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« La Belle et la Bête », Malandain Ballet Biarritz

Ecrit par Valérie Debieux le 05 mars 2016. dans La une, Théâtre

« La Belle et la Bête », Malandain Ballet Biarritz

« Il y avait une fois un riche marchand, père de deux garçons et trois filles. La cadette pleine de grâce se faisant tant admirer qu’on l’appelait Belle : ce qui donnait beaucoup de jalousie à ses sœurs. Orgueilleuses, les deux aînées, parce qu’elles étaient riches faisaient les dames et allaient tous les soirs au bal. Tout d’un coup, le marchand perdit son bien, et il ne lui resta qu’une petite maison de campagne, loin de la ville ».

Avant la première française qui aura lieu à l’Amphithéâtre Cité internationale de Lyon les 16, 17 et 18 septembre 2016, et ce, dans le cadre de la 17e Biennale de la Danse, le Malandain Ballet Biarritz – avec sa nouvelle création La Belle et La Bête – est venu séduire le public suisse, à Fribourg, au « Théâtre de l’Equilibre ».

Triomphe dans la capitale fribourgeoise devant ce spectacle magistral, où la quête de l’esthétisme a atteint les sommets de l’élégance, tant par l’humanité et la sensualité des danseurs que par la chorégraphie, à la fois sobre, intemporelle et envoûtante.

La musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski orchestre à merveille, et le spectateur s’envole de plaisir pendant près de soixante-dix-sept minutes. Les corps dansent, s’amusent et glissent sur scène avec volupté. Les couleurs, tantôt sombres, tantôt solaires, nous aspirent pleinement dans cette histoire, que Jeanne-Marie Leprince de Beaumont emprunta à Gabrielle-Suzanne de Villeneuve en 1757. Le charme opère et le spectateur, « avide d’idéal », se nourrit de beauté et d’amour durant toute la représentation. Si Thierry Malandain a voulu éblouir, on peut dire qu’il a gracieusement réussi…

La Belle et la Bête, un conte initiatique sur la dualité de l’être dont on ne se lasse pas et encore moins sous forme de ballet…

Soyez au rendez-vous au mois de septembre prochain à Lyon

 

Création / Première française Lyon – 17ème Biennale de la Danse de Lyon – Amphithéâtre Cité Internationale – Septembre 2016 (16, 17 & 18 septembre)

La médiocratie

Ecrit par Valérie Debieux le 27 février 2016. dans La une, Société, Littérature

Alain Deneault, Lux Editeur, décembre 2015, 224 pages, 15 €

La médiocratie

Avec l'autorisation de la Cause Littéraire

En sa dernière édition (2010), Le Dictionnaire historique de la langue française précise que l’adjectif médiocre est emprunté (1495) au latin mediocris « moyen du point de vue de la grandeur, de la qualité » et « ordinaire (de personnes et de choses) » (cf. op. cit. p.1299). Au fil du temps, cet adjectif a pris de plus en plus d’importance dans la société contemporaine au point qu’il a donné naissance à un nom, la médiocratie, soit le pouvoir exercé par les médiocres. Quoi de plus naturel dès lors qu’Alain Deneault, docteur en philosophie de l’université Paris-VIII et enseignant en science politique à l’Université de Montréal, s’intéresse à ce fait social en lui consacrant un ouvrage de plus de deux cents pages, ayant pour titre La Médiocratie.
En ses premières lignes introductives, le ton est donné :
Rangez ces ouvrages compliqués, les livres comptables feront l’affaire. Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l’aise, vous risqueriez de paraître arrogant. Atténuez vos passions, elles font peur. Surtout, aucune « bonne idée », la déchiqueteuse en est pleine. Ce regard perçant qui inquiète, dilatez-le, et décontractez vos lèvres – il faut penser mou et le montrer, parler de son moi en le réduisant à peu de chose : on doit pouvoir vous caser. Les temps ont changé. Il n’y a eu aucune prise de la Bastille, rien de comparable à l’incendie du Reichstag, et l’Aurore n’a encore tiré aucun coup de feu. Pourtant, l’assaut a bel et bien été lancé et couronné de succès : les médiocres ont pris le pouvoir.
La principale compétence d’un médiocre ? Reconnaître un autre médiocre. Ensemble, ils organiseront des grattages de dos et des renvois d’ascenseur pour rendre puissant un clan qui va s’agrandissant, puisqu’ils auront tôt fait d’y attirer leurs semblables.
En quatre chapitres au titre évocateur, i.e. « Le savoir et l’expertise, Le commerce et la finance, Culture et civilisation, La révolution : rendre révolu ce qui nuit à la chose commune », l’auteur explique, analyse, décortique, références et exemples à l’appui, comment « la division et l’industrialisation du travail – manuel comme intellectuel – ont largement contribué à l’avènement du pouvoir médiocre ». À travail standardisé, comportement standardisé avec, pour corrélat, une prestation et un résultat moyens, le tout noyé dans des expressions galvaudées comme « hauts standards de qualité » ou « dans le respect des valeurs d’excellence ». Le médiocre devient la norme du système, la référence, « l’analphabète secondaire […] nouveau sujet formé sur mesure […] fort d’une connaissance utile qui n’enseigne toutefois pas à remettre en cause ses fondements idéologiques ». L’essentiel pour l’individu consiste alors à « jouer le jeu », c’est-à-dire à respecter « l’état de domination exercé par les modalités médiocres elles-mêmes » et à passer sous les fourches caudines du réseau dont il fait partie intégrante.
La Médiocratie, un ouvrage qui expose et qui conduit inter alia au questionnement sur notre société, ses institutions qu’elles soient politiques ou universitaires ou encore sur l’impact exercé par le dispositif industriel et financier sur les institutions universitaires. Un outil de réflexion à découvrir pour qui s’intéresse au monde qui l’entoure.



Alain Deneault, docteur en philosophie de l’Université Paris-VIII, est notamment l’auteur de Noir Canada (Écosociété 2008), Offshore (Écosociété /La Fabrique 2010), Paradis sous terre (Écosociété /Rue de l’Échiquier 2012), Gouvernance (Lux 2013) et Paradis fiscaux. La filière canadienne (Écosociété 2014). Il est aussi chroniqueur à la Revue Liberté.

Anne F., Hafid Aggoune

Ecrit par Valérie Debieux le 31 octobre 2015. dans La une, Littérature

Anne F., Hafid Aggoune

avec l'autorisation de la Cause Littéraire

 

« J’aime à croire que les étoiles sont des innocents au firmament, des âmes libérées, éloignées à jamais de l’enfer terrestre, assez proches pour en contempler ce qui reste d’admirable et que nous puissions les voir pour ne jamais oublier la bonté et la beauté ».

Hafid Aggoune

 

 

 

 

 

Paris, de nos jours. Dans la classe d’un lycée, un élève brûle, avec son briquet, un coin du « Journal d’Anne Frank », il est expulsé de l’école. Quelque temps plus tard, il commet un attentat. Cet acte odieux génère auprès du professeur qui l’a exclu de sa classe une remise en question de son propre comportement, ainsi qu’une série de questions à spectre à la fois plus large et plus intime. Ce questionnement intérieur le conduit donc à emprunter un chemin cathartique particulier, celui consistant à rédiger une lettre à Anne Frank, « sa petite sœur juive », disparue à quinze ans à Bergen-Belsen :

« Comment aurais-je pu imaginer que mon meilleur élève puisse se changer en bourreau ? Qu’il faisait partie de ce genre de personnes qui ont suivi un fou à ton époque, de ces monstres pour qui la vie d’autrui n’est rien ? […] Jahrel était devenu un élève prometteur, ouvert, souriant, généreux, curieux, avide de lectures. Mais en deux mois, il s’est transformé. […] je me suis pris à penser que l’étranger n’est pas celui qui vient d’ailleurs, mais celui qui s’éloigne de nous. […] Si je ne l’avais pas expulsé, j’aurais eu le temps de lui faire apprécier ton Journal, de lui donner confiance en la fraternité, éveiller cette compassion qui manque tant au monde et que chaque élève devrait porter, au nom de toutes les souffrances et de tous les peuples. […] Si le Mal entre au cœur d’une personne, le Bien peut prendre le même chemin. J’ai échoué, alors que nous portions l’amour de la littérature en commun ».

Cette lettre se transforme en quelque sorte en révélateur : celle-ci lui permet de reconsidérer sa propre existence au travers de celle d’Anne Frank qui, par effet de miroir contrastant, met en évidence les failles de son propre comportement. Ainsi, qu’il s’agisse de ses actes, de ceux de ses proches ou, plus particulièrement de ceux de son père, ils sont tous perçus à travers un prisme différent, celui de la transfiguration. Les incompréhensions, les jugements hâtifs, les préjugés, les erreurs d’appréciation glissent dans les oubliettes, et peu à peu, se fait jour une perception plus ouverte, plus compréhensive et plus tolérante des actes d’autrui.

Marius Borgeaud à La Fondation de L’Hermitage de Lausanne

Ecrit par Valérie Debieux le 19 septembre 2015. dans La une, Arts graphiques

Marius Borgeaud à La Fondation de L’Hermitage de Lausanne

Il y a beaucoup de solitude dans les tableaux de Marius Borgeaud. Une attente, et parfois un vide qui raconte toujours une histoire. Que de lumière. Toujours à travers la fenêtre ouverte. Très souvent, la Sainte Vierge est représentée sur ses toiles. De temps à autre, un dormeur dans un café, assis non loin de joueurs de cartes en pleine conversation. Avec un perroquet ou un chat pour témoins de la scène. Sinon. Aucun folklore représenté du pays breton. Juste l’humain. Le paysage et la vue qu’offre une fenêtre…

La ligne est épurée, le style réaliste. Borgeaud aspire le visiteur dans sa peinture, il lui transmet sa passion pour la Bretagne. Il peint le Morbihan, à Rochefort-en-terre. Là-bas, il rencontre l’amour, « Mado », alias Madeleine Gascoin, qui partagera sa vie pendant près de sept ans et il l’épousera moins d’un an avant sa mort. Mado, sa femme, son double, son modèle, omniprésente sur ses œuvres peintes : elle y incarne tantôt la Parisienne débarquée en Bretagne, tantôt la liseuse dans une chambre, ou encore la serveuse derrière le comptoir d’un café…

Nombreuses sont les toiles que Borgeaud a peintes dans sa chambre d’hôtel en Bretagne ; sa chambre a d’ailleurs œuvré à réitérées reprises comme modèle de ses toiles qu’il transformait au gré de son imagination. Sa fenêtre lui offrait une vue vers l’extérieur et il faisait entrer la lumière à l’intérieur de ses toiles jouant ainsi avec l’ombre des objets se trouvant dans la pièce.

Borgeaud aimait peindre éloigné de ses confrères qui séjournaient dans le même hôtel que lui. Cette mise à l’écart volontaire apparaît sur ses toiles ; cet amour pour la solitude se retrouve parfois dans la représentation des lieux publics bretons, avec très peu de personnages. Même si d’ordinaire ces lieux-là grouillaient de monde, sur ses tableaux, la foule se métamorphosait en vide, image fort différente de la Bretagne de l’époque.

Reflets des Arts Le Serenade-Cabaret à Vienne

Ecrit par Valérie Debieux le 14 février 2015. dans La une, Arts graphiques

entretien avec Philippe Devaux et Diana Amichaud

Reflets des Arts Le Serenade-Cabaret à Vienne

« […] Prêt à une immersion dans l’ambiance des années folles ? Mlle Eglantine et sa troupe vous accueillent chaque soir.

[…] Au Serenade-Cabaret, les ambiances changent d’heure en heure selon les envies et les inspirations de chacun. Le décor tout d’abord : historique, feutré, des éclairages prêts à briller sans vous éblouir – vous le serez suffisamment avec les artistes du Serenade. Quant aux tables et aux chaises, elles vous rappelleront étrangement celles des brasseries parisiennes.

[…] Midi et soir, deux salles pour vous restaurer sont à votre disposition, dont une mezzanine qui permettra aux plus curieux d’observer secrètement les va-et-vient de la rue. Des plats français vous sont proposés, entièrement faits maison et de saison. Pour les accompagner, rien de tel qu’une sélection des terroirs vinicoles français les plus importants. Le soir, les rideaux s’ouvrent : autre salle, autre ambiance, les artistes de Serenade entrent sur scène, baroque et sulfureux sont les deux mots d’ordre ! Durant la soirée, pour les petites et grandes faims, de succulents en-cas sont au menu.

[…] Enfin, si vous souhaitez danser, attendez de voir les fins de soirée au Serenade Cabaret ! »

Diana Amichaud

 

Valérie Debieux : Vous avez quitté la France pour déposer vos valises à Vienne. Comment est né ce projet ?

 

Philippe Devaux & Diana Amichaud : Une idée, un soir… tôt le matin ; la volonté de réunir tous les Arts majeurs en une même place ; la rencontre inopinée d’un lieu singulier ; la concrétisation du projet.

 

V.D. Les liens artistiques entre l’Autriche et la France sont multiples. Est-ce que les choix de votre Cabaret vont s’orienter principalement vers l’Art Français ?

 

Ph.D. & D.A. Il est clair que nous représentons un coin de terre français à Vienne en proposant une cuisine française. Néanmoins, Vienne étant un carrefour, c’est ce même carrefour culturel que nous avons souhaité créer au sein de Serenade Cabaret. Ainsi, des artistes de tous pays viennent se produire ; il est possible d’assister autant à du flamenco, que du folk russe, du tango argentin, des lieder d’Opéra, de la pop irlandaise, des pièces de théâtre, des expositions de peinture.

 

V.D. « La troupe de Mlle Eglantine vous indique le chemin, par ces marches surplombant de grands rideaux rouges, derrière lesquels le divertissement devient art, où l’art devient divertissement. Les frontières sont abolies, les époques se croisent, ruptures de tonalités et styles musicaux différents ; vous êtes plongés dans un décor mystérieux, mouvant dans ses couleurs, évoluant au gré des artistes ». Mais qui est donc cette « Mlle Eglantine » ?

 

Ph.D. & D.A. Pour nous Mlle Eglantine rappelle Montmartre et l’histoire de ses cabarets.

Gros-câlin, Romain Gary : au Théâtre Le Poche avec Jean-Quentin Châtelain

Ecrit par Valérie Debieux le 10 janvier 2015. dans La une, Culture

Gros-câlin, Romain Gary : au Théâtre Le Poche avec Jean-Quentin Châtelain

« Je vais entrer ici dans le vif du sujet, sans autre forme de procès. L’Assistant, au Jardin d’Acclimatation, qui s’intéresse aux pythons, m’avait dit :

– Je vous encourage fermement à continuer, Cousin. Mettez tout cela par écrit, sans rien cacher, car rien n’est plus émouvant que l’expérience vécue et l’observation directe. Evitez surtout toute littérature, car le sujet en vaut la peine ».

M. Cousin, employé de bureau, œuvrant comme statisticien, ramène à Paris, à son retour d’un voyage organisé en Côte-d’Ivoire, un python pour lequel il a éprouvé, sitôt exhibé, « une amitié immédiate, un élan chaud et spontané, une sorte de mutualité ». Le sujet est là, présenté à vif. Un acteur, seul sur scène, pieds nus, vêtu d’une djellaba sombre, se promenant au milieu de quelques objets mobiliers, raconte sa vie. Sans bruit, ni éclats. Avec bonhomie et avec douceur. Avec intelligence et raffinement.

Se côtoient en autant d’anneaux sa vie en appartement avec Gros-Câlin, sa vie au bureau avec ses collègues, sa relation platonique avec Mlle Dreyfus, « une collègue de bureau qui travaille au même étage, en mini-jupe », sa vie solitaire entre le bureau et son appartement :

« Une autre fois, dans le même ordre de choses, j’ai pris à la porte de Vanves un wagon qui s’est trouvé être vide, sauf un monsieur tout seul dans un coin. J’ai immédiatement vu qu’il était assis seul dans le wagon et je suis allé bien sûr m’asseoir à côté de lui. Nous sommes restés ainsi un moment et il s’est établi entre nous une certaine gêne. Il y avait de la place partout ailleurs alors c’était une situation humainement difficile. Je sentais qu’encore une seconde et on allait changer de place tous les deux mais je m’accrochais, parce que c’était ça dans toute son horreur. Je dis “ça” pour me faire comprendre. Alors il fit quelque chose de très beau et très simple pour me mettre à l’aise. Il sortit son portefeuille et il prit à l’intérieur des photographies. Et il me les fit voir une à une, comme on montre des familles d’êtres qui vous sont chers pour faire connaissance.

– Ça, c’est une vache que j’ai achetée la semaine dernière. Une Jersey. Et ça, c’est une truie, trois cents kilos. Hein ?

– Ils sont très beaux, dis-je […]. Vous faites de l’élevage ?

– Non, c’est comme ça, dit-il. J’aime la nature.

Heureusement que j’étais arrivé parce qu’on s’était tout dit et qu’on avait atteint un point dans les confidences où il allait être très difficile d’aller plus loin et au-delà à cause des embouteillages intérieurs ».

« Les Combats d’une reine »

Ecrit par Valérie Debieux le 29 novembre 2014. dans La une, Littérature

à voir au Théâtre Le Poche à Genève, du 17 au 30 novembre 2014

« Les Combats d’une reine »

« Je crois à la liberté. Pouvoir dire merde. Vous ne pouvez pas savoir la liberté qu’on a quand on est tout en bas de l’échelle. Rien à gagner, rien à perdre. Être nomade, pieds nus dans le sable, habillée de vent et de poussière » (Grisélidis Réal, La Passe Imaginaire)

Les portes de la salle de théâtre s’ouvrent, les spectateurs se glissent entre les rangées de fauteuils, prennent place, échangent quelques mots, et, soudain, dans la pénombre apparaissent trois femmes. Elles prennent possession de la scène : la plus jeune comédienne (Élodie Bordas) s’assied à proximité d’une valise ; la plus âgée (Judith Magre) prend possession du centre de la scène, assise derrière un bureau ; crayon en main, en train de griffonner sur un petit calepin, et enfin, la troisième (Françoise Courvoisier) prend place sur un tabouret de bar, derrière une petite table ronde, abritant une bouteille de vin et un verre. Murmures dans la salle. La scène observe le public. Elle l’écoute, elle le jauge tel un phénomène d’induction interactive. Quelques minutes s’écoulent ainsi, et le spectacle commence… Trois comédiennes pour retracer le destin d’une seule femme, celui de Grisélidis Réal, célèbre prostituée genevoise, écrivaine et artiste peintre.

A trente ans, Grisélidis, condamnée pour trafic de marijuana, est emprisonnée en Allemagne. Ses neuf mois d’incarcération, elle les narre de façon détaillée et crue, sans oublier cependant les personnes qui vont la soutenir et lui apporter du réconfort, alors qu’elle est privée de ses deux enfants et que son compagnon la laisse sans nouvelles.

A cinquante ans, Grisélidis exerce, dans la cité de Calvin, son métier de prostituée. Elle tient un carnet détaillé, indiquant de façon précise les noms et les manies de ses clients auxquels elle attribue des surnoms à la fois évocateurs et pleins de tendresse.

A soixante-dix ans, au crépuscule de sa vie, Grisélidis doit encore se battre. Un cancer a pris possession de son ventre ; elle aime toujours autant la vie et l’être humain. Le regard est demeuré intact, l’œil toujours aussi vif et pétillant, le mot caustique et plein d’humour.

Grisélidis, un prénom aussi peu ordinaire que lourd à porter : comment ne point songer aux souffrances endurées par la jeune bergère, Grisélidis, dans le conte de Charles Perrault intitulé « La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis » ? Certes, leur parcours n’a rien de commun, sauf à considérer que la première fit montre de la même patience que la seconde à l’égard des épreuves de l’existence…

Reflets des arts : Les Demeurées

Ecrit par Valérie Debieux le 01 novembre 2014. dans La une, Littérature

Jeanne Benameur : Théâtre Le Poche à Genève du 16 octobre au 2 novembre 2014

Reflets des arts : Les Demeurées

« L’innocence est belle, terrible et sauvage. L’instinct prend des couleurs poétiques et mystiques. C’est l’amour des gestes quotidiens, du simple et de l’écorchure, du labeur et du silence obtus »

Didier Carrier (metteur en scène)

 

Dans la campagne, une maison isolée. Ses habitantes, une femme, l’idiote du village, appelée « La Varienne », et sa fille, Luce. Elles vivent là, toutes les deux, confinées dans leur monde, en retrait des autres, dans le silence, à l’unisson d’un amour symbiotique :

« Elles dorment dans le même grand lit. Les planches et le matelas de crin. Et puis un maigre bouquet sec entouré d’un ruban dédoré, pendu à un clou, la tête en bas.

La petite avance la main dans l’obscurité. Elle dort contre le mur. La mère vient plus tard.

C’est quand la mère dort, seulement, que la petite avance les doigts de la main droite et sent les tiges, le ruban, les fleurs qu’il faut à peine effleurer. Les pétales en poussière ne disent pas leurs noms en s’étouffant entre pouce et index. La petite écoute et glisse dans la nuit, les doigts encore poudrés du murmure desséché ».

Coup de tonnerre dans leur quotidien, Luce est en âge d’entrer à l’école et « La Varienne » n’aura d’autre choix que celui de se séparer de son enfant. Leur vie en est bouleversée et Luce se rend ainsi à son école qui n’a qu’une classe unique.

Mademoiselle Solange, l’institutrice, va s’employer à créer un pont entre Luce et l’apprentissage du savoir :

« Dès que les paroles claires de Mademoiselle Solange menacent de pénétrer à l’intérieur d’elle, là où toute chose pourrait se comprendre, elle fuit. D’une enjambée muette, elle se niche où le plâtre du mur se délite, au coin de la grande carte de géographie, près du bureau. Entre les grains usés, presque une poussière, elle a sa place. Elle fait mur. Aucun savoir n’entrera. L’école ne l’aura pas. Elle demeure. Abrutie comme sa mère. Aimante et désolée ».

Cette pièce de théâtre ne se raconte pas, elle se vit. Le spectateur est happé par le jeu des actrices, il voit, il écoute, interloqué dès les premières secondes. L’originalité du décor ne manque pas d’interpeller non plus. Le fond sonore, omniprésent et subtil, contribue à accentuer le caractère singulier des personnages. Dans cette pièce, tout est construit autour de l’histoire, rien n’a été laissé au hasard, chaque mot compte et, au fil des minutes, le spectateur devient « La Varienne », devient « Luce », devient « Solange, l’institutrice ». Cette pièce incite à une prise de conscience sur le rôle du langage, de la communication, et de la transmission du savoir, ainsi que de l’importance du rôle joué par les mots.

Reflets des Arts Titanic, l’exposition : de vrais objets, de vraies histoires

Ecrit par Valérie Debieux le 18 octobre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts Titanic, l’exposition : de vrais objets, de vraies histoires

« C’est lors d’un dîner, un soir de juillet 1907, que J. Bruce Ismay, directeur général de la White Star Line et Lord James Pirrie, président de la vénérable société de construction navale de Belfast, Harland & Wolff, ont lancé l’idée de construire trois paquebots somptueux pour percer sur le marché lucratif des traversées transatlantiques. Ces trois paquebots, le Titanic, l’Olympic et plus tard le Britannic, seraient les plus grands objets mobiles jamais construits par l’homme ».

 

Palexpo Genève, Halle 7, 10 octobre 2014

Les visiteurs y sont attendus pour participer au voyage inaugural du « RMS Titanic » de Southampton à New York, comme en avril 1912. Grâce à la magie des décors, ils revivent les différentes étapes de cette légendaire traversée depuis la construction du paquebot jusqu’à la découverte de son épave au fond de l’océan.

L’exposition commence par la présentation des vingt-sept Suisses qui, à l’instar de la majorité des autres passagers, avaient décidé de réaliser ce voyage pour accomplir leur rêve : vivre la grande aventure en Amérique !

Cette exposition évoque le destin particulier de plusieurs personnes ayant embarqué, la peur au ventre : d’aucuns estimaient en effet que donner un nom comme le Titanic à un bateau était un défi lancé à Dieu ; d’autres encore regrettaient d’avoir dû monter à bord du Titanic, sous la contrainte d’événements extérieurs.

Paroxysme de cette angoisse, l’exposition cite le cas de cette passagère qui dormait le jour et passait la nuit sur le pont, pour s’assurer qu’aucun événement fâcheux ne vienne entraver le voyage du paquebot ; son mari, accompagné de leur fillette, constatera avec horreur le bien-fondé de son appréhension.

Contrepoids de ces frayeurs, les données techniques du bateau : sa conception dite « insubmersible » avec sa coque constituée d’immenses plaques fixées les unes aux autres par plus de trois millions de rivets en fer forgé, ses cales étanches, ses machines répondant aux derniers progrès réalisés dans le domaine de l’ingénierie maritime, ses moteurs alternatifs avec ses trois hélices et, last but not least, une technologie haut de gamme, enrobée d’une opulence et d’une richesse sans égal.

Les visiteurs seront séduits par le souci d’authenticité de l’atmosphère à bord, par la qualité de la reproduction des chambres, des couloirs et du célèbre « Grand Escalier ». Il sera frappé également par ce détail original, portant sur la différence de température entre les salles, notamment dans celle consacrée à la collision du Titanic avec l’iceberg : une immense plaque de glace en forme d’iceberg a été installée pour que le visiteur puisse se rendre compte, au toucher, de la sensation vécue par les victimes au moment du drame.

"Marc Levy, en harmonie avec ses lecteurs". Entretien

le 27 avril 2012. dans La une, Média/Web, Société

Marc Lévy, l’auteur français le plus lu depuis plus d’une dizaine d’années maintenant, est considéré comme un phénomène. La rencontre avec ses lecteurs se passe toujours dans la joie et l’harmonie ; il consacre du  temps à chacun. De retour à New-York, après un bref séjour en France pour la promotion de son nouvel ouvrage, Marc Lévy a aimablement accepté de répondre à mes questions.

Valérie Debieux : À la sortie de chacun de vos romans, le même scénario se répète : le public l’accueille à bras ouverts ; la critique, au mieux, l’ignore et, au pire, le soumet à un feu nourri. En revanche, tous avis confondus, l’unanimité se fait jour à l’évocation de votre talent de conteur. Pouvez-vous nous dire, en quelques mots, comment vous êtes passé de conteur d’histoire pour votre fils aîné, enfant à l’époque, à auteur de best-seller ?


Marc Lévy : Bonjour Valérie, je suis passé du stade de conteur à celui de romancier en travaillant beaucoup. J'ai eu envie d'embrasser ce métier d'écrivain avec l'humilité qui sied à la liberté qu’il vous offre et que requiert le souci de rester fidèle à mon lectorat. (Vous êtes un peu sévère avec la critique, qui n'est plus si sévère avec moi et qui est même parfois généreuse).

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