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«  vœux d'été » : Tu m’as demandé de parler de l’été

Ecrit par Sabine Aussenac le 12 juillet 2014. dans La une, Ecrits

«  vœux d'été » : Tu m’as demandé de parler de l’été

Tu m’as demandé de parler de l’été.
J’eusse aimé te parler de l’enfance, de ces cent cigales emportées par l’Autan, des cieux immenses de la mémoire.
Mais mon été a froid.
Il frissonne devant un monde où des maîtresses reçoivent des coups de poignard dans leur peau douce en guise de ronde de fin d’année.
Il titube en sachant que des enfants tendres sont enlevés et torturés par leurs frères ennemis, de part et d’autre d’un Mur qui depuis longtemps vacille.
Il s’effondre quand je lis que des hommes se cousent des bombes sous la chair pour faire exploser des avions plein de femmes enceintes et de cris d’enfants joyeux.
Il hurle en silence en voyant l’inertie des puissants devant les ventres affamés des foules de plus en plus indigentes, sans parler de la Terre que nous dépouillons de concert.
Tu m’as demandé de te parler de l’été.
Le mien sera de glace.
J’ai acheté une glacière au bazar à deux euros et voulais aller vendre des bouteilles le long de Garonne, comme le font tous ces gens à Paris. Mais j’ai lu que c’était interdit.
J’ai imprimé mes poèmes et voulais aller les déclamer sous des kiosques en tendant un chapeau et mes sourires. Mais j’ai lu que c’était interdit.
J’ai cherché mes livres d’histoires et voulais les conter aux enfants dans les squares pour récolter trois sous et des rires. Mais j’ai lu que c’était interdit.
J’ai demandé au docteur de prescrire une cure à mon enfant qui tousse et à moi qui ne peux plus marcher. Mais la sécu ne rembourse les trajets et donne une aide au logement qu’aux très pauvres et je ne le suis que peu, juste assez pour que mon découvert se creuse comme une rivière asséchée. Et je vois que la cure nous sera interdite, car avec deux loyers de retard on ne prend pas de location, ni en montagne, ni au camping, ni à la mer. Alors mon enfant toussera à la rentrée et je boiterai encore.
Tu m’as demandé de te parler de l’été.
Le mien sera de plomb, attaché à la ville dont je ne sortirai pas, et il faudra déployer tous les trésors de l’imaginaire pour en faire une fête. Oh, je sais déjà qu’en l’absence de fiston, qui, grâce à dieu et à son père qui, s’il ne paye pas de pension depuis quatre ans, le prend au moins en vacances, je mangerai froid, irai dans les bibliothèques, écrirai un peu, et ferai contre mauvaise fortune bon cœur.

J’ai fait un rêve

Ecrit par Sabine Aussenac le 21 juin 2014. dans Ecrits, La une, Société

J’ai fait un rêve

J’ai fait un rêve.

D’une ville qui mettrait la moitié de son budget dans l’éducation et l’accès à la culture.

D’un département qui construirait une bibliothèque à côté de chaque collège et qui instaurerait la gratuité des livres pour tous.

D’une région qui transformerait les stades en accueils de concerts, qui multiplierait les constructions de théâtres.

D’un pays où les artistes, tous les artistes, pas seulement les peintres d’art dit « moderne » qui pour une couleur sur une toile blanche perçoivent des milliers d’euros, où les intermittents du spectacle, mais aussi les danseurs, les poètes, les acteurs, les photographes… seraient des stars, payés royalement, signant des autographes par milliers.

D’un monde qui organiserait la Coupe du monde des arts, la Arts World Cup.

J’ai fait un rêve.

D’une radio dite d’information qui, en cette période de Coupe du monde de foot, diffuserait, dans un esprit de parité, pour chaque info consacrée au sport une info consacrée à la culture.

D’une télévision où chaque soir en prime time seraient diffusés des spectacles, de l’opéra, du théâtre, des grands films, des visites de musées.

D’une école où il y aurait, de la petite section de maternelle jusqu’à la dernière année de doctorat, même en médecine ou en droit, autant de cours de culture artistique et musicale que d’heures d’EPS.

D’un pays qui organiserait des championnats de joutes poétiques, des courses musicales, des compétitions de peinture.

D’un monde où des millions, des milliards de personnes communieraient dans des stades où l’on écouterait des concerts, où des poètes déclameraient des vers, où des acteurs joueraient des grandes pièces, où des pom pom girls déchaînées danseraient sur des airs d’opéra, où des vuvuzelas siffleraient l’hymne à la joie.

J’ai fait un rêve.

D’un monde où le culte du corps irait de pair avec le culte de l’Esprit, où les petites filles ne deviendraient pas anorexiques, où les petits garçons auraient le droit, même sans être transgenres, d’aimer le ballet, où les top model seraient intelligentes et où l’on apprendrait aux membres de l’équipe de France de foot à parler en bon français.

Quand l’espace est de pierre et le sang de papier

Ecrit par Sabine Aussenac le 07 juin 2014. dans La une, Ecrits

Quand l’espace est de pierre et le sang de papier

Quand l’espace est de pierre et le sang de papier,

Quand au matin déjà tu ne peux plus crier,

Quand la nuit est de feu et le jour de colère,

Quand le temps est venu où la vie désespère,

 

Quand les vautours te broient de leurs griffes acérées,

Quand le ciel est si vide qu’on ne peut respirer,

Quand les murs qui t’encerclent ont un goût de tombeau,

Quand dans la grande absence seul frémit le corbeau,

 

Quand tu ne sais plus même si demain sera là,

Quand le jour se fait guerre et le temps un combat,

Quand tu deviens muette en hurlant le silence,

 

Alors le seul chemin est d’oser toute transe,

De devenir colombe, hirondelle ou cours d’eau,

Et de danser ta vie en tenant ce flambeau.

Comme en instance d’orage

Ecrit par Sabine Aussenac le 31 mai 2014. dans Ecrits, La une, Actualité

Comme en instance d’orage

L’air, un peu différent. Comme en instance d’orage.

La pluie, cette pluie presque d’été, qui pourrait annoncer un arc-en-ciel.

Qui pourrait, oui. Mais sera-t-elle capable de laver l’affront fait hier, en ce 25 mai 2014, à la Démocratie ?

Prendre le bus, croiser tous ces visages. En apparence, rien n’a changé. Ce sont les mêmes personnes qui rentrent du travail, ce sont les mêmes enfants qui reviennent en chantonnant de l’école. Il y a les SDF fatigués devant la boulangerie, les Roms qui mendient, on se presse, on court dans les couloirs du métro, on prend RV chez le dentiste.

Contemplant cette vie qui gronde, je me demande si, au lendemain du 30 janvier 1933, les Allemands eux aussi ont vaqué à leurs occupations, comme si de rien n’était. Si les visages, comme dans Toulouse ruisselante aujourd’hui, sont demeurés les mêmes, inchangés, n’entendant ni le souffle de l’Histoire, ni les hurlements des enfants juifs et Roms dans les Camps, ni les bombes des bombardements tapis qui bientôt souilleraient, à jamais, le pays des Penseurs et des Philosophes.

Je vous écoute, dans vos radios, vos télés, par écrans interposés. Tout un pays anéanti, ou presque. Presque, car, aussitôt, en lieu et place d’une réelle interrogation sociétale et profonde, voilà que les panem et circenses médiatiques nous servent un nouveau scandale, une de ces affaires tonitruantes qui tombent, vous l’avouerez, à pic. Histoire de ne pas se passer la patate chaude de ce vote dont les autres médias européens et internationaux se repaissent, histoire de plutôt faire de la bouillie sarkoziste, grâce à ces financements occultes étrangement révélés ce jour, que de poser les véritables questions.

Et moi j’ai honte. Honte pour mon propre pays dont le monde se gausse, honte pour cette mémoire outragée. Et surtout, je souhaiterais que « nos » responsables, enfin, se remontent les manches, pour désamorcer la bombe du populisme et de la xénophobie.

Il ne devrait pas être très compliqué de contenter les petites gens, de se rendre compte que personne ne peut, décemment, vivre avec une misérable retraite inférieure au SMIC. Il ne devrait pas être très compliqué d’oser enfin prendre l’argent là où il dort scandaleusement, pour aider les Petits et les Humbles, mais aussi ces classes moyennes engorgées, surendettées, prises entre le marteau et l’enclume, gagnant trop pour recevoir de l’État Providence, mais pas assez pour sortir de la spirale des découverts et des dettes. Il ne devrait pas être très compliqué, que l’on soit gaulliste ou socialiste, voire même centriste, de se retrousser les manches pour sortir de la Crise, pour rassurer ces ouailles électorales qui, ne sachant plus à quel Saint se vouer, ont fini par voter pour le Diable…

OPINION Pour l'Europe, quoi qu'on en dise !

Ecrit par Sabine Aussenac le 24 mai 2014. dans La une, Politique

OPINION Pour l'Europe, quoi qu'on en dise !

Vous savez, moi non plus, je ne sais pas encore très bien pour qui je voterai, dimanche. Peut-être pour cette liste féministe, même s'il faut imprimer le bulletin de chez soi. Ou sans doute Modem, parce que leur clip de campagne est sublime, ainsi que leur « Faites l'Europe, pas la guerre »...

Parce que « mon » Europe est celle de l'émerveillement de la paix. Mon Europe existe car mes parents, une sublime Romy rhénane et un jeune Castrais beau comme un camion, qui s'étaient rencontrés dans une auberge de jeunesse, qui lisaient Prévert en écoutant Mouloudji, qui s'écrivirent des cartes et des lettres des mois durant, entre Londres, l'Allemagne et le pays tarnais, ont eu le culot de traverser les frontières de la haine et d'oser braver les regards obliques des anciens résistants. Mon Europe est celle d'une enfance binationale incroyablement exotique, et, oui, j'aime mes deux patries, mais encore plus cette idée d'être issue de la paix, de la tolérance, de la résilience des nations.

Et puis il y a tous mes souvenirs incroyablement « kitsch », de l'Eurovison –la vraie, l'unique, celle où ma mère et sa sœur (qui a...aussi épousé un Français !) s'appelaient pour commenter, tout comme ma sœur (qui vit...en Allemagne et qui a épousé un Allemand !) et moi nous appelions aussi...- aux hurlements de joie poussés, dès septembre en découvrant, au LIDL, puisque la mondialisation touche aussi nos nourritures terrestres, les premiers « Marzipan » de Noël, et, inversement, cette fierté d'être « Française » en traversant hors des clous outre-Rhin, pour le plaisir de montrer mon esprit si différent, si rebelle, si libre...

Parce l'Europe, c'est ça, aussi, au-delà de la PAC et du Parlement : cette certitude que, oui, nous sommes des dizaines de pays différents, mais qui avons le pouvoir et surtout la LIBERTÉ d'avancer ENSEMBLE, en fédérant nos richesses.

Alors dimanche : votez !!!

Pour Camille Lepage

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 mai 2014. dans Ecrits, La une, Actualité

Pour Camille Lepage

Une rose épuisée sur la grille dormait,

Ses pétales effleurant le métal comme un ange.

 

Baiser fou, l’innocence salie et toujours piétinée,

À la grille du monde que le printemps dérange…

 

Des cerises éclataient comme la liberté,

Leurs rondeurs vers le ciel en lampions rougeoyants,

Une offrande amoureuse à un ciel si bleuté

Sur ces branches dressées comme un grand corps d’amant.

 

Ailleurs dans le grand monde mourrait la jeune fille,

Sous les balles en Afrique, ses photos des vestiges

D’une vie flamboyante comme mille escarbilles,

Dans le brasier immonde des charniers en vertige.

 

Ces pensées en mémoire de Camille Lepage,

Qui sa vie nous donna pour laisser des images.

Leurs cris frissonnent en mes désirs

Ecrit par Sabine Aussenac le 10 mai 2014. dans La une, Ecrits

Leurs cris frissonnent en mes désirs

C’est le retour des hirondelles

Les voilà reines du grand ciel

Elles passent et crient à perdre haleine

En cercles d’anges onyx ébène

Criblant mes soirs de perles noires

Elles tournent belles en mes espoirs

Derviches anciens à mes fenêtres

Comme autant d’âmes en disparaître

Le ciel soudain a goût d’immense

Envie de me jeter en vol

De tournoyer comme en enfance

En éternelle escarpolette

De devenir une escarbille

Comme étincelle d’un soleil

Qui partirait en matin d’or

Sur des sentiers couleur nuages

Leurs cris frissonnent en mes désirs

Je les envie les belles oiselles

Si libres en grâce d’absolu

Leurs arabesques giflant mes soirs

Sont ma kabbale et mon miroir

Nul ne saura jamais vraiment

Si je préfère obstinément

Bâtir nichée à mes enfants

Ou voler libre en crépuscule

Bien maladroite libellule

Que vienne enfin l’heure stellaire

Celle où s’aimeront nos deux lunes

Lorsque blottie contre ton ciel

Tu me diras ton hirondelle.

Bouquet final

Ecrit par Sabine Aussenac le 03 mai 2014. dans La une, Ecrits

Bouquet final

Le muguet au bois fou ce matin carillonne,

Ses clochettes enivrées qui bourdonnent et fredonnent,

Comme autant de rappels de nos luttes passées,

Fratricides et victoire contre l’ordre emmuré.

 

Les voilà qui défilent, ceux qui croient au lilas,

Klaxons gais et paroles en immense fracas,

Et l’on entend Jaurès marteler que les Grands

Ne devront plus jamais exploiter les perdants.

 

La sais-tu la beauté de ce Temps des cerises,

Lorsque de ville en ville barricades effrontées

Se levaient pour crier libertés insoumises ?

 

Garde au cœur la beauté de la rose au sang noir,

Qui au soir fraternel de la paix retrouvée

Fleurira sur les tombes de tous nos fols espoirs.

Par l’union, il brisera toutes les attaques… Adieu à Dominique Baudis

Ecrit par Sabine Aussenac le 19 avril 2014. dans France, La une, Politique, Actualité

Par l’union, il brisera toutes les attaques… Adieu à Dominique Baudis

Quand j’ai lu les avis dans le Carnet du Monde, j’ai compris que je ne pourrais vous dire au-revoir. Car aujourd’hui, je suis dans votre Ville Rose, quand un hommage vous sera rendu aux Invalides, tandis que demain, lorsque votre ville vous pleurera, je serai, exceptionnellement, à Paris…

Ces quelques mots pour vous assurer, Dominique, de mon profond respect et de ma gratitude. La France perd un Juste, et Toulouse l’un de ses pères bienfaiteurs.

Savez-vous que nous avons été en opposition politique, lorsque, jeune étudiante, on m’avait demandé d’occuper la fin de la toute première liste verte, il y a mille ans, quand notre score a été si ridicule que nous, modestes militants de la première heure, avons été obligés de rembourser la campagne ? La petite étudiante rêveuse, qui ne connaissait de la politique que les cartes de vœux du RPR que son Conseiller Général de père l’obligeait à mettre sous enveloppe en famille, s’était émancipée, portant des Birkenstocks bien avant l’heure et achetant des graines de sésame au Marché du Capitole à la sortie de Fermat… Mon hypokhâgne ratée, pleine de lectures de Kerouac et de rêves américains, ressembla bien peu à votre brillant parcours étudiant, mais quelque part, déjà, nous avions les mêmes ambitions : changer la vie, ou peut-être même transformer le monde…

C’est que votre regard, toujours, a su voir au-delà de Garonne les méandres de l’Histoire. Vous aimiez les hommes, leur passé, leur avenir, vous aimiez aussi nous dire le monde. Vos activités de grand reporter ont, tout naturellement, convergé vers la fenêtre du petit écran lorsque, au gré des JT, vous donniez aux Français des nouvelles de notre terre. C’est qu’elle vous était précieuse, notre planète, et vous l’aimiez, de ces terres méditerranéennes que vous avez su magnifier lors de votre présence à l’Institut du Monde Arabe jusqu’à vos engagements européens… Oui, le Cèdre du Liban a été comme un emblème de tous vos chiasmes et métissages, car comme lui vous avez, toujours, défendu la paix et la conscience.

C’est Toulouse qui a, avant vos futurs engagements,  profité la première de vos clairvoyances. Quelle différence entre la modeste bourgade presque ensommeillée que j’ai découverte en arrivant de ma campagne tarnaise et la métropole européenne qui rutile de mille feux, quand non seulement le soleil berce le clocher de St Sernin en rougeoyant sur la brique, mais fait miroiter les ailes de nos avions et fusées… Vous avez su, Dominique, participer à cette naissance, et faire de Toulouse l’Occitane une capitale européenne. Vous avez fait, pour notre ville, l’habile transition entre tradition et modernité, et la Croix du Capitole se souvient de la liesse des soirs d’élection… Les petits quartiers sont aujourd’hui toujours là, Toulouse reste un grand village, avec ses marchés de plein vent, ses tilleuls qui embaument autour de St Sernin et la faconde de ses habitants ; mais on y parle à présent aussi, au-delà des annonces en occitan dans le métro, la langue du futur.

De heili heilo à Jobi Joba…

Ecrit par Sabine Aussenac le 05 avril 2014. dans La une, Education, Société

De heili heilo à Jobi Joba…

Tiens, c’est amusant, ce départ d’un ex-prof d’allemand et l’arrivée d’un natif de Barcelona à Matignon, vous ne trouvez pas ? J’y vois, moi, une excellente métaphore de la situation de l’enseignement de l’allemand dans notre belle France…

Oui, l’Espagne et l’enseignement de l’espagnol ont bien toujours le vent en poupe comme l’anglais – what else ? – et les langues dites émergentes (car des parents d’élèves s’imaginent encore que leurs têtes blondes vont réussir à maîtriser le mandarin en quelques années, quand certains peinent à écrire leur propre nom – du vécu ! – et ne maîtrisent déjà plus l’écriture cursive – alors les idéogrammes, je vous laisse imaginer…).

Les classes de mes collègues hispanisants sont toujours remplies ; et c’est vrai que c’est sympa, cool, fun, d’apprendre cette langue latine dont les sonorités nous semblent si familières, et puis le soleil, la salsa, etc… Je vous épargne les clichés !

Nous, par contre, en allemand, c’est le désert des Tartares. Les profs d’allemand sont devenus des has been, véritables boloss de l’Éducation Nationale. Tiens, c’est simple, dans notre immense académie de Toulouse, à la rentrée 2014, AUCUN poste au « mouvement » ; dans certains départements, et pas seulement dans le Sud-Ouest, aucune école primaire ne propose l’enseignement de l’allemand ; j’ai personnellement un statut de remplaçante depuis des années, malgré ma réussite au CAPES en 1984…

Nos classes ressemblent à des rassemblements de clandestins sous quelque dictature… Nous sommes les disciples de la dernière chance, les résistants, nous sommes la mémoire d’un grand peuple qui, autrefois, existait : les élèves qui faisaient de l’allemand, les germanistes. Souvenez-vous : de cette époque où l’allemand était enseigné dès la sixième, et où les germanistes rayonnaient de leur réputation de « bons élèves »… De ces trente glorieuses des jumelages, de ces images d’archives d’Adenauer et du Général applaudis à Reims ou à Berlin, de votre petite « corres » si blonde et si délurée…

Oui, hier, en voyant la valse de nos dirigeants, je n’ai pu m’empêcher d’y lire un symbole…

Pourtant, non, nos cours ne sont pas soporifiques comme un discours de notre ex-Premier Ministre ! Je vous assure, les méthodes ont évolué depuis Rolf et Gisela, nous aussi, nous utilisons autre chose que des magnétos à bande, et nous savons même naviguer sur l’ENT ! Non, non et non, nous ne parlons pas des heures sur un ton monocorde, au contraire, nous faisons faire des activités aussi variées que celles de nos collègues d’espagnol, même si, c’est vrai, nos manuels – les livres, hein, pas Valls (elle était fastoche) – parlent de façon un peu répétitive de la chute du Mur, des immigrés de Berlin et des discours du Moustachu…

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