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« L'autre côté de moi »

Ecrit par Sabine Aussenac le 22 mars 2014. dans La une, Ecrits

«  L'autre côté de moi »

...Je ne suis pas juive, je ne suis pas militaire, je n’ai pas été touchée par l’antisémitisme. Ou, en fait, si, mais à contrario : parce que je suis, par ma mère, d’origine allemande. Parce que je sais que si mes grands-parents n’ont pas eu la carte du parti, mon grand-père était cependant soldat de la Wehrmacht ; il a fait le Front de l’Est, est resté des mois prisonnier.

C’est lui qui, un jour, m’a mis le roman « Exodus » entre les mains, sans un mot. J’avais 13 ans, je lisais à peine l’allemand, et pourtant j’ai lu, et compris. La même année, j’avais lu le Journal d’Anne, et, là aussi, ouvert les yeux. Mon pays adoré, ma deuxième patrie, mon Allemagne des contes de Grimm, des longues promenades le long du Rhin, de mes grands-parents chéris, avait donc aussi été le pays de l’Indicible.

L’autre côté de moi

L’autre côté de moi sur la rive rhénane. Mes étés ont aussi des couleurs de houblon.

Immensité d’un ciel changeant, exotique rhubarbe. Mon Allemagne, le Brunnen du grand parc, pain noir du bonheur.

Plus tard, les charniers.

Il me tend « Exodus » et mille étoiles jaunes. L’homme de ma vie fait de moi la diseuse.

Lettres du front de l’est de mon grand-père, et l’odeur de gazon coupé.

Mon Allemagne, entre chevreuils et cendres.

 

 Bien sûr, les Allemands ont souffert : ma mère encore ne peut entendre un avion sans frémir, et je sais que la blondinette de 4 ans a eu peur, faim, froid.

Mais quelque part, je suis la seule de ma famille à, en quelque sorte, « porter la Shoah ». La Shoah par balles de mon grand-père, que personne n’a jamais encore osé évoquer avec moi. Et surtout la Shoah tout court.

J’ai encore rêvé d’ailes

Ecrit par Sabine Aussenac le 15 mars 2014. dans La une, Ecrits

J’ai encore rêvé d’ailes

C’est la lumière qui m’alerte en premier. Imperceptiblement différente. Une sorte de frémissement de l’air, une envolée.

D’ordinaire, j’ai comme un sixième sens. Je sais que lorsque je vais lever les yeux, elles seront là. Un peu comme vous devinez qu’une lettre importante vous attend dans la boîte.

Alors j’ose tourner mon visage vers le ciel, vers ce bleu, ce jour-là, intense, presqu’insupportable, ce bleu qui nous réconcilie soudain avec toute la beauté du monde ; et elles sont là : mes hirondelles.

Je les vois, je les aime, je les sens, si proches, si lointaines, et leurs grands cercles fous me sont comme une aubaine ; soudain, tout s’apaise. Je sais que le monde est à sa place, et que j’ai ma place au monde. Ces frémissements d’ailes dans la première lueur du couchant font de cet instant, de cette minute précise où j’assiste au retour des hirondelles, le moment le plus précieux de mes ans.

Cet instant est mon renouveau, mon équinoxe. Ce moment est mon mascaret et ma dune, mon éveil. Car pour moi, ces hirondelles symbolisent la vie, son éternel retour, sa puissance infinie, la vie, pleine, entière, résiliente et solaire, indestructible.

La grâce, déjà, de ces cercles infinis, de ces ballets aériens, fusant au crépuscule jusqu’au ras des tuiles, ou s’égarant jusqu’aux confins du ciel, me bouleverse. Moi la femme-glèbe, aux sabots de plomb, embourbée dans mes vies tristes, je me sens soudain comme transfigurée, touchée par cette légèreté aérienne.

La liberté, aussi. Assignée à résidence dans ma propre existence, pieds et poings liés par mes soucis, en immobilisme total de par mon manque de surface financière, je suis en admiration devant ces gitanes du ciel, devant ces nomades absolues. Mes hirondelles me disent la bonne aventure, elles seules savent qu’à travers le prisme obscurci de mes gouffres, il reste cette lumière.

Toulousain, souviens-toi !

Ecrit par Sabine Aussenac le 22 février 2014. dans France, La une, Politique, Histoire

Toulousain, souviens-toi !

Toulousain, souviens-toi !

Souviens-toi de ce 19 août 1944, quand ta Ville Rose a été libérée du joug de l’Occupant nazi. Souviens-toi du ciel bleu et de ta France aux yeux de tourterelle, au sol semé de héros. Car ils s’étaient levés, les Forain-François Verdier, les Alain Savary, pour dire non à l’ogre brun, celui qui dévorait nos enfants juifs déportés vers les Camps.

Toulousain, souviens-toi !

Souviens-toi de ta ville qui, au fil des siècles, ouverte comme une paume aux souffles de la mer, a su, passerelle entre les peuples et les civilisations, se dresser contre le mal et les obscurantismes. Dame Carcasse et toutes les Esclarmonde ont lutté, depuis leurs remparts, contre les contempteurs de cathares, et tu étais là, toi, Toulousain, pour dire ce qui, alors, te semblait juste. Plus tard Jean Calas criera son innocence, et ta brique rose tremble encore de l’injustice et des procès.

Toulousain, souviens-toi !

Souviens-toi de ta culture, de l’audace et du chant doublement habitée ! Toi, dont la ville a accueilli la première Académie, l’Académie des Jeux floraux, dans cette terre d’Oc riche de nos troubadours et de l’inaliénable Aliénor. Toi que Garonne a bercé de ses ondulations de femme libre, toi qui sais aller, grâce à Riquet, des effluves océanes jusqu’aux garrigues aux cent cigales, le long du Canal aux eaux vertes que Pagnol a si bien chantées, toi dont l’histoire mûrit au soleil de la diversité, souviens-toi que tu es un homme libre.

Toulousain, souviens-toi !

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure...

Ecrit par Sabine Aussenac le 08 février 2014. dans La une, Média/Web, Société

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure...

C’était quelque part en 2008. Mes premiers pas sur le net, ou presque. Péniblement, mon ex-mari m’avait initiée au maniement d’une souris et de word, et je me revois encore cliquer lettre après lettre pour effacer, ou vanter les mérites d’un annuaire papier face aux Pages Jaunes en lignes, en 2003… Bon, j’avais quand même appris assez vite, navigant bientôt entre mes mails, Meetic et, depuis ce fameux soir du 30 avril 2008, mon premier « site d’écriture », mon cher « Oasisdesartistes »…

Sur ce forum, où bientôt mes mots s’évadèrent, les internautes et poètes vivaient cachés… Alors si ma plume s’en contenta, et si j’ai, en ce lieu béni où mes mots sont revenus à la vie, noué de solides amitiés, en particulier avec des poètes du Maghreb, et même vécu la quintessence de l’amour – Jim, si tu me lis… – je me suis assez vite lassée des « pseudos » et des jeux de cache-cache avec les « Étoile 75 » et autres surnoms poétiques…

Me manquaient, en ce forum poétique, l’incarnation du réel, la transparence, l’échange en peer to peer de pairs osant se dévoiler, malgré les écrans… Certes, nous nous livrions jusque dans l’intime, puisque la poésie, justement, creuse et brûle les âmes, mais nous restions enfermés dans ces bulles virtuelles qu’offre l’anonymat.

C’est Tony d’Oasisdesartistes qui a été mon « premier ami Facebook ». Ma passerelle, mon pont entre ces deux virtuels, lui, le bel artiste peintre et écrivain, et je me souviens de ma joie en découvrant sa page, son visage, ses toiles, qui, sur Facebook, explosaient en autant de couleurs que la vie.

Puis j’ai cherché Bertrand, dont j’étais amoureuse à 15 ans, que je revoyais encore en fragile jeune homme à lunettes, auquel j’offrais maladroitement, en notre datcha familiale, du cake fait de mes blanches mains adolescentes. Certes, je l’ai retrouvé, mais ce n’est pas avec lui que j’ai le plus de contacts, non, c’est avec sa maman, une délicieuse vieille dame digne et malicieuse, alerte et épanouie, un modèle de dynamisme…

Planète sacrifiée et peuples perdus… (4)

Ecrit par Sabine Aussenac le 01 février 2014. dans La une, Ecrits

Planète sacrifiée et peuples perdus… (4)

Geronimo sourit

Terre folle et peuples perdus…

 

Sur des haïkus déserts

Delta et source

en un même

chagrin. Yeux vides

des mères. La vague a laissé les guenilles

aux branches énuclées.

Saumâtres, les âmes

mortes geignent au Tsunami.

La fleur de cerisier flotte, seule,

sur des haïkus déserts.

Planète sacrifiée et peuples perdus… (3)

Ecrit par Sabine Aussenac le 25 janvier 2014. dans La une, Ecrits

Planète sacrifiée et peuples perdus… (3)

Geronimo sourit

Terre folle et peuples perdus…

 

Cacatoès vengeur

Engourdi, le temple

somnole en jungle ébouriffée.

Cacatoès vengeur a remplacé serpents

à plumes.

Pierre vide de l’augure, sang ancestral

palpitant aux mémoires,

les vierges plus jamais n’iront aimer

les Dieux.

Planète sacrifiée et peuples perdus… (2)

Ecrit par Sabine Aussenac le 18 janvier 2014. dans La une, Ecrits

Planète sacrifiée et peuples perdus… (2)

Geronimo sourit

Terre folle et peuples perdus…

 

Et l’arctique frissonne

Vois le trou rougi ! Tu te

penches, mais nul phoque n’y meurt. Ta banquise

a fondu

et l’arctique frissonne.

Alcools, rennes fous des innocences, les igloos

te regardent, eskimo boréal qui

boit au lait d’un Cercle devenu fou.

Bonne année à tous les lecteurs de Reflets du Temps !

Ecrit par La Rédaction, Sabine Aussenac le 04 janvier 2014. dans La une, Ecrits

Qu’ÉTERNITE devienne ÉTREINTE !

 

« Éternité » est l’anagramme d’« étreinte », H. de Montherlant

 

Qu’elle soit cantate ou symphonie

Ou simplement hymne à la vie

Qu’elle vous comble d’opulence

Et vous fasse entrer en transes

Qu’elle soit opus en fa mineur

Et qu’elle vous darde de labeur

Qu’elle vous donne mille extases

Ou vous enchaîne en Alcatraz

Cher Dieudonné,

Ecrit par Sabine Aussenac le 04 janvier 2014. dans Racisme, xénophobie, La une, Politique, Société

Cher Dieudonné,

Vous écrire ouvertement n’est peut-être pas une très bonne idée, car cela reviendra à nouveau à faire parler de vous… Mais votre présence, de toutes manières, envahit les scènes médiatiques comme des effluves pestilentielles qui s’échapperaient d’un charnier…

Car c’est bien de charniers qu’il est question, de tous ces charniers dont l’Histoire regorge, et qu’il vous plaît de nier et de conspuer. Alors voilà : nous sommes aujourd’hui des dizaines de milliers à vous demander de cesser vos délires.

Que vous soyez assez lâche pour ne pas payer les amendes infligées depuis des années par les tribunaux, soit.

Que votre répertoire s’appauvrisse au point de revenir en boucle sur les mêmes sempiternels sujets, soit.

Mais de grâce, cessez de vous prendre pour Dieu et d’insulter publiquement la mémoire de millions de disparus.

En fait, j’ai l’impression que pour vous, la Shoah, c’est un jeu. Qui ressemblerait aujourd’hui au « Pas vu pas pris » – « Si personne ne porte plainte contre moi, je peux continuer, même à insulter le Service Public… », ou à « Colin-Maillard » – « On dirait qu’on ferait comme si les chambres à gaz n’avaient jamais existé… », ou au Monopoly : « Allez, j’achète Auschwitz pour une bouchée de pain ! »…

Car votre antisémitisme est si primaire qu’il ferait passer les fours crématoires pour un jeu de dînette des nazis ; et les pogroms, qui sévissent depuis des siècles, pour de vagues jeux du foulard dans quelque école désaffectée.

Donnez et prenez !

Ecrit par Sabine Aussenac le 14 décembre 2013. dans La une, Société

Donnez et prenez !

En me promenant dans mon nouveau quartier, au cœur de la Ville Rose, j’ai découvert l’été dernier deux étranges écriteaux, et un rebord de fenêtre toujours curieusement « achalandé ». Sur l’une des avenues très fréquentées de ma belle « Côte Pavée », par ailleurs si huppée, s’affichaient donc ces deux messages écrits à la craie sur le fond rose de l’embrasure :

« Donnez et prenez ! » et « Espace de gratuité ».

Sur le chambranle bétonné, un peu tristounet, comme on dit par ici, de cette fenêtre, devant cette maison de rue qui ne paye pas de mine, le passant trouve ainsi presque chaque jour de nouveaux objets : vêtements, ustensiles de cuisine, livres, chaussures, et même parfois des lampes, des outils…

Curieuse comme une pie, et déjà vieille routarde des « Puces » et autres brocantes et vide-greniers, j’ai immédiatement trouvé l’idée formidable. Au vu de l’aspect extérieur de la maison, j’ai d’abord pensé à quelque vieux papé toulousain, que je visualisais un peu révolutionnaire, béret vissé sur la tête et nostalgique du Front pop’… Que nenni : un jour, ayant osé sonner, j’ai découvert que l’initiative venait d’une bande de joyeux colocs, qui non seulement ont donc ouvert cet espace de gratuité, mais vivent aussi dans l’un des hauts-lieux des colocations toulousaines (à « La Soupière », on partage un lieu de vie, mais aussi, par exemple, des paniers de légumes venus d’une AMAP, etc…).

Parfois fleurit aussi une citation, affichée sur la porte. « Ne racontez pas des salades, cultivez-les ! »…

Bref. Quelle bonne idée ! Oui, quelle belle et bonne idée que de transcender les frontières sociétales et commerciales, que d’oser proposer en dehors de tout cadre officiel, que ce soit un vide-grenier ou un site internet dédié au troc, ce partage simple comme bonjour, de la main à la main, au gré de nos passages… « Donnez et prenez », cela semble simple au premier abord, et pourtant, si peu de gens pratiquent ces échanges qui pourtant nous ramènent aux tous premiers temps de nos sociétés humaines, lorsque l’on échangeait soieries et sel, céréales et métaux…

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