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Quand la Librairie Privat se fait Malouinière aux briques roses…

Ecrit par Sabine Aussenac le 09 juillet 2016. dans La une, Culture, Littérature

Quand la Librairie Privat se fait Malouinière aux briques roses…

Le cœur de l’Afrique bat au rythme de ce douzième Marathon des Mots. Et ses métissages bariolés se tissent au fil des récits, des lectures et des conférences…

Ce soir, bien en deçà des Tropiques, c’est la Bretagne qui a vogué vers nos briques roses, bercée par la goélette poétique de Yann Queffélec et de Patrick Poivre d’Arvor, dans la jolie cave aux mots de la librairie Privat ; et avec elle c’est tout un océan qui a salé Dame Garonne, improbable et délicieuse rencontre de deux grandes régions du pays de France.

Un véritable mascaret d’images a donc déferlé vers la Ville Rose. Les histoires croisées des deux écrivains voyageurs nous ont conté les fées des grèves et les embruns, les terres aux calvaires de granit rose et les noirceurs de l’Ankou. Complices de toujours, nos deux Bretons, l’un de sang, l’autre de sol, répondirent aux judicieuses questions du modérateur en un beau chiasme érudit et simple à la fois, l’incomparable douceur de la voix familière de Patrick contrastant agréablement avec le timbre âpre et profond de la voix de Yann, aussi sonore qu’une corne de brume.

Elle est là, la magie de notre Marathon des Mots ; dans le mystère de ces jardins extraordinaires qui naissent en quelques riches heures, quand la littérature s’incarne soudain en réalité, tous les imaginaires volatils solidement amarrés à un anneau comme péniche en Canal, voyages immobiles offerts au marathonien ébloui d’immenses.

Oubliant l’Autan pour rencontrer le vent d’ouest, nous voilà, petit peuple de Toulouse, à escalader le Grand Bé ou à troquer nos espadrilles contre une promenade en « ondine », dégustant les enfances de nos deux compères comme nous aimerions une glace au caramel au beurre salé. Et quand Yann a lu quelques pages du roman de son père, Henri Queffélec, Un recteur de l’île de Sein, évoquant les rigueurs austères de ce pays où il fait beau, certes, « plusieurs fois par jour », mais où les hommes ont appris à lutter contre les éléments, le front de Patrick s’est froncé au récit des morts enfantines, en symbiose fraternelle avec le deuil éternel des parents orphelins.

Et nous aussi nous sentions en cousinades, quand nos écrivains racontèrent l’outrage fait à la langue bretonne honnie par les raideurs administratives. Notre Occitanie a vécu les mêmes ravages de l’uniformisation, et nos grands-pères aussi furent bâillonnés et privés de l’usage de leurs patois, avant que les calendrettes méridionales ne fassent écho aux écoles Diwan pour rétablir l’honneur des parlers perdus…

Je me demandais, justement, l’été dernier, au retour du FIL de Lorient, pourquoi cette âme celte résonne si fortement dans les cœurs de millions de Bretonneux dispersés au gré du globe, quand notre culture occitane ne dépasse guère les frontières pyrénéennes ou les Monts de l’Aubrac… Nos invités nous décrivirent la diaspora, fracture et lien à la fois, immense souffrance de ces Bretons expatriés, de la Galice en Acadie, mais aussi secret de la formidable liesse fédérative de ces peuples celtes qui aujourd’hui encore font exploser leurs retrouvailles, à grands coups de bagads et de biniou, de cornemuse et de Far Breton, quand notre « Qé Canto » a bien du mal à se chanter au-delà de Brive, malgré les talents d’un Nadau…

De la tristesse du supporter suédois arpentant le Capitole après une défaite contre l’Italie

Ecrit par Sabine Aussenac le 02 juillet 2016. dans Ecrits, La une, Sports

De la tristesse du supporter suédois arpentant le Capitole après une défaite contre l’Italie

Je ne suis pas « foot ». Je ne l’ai jamais été.

Ni dans l’enfance où, en cette époque étrange où nous n’avions qu’une seule chaîne de télévision, je me vis privée maintes fois de quelque comédie musicale pour que mon père puisse regarder de petits hommes noirs et blancs courir sur une pelouse grise ; ni en ma cinquantaine glorieuse qui avoue nourrir plutôt une tendresse nostalgique pour les belles cuisses des rugbymen : je regarde donc d’ordinaire d’un air hautain les tribulations de ces pseudo Dieux du stade que je conspue pour leurs milliards éhontément gagnés, ainsi que les délires des supporters que je méprise souvent pour leur hystérie collective…

Avant-hier, cependant, j’aurais presque changé d’avis. Au fil de cette journée, mon beau Capitole perdit peu à peu ses roses empourprés pour se parer d’ors et d’azurs qui soudain amenaient des douceurs pastellières en cœur de ville… Mais n’allez pas croire que ces jaunes et bleus nous arrivaient du Lauragais, non, ils nous venaient de bien plus loin, chaloupant en drakkars depuis la Baltique jusqu’en Garonne… Les Suédois étaient arrivés !

Il y en avait partout. La grande croix occitane de la place baissait pavillon devant la croix jaune du drapeau nordique ; les rues du centre-ville bruissaient comme si tout le petit peuple toulousain avait croqué dans un Wasa ; même les mouettes tournoyaient, comme folles, s’attendant à quelque lâcher de hareng…

Peu à peu, je m’attendrissais ; certes, quelque part au fond de moi, je savais bien que ces Suédois-là n’étaient que des bourrins fous de foot, et les trouver formidables eût été aussi idiot que si une Chinoise rêvant de se marier aux Champs Élysées avait craqué pour un marché du Berry, ou si un frenchy adulant Paul Auster avait soudain aimé les poussières bouseuses d’un saloon du Wyoming. « Ma » Suède est celle des polars troubles de Camilla ou Viveca, ou encore celle des téléfilms frissonnants d’eau de rose qui passent le dimanche soir sur ZDF : ma Suède vibre d’îles aux saules, de pontons brûlants et de grands blonds à casquette blanche, ou au contraire de givre figeant Stockholm dans cet éternel hiver propice aux crimes inexpliqués…

Et puis ils étaient loin d’être tous grands et blonds, ces supporters envahissant ma ville rose ! Non, ils ressemblaient à nos propres Lensois ou Marseillais des stades, bedonnants et rubiconds, un verre de bière à la main, chantant à tue-tête… Je suis à peu près certaine d’avoir reconnu la version suédoise de « Pose ta b… sur mon épaule », époumonée par des centaines de gorges suédoises assoiffées, depuis les cafés des Arcades…

Défense de la filière L

Ecrit par Sabine Aussenac le 28 mai 2016. dans La une, Education

Défense de la filière L

Un médecin sans histoire peut devenir un Mengele

Chers élèves de troisième, germanistes ou pas, voici quelques pistes de réflexion pour ne pas vous priver d’une magnifique orientation !

Il n’y a pas que la filière S dans la vie, quoi que puissent en dire certains !

Je suis chagrinée de voir que la plupart d’entre vous semblent se destiner à de diverses orientations certes toutes prometteuses, mais sans aucune envie d’intégrer un jour une filière littéraire. Ce serait vous priver d’une réflexion passionnante que de ne pas réfléchir à toutes les possibilités offertes et à tous les métiers envisageables…

Non, la section L n’est pas une section « poubelle » ni une « voie de garage » !

Non la section L n’est pas réservée aux « fumistes », aux « glandeurs », à ceux qui n’ont pas d’autres possibilités car trop faibles en maths ou en sciences économiques ! Et même si ce type de profil se rencontre, oui, mais pas plus qu’ailleurs, on trouve heureusement de « véritables littéraires » et des élèves et étudiants enthousiastes, brillants et cultivés.

Non, on ne devient pas « que prof » en préparant un bac L ! On devient aussi journaliste, employé(e) de collectivité locale ou territoriale, rapporteur au Sénat, avocat, infirmière, communiquant, manager, patronne de PME, notaire, courtier en assurances, agent de voyage, guide touristique, traducteur, énarque, élève à Normale Sup ou à Sciences Po, cadre, préfet, artiste, intermittent du spectacle, producteur, acteur, directeur de maison de retraite, d’hôpital, chauffeur de bus, psychologue, kiné, orthophoniste, routière, ministre, président de la république, architecte, commerçant…

Cette liste à la Prévert n’est pas exhaustive, mais soyez certains qu’elle est exacte, car un bac L mène certes à de classiques études littéraires, mais aussi au droit et aux sciences économiques, aux écoles d’arts et d’architecture, aux écoles de commerce ou aux filières de tourisme et de l’hôtellerie, voire même aux écoles d’infirmières, à tous les concours de la fonction publique, de gardien de la paix à l’ENA, et à mille autres voies plus variées les unes que les autres ! En effet, il existe en première et en terminale différentes options et spécialités, comme « droit et grands enjeux du monde contemporain », art, histoire des arts, maths… Certaines écoles, comme les grandes écoles de commerce, recherchent depuis quelques années des candidats issus de la filière littéraire, justement au vu de leurs profils atypiques…

Le luth s’est brisé… # Jesuis Lahore

Ecrit par Sabine Aussenac le 02 avril 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Le luth s’est brisé… # Jesuis Lahore

Mariam sourit à Mishael et Karen. Ses jumeaux, ses pépites, ses diamants, qu’elle a mis du temps à avoir, qu’elle désespérait de connaître un jour… Il fait un temps merveilleux à Lahore, un véritable temps de Pâques, la lumière semble vibrer de cette joie de la Résurrection, et à l’église, le matin, Mariam a senti toute l’espérance pascale lui redonner confiance, malgré les obscurités du monde…

Mishael est en train de pousser Karen sur les balançoires, au beau milieu du grand parc d’attraction de Gulshan-i-Iqbal. Elle les observe de loin, regarde la jupe à volants de la fillette et la casquette du petit garçon, autour d’eux des dizaines d’enfants s’ébattent, tous unis dans la joie de ce dimanche, heureux de cette pause festive. Les mamans sont assises, comme Mariam, sur les bancs, il y a aussi beaucoup de grands-mères qui dodelinent un peu de la tête ou qui sourient de leur bouche édentée. Aujourd’hui, il y a surtout des familles chrétiennes qui sont venues se détendre au milieu des pelouses et des manèges, en majorité des mamans, des grandes sœurs, des aïeules, toutes accompagnées de nombreux enfants, puisque les hommes sont plutôt rassemblés dans les cafés de Lahore…

Mariam fait un signe à la famille de Noor, sa meilleure amie depuis les bancs de l’université. Noor est médecin, et aussi maman de quatre enfants, qui courent à la rencontre des jumeaux en les appelant gaiement. Il y a l’aîné, Sunny, un beau garçon de 11 ans, dont les joues ont encore la rondeur de l’enfance, puis le petit Addy, qui vacille sur ses jambes potelées, suivis par leurs sœurs dont les tresses volent au-dessus de leurs belles robes à dentelles, Sana et Anam. Noor lui renvoie son signe, et malgré le brouhaha des rires d’enfants, malgré les bruits de la fête foraine qui bat son plein, Mariam l’entend appeler son prénom avec allégresse, et elle se réjouit de serrer dans ses bras celle qui lui est aussi proche qu’une sœur. Ensemble, elles ont lutté pour avoir le droit d’aller étudier, comme leurs frères, en Angleterre, dont elles sont revenues diplômées, émancipées, fières de faire partie d’un pays en mouvement, dont elles espèrent qu’un jour il deviendra une démocratie.

Les deux amies avaient décidé de se rencontrer au parc pour deviser un peu en surveillant les enfants, avant de célébrer ensemble le repas du soir, en compagnie de leurs époux, eux aussi amis, et heureux de se retrouver pour les fêtes de Pâques. La maison de Mariam et Yasir embaume déjà du curry d’agneau et des parfums du gâteau à la carotte, les époux attendent le retour de leurs familles en fumant et en devisant de l’actualité internationale si agitée… Yasir vient d’échapper de peu à l’attentat de Bruxelles, il est rentré la veille de la capitale belge et a raconté à Mariam, épouvantée, les scènes de carnage auxquelles il avait assisté à Zaventem…

Cinq façons de ne pas devenir fou après un attentat

Ecrit par Sabine Aussenac le 26 mars 2016. dans Ecrits, La une, Actualité

Cinq façons de ne pas devenir fou après un attentat

Boire un thé. Non, pas simplement un thé préparé avec un sachet, fût-il de mousseline.

Prendre sa plus belle théière, la bleue, en porcelaine du Devon, ou la transparente, qui laisse voir s’éclore les délicates fleurs de cerisier.

Y verser une poignée de votre meilleur thé, d’un de ceux qui vous transportent au-delà des neiges du Mont Fuji ou des sentiers escarpés du Népal. Choisir un nom prometteur, tel que « Nuit à Venise » ou « Thé des poètes », regarder les brisures délicates des feuilles venues d’Orient, les bleus sombres de quelque plante rare et les baies roses s’épanouir en corolle, calices offerts à l’éternité de cet instant.

S’assoir en silence et boire à petits gorgées, recueillie comme une Geisha, rêveuse comme une Lady regardant s’éloigner son amant à dos d’éléphant, dans le vacarme des Indes Impériales.

Oublier les hurlements des survivants et des sirènes.

 

Aller marcher. Nul besoin de partir en trek ou sur les chemins de Compostelle. Non, simplement se diriger d’un bon pas vers le square tout proche, celui que l’on ne remarque même plus tant les ombelles familières des pissenlits et les silhouettes apaisantes des grands marronniers nous semblent faire partie du quotidien, au même titre que la machine à café ou que les jouets des enfants qui jonchent le tapis.

Lever les yeux. Observer la lumière douce qui s’ébroue entre les branches toutes frémissantes de ce vert printanier, guetter un écureuil imaginaire, avoir envie de grimper dans ce géant tutélaire, d’y jouer les barons perchés, de se blottir dans la canopée murmurante.

Baisser les yeux. Compter chaque brin de cette herbe neuve qui même en cœur de ville nous paraît soudain steppe, pampa, grandes plaines du Wyoming. Un microcosmos fertile, qui bientôt s’emplira de grillons que nous « tutions » dans nos enfances, une couverture infinie sur laquelle nous pourrions presque nous allonger. S’imprégner de tout ce vert, de l’émeraude des feuilles enroulées de ce lilas, du vert mousse des petits lichens modestement agrippés au creux de la grille du parc, du vert pomme de ces bambous qui se caressent au gré de l’Autan.

Oublier le carmin et les vermillons de l’horreur.

 

Lire un roman. N’importe lequel, du moment que c’est un roman.

Un roman de gare, un Harlequin à trois sous, dans lequel le fils d’une comtesse désargentée se fait maître d’hôtel et sera remarqué par une riche héritière ; un roman russe où s’égrènent des noms si compliqués que vous devrez prendre des notes pour ne pas confondre Natasha Anastasia Vronski et sa cousine, un roman où tintinnabulent des troïkas qui filent devant l’avancée des Rouges voulant s’emparer de la datcha, un roman de 1000 pages où Anna ou Lara embrassent passionnément la vie ; un roman japonais, figé comme l’eau dormante qui veille sur les cercles parfaits tracés dans les gravillons entourant la pagode, dans lequel seul murmure légèrement le papier de riz lorsque les paravents s’écartent pour laisser passer ce plateau délicatement orné d’un ikebana parfait ; un roman norvégien, où l’on l’entend fondre les neiges lorsque l’héroïne part pagayer sur les eaux vives du fjord, riant devant le vert étincelant des grands sapins et plongeant nue vers ces profondeurs, pour oublier ce frère qui en aime une autre.

Oublier tous ces autres personnages, ces êtres de chair et de sang que l’on vient de voir blastés ou emplis de clous rouillés.

Tes enfants et ta femme tu ne tueras point…

Ecrit par Sabine Aussenac le 27 février 2016. dans La une, Société

Tes enfants et ta femme tu ne tueras point…

« Un couple et ses deux enfants âgés de 6 ans et 10 mois ont été retrouvés morts lundi soir à Neuville-aux-Bois, près d’Orléans, dans le Loiret. D’après une source judiciaire, la famille a été retrouvée décédée à son domicile par les gendarmes qui avaient reçu un coup de fil inquiétant (…) Le père de famille âgé de 26 ans, aurait égorgé à l’arme blanche sa femme et ses enfants. Il aurait ensuite prévenu les forces de l’ordre de son acte avant de se donner la mort en se tranchant le cou avec une scie circulaire dans la cave de l’immeuble. Une enquête a été ouverte pour élucider les circonstances de ce drame, dont le motif reste pour le moment encore inconnu. La famille, et particulièrement la mère, était bien connue des services sociaux de la ville ».

La Dépêche

« Les gendarmes se sont aussitôt rendus sur place (…).

Sur le canapé du salon, sous des couvertures, ils découvrent les corps sans vie des deux enfants – une petite fille de 10 mois et un garçonnet de six ans – allongés de part et d’autre de celui de leur mère. Les enquêteurs constatent alors que les deux enfants ont été égorgés, comme leur mère, âgée de 27 ans, qui a reçu aussi de nombreux coups de couteau sur le reste du corps. « Ces coups laissent supposer qu’il y a pu y avoir lutte », note Alain Leroux, procureur de la République adjoint d’Orléans, pour qui « beaucoup de questions se posent sur l’enchaînement des faits ». « On ne sait pas dans quel ordre les victimes ont été tuées », ajoute le magistrat : les enfants ont peut-être été tués dans leur lit pendant qu’ils dormaient, puis déplacés pour cette « mise en scène », avance-t-il. Les autopsies, pratiquées à Tours mardi et mercredi, permettront peut-être de lever ces incertitudes, indique-t-il. Le père de famille n’avait pas d’antécédents psychiatriques connus, mais le magistrat n’exclut pas la possibilité d’une dépression. Il était connu des services de gendarmerie pour des problèmes de stupéfiants (du cannabis a été découvert à côté de lui), mais pas pour des violences, ni sur sa femme, ni sur ses enfants. « La toxicologie permettra de savoir s’il a agi sous l’emprise des stupéfiants ou de l’alcool », a relevé le procureur adjoint d’Orléans pour qui « la piste du drame familial est privilégiée », même si « les autres pistes criminelles doivent aussi être vérifiées ».

Paris-Normandie

Et voilà. Comme d’hab. On emploie le conditionnel, que nos chers médias aiment associer à ces fameux « drames familiaux » que nul n’ose appeler infanticides, meurtres, crimes, féminicides, voire même génocide au vu de l’accumulation mondiale de ces crimes de masse envers les femmes et les enfants, de la part d’une partie de l’humanité envers deux autres… Bien sûr. Le gars appelle les gendarmes et se dénonce, mais alors même qu’on le retrouve suicidé à la scie circulaire en ayant laissé les cadavres soigneusement alignés comme pour une soirée télé sur le canapé, notre canard local ose écrire « aurait égorgé » ! Avant d’en rajouter une couche en osant immédiatement ensuite incriminer la mère, pourtant victime et décédée : elle aurait été « connue des services sociaux » ! Ce n’est pas la première fois que la Dépêche se range du côté des tueurs… Je me souviens en particulier du suicide d’un habitant d’une petite ville pyrénéenne où j’enseignais en 2014. L’homme avait froidement abattu l’un de nos élèves, un collégien de 12 ans, et sa mère, avant de se suicider. Je vous laisse apprécier la partialité du journal qui pleurait presque son cher « adjoint disparu » et n’eut pas un mot de compassion pour la femme assassinée :

Contre feu

Ecrit par Sabine Aussenac le 20 février 2016. dans La une, Ecrits

Contre feu

Opinion

 

D’aucuns ont trouvé le récent article de Luce, intitulé « Opinion », hermétique, voire même tendancieux, on parla même de populisme, voire pire… Je ne me hasarderai pas à parler du reste de son œuvre, que je connais mal.

Quant à ce texte-là, oui, il m’a touchée, par le courage qu’il afficha sous ses prétendus « fumets regrettables »… J’ose vous le dire, moi aussi, je suis une aficionada totale de BHL, que j’aime depuis les volutes de fumée d’Apostrophes où voletaient les manches de ses grandes chemises blanches, et de notre cher Finky.

Je n’ai pas bien compris en quoi la judéophilie affichée de Luce pouvait « déranger » notre site d’expression libre. On ne peut pas chaque samedi se faire le porte-parole de l’Intifada et de Cuba libre, de délires Mélenchoniens et du temps des cerises ; parfois, on peut, on doit, même, ose-je écrire, pouvoir lire les termes de « Jérusalem » sans y voir un gros mot.

Moi aussi, j’ai des amis juifs. D’autres, non feujs, m’ont parfois dit que je « m’enjuivais », et puis ma famille souvent « mais lâche-nous un peu avec tes juifs », pire, j’ai même pensé me convertir, avant d’épouser, en secondes noces, un pasteur, ce qui m’éloigna définitivement des fallafels et autres papillotes. Trêve de plaisanterie, j’ai su dès l’enfance que quelque chose clochait entre les Allemands – ma mère est rhénane – et le peuple du Verbe, quand au fil des ans j’ai compris les horreurs perpétrées par une partie de mes ancêtres. J’ai longtemps cherché comment accomplir mon devoir de mémoire, avant de finaliser une première partie de thèse sur la poésie de la Shoah, et de faire du devoir d’antisémitisme l’un de mes combats en écriture…

Il se trouve, voyez-vous, que j’ai la chance de vivre dans la Ville Rose, cette même cité radieuse où, par un beau matin de printemps, un homme venu de nos Quartiers tira à bout portant sur la tête blonde d’une petite Myriam, tête qu’il tenait par les cheveux. Quelques instants plus tard, en mes collines gersoises où j’enseignais le teuton, un collègue effaça du tableau de la salle des profs la phrase que je venais de décorer d’une étoile juive : « Premier attentat antisémite depuis la rue des Rosiers », me lançant au visage qu’on ne pouvait pas affirmer cela avant d’avoir des preuves.

Oui, ce jour-là, j’ai été en colère comme rarement je l’avais été, contre ma France qui avait laissé commettre ces crimes, contre ce collègue sourd et aveugle, contre notre antisémitisme du quotidien, contre les Dieudonné, contre les révisionnistes. Et je n’ose même pas vous dire comme j’ai été en colère le jour de Charlie, puis le jour du Bataclan… Car voyez-vous, si les pouvoirs publics avaient déclenché l’état d’urgence, le fameux, le liberticide, peut-être que Cabu ne rirait pas avec les anges, peut-être que les Eagles of Death Metal auraient pu finir leur concert non pas hier soir, mais dès le 13 novembre.

Par contre, il est absolument hors de question pour moi de sombrer dans « les amalgames » et la paranoïa, et je trouve effectivement dommage que Luce emploie ce vocabulaire un peu limite, un peu « français de souche »… Bien sûr, moi aussi, j’ai peur. Pas vous ? Tenez, le matin, quand je vais à pied de la Place Wilson à mon école, je ne compte pas moins de dix « kébabs » sur ce petit trajet que je couvre en dix minutes. Dix kébabs, dans la seule rue qui part du Capitole vers Garonne il y en a au moins six, c’est fou, c’est ridicule, oui, comme je ne sais plus quel VIP qui avait osé en parler, je me sens agressée, même s’il m’arrive, peut-être une fois l’an, de passer y chercher une frite et un nan double fromage…

Agressée parce que cela me dérange, cette uniformisation d’une culture qui n’est pas mienne et qui me gêne de par l’absence de diversité, mais ne croyez pas que je ne sois pas tout aussi dérangée par les 50 magasins de sacs et chaussures made in China, qui vendent leurs horribles camelotes fabriquées par des mômes rachitiques dans des usines-mouroir… Agressée aussi par ces voiles omniprésents, par l’ambiance épouvantable qui règne le dimanche matin aux « Puces » de Saint-Sernin, où l’on ne trouve pas un seul vêtement « occidental » à acheter pour les femmes, mais, par contre, des voiles pour fillettes, où d’obscurs barbus quémandent pour je ne sais quoi, de grands panneaux à la main, peut-être pour la construction d’une Mosquée, mais peut-être pas, sans présence aucune de forces de l’ordre, dans cette zone de non-droit, d’impunité totale, qui ressemble fortement à ce quartier de Bruxelles non loin duquel j’ai habité.

Oui, Arnaud-Bernard c’est Molenbeek sur Garonne, mais personne n’ose le dire. Mais ne croyez pas que je ne sois pas non plus outrée par tous les petits vendeurs qui proposent des Rolex à la sauvette, et/ou de la drogue, là aussi sans aucune intervention policière.

C’était bien, c’était chouette - Hommage à Michel Delpech

Ecrit par Sabine Aussenac le 09 janvier 2016. dans La une, Musique

C’était bien, c’était chouette - Hommage à Michel Delpech

Il est parti la veille de mon anniversaire, et je lui en sais presque gré, puisque tout au long du jour j’ai pu faire découvrir à mon fils les sourires de Laurette, les folies de l’île de Wight et les brumes du Loir-et-Cher. Les larmes aux yeux mais le sourire aux lèvres.

Bien sûr, nous le savions tous. Au gré d’un mot de son ami Drucker ou de quelque reportage, nous tous, oui, nous le savions : que les jours ici-bas de notre ami Michel étaient comptés. Et pourtant je fais partie de ces innombrables anonymes qui, aujourd’hui, sont brusquement orphelins d’un frère.

Un frère malgré tout quelque peu incestueux… Je dois à Michel mes premiers émois d’adolescente, lorsque ses chemises blanches et son sourire ravageur me faisaient voler loin, loin de mes carcans embourgeoisés et que je rêvais à ce garçon à la beauté désarmante comme à un Prince Charmant…

Il était de tous les samedis chez Maritie et Gilbert Carpentier, ses pattes d’eph’ et ses jabots virevoltant sur scène, entre les neiges du Lac Majeur et les complaintes de Mike Brant, son charisme rivalisant avec sa jovialité, en ces temps bénis où les Français se contentaient des cuisses des Clodettes en guise de Journal du Hard, et où les jeunes, le samedi soir, ne brûlaient ni joints ni voitures, se contentant des baloches où, justement, Marianne n’était pas conspuée, simplement « jolie »…

Je n’étais qu’une enfant aux joues innocentes, en ces seventies débutantes, mais je percevais l’effervescence apaisée de cette époque où, dans mon souvenir, les adultes savaient rire, se détendre, comme en apprenance de vie après les années gaulliennes… Ces grandes tablées champêtres au hameau près de « notre campagne », quand on écoutait C. Gérôme ou Dave, et puis les fêtes de village et les concerts de province, et, toujours, les paillettes, annonciatrices des années disco…

Il est là, le Michel de mon enfance, celui que mon premier mari, le cégétiste, m’interdirait, des années plus tard, d’écouter, parce que cette « variétoche » n’était plus de mise, et qu’il était de bon ton, chez les post soixante-huitards de n’idolâtrer que les grands chansonniers et les rockeurs engagés… Il fallait s’enivrer de Led Zep et brûler Julien Clerc, renoncer à la télé et ne lire que des BD… Oh triste, triste est la dictature du prolétariat…

Le calendrier de Sabine  : bienvenue, 2016 !

Ecrit par Sabine Aussenac le 04 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Le calendrier de Sabine  : bienvenue, 2016 !

Janvier joli jamais jugé Jules et Jim je (est un autre) – semaine des quatre – jeudis

Février fidélité fièvres folies fédérer fabuleux fous-rires faut pas exagérer

Mars maman ma mie mûrir malaxer myrtilles mirabelles mirobolant

Avril amour aimer arriver au-delà axes arlequinade Allah à la vôtre !

Mai mousse – au chocolat – matelot mer matrice merveilles mais t’es pénible quand même…

Juin juré (craché) jouer Jivago Jocaste juvénile je vais finir par craquer

Juillet joliesse javelot joutes jamais Jésus j’aurais juré le contraire…

Août autant (en emporte le vent) Autan altesse anges athée à la rigueur…

Septembre sérénade soupirs saphir satin Sabine sapristi souvent femme varie

Octobre ouragan orages Orphée onirisme onyx oh la la !

Novembre nuées nuages nocturne nuances ni vu ni connu !

Décembre dire doucement doré doué donner Diable Dieu dis donc t’es gonflé !

Bonne bisous bulles balades Buddha balivernes bidouiller

Année 2016 !!!

Il faudrait ne pas aimer Noël

Ecrit par Sabine Aussenac le 19 décembre 2015. dans La une, Ecrits

Il faudrait ne pas aimer Noël

Il faudrait ne pas aimer Noël, savoir renoncer à ces cannelles folles et aux bougies du temps… Avoir cette liberté des contempteurs de fêtes, ce mépris des « gauchistes » pour toutes ces bombances, cette détestation morale pour les étalages éhontés de nos opulences occidentales.

Hélas. Moi, j’ai Noël chevillé au corps et à l’âme. Je suis une indécrottable enfant émerveillée, de celles qui fouille tous les placards à la recherche des cadeaux, mes grands yeux n’attendant que ce moment magique où l’on retient son souffle entre les joues rosies avant que ne tinte la clochette annonçant le passage du vieux bonhomme en rouge…

Bon, d’accord, je vous le concède, j’aime toutes les fêtes, et, s’il ne tenait qu’à moi, je ferais aussi Hanoukka, le nouvel an chinois et l’Aïd ! Mais Noël possède à mon sens cette chaleur particulière, de celle qui rayonne depuis les vertes contrées de l’enfance comme un rappel toujours renouvelé des bontés de l’âme humaine.

Maman commençait les pâtisseries annuelles bien avant les fêtes, parfois plusieurs mois avant ! Les feuilles rougeoyaient encore dans les hêtraies lorsque notre cuisine se parfumait déjà de cannelle et de candy, quand ma mère confectionnait des boîtes entières de Plätzchen allemands, ainsi que la lourde brioche traditionnelle parsemée de raisins secs et fourrée de pâte d’amande, le Stollen… Nous décorions la maison très tôt, en particulier de la couronne d’Avent, tressée de véritables branches de sapin et ornée de rouge et or, au centre de laquelle quatre bougies étaient allumées les dimanches précédents Noël.

Certes, nous feuilletions les catalogues de jouets et rêvions à nos cadeaux, mais nous trouvions aussi la patience de regarder brûler ces bougies dominicales en écoutant des chants de Noël, tandis que parfois, durant les véritables hivers de ces années d’avant le réchauffement climatique, de doux flocons tourbillonnaient au dehors…

Nous respections la tradition germanique en ouvrant nos cadeaux le 24 décembre au soir, selon un cérémonial immuable, la fameuse clochette symbolisant le passage non pas du Père Noël mais de Christkind, l’enfant Jésus, qui apportait donc nos présents. La stéréo s’époumonait de Tino Rossi ou de cantiques teutons tandis que des « bougies magiques » menaçaient d’incendier le sapin en crépitant de mille feux et que nous nous précipitions vers les « tas » éparpillés aux quatre coins du salon, nous, les quatre garnements impatients et émerveillés…

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