamurti, en passant par Neruda et Allen Ginsberg, au son de « El pueblo, unido, jamas sera vencido » – mais oui, chers Zadistes, vous n’avez pas l’apanage des sarouels et du cœur ! Les seventies aussi furent flamboyantes…

Bref, les flics, les keufs, la maison poulaga, les poulets, je les ai conspués, comme tout le monde, ou presque… Mélangeant dans un joyeux tintamarre insultes et autres « CRS-SS, étudiants-diants diants » (mon plus grand regret a longtemps été de n’avoir eu que sept ans en Mai 68…), photo de cette fleur tendue à un Police Man américain et tous les autres poncifs, bien avant que les cailleras des Cités et les grosses chaînes des rappeurs aux pantalons baissés ne niquent les mères de tous les Français, et la police aussi… J’ai donc couru gaillardement devant quelques bataillons, et arpenté les pavés en tenant des banderoles à bouts d’idéaux. Bref : j’ai eu 20 ans.

Et puis un jour, j’ai grandi. Et réfléchi, un peu. Et puis j’ai eu plein d’enfants, avec plein de nuits blanches au moment de la naissance de « la Cinq », et entre deux tétées, hagarde, j’avoue avoir regardé moult séries et blockbusters qui me détendaient un peu… Cruchot, Maigret et Julie Lescaut sont devenus mes amis, et puis Derrick, aussi – je plaisante encore, là ! –, j’ai succombé à la voix si douce et à la poigne de fer d’une « Femme d’honneur », et surtout à l’humour irrésistible de mon Bruce adoré (sa photo est punaisée dans mon armoire, si si…) et aux frasques flamboyantes de Mel…

Deux poids et deux mesures

Ecrit par Sabine Aussenac le 10 septembre 2016. dans La une, Education

Deux poids et deux mesures

Quand tu es prof « normal », en « poste fixe », ta rentrée c’est :

Une bonne demi-heure de plus sur l’horaire indiqué pour la pré-rentrée, quand tu arriveras tranquillement dans la grande salle du self qui bourdonne de voix connues qui t’interpellent. Un quart d’heure durant, ce ne sont que rires, sourires, embrassades, compliments sur ton bronzage, photos échangées, potins et commérages, cris de joie en revoyant tel collègue de retour après une longue absence ou en apercevant le ventre rebondi d’une jeune prof, clins d’œil en attendant le sempiternel discours hyper supra méga rasoir du chef d’et’ qui pourtant fera de son mieux pour captiver son auditoire…

La salle des profs qui t’accueille comme une matrice bienveillante et chaleureuse, « ton » casier que tu avais vidé en juin qui déborde déjà de tracts syndicaux, de spécimens offerts par les éditeurs espérant toujours que tu changeras de manuel à la Toussaint, de consignes de rentrée – selon ton établissement invitation à la réunion de rentrée du Rotary, date du Ramadan, et j’en passe… Ton code ENT est déjà dans le casier, super, tu pourras dès demain faire l’appel et dès ce soir rédiger tes cours jusqu’à la Toussaint en les mettant sur l’Espace Numérique de Travail… (tu savais dès juin que tu aurais tel ou tel niveau, tu as pu préparer tout un tas de choses à l’avance…).

« Ton » coin qui n’a pas changé, à droite de la photocopieuse et la machine à café à portée de main, tu sais aussi où tu accrocheras ton manteau par les petits matins blêmes, entre les premières gastros et les conseils de mi-trimestre, quand ton bronzage se sera dissipé depuis longtemps. Tu te souviens d’ailleurs avec émotion de ces salles des profs des débuts de ta carrière, quand il y avait encore la petite pièce réservée aux non-fumeurs, les casiers des agrégés séparés des casiers des certifiés, et puis les gros registres d’emploi du temps, aussi lourds que les cahiers de textes des classes et que ces bulletins que vous remplissiez à la main…

Et puis tu claqueras des bises sonores à une centaine de personnes : au concierge qui te parlera de ses petits-enfants ; au chef cuistot qui te parlera de l’Euro ; aux dames de la cantine qui te taperont sur l’épaule pour t’encourager car elles sauront que tu as la 4°4 ou la seconde 8 ; aux petites stagiaires un peu rougissantes à qui tu expliqueras qu’elles doivent te tutoyer car dans l’EN, tout le monde se tutoie ; à la boulangère du coin de la rue toute contente de te revoir quand tu iras chercher ta baguette ; au patron du bistrot d’en face où tu te réfugieras quand tu auras d’énormes trous dans ton emploi du temps ; aux collègues du CDI, ravis de te monter les nouveaux abonnements…

03 septembre 2016 - Rimbaud et le burkini

Ecrit par Sabine Aussenac le 03 septembre 2016. dans La une, Actualité, Société

03 septembre 2016 - Rimbaud et le burkini

Elle est retrouvée.

Quoi ? – L’Éternité.

C’est la mer allée

Avec le soleil…

 

Ils sont tous là, au cénacle des bien-pensants ou des libres penseurs. Je viens de croiser Edwy Plenel et Jaurès sur Mediapart, et puis Enthoven ailleurs, dans une direction contraire, bientôt BHL et Finky donneront de leurs voix, et à la rentrée tout le monde mettra son grain de sel chez Ruquier ou même chez Hanouna…

Je ne suis rien, je ne suis personne, mais je souhaiterais élever ma petite voix au nom de la FEMME, justement, car des femmes, nous entendons certes beaucoup parler depuis 48 heures, mais sans qu’elles aient réellement voix au chapitre…

J’aimerais simplement rappeler à ces messieurs de gauche et libertaires que le burkini, surgeon de la burqa, n’est rien d’autre qu’une pratique mutilatoire, au même titre que l’excision, que les lèvres à plateau ou que les pieds bandés des petites chinoises…

Le burkini en effet, n’en déplaise à ses adorateurs, tend à empêcher l’éternité rimbaldienne qu’est « la mer alliée avec le soleil », cette éternité estivale dans laquelle chaque femme offrant son corps à Râ se fait un peu origine du monde, lorsque son corps paulinien devient « le temple de l’âme », comme le dit mon Saint préféré…

Le burkini prétend, puisque c’est son rôle, permettre à la femme musulmane – et fière de le démonter publiquement – de profiter des bains de mer, mais un peu comme en ces temps victoriens où nos consœurs se baignaient en crinoline, ou presque… Il vise surtout, comme la burqa, et comme le voile, à mutiler l’intégrité du corps charnel féminin, en couvrant chastement tout ce que les yeux avides du Mâle contempteur de formes et de plaisir pourraient en déguster au passage, entre parasols et beignets aux pommes.

Car la femme musulmane, que depuis quelques décennies, les intégristes de tout poil – auxquels s’associent aujourd’hui, et j’en vomis, cher Edwy Plenel, les pseudos défenseurs des libertés, en appelant à la loi de la séparation de l’Église et de l’État et à moults autres combats… – et de divers pays ou se prétendant tels, veulent vêtir, si possible entièrement, de ces horribles oripeaux que sont le voile, la burqa et le burkini, des plages de Corse aux déserts de l’Afghanistan, des routes saoudiennes sur lesquelles aucune femme ne conduit aux Champs-Elysées arpentés par des épouses des milliardaires du Qatar, n’a de femme que la charge ancestrale de la reproduction et de la soumission !

Je vous salue, ma France...

Ecrit par Sabine Aussenac le 27 août 2016. dans La une, France, Ecrits, Politique

Je vous salue, ma France...

Nous ne pouvons que publier, ce samedi de rentrées politiques multiples, cet écrit de notre Sabine, datant pile de 2012 ; probablement du 6 Mai au soir... car l'homme dont on parle ici revient avec fracas et peut-être cet hubris à l'antique, fait d’orgueil et d'exaltation. Reflets ouvre ainsi le débat : meilleur le cru 2016 que celui de 2012 ? Ou pire...

 

la rédaction de Reflets du temps 

 

Il se leva lentement.

Encore quelques minutes, et tout serait terminé.

Comme il regrettait de ne pas être pape, ou empereur… Cette douce pérennité, ces ors apaisants, ces certitudes. Comme il en rêvait, de ce lit de mort où seule la Faucheuse aurait mis fin à une vie de hautes fonctions et de fastes…

En guise de baldaquin, cet écran où s’alignaient déjà les chiffres venus, oiseaux de mauvais augure, de l’étranger. Point de fumée blanche pour annoncer l’avènement de son successeur, point d’héritier, non plus, agenouillé devant un père affaibli, reconnaissant en lui un maître et un Seigneur…

Je vous salue ma France, arrachée aux fantômes !

Ô rendue à la paix ! Vaisseau sauvé des eaux…

Pays qui chante : Orléans, Beaugency, Vendôme !

Cloches, cloches, sonnez l’angélus des oiseaux !

Il leva la tête et regarda ce plafond qu’il lui semblait connaître par cœur. Et le moelleux des lourds tapis, et les clapotis des fontaines… Comment allait-il faire, pour vivre, pour respirer ailleurs ? Bien sûr, il en avait rencontrés, des visages angoissés, il en avait consolés, des regards inquiets, lorsqu’il leur répétait, serrant de ses mains gantées leurs mains calleuses, qu’il n’y avait pas de problèmes, seulement des solutions… Il le leur assurait : demain sera un autre jour, vous verrez, vous allez en retrouver, de l’emploi, je serai là.

Mais qui serait là, pour lui ? Il les voyait bien, les regards fuyants, il les sentait bien, ces mains moites, il les connaissait par cœur, les dérobades des perdants. Des rats fuyant le navire.

Seul. Il était seul. Il serait seul.

Laila tov

Ecrit par Sabine Aussenac le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Laila tov

Toulouse. Ma ville rose.

Onze heures au clocher illuminé de Saint-Sernin, nous déambulons au fil des briques roses, l’air embaume le jasmin.

Nous avons soupé, en ce deux août 1995, de foie gras et de Sauternes, et notre histoire, incongrue, extraordinaire, se poursuit en cette promenade magique autour de la basilique.

Voilà tout juste une semaine, le destin nous frappait comme la foudre au cœur de la « Reine des Pyrénées », devant l’échiquier géant où tu jouais, curiste esseulé, près des thermes luchonnais. Une amie m’avait prédit un parapentiste bronzé ou un phtisique aux camélias, et c’est toi qui m’as demandé si « j’emportais le gagnant », comme je passais par là, accompagnée de mes deux princesses.

« Absolument », ai-je rétorqué, tremblante, avant de te donner illico l’adresse de mon meublé sur un coup de folie, pour le bonheur de tes yeux verts ou pour ton sourire charmeur, sans savoir pourtant que tu étais major de l’agrégation de musique : un demi-dieu donc à mes yeux de certifiée prétendant en vain à ce trône… Et sans savoir encore que tu étais aussi cousin presque germain de mon chanteur préféré-les profs en mal d’agreg ont un cœur de midinette, et juif de surcroît-métisse germano-française, semi coupable et fascinée, je flirte depuis toujours avec cette foi et rêve de faire des recherches en poésie hébraïque…

Deux soirées d’« action ou vérité » plus tard, sous l’emprise certaine d’une blanquette de Limoux et de caresses impromptues, tu acceptas mon invitation à découvrir ma cité gasconne ; mes filles étant fortuitement en vacances, nous voilà à égrener des pincées de tuiles et à jongler avec des milliers de mots. Tu récites la Lorelei, je balbutie la Thora, nous sommes heureux.

Jamais encore je n’avais éprouvé un tel coup de foudre, une telle certitude immédiate et viscérale qu’il n’y a pas de hasard. Déjà des heures que nous échangeons des regards, des sourires, des tendresses, et mon corps brûle comme le soleil d’été sur Garonne… Mais j’ai si peur… Après des années-lumière de solitude, de QHS affectif, après ces longs mois de désespérance passés en stand-by, en attente de vraie vie…

Quand la Librairie Privat se fait Malouinière aux briques roses…

Ecrit par Sabine Aussenac le 09 juillet 2016. dans La une, Culture, Littérature

Quand la Librairie Privat se fait Malouinière aux briques roses…

Le cœur de l’Afrique bat au rythme de ce douzième Marathon des Mots. Et ses métissages bariolés se tissent au fil des récits, des lectures et des conférences…

Ce soir, bien en deçà des Tropiques, c’est la Bretagne qui a vogué vers nos briques roses, bercée par la goélette poétique de Yann Queffélec et de Patrick Poivre d’Arvor, dans la jolie cave aux mots de la librairie Privat ; et avec elle c’est tout un océan qui a salé Dame Garonne, improbable et délicieuse rencontre de deux grandes régions du pays de France.

Un véritable mascaret d’images a donc déferlé vers la Ville Rose. Les histoires croisées des deux écrivains voyageurs nous ont conté les fées des grèves et les embruns, les terres aux calvaires de granit rose et les noirceurs de l’Ankou. Complices de toujours, nos deux Bretons, l’un de sang, l’autre de sol, répondirent aux judicieuses questions du modérateur en un beau chiasme érudit et simple à la fois, l’incomparable douceur de la voix familière de Patrick contrastant agréablement avec le timbre âpre et profond de la voix de Yann, aussi sonore qu’une corne de brume.

Elle est là, la magie de notre Marathon des Mots ; dans le mystère de ces jardins extraordinaires qui naissent en quelques riches heures, quand la littérature s’incarne soudain en réalité, tous les imaginaires volatils solidement amarrés à un anneau comme péniche en Canal, voyages immobiles offerts au marathonien ébloui d’immenses.

Oubliant l’Autan pour rencontrer le vent d’ouest, nous voilà, petit peuple de Toulouse, à escalader le Grand Bé ou à troquer nos espadrilles contre une promenade en « ondine », dégustant les enfances de nos deux compères comme nous aimerions une glace au caramel au beurre salé. Et quand Yann a lu quelques pages du roman de son père, Henri Queffélec, Un recteur de l’île de Sein, évoquant les rigueurs austères de ce pays où il fait beau, certes, « plusieurs fois par jour », mais où les hommes ont appris à lutter contre les éléments, le front de Patrick s’est froncé au récit des morts enfantines, en symbiose fraternelle avec le deuil éternel des parents orphelins.

Et nous aussi nous sentions en cousinades, quand nos écrivains racontèrent l’outrage fait à la langue bretonne honnie par les raideurs administratives. Notre Occitanie a vécu les mêmes ravages de l’uniformisation, et nos grands-pères aussi furent bâillonnés et privés de l’usage de leurs patois, avant que les calendrettes méridionales ne fassent écho aux écoles Diwan pour rétablir l’honneur des parlers perdus…

Je me demandais, justement, l’été dernier, au retour du FIL de Lorient, pourquoi cette âme celte résonne si fortement dans les cœurs de millions de Bretonneux dispersés au gré du globe, quand notre culture occitane ne dépasse guère les frontières pyrénéennes ou les Monts de l’Aubrac… Nos invités nous décrivirent la diaspora, fracture et lien à la fois, immense souffrance de ces Bretons expatriés, de la Galice en Acadie, mais aussi secret de la formidable liesse fédérative de ces peuples celtes qui aujourd’hui encore font exploser leurs retrouvailles, à grands coups de bagads et de biniou, de cornemuse et de Far Breton, quand notre « Qé Canto » a bien du mal à se chanter au-delà de Brive, malgré les talents d’un Nadau…

<<  1 2 [34 5 6 7  >>