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Fado en trois temps

Ecrit par Stéphanie Michineau le 15 juillet 2017. dans Ecrits, La une, Musique

Fado en trois temps

Chanson pour un portugay

qui ne l’était pas.

Sur un air de fado,

Notre amour-consommation

avant l’heure dite

 

n’aura duré que le temps des

vacances.

J’avais 20 ans

et toi, pareil.

Nous avons bu un

doigt de porto et tes

mains dans les miennes

sont restées

entrelacées dans

la moiteur-vitrée

du train-du

tronc.

 

Les routes cabossées

en l’année 17

me ramènent au

souvenir-vain

de notre (pauvre) amour désœuvré.

Peut-être trouvera-t-il

une rubr… un jour…

dans

une téloch ou/et

une boîte

française

gay. Mais Toi,

tu l’étais pas.

Sidonie-Gabrielle Colette

Ecrit par Stéphanie Michineau le 20 mai 2017. dans La une, Littérature

ou la réussite stupéfiante d’une jeune Provinciale française montée à la Capitale

Sidonie-Gabrielle Colette

Bio/bibliographies sur l’auteure Colette – en deux temps – dans une perspective autofictionnelle rédigées par Stéphanie Michineau

Version courte publiée par I. Grell sur le site référencé à grande audience FB : aupiction. Org (en direct de Genève)

 

« Vie de Colette. Scandale sur scandale. Puis tout bascule et elle passe au rang d’idole. Elle achève son existence de pantomimes, d’institut de beauté, de vieille lesbienne, dans une apothéose de respectabilité… Un demi-sommeil de taupe, “une ironie lucide et profonde qu’on devine, l’espace d’un éclair dans son œil” », Jean Cocteau, extrait de Passé défini, 1953

 

La Boîte à Livres, Tours, 37

éd. centre d’étude Colette

 

Si nous avons pris le parti de citer ce fragment du journal de Jean Cocteau c’est parce que non seulement il nous semble une bonne amorce à l’ascension fulgurante d’une jeune provinciale montée à Paris, mais aussi parce qu’il laisse entendre que Colette a largement contribué à l’élaboration de sa légende.

Sidonie-Gabrielle Colette est donc née le 28 janvier 1873 dans un petit village de l’Yonne, Saint-Sauveur-en Puisaye. Elle se mariera trois fois. De sa rencontre avec son premier mari, Willy, qu’elle qualifiera plus tard de « jouteur » (1), date son installation à Paris et la parution de Claudine à L’Ecole (1900) signé du seul Willy. Le livre connut un énorme succès et sera suivi de la longue série des Claudine, toujours signé Willy. Son mariage ne tarde pas « à battre de l’aile » et Colette fréquente le milieu saphique ; elle aura une liaison avec Missy, fille du duc de Morny, marquise de Belbeuf. Leur baiser échangé et le sein dévoilé par Colette sur scène lors du mimodrame de Rêve d’Egypte suscite un scandale retentissant ! En 1907, paraît La Retraite sentimentale signé « Colette Willy », et trois ans plus tard le divorce est prononcé entre elle et Willy alors que leur mésentente est de notoriété publique.

Colette se marie une seconde fois en 1912 avec l’un des rédacteurs en chef au Matin auquel elle collabore, Henry de Jouvenel. De cette union naîtra l’année suivante Bel-gazou. Bertrand, le fils d’Henry, revient dans les années 1980 (2) sur cette période et dévoile le déniaisement sensuel auquel l’initie sa belle-mère, à l’origine de livres tels que Le Blé en herbe (1923), La Fin de Chéri (1926), mais non Chéri (1920) précédant leur rencontre.

Colette suscite l’étonnement en 1922 en revenant sur son enfance dans un très beau livre intitulé La Maison de Claudine. Il est le premier d’une trilogie rassemblant La Naissance du Jour (1928) et Sido (1930). Colette, à cette occasion, parvient au rang de classique (même si c’est un classique mineur) ; dans un premier temps, elle favorise donc la lecture pseudo-autobiographique à laquelle on réduit son œuvre…

En 1935, Colette se marie pour la troisième et dernière fois avec celui qu’elle nommera « son meilleur ami », Maurice Goudeket, alors qu’elle est progressivement immobilisée par une arthrite très douloureuse à partir de 1939.

Mais alors que les quinze dernières années de sa vie sont ponctuées par une reconnaissance unanime du public et de ses pairs (Colette est présidente de l’académie Goncourt à partir du 1er octobre 1949. Les Œuvres complètes sont publiées en quinze volumes par la maison d’édition Le Fleuron, créée par Maurice Goudeket. En 1953, elle est promue au rang de grand officier de la légion d’honneur et recevra à sa mort en 1954 des obsèques nationales), elle aura tendance à rééquilibrer la part d’imaginaire qui entre dans ses livres et notamment ceux à caractère autobiographique autrefois revendiqués comme tels, laissant le champ ouvert à un éclairage nouveau pour les lecteurs « avertis » futurs dont nous espérons faire partie !

Le sceau de campagne retourné

Ecrit par Stéphanie Michineau le 01 avril 2017. dans La une, Ecrits

Le sceau de campagne retourné

Le vil capitaine regardait au loin la montagne se détériorer.

Il se souvient de sa jeunesse ; dans sa jeunesse on le trouvait (trop) efféminé. Puis les femmes

tambour battant

sont entrées dans son ennuyeuse vie ; dans le dessein souverain de l’égayer.

 

Avec leur odeur d’étable, emplissant l’espace, et laissant son souverain

cerveau en friche tout retourné de ravissement

un beau matin, sans crier « gare », elles désertèrent le campement à la queue leu leu,

toutes, en file indienne

et son cerveau se mit en fonction de nouveau.

 

Au loin la vallée verte redevint une montagne bleue. Le vil capitaine aimerait bien fumer, mais il n’en a plus envie, le vif cap’taine aimerait bien boire, mais il a bu hier, il aimerait bien dormir, mais il est réveillé pour toujours par les vrilles de la vigne qui veillent ind/héter-mimée.

L’Ecriture de soi dans Le Journal d’un fou de Gogol et La Métamorphose de Kafka

Ecrit par Stéphanie Michineau le 15 octobre 2016. dans La une, Littérature

L’Ecriture de soi dans Le Journal d’un fou de Gogol et La Métamorphose de Kafka

En tant que spécialiste de l’autofiction francophone, j’ai largement réfléchi sur l’autofiction à travers le prisme de Colette certes comme point de départ mais j’en suis arrivée à me faire une idée sur l’autofiction francophone de manière plus générale puisqu’à la fin de ma thèse intitulée L’Autofiction dans l’œuvre de Colette (1), j’en arrive à une définition qui me semble être un bon outil pour évaluer l’autofiction à son regard (ce que j’ai d’ailleurs fait depuis chez George Sand (2) et chez Jules Vallès (3) :

Une autofiction est un récit où l’écrivain se montre sous son nom propre (ou l’intention qu’on le reconnaisse soit indiscutable) dans un mélange savamment orchestré de fiction et de réalité dans un but autobiographique.

Alors que la littérature russe commence à prendre son autonomie face à la littérature occidentale au 19e siècle, il me semble intéressant d’étudier comment se définit l’écriture de soi (« je comme un autre » au sens Baudelairien ou même de Maupassant) faisant prévaloir la notion de double dans deux œuvres très révélatrices de la dépossession de soi alors que l’individu est aux prises avec une société écrasante qui le dépersonnalise et lui fait perdre son identité.

Je resterai donc modeste dans mon ambition et cantonnerai mon champ d’étude au Journal d’un fou de Gogol (seul récit de Pétersbourg utilisant la première personne avec focalisation interne) mais également La Métamorphose de Kafka, deux œuvres qui possèdent entre elles de nombreuses accointances comme nous le verrons ensemble si toutefois ma communication était retenue.

 

Stéphanie Michineau

 

(1) Il y eut de nombreux référencements dans des articles : Actes de colloque de sémiolinguistique textuel en Albi, Wikipédia, la revue littéraire Exigence.net, bientôt Reflets du Temps. Des étudiants en Afrique et en Tunisie l’ont également reprise dans leur thèse de doctorat.

(2) Conférence intitulée « Et si l’Histoire de ma vie était une autofiction » dans le cadre de l’Université pour Tous en 2012.

(3) Communication dans le cadre de la table ronde organisée par Philippe Lejeune avec un autre spécialiste de l’autofiction, Philippe Gasparini.

Femmes d'ailleurs en littérature : Assia Djebar

Ecrit par Stéphanie Michineau le 11 juin 2016. dans La une, Littérature

Femmes d'ailleurs en littérature : Assia Djebar

Assia Djebar (pseudonyme) naît en Algérie en 1936. Son père, instituteur, l’encourage dans ses études. Ainsi, en 1955, la jeune femme intègre l’ENS de Sèvres, mais la guerre d’Algérie bouleverse ses projets… elle est soumise à l’obligation d’arrêter ses études (en 1956). Néanmoins l’année suivante, elle est à l’initiative d’un premier roman intitulé La Soif.

Une fois mariée, elle suit son mari en Tunisie. Après l’indépendance de l’Algérie, elle mène carrière à l’Université ; Rabat, suivi de près par Alger : elle y enseigne le cinéma, la littérature française ainsi que l’histoire. Elle collabore à la télévision puis à la radio ; elle finit par s’installer à Paris. Elle y développe une œuvre abondante, variée et riche de thématiques.

Dans Vaste est la prison, par exemple, elle raconte l’histoire de femmes algériennes tiraillées entre traditions et volonté d’émancipation.

La Soif donc, en 1957, Les Impatients (1958), Femmes d’Alger dans leur appartement (1980), L’Amour, La Fantasia (1985), Vaste est la prison également, Les Nuits de Strasbourg (1997), sont les titres retenus qui étreignent l’imagination du lecteur.

Assia Djebar intègre à son histoire personnelle de vastes fresques romanesques dédiées à la mémoire de la femme algérienne, femme anonyme de toutes conditions confondues. Bouleversements, souffrances inhérentes aux conditions et à l’état de guerre (deuils…), constituent les leitmotiv de son œuvre.

Elle finira promue à l’Académie Française en 2005.  Morte le 6 février 2015 à Paris

 

* 2 beaux textes de La Cause Littéraire lui ont rendu hommage ; nous les joignons ici

 

http://www.lacauselitteraire.fr/assia-djebar-couronne-sa-vie-par-un-livre-sur-saint-augustin

 

http://www.lacauselitteraire.fr/assia-djebar-la-manouvriere-de-la-langue-liberee

Salammbô

Ecrit par Stéphanie Michineau le 04 juin 2016. dans La une, Littérature

Salammbô

Epuisé par son « pensum », Gustave Flaubert veut s’accorder une détente en vivant dans un sujet splendide et loin du monde moderne. Il se propose de ressusciter, à travers la voluptueuse Carthage et son grouillement de foules hétéroclites, l’âme d’une civilisation disparue. Il dépouille des dossiers et entreprend en 1858 un voyage documentaire à Tunis et à Carthage. Salammbô est publié en 1862 : Sainte-Beuve reproche à l’auteur son imagination sanguinaire et réclame ironiquement « un lexique » ; mais dans l’ensemble, la presse est élogieuse.

Les Mercenaires barbares enrôlés par Carthage, n’ayant pas reçu leur solde, se révoltent et assiègent la cité qu’ils étaient chargés de défendre ; leur chef, le libyen Mathô, y pénètre et dérobe le zaïmph, voile sacré de la déesse Tanit, dont Salammbô, fille d’Hannicar, avait la garde. Carthage est menacée de périr car le zaïmph était son talisman. Sur ordre du grand prêtre, Salammbô traverse le camp des rebelles, va trouver Mathô dans sa tente et réussit à reprendre le voile. Hannicar attire alors le gros de l’armée mercenaire dans le défilé montagneux de la Hache, dont les issues ont été mystérieusement fermées. Les Mercenaires y périssent tous de faim et de soif. L’armée de Tunis, commandée par Mathô, est vaincue à son tour. La révolte est écrasée ; Mathô, pris vivant, est livré aux fureurs de la populace et vient expirer aux pieds de Salammbô dont on célèbre les noces avec Narr’Havas, chef numide qui a fait défection. Salammbô meurt, à son tour, de désespoir révélant ainsi son secret amour pour le Libyen.

L’expression de désespoir dans Maupassant

Ecrit par Stéphanie Michineau le 07 mai 2016. dans La une, Littérature

L’expression de désespoir dans Maupassant

Cette philosophie désolée a donné naissance, dans l’œuvre de Guy de Maupassant, à des réactions en apparence contradictoires, mais qui sont, en fait, souvent liées à son état physique et mental.

Le sarcasme. Le jeune conteur de La Maison Tellier et de Mademoiselle Fifi exprime son pessimisme sous une forme généralement sarcastique et brutale. Encore tout imprégné des leçons de son maître Gustave Flaubert, Guy de Maupassant sonde les bassesses du cœur avec une délectation vengeresse, grossit le trait jusqu’à la caricature et se plaît à scandaliser.

La pitié. Lorsque sa santé s’altère, Guy de Maupassant tend à quitter le ton sarcastique pour se pencher avec sympathie sur la misère humaine. Il peint des bourgeois crédules et niais, mais sans s’égayer à leurs dépens (Monsieur Parent) ; et il évoque avec une émotion contenue la vie misérable des vieilles filles (Miss Hariett), des malades des vieillards et des gueux.

L’angoisse. Cependant, le progrès de son mal et l’abus des drogues provoquent en lui de fréquents états d’angoisse dont il cultive les affres et les effets délirants. Plusieurs contes témoignent de son goût morbide pour la peur : il analyse ce sentiment irraisonné qui s’empare parfois de l’âme anxieuse et la fait frissonner comme si une menace pesait sur elle (La Peur) ; il peint des névrosés qui redoutent les bruits la solitude et la nuit (Apparition, Lui) ; un obsédé qui se convainc qu’un être invisible hante sa maison et s’acharne contre lui (Le Horla). Tous ces récits traduisent sous une forme dramatique ou mythique l’horreur anxieuse de Guy de Maupassant devant le mystère insondable de la mort.

Il est mort à 43 ans

 

Sœurs Michineau (1er mai 2016) fête du travail

La Rochelle

Les hypostases de soi sur un air de Mozart (2ème partie et fin)

Ecrit par Stéphanie Michineau le 13 décembre 2014. dans La une, Littérature

La Littérature était une petite fille rieuse, François Le Guennec, Mon Petit Editeur (essai)

Les hypostases de soi sur un air de Mozart (2ème partie et fin)

C’était la deuxième et « fin de partie » avec Franç0is Le Guennec c0mme invité à rej0indre la rubrique culturelle & lit. Et avec lui… c’est t0ute la Bretagne qui hume b0n la rubrique en parties !

Franç0is Le Guennec c0mme auteur de l’0euf sur le jet d’eau, publié aux éditi0ns MPE (le Petit Futé) Paris.

Un immense blanc lesté, laissé à la décharge du lecteur

Puis Les hypostases de soi sur un air de Mozart, ss Franz Le Guennec, continuent pour prendre fin, ils continueront seuls à cheminer dans la tête du lecteur.

Page 152 :Unsoir enfin, j’ai rencontré Fanny Cosi. C’est dans un bar à Saint-Germain-des-Prés.

– Je me demandais si vous existiez vraiment, commencé-je en lui serrant la main.

– Je me pose la question de temps en temps, sourit-elle.

C’est une belle grande fille, qui ne prend pas la peine de cacher quelques cheveux blancs. Elle a de la journaliste un sac de voyage énorme, boursouflé, et un agenda déformé par les maternités. De sa mère universitaire – voie qu’elle aussi a été tentée de prendre – elle a des lunettes, qui glissent au bout de son nez, le port d’amphithéâtre, l’écharpe en bataille sur un tailleur plutôt Chanel.

– Mais je n’ai jamais le temps d’y répondre, achève Fanny. Qu’est-ce que vous prenez ?

Reposante, la question que donne ce quartier de Paris que vous ne comptez pas beaucoup une fois que vous êtes servi et votre consommation réglée ; que vous êtes en dehors de la vie qui se dépense, qui bruisse, qui mousse tout autour avec le piquant d’une bière d’Alsace. Vous guettez l’ombre de Raymond Queneau, de Juliette Gréco ; et une jolie môme sous son béret galette souffle entre deux yeux vides la fumée de sa clope ; un jeune black encapuchonné la presse de l’accompagner il ne sait pas où. Un nommé Marcel retrouve au comptoir un petit homme à lunettes d’écaille et imperméable pour le Sancerre rituel.

Page 153 :

– Vous n’êtes pas née journaliste, n’est-ce pas ?

Fanny Cosi a un sourire carnassier ; je m’imagine qu’elle va répondre. Ici, c’est moi qui pose les questions.

Les hypostases de soi sur un air de Mozart (1ère partie)

Ecrit par Stéphanie Michineau le 06 décembre 2014. dans La une

La Littérature était une petite fille rieuse, François Le Guennec, Mon Petit Editeur (essai)

Les hypostases de soi sur un air de Mozart (1ère partie)

Or la littérature est une petite fille rieuse, jupe courte et canotier ; elle court, elle sort de sa cachette en pouffant au jour où on ne l’attend pas. Ce livre, à l’instar de Fanny Cosi-Fan-tutte (pour Mozart) et selon toute proportion gardée, a fait l’objet d’un pari : Stéphanie Michineau, spécialiste des Ecrits de femmes (de Germaine de Staël à Renée Vivien) passe dans La Littérature était une petite fille rieuse comme dans la vie, de la critique littéraire à la fiction. Vice versa. Et c’est Stéphanie Van Tutte et surtout Fanny Cosi qui font leur entrée en place royale.

REPRISE par mes bons soins – Morceaux du puzzle – livre à reconstituer pour le lecteur. Quelques bribes d’explication, en amont, cependant. Franz, François Le Guennec a bien suivi la leçon et est bien entré dans l’antre de Colette. A la source : l’Autofiction dans l’œuvre de Colette (en mode actualisation).

Page 68 : Un livre se détache dans lequel elle se plaît à multiplier les images de soi, la Retraite sentimentale. Dans un dédoublement fantasmatique, Annie s’entretient avec Claudine (deux figures auctoriales) de ses débuts sur scène avec une actrice dont le nom est une anagramme de Colette Willy puisqu’elle s’appelle Willette Collie. Cette scène s’inspire du mimodrame Le désir, L’amour et la Chimère au théâtre Michel lorsqu’elle écrivait dans les coulisses La Retraite sentimentale.

La Littérature était une petite fille rieuse, au fil des pages épinglées du temps – passant, du livre – libre. Pages cornées :

Préambule sur fonte de propos qui n’engagent que celui qui les dicte à savoir l’auteur du texte :

Page 11 : J’ai survolé les cinquante romans que les Inrocks présentent comme la crème de ce siècle débutant ; très peu d’entre eux témoignent d’une originalité, d’innovation, seulement deux ou trois. Cette vérification faite, j’ai pu sans inquiétude et sans regret me consacrer à mes classiques.

Page 21 : Tu préfères d’ailleurs les créatrices à leurs créations, non ? C’est que chacune de ses créations ajoute à son auteur un peu de densité, un peu d’épaisseur ; tandis qu’elle-même demeure, toute séduisante, tout attachante qu’il l’ait faite, un mince être de papier.

Rentrons dans le vif du sujet :

Page 48 : Plusieurs heures ou même plusieurs jours après ma visite à l’association culturelle, je plonge la main dans ma poche (distraitement) et j’y repêche la carte de visite : Fanny Cosi, journaliste. Je ne sais rien des relations de cette dame ou demoiselle avec Stéphanie van Tutte. Est-ce qu’elles se voyaient beaucoup ? Est-ce qu’elles partageaient des centres d’intérêt ? Il y a toutes sortes de journalistes, certaines étroitement spécialisées, parfois aux antipodes de la littérature. Je m’interroge à peine sur les noms de famille ; tant de facteurs décomposent et recomposent aujourd’hui les familles. Mais le hasard connaît la musique. Fanny Cosi pourrait être la fille adoptive de Stéphanie, ou même sa fille spirituelle. Je me prends à rêver : et si la fille était une création littéraire de van Tutte plutôt qu’un produit biologique ? Une créature de papier ? Je suis tenté d’appeler sur l’heure l’un des numéros indiqués, mais l’heure, justement, est tardive et je ne veux pas être importun à mon premier contact. Heureusement, la carte indique également un courriel – utile invention qui permet de parler aux gens sans troubler leur sommeil.

Le Point-phare de l’Ecriture-femme

Ecrit par Stéphanie Michineau le 25 octobre 2014. dans La une, Littérature

Le Point-phare de l’Ecriture-femme

Franç0is Le Guennec est c0nférencier à l’Université du Temps Libre en France. Le livre intitulé L’0euf sur le jet d’eau, éd du Paradis (Dép0t légal : mars 2008) s’inscrit dans un cycle p0rtant sur l’Ecriture-femme ; l’Ecriture-femme c0mme P0int-phare au c0eur de ses prér0gatives. Il est auteur mpe/Paris, Internati0nal.

C’est dans ces greniers que je me suis mis à C0lette, en me disant T0ut de même, tu devrais l’av0ir lue depuis l0ngtemps. J’ai t0ut pris, d’ab0rd les Claudine, chr0n0l0giques. Les Vrilles de la vigne, la Mais0n, Mes Apprentissages… J’y suis enc0re, Tr0is, six, neuf, et je n’en veux pas s0rtir.

 

Cadavre

J’entre dans ma chambre. C’est dans ma chambre et quand je n’y suis pas, elle devrait être vide. Mais je devine une présence et cela suffit à me faire dresser le p0il sur la peau. Quelqu’un est c0uché dans le lit, rec0uvert jusqu’aux cheveux par la c0uette. Au prix d’un eff0rt, car j’épr0uve une intense sensati0n de fr0id, je m’avance et avance la main. Je tire la c0uette à m0i.

Dans la mais0n vide, sur m0n pr0pre lit, c’est le c0rps d’une femme qui gît là, enc0re tiède des dernières minutes de s0n existence. Enc0re humide de s0n ultime t0ilette.

P0urqu0i est-il revenu ici ? L’a-t-0n aband0nné ? 0u c0mme dans les légendes de Bretagne est-il venu se plaindre aux vivants ? Et de qu0i ? c0mment le c0mprendre puisqu’il parle d’un m0nde 0ù je n’ai pas accès ? C0mment l’entendre puisqu’il ne parlera plus ? (Frenz)

 

Sciences humaines Littérature : C0nstructi0n de l’image maternelle chez

« Si je p0uvais me faire fant0me après ma vie, je n’y manquerais pas, p0ur t0n plaisir et p0ur le mien. Tu as lu aussi cette stupide hist0ire d’une m0rte qui se venge ? »

Si n0us relev0ns cet extrait de la Mais0n c’est parce qu’il rés0nne à n0s 0reilles c0mme une mise en abyme de la p0sture de C0lette face à l’image maternelle, les par0les de Sid0 révélant t0ute l’ambiguïté des liens qui les attachent l’une à l’autre et que dissimulent des sentiments filiaux qui v0nt culminants de 1922 à 136 (s0it plus de dix ans après la m0rt de sa mère).

Ainsi différentes questi0ns se p0sent à n0us : de quelle manière C0lette c0ntribue-t-elle à faç0nner le pers0nnage de Sid0 ? En qu0i peut-0n parler de c0nstructi0n v0ire de recréati0n de l’image maternelle ? Et surt0ut quels enjeux, intimes et symb0liques, ce travail d’élab0rati0n littéraire s0us-tend-t-il ?…

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