Articles taggés avec: Sophia Padovani

Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus, Marie Volta

Ecrit par Sophia Padovani le 14 janvier 2017. dans La une, Littérature

La Petite Marguerite édition, mai 2016, 100 pages, 7 €

Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus, Marie Volta

Joli moment que ce livre atypique, un peu déroutant au départ, un rien hypnotique, en tous cas courageux.

Dans sa préface en forme de lettre à Françoise Héritier, Marie Volta dévoile les conditions d’écriture de son livre, inspiré par Le Sel de la vie, de sa destinataire. On y comprend sans conteste l’esprit du genre : égrener les petits moments de la vie pour en faire célébration, mais aussi pour s’assurer, à la trace laissée en nos mémoires, que l’on a bel et bien vécu.

En dix-huit chapitres constitués d’une seule phrase juste entrecoupée de virgules et de quelques parenthèses, Marie Volta nous donne en partage un concentré des cadeaux que la vie lui a offerts. Ils nous font sourire, vibrer, nous intriguent ou nous laissent indifférents, mais s’ouvrent avec une confiance et une fraîcheur d’innocence frisant la naïveté : on peut parler de courage car, non contente de s’atteler à un genre quasiment inexploré (et sans doute créé par Françoise Héritier), ce qui est toujours risqué vis-à-vis des lecteurs comme des critiques, elle double la mise en lui insufflant une totale générosité.

Comme un défi aux esprits chagrins, avec ces « pépites de l’existence », pour reprendre son expression, elle court en effet le risque de nous voir hausser les épaules, voire fermer le livre, agacés : chanter à plusieurs à la fin d’un repas ou bien fermer les yeux en se lavant les cheveux ou encore parler espagnol, on ne voit pas là de quoi écrire un livre, encore moins le lire ! Sauf si l’on a saisi que ces frêles heures sont précieuses d’être la vie. Sauf si l’on comprend à quel point pouvoir les vivre est une chance. Son livre, qui pourrait ne paraître qu’un recueil d’anecdotes, est un véritable manifeste anti-« blasitude ». Sous son apparence modeste, face aux crises qui secouent le monde, il nous offre de rester éveillé aux beautés de la vie, de ne pas oublier de savourer nos chances.

Que l’auteur attise notre curiosité : assister à l’entracte mais pas au spectacle, nous paraisse dérisoire dans ses combats : sauver une salamandre des roues des voitures, nous fasse rêver : partager une bouteille de vin roumain dans un train de nuit entre Brest-Litovsk et Cologne, nous touche : chanter à tue-tête la chanson qu’on avait composée pour (un ami décédé) et dont il n’entendra jamais la version finale,ou nous fasse sourire : recevoir au milieu du bush australien un texto de son fils de seize ans et demi qui donne une petite soirée à dix-sept mille kilomètres de là : « Il est où le calva ? », il est un plaisir que l’on aurait tort de bouder, celui de savourer son talent pour concentrer certaines situations subtiles ou complexes et leurs émotions : contempler le coucher de soleil une fois dans sa vie sur la mer de Timor et louper avec un amusement fataliste les dernières secondes (occultées par un bateau qui glisse au même instant sur l’horizon).

Enfin ce qui fait le charme, au sens étymologique du terme, de ce livre, c’est bien ce courant de propositions en collier qui nous retient, nous ensorcelle, nous emporte. Une fois que l’on a compris que l’on n’a affaire ni à un roman, ni à un recueil de poèmes, ni à une autobiographie, ni à un récit, ni à un documentaire, enfin, à rien de connu, et que l’on a accepté de s’ouvrir à l’aventure, plus rien ne peut en arrêter la lecture ! On en sort revitalisé, le sourire aux lèvres, avec l’envie de vivre encore et de poursuivre ce chant à la vie qui se termine sans se terminer sur quatre propositions d’ouverture : découvrir un joli chemin fleuri au fond d’une apparente impasse, retrouver son rythme, accepter l’incomplétude, rester ouvert aux hypothèses (et pas de point final).

Beau programme pour entrer dans la nouvelle année !