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L’Atalante de Jean Vigo

Ecrit par Sabine Vaillant le 13 septembre 2017. dans La une, Cinéma

restaurée en 4K, le temps suspend son vol, à la Cinémathèque

L’Atalante de Jean Vigo

L’Atalantes’est ancrée à La Cinémathèque française l’espace d’un week-end dévoilant l’œuvre restaurée au plus près du film terminé de Jean Vigo. Cette 3ème restauration issue d’un long travail (1) d’archives, de recherche, de technique et des documents de Luce Vigo, donne à voir le processus de travail du réalisateur. Les éléments ajoutés lors de la restauration d’Henri Langlois ont été retirés. Nicolas Seydoux, président du conseil de surveillance de Gaumont, espère qu’avec la technique la suppression des chuintements de la bande son sera effectived’ici la prochaine décennie.

L’Atalante (2), 1934, 89 min, 35 mm, 4K, avec Michel Simon (Jules), Jean Dasté (Jean), Dita Parlo (Juliette).

Juliette,fille de maraîchers, épouse Jean, le marinier. A peine la cérémonie terminée, ils embarquent sur la péniche. La vie sur l’eau s’organise avec le père Jules, second du bateau, ses chats et le jeune mousse. Juliette rêve de voir enfin Paris mais le travail prime. En attendant, Jean l’emmène dans un bal où ses yeux brillent de joie devant le démonstratif camelot déballant sa marchandise. Ce n’est pas du goût de Jean. Ils quittent la fête. De retour sur le navire, l’ambiance est à la dispute. Jean sort laissant Juliette seule. Elle réalise son rêve en se rendant à Paris. Trouvant le nid vide, Jeandécide de larguer les amarres.

L’Atalantede Jean Vigo, une belle histoire d’amour où l’eau porte le bateau et ses occupants à travers les paysages, l’univers des mariniers mais plus encore. L’eau, vecteur durêve, porteuse de poésie, flux de l’imaginaire, devient l’élément qui unit Juliette et Jean scellant leurs retrouvailles sur des images sublimes. L’Atalante,un film magnifique, à la belle musique, porteur des précieux cristaux du Cinéma avec Jules, marinier bougon aux manières rustres se révélantpsychologue, connaisseur des cultures du monde.

 

(1) Supervisé par Bernard Eisenschitz, historien

(2)Film restauré en 4Ken 2017 par Gaumont, avec la collaboration de La Cinémathèque française et The Film Foundation, avec le soutien du CNC, aux laboratoires de L’Immagine Ritrovata etL’Image Retrouvée.

 

Jean Vigo (1905-1934) :

L’Atalante, 1934, 25 min,Musique de Maurice Jaubert

Zéro de conduite, 1933, 44 min

La Natation, par Jean Taris Champion de France, 1931

À propos de Nice, 1929, 25 min

Autour de Jean Vigo :

Luce, A propos de Jean Vigo, Leïla Férault-Lévy,2016, 67 min

Tournage D’Hiver (L’Atalante-Rushes et Chutes)de Jean Vigo, France, 1934-2017, 66 min

Reflets des arts : John Boorman, réalisateur aux images inoubliables

Ecrit par Sabine Vaillant le 10 juin 2017. dans La une, Cinéma

Reflets des arts : John Boorman, réalisateur aux images inoubliables

Une longue standing-ovation a accueilli John Boorman ce jeudi 1er juin à l’ouverture de la rétrospective complète que lui consacre La Cinémathèque française. Après avoir remercié le public, le réalisateur britannique s’est livré à un retour sur image en reprenant le contexte de son deuxième film, Le Point de non-retour, chef-d’œuvre, présenté ce soir-là.

John Boorman a souligné combien la présence, la confiance de Lee Marvin conquis par son premier film, ont été déterminantes pour réaliserLePoint de non-retour(*)en toute indépendance. Il a raconté qu’après un entretien à Hollywood, il s’est aperçu que le type qui était assis dans un coin n’était autre qu’un psychiatre ou psychologue. Dans les studios, il était un peu pris pour un fou. Mais a pu compter sur des soutiens.

Le Point de non-retour(Point Blank), 1967, d’après The Hunter de Richard Stark :

Walker vient en aide à son ami Reese qui doit de l’argent à une organisation criminelle, en court-circuitant les transports de fonds par hélicoptère de cette dernière à Alcatraz. L’affaire tourne mal. Reese tue les convoyeurs. S’apercevant que le compte n’y est pas, il abat Walker et s’enfuit avec Lynne, l’épouse de Walker, sa maîtresse. Il en réchappe miraculeusement et quitte cette ancienne prison à la nage.

Rétabli, Walker vit avec l’obsession de se venger et récupérer sa part de butin. Yost, en difficulté avec cette mafia, lui apporte sur un plateau l’adresse de Lynn et Reese. Peine perdue, l’oiseau s’est envolé et Lynne se suicide. C’est avec Chris, la sœur de Lynne, qu’il met la main sur Reese. Ce dernier livre les noms de ses chefs : Carter, Brewster et Fairfax, avant de chuter de sa terrasse. Walker se tourne ensuite vers chacun des hommes de la liste. L’histoire se répétera à Alcatraz où Walker se confrontera à l’inutilité de sa vengeance.

Le Point de non-retour, un policier, thriller superbement mené, avec de très belles images. « Cadrages audacieux. Plongées et contre-plongées qui se multiplient pour apporter une vraie force au propos. Et un montage millimétré, faussement chaotique comme la chronologie du film qui bouscule le spectateur » (**). Avec la célèbre scène de travelling en contre-plongée qui accompagne la cadence sèche des pas de Walker qui claquent.

John Boorman naît en 1933, à Shepperton près des studios londoniens, dans une famille écossaise et néerlandaise. Il est élevé chez les jésuites. Très tôt passionné de cinéma, il devient critique, puis monteur à la télévision en 1955. C’est avec trois épisodes de la série Citizen 63 qu’il acquiert une première notoriété à Bristol. Ils sont suivis un an plus tard de The Newcomers, un documentaire, avant la réalisation de son premier film, Sauve qui peut, 1965.

En une vingtaine de films, John Boorman, rompant avec la tradition de l’école anglaise du documentaire, explore tous les genres cinématographiques, les redéfinissant continuellement. Ses films sont imprégnés d’imaginaire, de rêves, de fantastique, sous-tendus par les mythes, de l’aventure, un sens aigu de la nature et une recherche esthétique.

Visitez l’œuvre de John Boorman, explorateur des genres cinématographiques, en libre plongée à la Cinémathèque française jusqu’au 25 juin 2017.

 

Sabine Vaillant

 

(*) Ressortie en salles de Point Blank, par Park Circus, en version numérique restaurée, à partir du 7 juin 2017

(**)Hélène Lacolomberie, chargée de production web à la Cinémathèque française.

Reflets des Arts : Mômes & Cie, L’odyssée de l’enfance à La Cinémathèque de Paris

Ecrit par Sabine Vaillant le 08 avril 2017. dans La une, Cinéma

Reflets des Arts : Mômes & Cie, L’odyssée de l’enfance à La Cinémathèque de Paris

Il était une fois l’enfance au cinéma, pays des émotions. Bienvenu chez Mômes & Cie, la rafraîchissante exposition de La Cinémathèque Française, concoctée par Patrick Bouchain, directeur artistique, et Gabrielle Sébire, commissaire de l’exposition. Patrick Bouchain, pour sa dernière exposition, souhaite aux visiteurs de vivre Mômes & Cie de manière intuitive. Gabrielle Sébire parle du retour à l’enfance, d’échanges entre générations, de transmissions.

Tout commence par un écran géant avec des séquences de films de différents pays. Impossible de résister. C’est ainsi que le visiteur est tiré par l’œil, qu’il va voir : fiction, animation, documentaire, connu ou découverte, et passer par toutes les émotions…

D’abord un plongeon dans le vert d’une salle feutrée puis passer de la joie à la colère en suivant la longue chenille bleue d’Alice au pays des merveilles. S’asseoir sur cette douce amie et vivre à fond les émotions du cinéma, sans gène puisque c’est un musée qui autorise à se laisser aller, et mieux, lance des invitations. Quand le plein est fait, une salle lumineuse, au volume plus réduit, délivre photos, dessins, explicitations pour faire redescendre la pression et devenir savant du royaume vert.

Entrer dans le rouge où s’éclate le rire, se déversent la tristesse et ses trop pleins de larmes devant des écrans à des hauteurs différentes au plus près de ses émotions. Ou sur grand écran à une distance raisonnable vis à vis de situations socialement périlleuses où le pet est roi. Se tordre de rire sur un coussin de velours rouge à l’abri des visiteurs retords à se laisser aller à ce petit plaisir. En savourant l’instant où ses doubles de cinéma se lâchent, redoublant de plaisir à l’idée que les extraits passent en boucle.

Reprendre ses esprits avec la silhouette grandeur nature de Monsieur Hulot avec sa casquette, sa pipe et son chapeau dans la petite pièce où attendent les photos du Kid de Charlie Chaplin, la lettre d’élèves au réalisateur de Au revoir les enfants.

Hésiter ensuite à passer par la porte ou se glisser en douce dans le petit triangle rouge qui mène à un couloir étroit, haut de plafond, tendu de gris tout doux. Là, même dilemme avec le passage bleu pour atterrir au pied de la grotte de peur. Frissonner devant les films noir et blanc. S’échapper en laissant la trouille derrière.

Pénétrer dans le tourbillon orange du courage et de ses films. Souffler entre les rideaux dorés en rêvant d’enfourcher l’Éclair de feu de Harry Potter. Soulever un voile pour mirer la robe couleur de Lune de Peau d’Âne.

Aller vers l’infini et l’au-delà du cinéma en entrant dans sa fabrique où posent les esquisses du personnage de la petite fille de Persepolis de Marjane Satrapi. Rêver devant les décors et les planches botaniques de Michel Osselot réalisés pour Kirikou et la Sorcière. Se fondre dans le décor D’Azur et Asmar.

Devenir Kirikou dans son royaume végétal, visionner un film. Actionner la superbe lanterne machine de A Vous de jouer. Manipuler avec curiosité le grand Flipbook pour revivre les premiers émois du cinéma. Enfin laisser une trace de l’enfant de cinéma que vous êtes sur le grand tableau noir.

Porté par l’espace qui structure les émotions, les matières, les textures, les lumières et les couleurs, partez pour un voyage avec Mômes & Cie dans les émotions universelles de l’enfant que vous êtes ou celui que vous avez été au travers du 7ème Art avec La Cinémathèque de Paris jusqu’au 30 juillet 2017.

Orwell au théâtre

Ecrit par Sabine Vaillant le 26 novembre 2016. dans La une, Ecrits

Orwell au théâtre

1984 au Théâtre Ménilmontant, 7ème saison, surgit de la rencontre de Sébastien Jeannerot, metteur en scène et acteur, avec la Mort le 13 novembre 2015 à 21h34 faisant résonner, sur la salle, les troublantes corrélations de l’œuvre de Georges Orwell avec le contexte actuel.

Quatre personnages silencieux, vêtus à l’identique, porteurs d’un masque à gaz et de lunettes, sont assis dos à la scène tandis que les spectateurs prennent place et qu’une brume s’installe.

Derrière eux des écrans géants sur lesquels défilent des films en noir et blanc, liens ténus avec ce qui se joue sur scène délimitant le cadre de cet univers, intronisant Big Brother.

Ce décor évolue en fonction des lieux, des scènes, avec des effets de mouvement des surfaces, écran ou caméra de surveillance qui deviennent cubes matérialisant l’espace en un ballet esthétique, froid. Hier et aujourd’hui y cohabitent apportant le live.

La bande-son du film, passant à l’envers, produit un son strident, dérangeant. Il capte le spectateur et le plonge dans cet univers dans lequel il va devoir s’immerger et passer d’un temps à un autre.

C’est dans ce territoire étrange : Océania, dépersonnalisant, glaçant, ouvert aux contrôles permanents du télécran qu’évolue Winston Smith, travailleur aux Archives du Ministère de la Vérité. Là, conditionnement et propagande sont la règle. L’absurdité : des règles d’orthographe, de normalisation de la langue qui devient Novlangue, de la mémoire revisitée à la mode totalitaire, se jouent avec Syme, personnage borderline, dans les bureaux, à la cantine, changeant la liberté en esclavage, l’ignorance en une force.

Dans le seul angle aveugle au télécran de son appartement, Winston Smith rédige son journal contre le Parti, Big Brother et la société totalitaire.

Chez M. Charrington, antiquaire du quartier prolétaire, au parler de Bilbo Le Hobbit, il découvre des objets interdits par le Parti car liant l’individu à son passé et aux émotions qui s’y rattachent. L’antiquaire finit par lui louer une chambre sans télécran. C’est là qu’il vivra finalement avec Julia, l’amour interdit par la Police des mœurs.

Les deux minutes de défouloir collectif des membres du Parti devant un télécran hurlant leur haine contre Goldstein, le leader des ennemis du Parti, lui font rencontrer O’Brien, un mystérieux individu, membre d’une société secrète tentant de faire tomber le Parti, qui doit lui remettre un livre.

Là tout bascule, O’Brien s’avère être tout autre. Winston Smith et Julia sont dénoncés. Au terme de séances de tortures conduites par O’Brien d’un cynisme à toute épreuve, qui mènent le spectateur aux confins de l’horreur et de l’angoisse avec un Winston Smith au plus près du ressenti, de la performance, les amants se dénoncent mutuellement. Vidés, brisés, broyés, rééduqués, ils attendent la délivrance d’une balle dans la tête.

1984, un moment de Théâtre fort, à vivre dans une mise en scène créative, dynamique soutenue par les films, plaçant le spectateur au centre du questionnement et de la dénonciation des tentations totalitaires, dans un monde mouvant où tout peut advenir.

La Migration des murs, un livre un appel, une invitation à l’escalade

Ecrit par Sabine Vaillant le 01 octobre 2016. dans La une, Littérature

La Migration des murs, un livre un appel, une invitation à l’escalade

Que peut le poète devant les murs de l’homme ?

Les mots. Seuls ils souffleront, porteront les cristaux de l’appel et les déposeront au creux de l’oreille à l’écoute du jaillissement des mots ici et ailleurs, maintenant et toujours.

James Noël propose « Face à la prolifération et au dérèglement des murs, tant invisibles que tangibles, il m’a semblé nécessaire et urgent de dresser un réquisitoire contre ce qui tend à constituer une réalité terrible et contagieuse : la migration des murs (…) L’homme avance entre essoufflement et étouffement. L’omniprésence omnivore des murs le place dans une impasse. Ce livre est un appel, une invitation à l’escalade », de saisir la farandole de ses mots, s’en vêtir, la danser du Nord au Sud, de l’Ouest en Est, sans dessus dessous pour que cesse « la migration des murs ».

Entre les murs de la Maison de la Poésie à Paris, dimanche 18 septembre, dans le noir, debout sur ses chaussettes, sous le halo d’une lune, James Noël a posé les mots de son souffle puissant, les a fait rebondir et entrer dans le halo voisin de son ami Arthur H. Le rythme d’Arthur H. a porté haut la pulsation des mots, depuis sa guimbarde, son clavier, générant l’écho qui chatouille l’âme. Les mots en partance ont simplement joué de leur sonorité, vibré, accéléré, attendu le rebond avant de prendre le premier train de molécules de l’air en partance pour le monde dans l’espoir de ne pas se heurter à des murs.

 

La Migration des murs, James Noël (Galaade Édition, Auteur De Vue, octobre 2016, 130 pages, 14 €)

 

James Noël est un écrivain, chroniqueur et poète prolifique. Né à Hinche (Haïti) en 1978, il occupe une place emblématique dans les lettres haïtiennes contemporaines. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis (Rome) James Noël écrit régulièrement des chroniques pour Mediapart et anime la luxuriante revue IntranQu’îllités, qu’il a fondée en 2012.

Vacances, espace-temps des rêves

Ecrit par Sabine Vaillant le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Vacances, espace-temps des rêves

Telle Alice, j’ai traversé le miroir et choisi de séjourner en son pays. C’est de là que je songe, scrute, écris…

Vacances… ses racines s’ancrent dans l’enfance et surtout depuis l’école, mot magique pour les plus chanceux. Ouvre-boite de l’imaginaire, déclic de l’âme… voilà qui posent les vacances sur les rails du rêve avec au moins ce départ assuré.

Si les enfants planchent sur le mot, se le murmurent au creux de l’âme, le tournent et le retournent, le conjuguent à tous les temps sur tous les modes, aucun souci à avoir, pas de devoirs de vacances à agiter, le processus est en marche.

Cet été je file droit vers le ciel piqueté d’étoiles, l’espace. Les nouvelles sont excitantes.

Le MOOC* Gravité ! Du Big Gang aux trous noirs, avait agréablement réactivé mes neurones, redessiné la géométrie variable de mon cerveau.

Penser que « la matière par sa masse, courbe l’espace-temps et qu’en plus quand elle se déplace on a de la courbure qui se déplace, ce sont les ondes gravitationnelles », comme l’explique si bien Pierre Binétruy, Université Paris VII. Ce sont des nuits entières de poésie quantique à se balancer sur la courbure de l’espace-temps.

Et même après les cours, Pierre Binétruy a donné les nouvelles de l’espace : « les collaborations VIGO et Virgo ont annoncé la découverte d’ondes gravitationnelles provenant d’une autre fusion de deux trous noirs, celle-ci entre un trou noir de 14 masses solaires et un de 8 masses solaires. L’astronomie des ondes gravitationnelles est née ».

Je pars in petto ou presque interroger la mécanique céleste, fascinée par la mécanique quantique et ses effets.

 

*Massive open online course ou cours en ligne ouvert et massif pour les non initiés

Reflets des arts : deux hommes, une femme, trois vérités : Trahisons

Ecrit par Sabine Vaillant le 07 mai 2016. dans La une, Théâtre

une pièce de Harold Pinter, Théâtre À La Folie Méricourt

Reflets des arts : deux hommes, une femme, trois vérités : Trahisons

Emma galeriste et Jerry agent littéraire, se retrouvent dans un bar deux ans après la fin de leur liaison. Elle lui apprend qu’elle va se séparer de Robert son époux, éditeur, meilleur ami et partenaire de squash de Jerry, mais surtout qu’elle lui a tout dit.

De ce Ground zero, les personnages de Harold Pinter vont remonter, loin du vaudeville, les méandres des sept années de la triangulation amoureuse où chacun a élaboré sa vérité.

Les mouvements des corps d’Emma, de Jerry et Robert, livrent selon leurs tempo, plus que les mots, les lignes troubles de la trahison en direct ou par-delà l’écran translucide, antichambre de leurs moi profonds. Inexorablement, les personnages déconstruisent la dualité des mots et des failles de l’histoire qui les habitent.

Structurant-déstructurant l’espace de la scène avec les cubes lumineux qu’ils déplacent, les personnages dévoilent les mécanismes de leurs fonctionnements intimes. Comme si ces cubes étaient l’image de petits arrangements avec eux-mêmes.

La trahison répète le motif à l’infini, se joue du triangle, aiguise les angles, y coinçant un à un Robert ami-mari volage violent à ses heures, cynique Don Juan, Emma amante-épouse hissant les voiles de la liberté, Jerry amant-ami allergique à l’idée même de trahison par sa propre épouse, dans une mise en scène innovante de Carole Proszowski.

Trahisons des autres, de soi, à vous de le découvrir en toute quiétude dans ce pur moment de théâtre.

 

Trahisons, Harold Pinter

Avec Hakim Djaziri, Séverine Saillet, Fabien Leca

21 avril au 25 juin 2016

Théâtre À La Folie Méricourt

75011 Paris

Reflets des arts : « KROONER ON THE ROCKS »

Ecrit par Sabine Vaillant le 16 avril 2016. dans La une, Musique, Théâtre

L'UNION DES CONTRAIRES, UNE PERFORMANCE VOCALE À SAVOURER

Reflets des arts : « KROONER ON THE  ROCKS »

Deux styles de vie, deux tempéraments, probabilité d'une rencontre amoureuse nulle d'autant plus qu'ils sont voisins de palier et supportent les mille et un tracas du bruit de la vie de l'autre.

Elle  naturelle, cash, passionnée, rêve d'un Jim Morrison après avoir renvoyé son viking à sa moto. Lui c'est Audrey Hepburn, le charme et le raffinement, qui seule pourrait propulser sa mère au rayon des oubliettes.

 

         Un clic sur un site de rencontre avec rendez-vous au bout et la machine à rêver se met en marche. Au fil des préparatifs, les confidences, les appréhensions, espoirs et divagations des deux voisins, qui ne sont pas des perdreaux de l'année, se disent en chansons, accompagnés superbement au piano.

 

         Humour, dialogues et musiques tombent à pic, dans un tempo qui rythme parfaitement le jeu sur scène. Chacun dans son registre livre son être profond, elle Rock'n Roll et Rythme'n-Blues avec fougue et passion, lui so chic dans la lignée des Sinatra, Bennett ou Dean Martin.

 

         Le rendez-vous se matérialise sous les feux de la rampe. Le choc prévisible des cultures surviendra-t-il, Walk on the wild side de Lou Reed fera-t-il des miracles ou pas ?

 

         A vous d'écouter, de vivre l'énergie de ces deux galaxies musicales dont les étincelles illuminent le spectacle et de rire en toute liberté.

 

Sabine Vaillant

 

 

KROONER ON THE  ROCKS

Avec Fabrice Banderra et Lucy Harrison

Conçu et mis en scène par Lucy Harrison

 

 Théâtre du Gymnase,

38, Boulevard de Bonne Nouvelle

75010 Paris

Reflets des Arts : Aurel Rubbish, maître du paper-cut, à la Galerie Mathgoth

Ecrit par Sabine Vaillant le 13 février 2016. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts : Aurel Rubbish, maître du paper-cut, à la Galerie Mathgoth

Les murs de la galerie Mathgoth respirent au rythme de « Paper Pop » jusqu’au 27 février 2016, avec les quinze œuvres d’Aurel Rubbish.

Le papier découpé devient évidence pour lui quand un collectionneur acquiert la matrice d’une de ses œuvres au pochoir. Dès lors, l’artiste travaille la matière en orfèvre, au fil des heures dans le secret de son antre avant de coller ses créations dans la rue.

Il flotte dans son atelier de Besançon un parfum de symbolisme, de pop surréalisme, mais surtout de forêt, de nature qu’Aurel Rubbish distille dans ses œuvres. Même s’il se reconnaît  inspiré par Sherpard Fairey, Swoon ou C215.

De la pointe du cutter, l’artiste cisèle le papier, dégageant la matière jusqu’à la réduire en une dentelle. Cette fragile épure, semblable à l’aile d’un papillon ou d’une libellule naissant, d’une beauté plastique extraordinaire, rejoint ensuite la surface qui la révélera avec ou sans couleur.

Sous la lame naissent ainsi des essaims de papillons, des fleurs qui exhalent leur beauté, des abeilles, des alvéoles de ruche, tout un bestiaire mystérieux, qui peuplent des visages, les sculptant de leurs imaginaires.

Le support, qu’il soit bons du trésor, publicité sur métal, bois ou écrin de verre, apporte ses effets de couleur, de matière, de volume et la trame d’une histoire.

Ainsi deux anciens volets de bois, arrondis dans la partie supérieure, sont métamorphosés rehaussés de papier et d’or. La légèreté de la feuille d’or épouse à merveille le ciselage de l’artiste et le rehausse de sa lumière. Sous le signe de l’air et de l’Art nouveau naissent ainsi deux personnages, deux Panache coiffe.

Equilibrium tendu entre les deux plaques de verre musé, pourrait attendre dans la transparence le carnaval de Venise pour habiller un visage de son ombre de chauve-souris comme une seconde peau.

Tandis que Tattooed Back Serie’s I, sous influence du tatouage, japonais et old school, propose une résille peau sur un cintre comme un vêtement de chair.

Laissez vous prendre dans la dentelle des imaginaires de Aurel Rubbish.

 

Sabine Vaillant

 

Aurel Rubbish

« Paper Pop »

30 Janvier-27 Février 2016

Galerie Mathgoth

34, rue Hélène Brion, 75013 Paris

« 2 Bras, 2 Jambes » A deux pas du bonheur

Ecrit par Sabine Vaillant le 04 janvier 2016. dans La une, Société

« 2 Bras, 2 Jambes » A deux pas du bonheur

Quitter à pied, sac à dos, son village ardéchois un 2 novembre n’a rien d’une fugue, ni d’un défi, c’est un acte de liberté accompli par Françoise Dasque, comédienne et auteur. Vingt mois durant, elle arpente la Terre, avec l’Orient en point de mire, mue par le désir de marcher et de découvrir.

Après 12 pays traversés, un blog, un livre, la voilà seule en scène devant un mur de pierre avec sac à dos, bâtons et chaussures de marche, réserve d’eau, foulard et téléphone portable. Françoise Dasque déroule son épopée, simple en apparence… De son sac s’échappe une joyeuse farandole qui prend par la main et entraîne jusqu’au Japon. Au fil des personnages qu’elle campe avec bonheur, où pointe parfois le timbre de Murielle Robin, se dégagent l’air de rien des idées, des questionnements tricotant pas après pas un récit philosophique.

Les lumières, leur couleur, le jeu de scène, le mime donnent du rythme au récit et assurent le passage des frontières. L’imaginaire du spectateur se cale sur les mots et se saisit des pépites que sème la comédienne. Loin des effets spéciaux, des décors somptuaires, des costumes étudiés… le spectateur crée son univers et voyage.

« Qui es-tu, mariée, des enfants, des petits-enfants, où vas-tu, seule avec les loups, les ours, les dangers… », les questions fusent toujours les mêmes. Sésames codifiés d’une approche concertée pour découvrir, le plus souvent, l’altérité. Accepter l’autre, accepter de recevoir de l’autre et donner aussi. Chose oubliée sous notre ciel.

Sous les étoiles, au pied des montagnes, dans la cohue des villes, au bord de l’eau, la condition de la femme se dessine. La femme ne s’appartient pas. En Iran, loin de se résigner, elle s’offre des moments à elle. Fugace bonheur d’exister.

Á des années lumière des chemins empruntés, balisés, de Compostelle, repoussant les « sex lovers » indiens de tous poils, les bandits à moto, Françoise Dasque règle le quotidien d’une voyageuse au budget serré, d’une femme qui se respecte, se laisse surprendre, accueille l’instant.

A-t-elle douté ? « Oui au sortir de son village… », mais après Françoise Dasque a choisi de ne pas regarder l’objectif lointain mais de vivre au fil de ses semelles. Ce qu’elle s’était promis dix ans auparavant, plâtrée après une chute.

Forte de ses rencontres attachantes, du périple accompli, la comédienne chante, en anglais, « toutes les cellules de mon corps sont heureuses » et rentre chez elle, accueillie par Thaïs, sa petite-fille, née quelques mois avant son retour. « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage… »

 

2 bras 2 jambes

Comédie épique de Françoise Dasque

Mise en scène par Zarina Kahn

Jusqu’au 9 janvier 2016

Au Ciné XIII Théâtre à Paris

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