Au risque de la Toile !

Ecrit par Léon-Marc Levy le 10 décembre 2010. dans La une, Média/Web, Actualité

Au risque de la Toile !

"Reflets du Jour : l'information et internet"


Aujourd’hui c’est un lieu-commun que de considérer l’avènement de l’Internet comme une Révolution médiatique dont le seul équivalent pourrait être l’invention de l’imprimerie. Pour faire simple, deux points essentiels en émergent :

-       Les notions d’émetteur et de récepteur sont dynamitées, ou radicalement redéfinies, par la cybernétique : Internet « fusionne » les deux pôles de la communication, chaque émetteur devient récepteur, chaque récepteur est un émetteur potentiel. On l’a déjà écrit ici et « Reflets du Temps.fr » lui-même en est un bel exemple, avec ses chroniques, ses liens, ses commentaires, ses réactions aux commentaires … bref, son réseau interactif.

-       Conséquence du premier point, le monde communicant n’a plus de centre. Ou, plus précisément, il est constitué d’autant de centres qu’il y a d’individus capables de recevoir ou d’émettre de l’information. On est passé du schéma de la « pyramide » communicante, directement issue de la conception et de l’organisation tayloriennes de l’activité humaine d’hier, à la toile d’araignée, plus conforme à la latéralité des systèmes humains d’aujourd’hui (vous saurez ainsi le « secret » du logo de « Reflets du Temps », la toile d’araignée !). Le prophétique Marshall Mac Luhan l’avait fort bien vu venir dans sa « Galaxie Gutenberg », dès 1962.

On peut légitimement en retirer, dans un premier temps, une naturelle satisfaction intellectuelle : la fin d’un monde vertical, avec les têtes pensantes et parlantes en haut et la piétaille silencieuse en bas, ne peut être qu’une bonne nouvelle, un progrès démocratique, la naissance d’une sorte d’Agora moderne authentique grâce à la suppression des chaînons intermédiaires qui, forcément, déforment pas à pas la vérité. Une agora où tout le monde trouve place, au moins dans la prise de parole, à défaut de la connaissance ou de la pertinence. Qui se plaindrait de la participation grandissante des citoyens planétaires au débat public ? Et comment, dans un « Webmag » pourrait-on s’en plaindre ?

D’où vient donc le malaise ? Car malaise profond il y a, diffus, anxiogène, pire « paranogène ».

Malaise, d’abord, pour les professions de la communication qui sont frappées de plein fouet par le Tsunami de la Machine communicante : voilà soudain des millions, des milliards, de journalistes, photographes, écrivains, philosophes, politiques, artistes qui nous sortent de partout comme des colonies de termites soudain libérées ! Il est clair que, plus jamais, un journaliste ne pourra l’être comme l’ont été ses prédécesseurs du « papier-roi ». Son métier, ses règles morales sont à refonder. Le foisonnement des sites d’information en ligne crée un « New Deal » de l’information, dans lequel la question de la Vérité jaillit comme un immense défi ou une effroyable menace. Il affaiblit massivement les centres traditionnels de l’information, tend à les discréditer, quelle que soit leur qualité, leur professionnalisme, leur « sagesse ». Pire encore, plus ils sont crédibles, plus on les met en doute parce que leur crédit même les rend encore plus suspects de pouvoir et donc de « manipulation » potentielle. Et des événements récents nous font douter qu’ils soient à la hauteur des enjeux.

L’affaire Wikileaks est une sorte de paradigme de la nouvelle donne communicante : rien n’eût été pensable sans internet. Ni la source, ni la diffusion, ni le traitement. Et surtout, que dire et que penser de la méthode et des valeurs en œuvre dans cette affaire ? « C’est un Plus de démocratie » disent les uns. Ah bon ? Piller des documents d’états et les diffuser au plan planétaire, sans précaution, fait progresser la démocratie ? Est-il autorisé d’émettre des doutes ? M. Hubert Védrine par exemple, connu habituellement pour sa prudence et sa modération dit haut et fort ses doutes : pillage, irresponsabilité, « blanchiment » d’informations, piratage international dit-il à France-Inter et ailleurs depuis quelques jours ! Et de désigner clairement, entre autres, « Le Monde.fr » comme un des vecteurs de l’irresponsabilité. On peut se poser avec lui la question : une presse aux abois (et on sait les difficultés redoutables de la presse aujourd’hui dans le monde face à la culture Internet) n’est-elle pas tentée de jeter aux orties les exigences de déontologie ? Par exemple, la publication des listes de sites « potentiellement exposés au terrorisme » n’est-elle pas la meilleure façon de dresser des « listes noires » offertes aux terroristes ? Autre indice de (grave) suspicion : depuis plus d’une semaine la page d’accueil de « Le Monde.fr » est « décorée » dans sa colonne de droite d’un énorme pavé bleu : « Les documents Wikileaks : naviguez dans les mémos diplomatiques ! ». Chez « Carrefour » on appelle ça la tête de gondole ou, plus trivialement de la retape ! Que sont nos « grands » journaux devenus ?

Malaise ensuite dans la Cité : la question de la vérité, polymorphe et dévorante, en est le cœur même. Qui parle ? D’où ? A qui ? Quelle est la méthode utilisée pour la vérification des sources d’information ? Qu’est-ce qui fonde la légitimité du discours ? Ce qui est vraiment en question, c’est la nature même de la citoyenneté, qui est en train de basculer avec le système global de la communication. D’où la ritournelle d’aujourd’hui : les grands médias nous « manipulent », les « politiques nous mentent » « Les puissants se tiennent les coudes, sur notre dos », mieux encore « ON nous fabrique des fausses vérités, de toutes pièces, pour nous tromper ! » La grande ère du soupçon, de la paranoïa collective, du doute élevé en mode de lecture du monde, du « conspirationnisme » est ouverte !

Un seul exemple, particulièrement grotesque et qui marche ! Le 11 septembre n’a jamais eu lieu. Plus exactement c’est les Américains eux-mêmes qui… Tout ça, asséné récemment (entre autres) par un réalisateur de cinéma dont on ne connaissait pas les compétences d’historien, sur un plateau de télévision, devant un présentateur inexistant voire complaisant, et n’ayant d’autre source que les salades du Net sur le sujet, sans aucune vérification ! Pas de contradiction, pas de professionnels de l’info ou de quoi que ce soit d’autre. Rien.

Certes, la « théorie du complot » est vieille comme l’humanité. La nouveauté, et l’extrême péril de notre temps, c’est que le Net propose des millions de supports à cette théorie, lui offre des outils redoutablement efficaces, habiles, séduisants, lui donne les « ailes » de la Calomnie du « Barbier de Séville ». Ce qui maintenait l’information dans des normes éthiques, c’était évidemment la déontologie. Ce qui impliquait le professionnalisme. Aujourd’hui point n’est besoin : je suis donc je parle. Et on m’écoute, largement. Pour peu que je ne viole pas la Loi de plein fouet (et encore !), je ne risque rien, je peux dire, écrire, publier tout et n’importe quoi.

Or rien ne serait pire que la censure d’état, rien ne serait pire que la « guerre à l’internet ». Vous avez d’ailleurs noté que seuls les états totalitaires se sont engagés dans cette voie, des crypto-staliniens de Chine Populaire aux « fous de Dieu » d’Iran. Nous devons préserver la liberté d'internet, pour le meilleur et pour le pire.

Le nouveau statut, la nouvelle stature, du Citoyen doit être une bonne nouvelle ! Elle implique une exigence sans précédent de responsabilité morale de chaque individu. C’est un combat vital pour garder la Cité des hommes dans l’espace que Michel Foucault définissait comme indépassable : celui de « La Cité POSSIBLE ». Si nous perdons ce combat, nos merveilleuses machines communicantes, qui peuvent être les outils du rapprochement des hommes et d’une citoyenneté nouvelle, serviront à l’avènement d’une nouvelle Barbarie dont les effets seront dévastateurs.

A propos de l'auteur

Léon-Marc Levy

Léon-Marc Levy

 

Modérateur

Professeur agrégé de Lettres Modernes

Maîtrise de philosophie

Directeur du magazine "La Cause Littéraire"

Rédacteur en Chef du "920-Revue.fr"

Animateur de "Thème et Texte"

 

Commentaires (26)

  • MARIE CLAIRE

    MARIE CLAIRE

    14 décembre 2010 à 01:02 |
    nous ne sommes pas entré dans la carrière pour que "lapprenant"(terme affreux inventé par les pédago dela secte) découvre tout seul le savoir et mette à profit ce "savoir"qu'ils inventent (au sens étymologique ) pour dire et écrire des bêtises , alors je suis contre la démocratie éducative, j'appelle cela de la démagogie éducative et voilà ce qui nous mène au journalisme irréflêchi, voire ignorant croyant tout savoir , au scoop irresponsable

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  • Kaba

    Kaba

    13 décembre 2010 à 22:40 |
    Thank's dear Léon-Marc.
    Je vous ai lu cette fois jusqu'au bout.
    Je confesse ici m'intéresser parfois à quelques réactions d'internautes face aux dépêches "AFP" diffusées par "Orange". Quelle bêtise souvent ! Les passions les plus basses se libèrent sous le voile de l'anonymat (j'essaie de ne pas y sombrer ici).
    Pour ce qui est de WikiLeaks, j'ai lu quelques dépêches brutes sur le même site, qui concernaient des dirigeants. Je ne cacherai pas mon plaisir en découvrant le jugement peu flatteur de notre grand Président. Basse politique ? (Je veux dire de la part des diplomates qui transmettent de tels messages à leur hiérarchie). Que non ! La politique est toujours faite par les hommes. Connaître ses (adversaires) partenaires n'est pas inutile.
    Pour ce qui est des "révélations" faites par WikiLeaks, elles n'ont certainement pas surpris les milieux diplomatiques. Notons aussi que le site pirate n'a pas ouvert son thésaurus mais l'a confié à des journaux jouissant d'une réputation de sérieux. J'ai acheté "Le Monde" mercredi dernier pour prendre connaissance des "leçons" d'Helmut Schmidt et Jacques Delors s'agissant de l'Europe et de l'Euro. Le journal offre 6 pages sur les révélations faites par WikiLeaks. Je n'ai lu que deux articles dans ces six pages. Celui concernant la politique américaine au Maghreb dans sa lutte contre le terrorisme ne découvre rien que les combattants d'AQMI ne sachent déjà, très certainement. Plus gênantes sont les révélations sur la politique du Kremlin à l'égard de la Corée du Nord - mais l'on a appris, ce qui est rassurant, que la Chine est prête à lâcher Pyongyang... Chez les spécialistes du renseignement, les documents concernant l'ennemi sont toujours classifiées afin de protéger les sources.
    La démocratie est-elle en danger ? Les gouvernants, quels qu'ils soient, se méfient du peuple. La France est marquée par le syndrome du 14 juillet. On y voit souvent de tumultueux cortèges envahir les rues, même dans nos paisibles cités provinciales. Et l'Angleterre, que l'on disait résignée, courageusement stoïque même sous le poids des mesures "salutaires", "indispensables" ("TINA" = there is no alternative - Margaret T) prises par le gouvernement Cameron, l'Angleterre même, a vu des hordes sauvages descendre dans la rue et s'en prendre à la voiture du prince Charles.
    Pour ma part, Hubert Védrine, que j'appréciais toujours, m'a un peu déçu sur ce coup. Vous redoutez le "tout savoir", cher Léon-Marc, Hubert Védrine souhaiterait que ce fut le "ne pas savoir" qui nous soit pro(im)posé. Sans doute le populisme se tient-il à l'affut derrière la porte, mais le peuple qui pense alors que "les « politiques nous mentent » « Les puissants se tiennent les coudes, sur notre dos »", a l'expérience de quelques siècles d'histoire au cours desquels il en fut ainsi.
    Pour clore ma diatribe, je rappellerai une réflexion entendue en épilogue d'un cours métrage au ciné-club de mon lycée à Egletons : en substance, le commentateur disait que la démocratie est fille de l'éducation. Est-ce pour cela que nous sommes fièrement entrés "dans la carrière" ? ;-)

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  • Geneviève B.

    Geneviève B.

    13 décembre 2010 à 14:01 |
    Je suis effarée de voir, un peu partout, chanter la gloire du piratage ! Alors, les pirates sont devenus des gens bien (au nom de quoi ?) et le fait de faire commerce de leur butin est un exploit. Décidément, j’ai du mal avec l’époque. Il faut dire que l’exemple, depuis quelques années, vient de haut et qu’il est difficile d’exiger du citoyen ce qu’on ne demande plus aux « responsables » !

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  • Eymard Emile

    Eymard Emile

    12 décembre 2010 à 23:08 |
    J’aimerais prendre le contre-pied de l’excellente chronique de Léon-Marc et les commentaires pertinents qui lui sont faits, mais il va me falloir pour cela une sacrée dose de mauvaise foi.
    Internet n’a pas en lui-même d’effet négatif sur la délibération démocratique.
    Internet freine-t-elle réellement la démocratie ou la renforce-t-elle ? N’offre-t-il pas plutôt de réelles opportunités pour de nouvelles formes démocratiques, multiples et réticulaires.
    L’opinion publique se construit par le débat, l’échange et la délibération, ce que ne permet pas un système « pyramidal ». Internet peut être un vrai lieu d’échange et de débat public, où experts et novices se côtoient de façon constructive. La multiplicité des points de vue contradictoires peut amener à une position commune, d’où une flexibilité remplaçant la rigidité du système vertical. N’est-ce pas un moyen de clarifier ses idées et d’affuter ses arguments, en se confrontant à d’autres internautes, ce qui existe rarement dans la vie réelle ? Le récepteur est face à une offre beaucoup plus étendue qu’auparavant dans un contexte de plus large diversification des médias. Contrairement à la radio ou à la télévision, internet met en situation d’égalité l’émetteur et le récepteur.
    Sur le plan culturel, nous ne pouvons qu’apprécier l’infini des possibilités qui s’ouvrent à nous dès lors que nous nous connectons. Des instances littéraires sont d’un accès simple, quitte à être superficielles ou manquer d’esprit analytique.
    L’exigence est une fin en soi, mais gardons-nous d’être trop sévères face à ce véhicule indocile et incontrôlable.
    Et voici donc un exercice hypocrite d‘antithèse niant l’affirmation de la thèse de LML dite « Au risque de la toile ». Qu’il veuille bien soit en rire soit m’en excuser.

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  • M.Guessous

    M.Guessous

    12 décembre 2010 à 20:20 |
    Internet n'existait pas, il a fallu l'inventer. D'ailleurs cette faculté de communiquer a toujours existé depuis que l'homme a fait l'acquisition du langage. Internet n'est donc qu'un perfectionnement rendu possible par l'évolution de la technologie. Le bénéfice par contre n'est autre qu'une vraie révolution capable d'interconnecter l'ensemble des hommes leurs permettant d'échanger savoirs et informations. Une démocratisation qui libère les esprits de l'hégémonie des canaux officiels supposés compétents et habilités . En somme internet est une bénédiction technologique pour la liberté d'expression , contre la désinformation et l'aliénation.

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  • jocelyne

    jocelyne

    12 décembre 2010 à 17:38 |
    En usant de Sagesse et de Morale, la Toile deviendra le symbole de la démocratisation de l'information. A condition qu'elle préserve la véracité, l'intérêt public et le respect de la vie privée. Une "débauche", "une anarchie" de l'information seront nuisibles.

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  • Vaillant Sabine

    Vaillant Sabine

    12 décembre 2010 à 17:35 |
    L'image de la toile est séduisante. Mais en définitive, c'est une création de l'araignée. Quid de cette dernière?

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    • Jacques Chouraki

      Jacques Chouraki

      12 décembre 2010 à 18:42 |
      Bonne question. "L'araignée", le concepteur humain donc, est comme toujours face à l'outil un apprenti-sorcier. Il fabrique d'abord et se pose la question après de savoir l'usage qu'il va en faire : le pire ou le meilleur ?? La réponse, l'histoire est là pour le prouver, c'est : les deux bien sûr !

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  • Kaba

    Kaba

    12 décembre 2010 à 17:35 |
    « pyramide » communicante, directement issue de la conception et de l’organisation keynésiennes de l’activité humaine d’hier
    dites-vous, dear Léon-Marc.
    Je n'ai pas lu Keynes dans le texte. C'est pourquoi j'aimerais avoir la référence de votre emprunt.
    Bien à vous.

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    • lmlevy

      lmlevy

      12 décembre 2010 à 18:30 |
      Bien vu fûté Kaba ! Le lapsus avait échappé à tout le monde, y compris bien sûr à l'auteur himself !! C'est corrigé tu peux aller voir !
      Bien à toi

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  • Monika Berger

    Monika Berger

    12 décembre 2010 à 11:04 |
    Qu'aucun d'entre vous ne s'excuse d'écrire sur ce sujet passionnant.
    Une anecdote qui montre à quel point un lecteur d'internet croit avoir appris sur la Toile : une assemblée inter-religieuse avec comme invités un imam, un rabbin, un évêque, un pasteur. Tous parlent de la tolérance et de la vision de l’Autre dans leurs textes.
    Un auditeur intervient pour sortir son fiel : il a lu le Coran et n’y a trouvé que haine de l’Autre (impure, incroyant etc.) ! Qu’a-t-il lu en fait sur internet sans aucun doute? Des traductions et des interprétations diverses qui ne remplaceront jamais une véritable étude du Texte, des années de réflexions etc.
    Aujourd’hui les gens croient en effet savoir. Et ce pseudo savoir les autorise à ouvrir leur bouche pour vomir leur intolérance, leurs préjugés etc. Quel progrès !
    L’Imam lui a très bien répondu sur l’étude des textes pendant de nombreuses années et la Sagesse qu’elle apporte comparée à sa petite lecture fragmentaire.
    Bref l’ignorance, qui ne se reconnaît plus, est source comme toujours d’intolérance et de violence. L’éducation à l’esprit critique a de l’avenir au sein des familles, de l’école mais peut-être aussi au sein des médias. Certains « nouveaux » médias s’y essaient mais ils sont encore trop rares.

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  • Guerrier Elisabeth

    Guerrier Elisabeth

    12 décembre 2010 à 08:26 |
    Encore une remarque, désolée, le sujet donne envie d'écrire et de séparer les champs peut-être plus avant.
    Sur le plan des compétences et de leur nivellement, ne suffit-il pas de lire quelques pages de n'importe quel site supposé ciblé, l'exemple des "trucs" informatiques en est presque hilarant, pour démonter immédiatement non pas ce que chacun cherche à démontrer de ses qualités omnipotentes, mais de ce que le lecteur en attend ?
    Qui lit les arguties de pseudo-journalistes pouvant dégoiser sur n'importe quel sujet avec aisance sans jamais citer leurs sources ou les essais de musicologues du dimanche qui confondent émotion et analyse ?
    Il semble que la notion de valeur s'impose d'elle-même non dans un arbitraire tri à la source mais dans le niveau d'exigence et la demande des lecteurs.
    Entre un site en carton et le lieu d'une recherche digne de ce nom, qui peut confondre ?

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  • Jean-Jacques Sirat

    Jean-Jacques Sirat

    11 décembre 2010 à 19:54 |
    Que peut-il en être du statut de la vérité dans une agora que vous décrivez vous-même comme « latérale » « horizontale » ? Plus de « verticalité » donc Il n’y a plus d’experts, donc plus d’expertise. A force de pousser le bouchon de la démocratisation de tout y compris des savoirs nous arrivons à la limite attendue : fin des savoirs ! Ou au moins, fin des lieux reconnus de savoirs. Et ce ne sont pas les résultats des enquêtes PISA récentes qui nous rassurent !

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    • Jacques Chouraki

      Jacques Chouraki

      12 décembre 2010 à 00:52 |
      Je ne suis pas sûr M. Sirat qu’il s’agisse de « savoirs ». Il me semble que jamais les vrais savoirs n’ont été plus solides et plus riches que de nos jours. PISA est une enquête « instant T ». Il s’agit essentiellement, et le texte de LML porte me semble-t-il là-dessus, des VALEURS citoyennes qui, elles, se diluent ! Tout péquin moyen se prétend aujourd’hui philosophe, littéraire, scientifique, politique voire coach de football ou de rugby !! Et il y va de ses âneries sur les médias complaisants qui sont à la recherche désespérée de clients et d’abonnés. Allez lire les imbécillités qui s’affichent sur le Post.fr ou sur les « Chroniques d’abonnés » du Monde.fr : plus c’est idiot et mal écrit et plus les « auteurs » se prennent pour des savants ! En fin de compte, on n’invente rien, toute technologie est un OUTIL est un outil est ce que nous en faisons. Simplement la complexité de l’outil s’accroissant, les problèmes éthiques qu’il pose s’accroissent avec lui.

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  • MARIE CLAIRE

    MARIE CLAIRE

    11 décembre 2010 à 13:58 |
    Oui , c’est de nos jours le problème essentiel de notre humanité. Je vais paraître provocatrice , mais je pense que le despotisme éclairé de Voltaire n’était pas si dépourvu de sens que ça et que votre analyse des phénomènes négatifs de la communication deviendrait alors obsolète. La communication actuelle tend à laisser les ignorants parler à la place des experts . C’est ça votre démocratie ? confier l’existence de l’humanité du XXI ème siècle à une forme d’obscurantisme de café du commerce pourvu que tout homme puisse « communiquer » et dire n’importe quoi au risque de troubler l’équilibre de la collectivité ?? L’ignorance n’a pas le droit de s’exprimer sauf pour demander humblement à être éclairé . L’expert a le devoir de transmettre son savoir à qui souhaite être éclairé. Le feed-back s’exerce alors dans le sens questionnement __discours, réception et de la question et de la réponse . Un échange inégal qui évidemment donne le pouvoir aux élites. Mais personne n’empêche l’ignorant de demander à être éclairé et seulement alors d’exercer son esprit critique. Cela suppose que l’intelligence et le savoir s’accompagnent d’une éthique rigoureuse. Mais l’intelligence réelle (intellegere = comprendre au sens large)ne contient-elle pas le respect de certaines valeurs ?

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    • lmlevy

      lmlevy

      11 décembre 2010 à 14:55 |
      Commentaire d'une grande pertinence et qui pose la question centrale du sens des démocraties. Que tout le monde ait le droit fondamental de SAVOIR n'est pas discutable et constitue le socle du concept démocratique d'occident (l'Occident n'a pas fait que de bonnes choses mais il a au moins inventé la démocratie !). La perversion de ce concept, telle qu'on peut la voir se développer sous nos yeux et en particulier sur un outil planétaire comme internet, c'est de prétendre au droit de TOUT SAVOIR, a priori. Pas de demander à savoir mais d'affirmer que l'on sait alors qu'on ne sait rien ou si peu ! Les faux experts sont la mort de la vérité et les ennemis de la philosophie. A ce titre ils contribuent gravement à la Mort de la démocratie ou en tout cas à son dépérissement accéléré.
      Je crois que nous partageons cette conviction.

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      • MARIE CLAIRE

        MARIE CLAIRE

        14 décembre 2010 à 01:14 |
        Bien sûr, cher Léon-Marc que la démocratie a apporté à tous le droit de savoir ou tout du moins d’apprendre ! Mais l’égalitarisme (nivellement par le bas) conduit à une communication fondée sur l’à-peu-près par manque de compétence. on sait bien que l’égalité entre les hommes (intellectuelle je veux dire) n’existe pas . Peut-être peut-elle s’acquérir à force de travail et de réflexion et c’est ce qui manque à nos méthodes pédagogiques, inculquer l’effort !

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  • Jacques Petit

    Jacques Petit

    11 décembre 2010 à 13:06 |
    Cher Léon-Marc, excellente chronique qui appelle de nombreux commentaires. Je me contenterai d'aller à l'essentiel, selon mes vues.
    Mais tout d'abord, je suis entièrement d'accord avec vous : il ne saurait être question de bannir Internet, qui d'abord n'est qu'un outil, mais pas moins que l'équivalent de l'invention de Gutenberg, l'imprimerie. sans ELLE l'avancée des démocraties n'en serait pas à ce stade !
    Comme vous l'écrivez si justement, dans Internet, il y a le meilleur et le pire, c'est à nous tous, utilisateurs et lecteurs, d'en faire le tri, c'est notre libre arbitre de citoyen du Monde qui doit intervenir !
    Cela doit amener au Monde une démocratie éclairée, pas seulement au Monde des élites, mais à l'inverse aux 5 milliards d'individus en âge, peu ou prou, de comprendre. J'ai écrit dans une chronique au Monde fr. pour l'affaire Wikileaks que Le Monde se prêtait des verges pour se faire fouetter.
    Le JOURNALISME, a le grand mérite d'avoir ses lettres de noblesse, je parle bien du véritable JOURNALISME, celui qui a décrit des révolutions, des massacres, des opinions pas toujours conformes à celles du Pouvoir en place dans divers espaces du monde, quand un JOURNALISTE montrait sa carte de presse sur un lieu, sur un site, sur un point chaud, il montrait "sa carte de presse " , et pendant un millionième de seconde, il y avait un souffle de respect et de sérieux.
    Il y a peut-être une sorte de sacralisation dans mes propos, mais je préfère cela que de prêcher d'une manière sectaire.
    En ce qui concerne Reflets du Temps , je suis très heureux de participer à ce Webmag, très modestement, mais en toute liberté, sans oublier une collaboration qui se doit d'être entière de part et d'autre dans une oeuvre collective .

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  • Isabelle Blavet

    Isabelle Blavet

    11 décembre 2010 à 12:14 |
    La dilution de la vérité est l’antichambre du totalitarisme, de tous les totalitarismes. On commence par le mensonge et la rumeur et on finit par la curée sur les musulmans, les juifs, les roms. Vous dites qu’il faut défendre la liberté d’internet et j’ai tendance à être d’accord. Mais comment réguler ?? Parce qu’il va bien falloir réguler !

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    • Patrick Halimi

      Patrick Halimi

      11 décembre 2010 à 14:58 |
      La régulation se fera d’elle-même selon moi, chère Isabelle. Internet est une culture nouvelle qui n’a pas encore imprégné les esprits et donc créé ses propres barrières. A force d’outrances, les outrances faibliront, à force d’idioties les idioties se discréditeront. Tous les systèmes de communication se sont fabriqué leurs propres limites. L’imprimerie a longtemps été qualifiée d’invention du Diable ! Et rappelez-vous la panique des radios libres dans les années 80 ! Même le désordre génère un ordre, c’est une question de survie de la Cité.

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  • CJL

    CJL

    11 décembre 2010 à 11:25 |
    En tant que jeune ,j'ai trouvé ce texte intéressant surtout lorsqu'on voit apparaitre l'affaire wikileaks qui a remis en question de tels outils sur l'actualité et ,du coup ,créer cette « dépression » sur les réseaux sociaux tels que facebook par exemple.

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    11 décembre 2010 à 09:54 |
    Comme pour toute chose,cher Léon-Marc, il s’agit de séparer le bon grain de l’ivraie. Mais cela n’est pas aisé sur la Toile où l’accès à la connaissance est aussi facile qu’à l’erreur. L’éducation des lecteurs sera peut-être le grand souci à venir tant à la maison qu’à l’école. Je dirais même plus à l’école,où l’on doit restaurer d’abord le prestige du savoir,et bien sûr du maître.

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  • senecal

    senecal

    11 décembre 2010 à 09:41 |
    Bonjour,

    En effet, ce texte mérite d'être lu et relu plusieurs fois avant de faire des commentaires. Finalement si tout le monde est persuadé de posséder "La vérité" qu'en est-il lorsqu'elle se confronte avec la vérité des autres.
    Une vraie tour de Babel, non ?

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  • Guerrier Elisabeth

    Guerrier Elisabeth

    11 décembre 2010 à 08:03 |
    Juste un mot touchant le contenu des "fuites " prioritairement divulguées qui m'a laissé perplexe : un portrait de chacun des chefs d'états, son taux de cholestérol et ses phobies, tout sauf de la politique.
    Autrement dit, encore le goût pour l'odeur rance du scandale et des mauvaises passions. On aurait attendu quelques nouvelles plus déterminantes pour l'analyse de situations qui demandent, tant elles sont complexes il est vrai, de l'expertise.
    Chaque scribouilleur réutilisant des informations déjà données ailleurs, Saint Reuteur priez pour nous, ce n'est pas du journalisme, les informations, nous n'en n'avons que trop mais trop issu de la même source c'est tout sauf de l'information. Ce qui manque cruellement ce sont leurs analyses circonstanciées et replacées dans leur contexte historique.
    Et ça, jusqu'à présent, au prix certes d'un réel effort, il faut lire beaucoup, trier et chercher plutôt dans les revues spécialisées et livres pour le trouver.

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  • Olivier Marin-Jonquier

    Olivier Marin-Jonquier

    10 décembre 2010 à 19:04 |
    Enfin un texte qui pose les questions dans leur globalité ! Des siècles de travail n’ont pas suffi aux historiens pour assurer toutes leurs sources. Des millénaires d’histoire n’ont pas donné aux hommes la certitude de toute vérité. Et aujourd’hui, vous allez sur des milliards de pages et vous avez des pseudo-experts qui savent tout sur tout après l'avoir pris sur Wikipédia qui ne sait pas grand chose sur rien !! C’est absolument insupportable à tout esprit responsable.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    10 décembre 2010 à 18:49 |
    La prolifération des sites a inauguré l’ère du soupçon : et si ? Et si c’était vrai ? L’exemple du 11 septembre, à cet égard, est emblématique. Et si c’était l’œuvre des américains ? Et si c’était l’œuvre des israéliens ? L’absurde et incroyable rumeur a circulé : aucun juif parmi les victimes ! Des membres de ma belle-famille y ont cru…Comme si le Mossad, ou quelque autre organisme, avait contacté chacun des millions de juifs de l’agglomération new-yorkaise pour les avertir à l’avance ! Il a fallu des années pour un faux célèbre, comme le protocole des sages de Sion, pour se propager; à l’heure de la toile, les rumeurs deviennent en quelques heures des tsunamis irrépressibles. Aucune censure (heureusement !) mais aussi aucune action en justice n’est possible : internet est partout et nulle part ; on peut diffamer, calomnier et mentir en toute impunité. La vigilance est de mise, mais comment riposter avec efficacité quand l’ennemi est invisible et indétectable ? Merci, Léon-Marc d’avoir mis le doigt sur une des plus redoutables contradictions de de notre temps : l’hyper communication vs l’exigence de vérité et d’intégrité.

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