Actualité

Levothyrox, le labo et l’armée des otages

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2017. dans La une, Actualité, Société

Levothyrox, le labo et l’armée des otages

La bête ne tuera pas, comme le Médiator de sinistre mémoire, se contentera de mettre dans l’inconfort force 10, d’heure en heure et jusqu’à quand, pas mal de gens dans les millions (3) d’utilisateurs du correcteur thyroïdien. Presque rien, presque tout, selon que vous appartenez ou non à l’armée des otages du problème qui raffutent dans tous les médias ces jours-ci.

Sire Levothyrox, qu’on peut nommer tel un monarque, vu qu’il trône seul en son rayon médicamenteux. Seul, en compagnie de son père, le laboratoire Merck Serono, de Lyon, seul aussi à fabriquer de telles pilules – le(s) concurrent(s), on voit pas… otages bien en main, allez ! disons seulement patients captifs dont Levothyrox-Merck démarre et finit l’alphabet… Mais que serait Sire Merck sans les consommateurs de sa pilule, écrirait n’importe quel écrivain public d’antan.

Affaire de solitude, donc – mot que vous avez le droit impératif de traduire illico par monopole (essayez donc de mendier dans vos officines autre chose que Levothyrox !), – de silence au fond des locaux impeccables et quasi futuristes de ces grands labos pharmaceutiques, gloire de notre industrie, en passe de devenir intouchables ; de dysfonctionnement sanitaire, pour autant, au bout. Que de (s) dans la chose… seul à manquer, peut-être, celui de santé ?

Le petit cachet blanc ; goût insipide, molécule essentiellement iodée, que l’on prend – que je prends – chaque matin, compense le dysfonctionnement (ou l’ablation totale ou partielle) d’un tout petit organe à la forme presque jolie de papillon à la base du cou : la thyroïde. Si petite qu’on en viendrait à négliger sa présence ; rien, à comparer, d’un poumon, d’un foie, alors d’un cœur, n’en parlons même pas ! Et pourtant, ce micro robinet de poupée, goutte à goutte, distille rien moins que l’équilibre. Il régule et sans lui, on est mal, soit excité à n’en plus finir – dysfonctionnement hyper, soit épuisé à ne plus pouvoir se lever – hypo, en ce cas. Je fais trop vite à l’évidence, mais le gamin de 10 ans qui me lit ne manquera pas de laisser tomber ce « mince, c’est embêtant ça ! » qui comme tout ce que saisissent les enfants, n’est pas loin d’une certaine vérité.

Jusqu’à la fin de l’hiver dernier, notre armée de dopés au Levothyrox, tous dosages confondus, était quasi inconnue, car, bon an mal an, « corrigée ». Progressivement, montèrent alors de loin en loin des plaintes argumentées : qui perdait ses cheveux, qui voguait de vertiges en nausées, qui se réveillait dans les crampes, qui était épuisé, perdait le sommeil, et j’en passe. Pour ma part, la fatigue ressentie était d’une intensité et d’une nature telle, que, presque naturellement, elle me renvoyait au souvenir de l’état d’hypothyroïdie que j’avais traversé avant « mon dosage ». Mais, comme les autres « nouveaulevothyroxés », d’autres causes firent alors office de présumés coupables, cachant le papillon et sa nouvelle boîte bleue ; nous vivions depuis si longtemps en compagnie du petit cachet blanc !

L’info finit pourtant par passer le bout du nez – articles, brèves, bouche à oreille, reportages : le labo avait modifié – presque rien, se défendit-il – un excipient de son médicament (remplaçant le lactose pas toujours toléré). Presque rien, et pour certains, quasiment tout. « Notre » Levothyrox était changé, aux marges, certes, mais changé. Or, dans ce domaine des régulateurs, un rien, une tête d’épingle peut – pas forcément chez tout le monde – perturber grandement l’organisme. Exit donc, la réponse cinglante et inqualifiable du labo monopolistique : « les effets secondaires évoqués sont imaginaires ». Assorti d’un revers de main méprisant : « les plaignants se montent le coup via les pétitions internet »(la principale atteignant à ce jour, sous le patronage de l’association des déficitaires thyroïdiens, le nombre infime de plus de 200.000 signatures).

 

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 septembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Il n’en pouvait mais, dans la matinale de France Inter, Thomas Piketty, face à Léa (Salamé) qui tirait des petits missiles du genre : – êtes-vous comme Macron, Schumpeterien ?

D’abord, on sourit – ce vieux Schumpeter de nos grimoires ! Puis on se souvient de deux ou trois choses qui nous avaient agacés dans notre jeunesse quand même assez marxisante ; la « destruction créatrice », par exemple, le titre de ce livre : Le capitalisme peut-il survivre ?, et c’est là – bon sang, mais c’est bien sûr ! – qu’on se prend l’évidence en pleine figure devant le café matinal : Macron ne peut être QUE de ce côté-là de la balance des théories économiques. Pile pour lui et les siens, cousu pour eux, ce discours vieux comme l’Europe d’antan. Immensément vieux, mais – en même temps – en capacité, une fois ripoliné, de reprendre du service, descendu du grenier, et – même – de finir dans le flou du soir qui tombe, comme neuf de chez neuf…

Schumpeter – petite fiche de révision ; n'est-on pas en pleine rentrée scolaire – est un économiste « politique », de l’ancienne Autriche-Hongrie, né fin XIXème ( la même année que Keynes ! L'année de la disparition de Marx! En même temps, disait l'autre !) parti aux USA – temple du capitalisme en marche – où il finira sa vie dans les années 50. Pas vraiment classable, le bonhomme et sa vision, dans les écoles économiques, mais regrettant suffisamment que le capitalisme peine à la tâche (raisons politiques et sociales) pour qu’après sa disparition, un Milton Friedman, chantre du libéralisme le plus dur (dont les Chiliens du temps d’Allende, et quelques autres, ont conservé un cuisant souvenir) reprenne haut et fort son flambeau.

On lui doit plein d’ouvrages et – mondialisation libérale débutant son spectacle - à la veille de sa mort, il était en passe de prendre la présidence de la « nouvelle association internationale d’économie ». Intéressantes, pour autant, les analyses, fouillées, sur les mécanismes / innovations (il est un peu le père du mot) / progrès techniques et technologiques / croissance. Tout ça, cependant, comme si le monde s’arrêtait aux portes des usines – les grandes, américaines, de préférence, se lançant à la conquête économique de la planète –, comme si le libéralisme était le seul modèle sérieux et viable, comme si le train ne pouvait quitter les rails – un seul sens au voyage, évidemment. Trois mots vaguement importants, n’existaient visiblement pas chez Schumpeter : ouvrier-employé-personnel. Un seul être était vivant au milieu des machines innovantes, l’entrepreneur – c'est même le titre d'un de ses livres - (ça sonne du coup formidablement actuel, ce discours). Pour autant, quant à moi, j’ai le souvenir d’une certaine fascination pour ce système de pensée, facile à comprendre et à retenir – les systèmes étant les préférés de nos mémoires, lycéennes du moins… Depuis – on l’aura remarqué – le monde a tourné – mal, quelquefois, et la moustache de Schumpeter a quitté la scène. Jusqu’à notre Macron, son programme teinté de sacrifices – faisables mais obligatoires – sa loi travail et sa dame Pénicaud campant sur tous les Danone de ses expériences.

#Barcelone #attentat - Des mères, de leurs fils et des lumières qui deviennent des nuits…

Ecrit par Sabine Aussenac le 19 août 2017. dans La une, Actualité

#Barcelone #attentat - Des mères, de leurs fils et des lumières qui deviennent des nuits…

Elle était belle, ta maman. Je l’imagine, toute fière de te serrer dans ses bras, tu avais ces yeux de braise, aussi flamboyants que le soleil sur le Riff, et puis tu ressemblais à ton père, et tes parents t’aimaient.

Elle passait tendrement la main sur tes cheveux tout brillants de la sueur de l’enfance, le soir, en te murmurant des comptines qui parlaient de palmiers et de mirages, d’espérances et de grand vent.

Ta maman, tu lui tenais souvent la main, parce que tu n’as pas toujours été ce guerrier sûr de toi, non, tu étais un petit garçon tendre et affectueux, et elle te nommait « habibi », et tu te cachais en riant derrière les coussins brodés, et elle te trouvait en éclatant de rire aussi, et à la tante Fatima elle disait toujours : « Tu vois, mon fils, comme tu le vois il ira loin, il sera docteur, ou peut-être avocat ».

Ta maman, je ne sais pas très bien si elle t’a élevé dans les Quartiers Nord de Marseille ou dans un village de l’Atlas, ou peut-être sous le soleil d’Alep ou dans une rue fleurie d’Andalousie, mais je suis certaine d’une chose, c’est une maman, une de ces mamans douces et bienveillantes, qui t’a sans doute gavé de sucreries et de loukoums, qui a essuyé tes larmes, la nuit, lorsque tu faisais des cauchemars parce que le maître criait trop fort, et qui longuement t’a bercé pendant les fièvres de l’enfance.

Elle était belle, aussi, cette maman qui tenait la main de son fils sur les Ramblas. Elle sentait, elle aussi, comme sentent les mamans, tu sais bien, ce mélange de vanille et de fleur d’oranger, elle souriait à son petit garçon, et ce petit garçon te ressemblait, on aurait dit un jumeau de celui que tu étais quand tu tenais la main de ta maman, et il faisait beau sur Barcelone, et cette maman qui aurait pu, peut-être, pourquoi pas, par le hasard des rencontres, de la génétique, de la vie, être TA maman, cette maman tu l’as délibérément écrasée, comme on écrase un insecte nuisible d’un coup de pied rageur ; tu as tenu le volant entre tes mains et tu t’es imaginé être Dieu, tu as eu soudain le droit de vie et de mort sur cette femme qui avait enfanté comme ta mère t’avait enfanté et tu l’as réduite en bouillie, et son fils aussi, et tout ce sang rouge qui a coulé t’a mis en joie, puisque tu as continué, au volant de ta camionnette blanche.

Elle est magnifique, ta sœur. Tes parents l’ont appelée Nour, parce qu’elle a été la lumière de leurs vieux jours, et tu te souviens encore de la fragilité de ce petit être qui peu à peu est devenue cette gazelle souriante dont tous tes amis étaient fous amoureux.

Vous étiez si complices, t’en souviens-tu ? Je ne sais pas si c’était devant les dessins animés de TF1 ou sur la plage de l’Escala ou en courant dans les allées encombrées du souk, mais vous vous adoriez, et puis en grandissant vous avez lu les mêmes livres, c’est toi qui l’as accompagnée le jour de son entrée au lycée, tu étais fier et protecteur.

Ensuite, tu as tout fait pour qu’elle te suive dans tes cheminements, mais elle était têtue, la petite Nour, devenue Nour l’indomptable, elle se moquait même de toi quand elle te voyait partir de plus en plus souvent à la Mosquée, et elle t’a carrément ri au nez quand tu as voulu lui faire porter le voile intégral : « Mais tu es majnoun, frère ? Tu m’as bien regardée ? Je ne suis pas Beyoncé, mais je me sens bien comme ça, je me sens belle et libre, et je n’ai pas besoin de me voiler pour afficher ma foi. La lumière du Prophète brille dans mon cœur ».

Est-ce à elle que tu as pensé, aujourd’hui, en fonçant sur ce groupe d’adolescentes en short, leurs belles jambes brunies battant gaiment le pavé des Ramblas, leurs cheveux au vent qui ondulaient tandis qu’elles chaloupaient en pouffant, se tenant par la taille ? Elles auraient pu être tes sœurs, belles, libres, jeunes et fières de leur beauté et de leur jeunesse. Chez elles, en Chine, en Belgique, en Allemagne, en Grèce, il y a sûrement dans chacun de leurs foyers un frère en train de hurler de douleur à l’idée que jamais plus il ne rira, un beau soir d’été, en regardant les étoiles, avec sa petite sœur. Parce que toi, au volant de ta voiture folle, tu as délibérément écrasé ces sœurs qui auraient pu être les tiennes, sectionnant leurs artères, brisant leurs os, réduisant leurs voix et leurs âmes au néant.

Reflets du temps ; 7 ans d'archives ; 7 ans d'actu

Ecrit par La Rédaction le 08 juillet 2017. dans La une, Actualité

Reflets du temps ; 7 ans d'archives ; 7 ans d'actu

Vous le savez sans doute, chers amis lecteurs, notre magazine a des profondeurs d'archives accessibles depuis le mag lui même en cliquant sur les rubriques, de même que sur « tous les articles de... » au bas de chaque chronique. Un sacré puits que ces archives, puisque RDT est né – le grand !! en début d'automne 2010. Un bail.

C'est ce qui nous a conduit à vouloir vous présenter dorénavant 2 fois l'an – semaine précédant la « une d'été », ainsi que celle d'avant la « une d'hiver » - une « une » particulière, vous invitant à une plongée dans nos archives... Par thème, évidemment – celui de l' actu s'étant imposé pour notre première une dans ce genre nouveau.

Choix chronologique de la présentation des textes, signatures qui vous sont familières ; exhaustivité impossible, vous vous en doutez ; ce n'est pas une, mais plusieurs dizaines de unes d'archives d'actu que nous pourrions vous présenter. Mais, à vrai dire, cela n'est fait que pour entr'ouvrir une porte, non, celle d'Alice et son miroir... encore que ! Mais celle sur la profondeur de cette boîte aux trésors, qui incite à se souvenir, ou à lire de l'encore bien actuel, à être surpris, enchanté, nous l'espérons. Vous nous connaissez bien, et du coup ne serez pas étonnés  : ce drôle de cahier souvenir n'éclairera – pas toujours, du moins, les mega évènements ; c'est volontaire.

  Bonne plongée, et bon voyage dans nos archives !  

Le clair-obscur de Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 juillet 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Le clair-obscur de Macron

Pardon d’y revenir, les urnes sont têtues : 57% d’abstention au soir du second tour des Législatives ; donc c’est une minorité mathématique qui a élu les députés du jour ; l’immensité des bancs « En Marche », comme moins bien éclairés… Certes, en mécanique électorale, seul compte le résultat et le phénomène majoritaire, qu’on ne saurait contester. Mais, en matière de logique gouvernementale, ça pourrait être plus compliqué. D’autant que l’équation a suivi le feuilleton des élections depuis le soir du Premier tour d’avril : Emmanuel Macron virant en tête avec ses quelques 25%, puis – par mécanismes successifs de tri largement par défaut, obtenant son 66% au soir de Mai, et – épisodes 3 et 4 de la saga, relayé par le trot impressionnant des République en Marche, majoritaires, absolument majoritaires sans plus aucun besoin d’appuis, de discussions ni de négociations, ni probablement de conseils – du moins, en l’état des choses. Sur le papier, tout autorise la mise en place du programme Macron/Philippe. Tout, et par n’importe quelle façon institutionnelle, ordonnances comprises, mais…

Depuis l’élection Macron, on vit dans un clair-obscur, celui, magnifique, des Georges de La Tour, que je vous invite à admirer dare-dare, si ce n’est déjà fait. Sous « le feu des projecteurs » avant l’heure – souvent la lumière d’une bougie – un personnage, un objet ; on ne voit que lui, tous ses détails, on ressent ses pensées, on peut en écrire sur celui-là des pages et des pages, mais, autour, derrière, comme moins ou presque pas éclairés, c’est selon, d’autres personnages – pas moins importants, des objets finement peints, par chaque détail, mais demeurés dans l’ombre. On peut s’interroger à l’infini devant le « Nouveau né » du musée de Rennes et non du Louvre, par exemple (n’y voyez aucune allusion perfide) ; cette ombre, cette pleine lumière, pourquoi ici, ou là ?

Dans la situation politique actuelle, c’est beaucoup plus simple à décrypter : la lumière, c’est la victoire d’E. Macron, de « ses » (il les revendique fortement comme les siens) « En Marche », et ce sont aussi ses électeurs emballés, les dits optimistes, ceux qui y croient et portent les bannières. Vous savez quoi, ceux qui vont plutôt bien – cela a déjà été dit partout. Ceux qui ont, non seulement du travail mais un travail choisi et porteur, s’adossent à des familles aidantes, des réseaux ; ceux, jeunes pour beaucoup, bien actifs, pour qui l’entreprise dans son esprit battant, positif donc, et seulement cette facette, est hissée au pavois de tous les lendemains s’apprêtant à chanter… Caricatural ? À peine. Ceux-là peuvent se projeter loin, et accepter un bras de mer un peu bougeant avant que de monter dans le bateau des réussites ; le grand large ne leur fait pas peur, l’étranger ils ont tous pratiqué. Ces Français qui vont bien peuvent s’autoriser à croire qu’ils tireront les autres, par la seule force de leur confiance en eux et en leur monde. Un peu trop de libéralisme ? ils ont les épaules ; un peu beaucoup de non-assistance ? eh bien, s’il le faut ! Le pas tout de suite est dans leurs gènes, et peut probablement se faire le plaisir d’une couleur sacrificielle, en plus.

Mais… dans l’ombre, bien que minutieusement dessinés – en se penchant un peu on voit tout d’eux : les autres. Ceux qui vont visiblement moins bien, qui sont à l’évidence moins solides, qui affichent des blessures mal cicatrisées. Dans ce tas, hétéroclite, des retraités, des gens qui ont besoin d’assistance, des en quête de bonne sécurité sociale, des gens qui ne s’imaginent pas, et pour cause, sans État fort encore providence, des jeunes juste au bord d’un – vague – travail, des moins guillerets en passe de tomber dans le trou noir des séniors au chômage, des… Tant. Le tissu social français dans sa diversité cahin-caha. Divers, diront les réjouis, chaotique diront les inquiets.

Ivan Fandiño, mort dans l’après midi…

Ecrit par Lilou le 24 juin 2017. dans La une, Actualité, Société

Ivan Fandiño, mort dans l’après midi…

Samedi 17 juin 2017, peu après 20h, Ivan Fandiño est mort dans l’ambulance du Samu quelque part sur la longue ligne droite accrochant pour toujours Aire-sur-l’Adour et Mont-de-Marsan. Son cœur plein de générosité et de supplément d’âme a lâché prise quelques poignées de minutes après avoir été salement blessé par un toro de Baltazar Iban prénommé Provechito. Né au cœur de prairies interminables nichées à l’ombre del valle de los caidos, il y a 4 ans, ce toro noir comme la mort a laissé le corps gracieux d’Ivan Fandiño ouvert comme un livre en plein milieu de la semana grande. Né à Orduña dans le pays basque espagnol il y a 37 ans, Ivan Fandiño était ce que l’on peut appeler un torero singulier vivant aussi souvent que possible comme un bienheureux sa passion pour cet art arrivé presque intact du fond des âges et dépêchant à chaque fois ses cohortes d’espoirs enlevant à la mort ce que la joie conjugue à de vrais moments de magie.

Finalement, Provechito et Fandiño étaient nés pour se rencontrer au bout de leurs vies incomplètes par une aussi brûlante que triste après-midi de Juin 2017. Nés pour ne plus jamais avoir à se quitter… Oui mais aussi et surtout parce que le dit le sempiternel pour le meilleur et pour le pire. Oui, sauf que venu du fin fond de cet art si baroque, le pire fut servi bille en tête et en guise d’apéritif.

A Aire-sur-l’Adour, tout près de Nogaro qu’en ces lignes il n’est plus utile de présenter, l’apéritif est un art de vivre. Il y est davantage qu’ailleurs une certitude de se savoir arrivé quelque part. Les arènes, dressées le long du fleuve, servent l’été à faire danser les 6000 et quelques Aturines et Aturins, afin que toute cette tribu rassemblée magnifie le bout du printemps. C’est comme ça depuis la nuit des temps et ce le sera encore dans 40 générations. On y vide des barriques entières de Floc de Gascogne et d’Armagnac, on y parle de la rudesse du métier d’agriculteur qui chaque année va de mal en pis, on s’y dispute sur les résultats parfois chaotiques des équipes de rugby (toutes, féminines compris), on s’y déprime de l’abatage massif des canards qui a conduit au bord du gouffre des dizaines de cousins gersois dans un silence médiatique de cathédrale. Mais au-delà de ces incontournables qui ont tout de la discussion de préchauffage chaque Juin de chaque année, Aire-sur-l’Adour retrouve ensuite le sourire qu’il communique à toutes ses borderies avec la générosité du mélange gasco/landais en plus. Cette année, maudite parce que ses arènes sont passées de pittoresques à plaza de mala muerte, ce sourire qui dit tant de choses aura la forme du deuil d’un homme que rien ne prédisposait à venir mourir ici empalé par un toro noir armé de cornes aussi larges qu’un tombeau et animé par l’envie de se battre comme un héros déjà mort. C’est ainsi et dans cet art qui touche aux frontières de la raison, il n’y a pas de quoi fouetter un chat me dites-vous déjà. Ce en quoi vous pourriez en bout de course avoir raison.

Ivan Fandiño était un torero laborieux dans le sens plus qu’enviable de travailleur acharné, qui aimait plus que tout son épouse, ses parents, ses amis ainsi que le combat à mort avec des toros durs que pas grand monde ne voulait. Lui, dans ces cornes du diable, ne voyait que le moyen d’accéder plus directement à l’état de grâce que procure celui de matador de toros devant Dieu et les Hommes. C’est ainsi et il ne servira à rien que de nourrir en y répondant les désolants commentaires qui se réjouissent de la mort d’un homme parce qu’un toro a su enfin comprendre la Corrida de Francis Cabrel et qu’il convient de danser ensemble sur la dépouille tiède de Fandiño. C’est ainsi et il ne servirait à rien que d’expliquer que certains hommes et femmes trouvent dans toutes les tauromachies des plaisirs immenses qui n’ont rien de la barbarie mais qui au contraire ont tout de la poésie. A rien !!! La mort d’un homme ne mérite que la réflexion d’avoir participé de près ou de loin, parce que son art nous parle tant et que l’on aime aller chercher le souffle des arènes comme celui de la mort, à ce que sur le coup de 19h30 ce samedi 17 juin 2017, un toro lourd de Baltazar Iban au sourire de veuve ne lui coupe définitivement son cordon ombilical.

L’âme d’Ivan Fandiño se consolidait au fil des corridas dures auxquelles il participait depuis son alternative en 2005 (son diplôme de matador) le long de 3 grands axes professionnels.

Gouvernement : l'oubli possible et regrettable du président Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 juin 2017. dans La une, Ecrits, Actualité, Littérature

Gouvernement : l'oubli possible et regrettable du président Macron

Car, quand même, cette Germaine là, avouez qu'elle ferait un bien beau fleuron dans votre troupe mesurée au cordeau de la parité ( et bellement, ma foi) du gouvernement tout frais qui nous arrive... Femme d'abord à la tête haute, portant son identité à la moderne – bien que mariée en bonne et due forme, n'avait-elle pas le toupet de revendiquer son nom d'origine : - « mon nom  : fille de Monsieur Necker ! »  de ce père là, que vous auriez tant aimé quant à vous, Monsieur le Président, accrocher quelque part au milieu des  vôtres, n'est-ce pas ? Femme libre, féministe de bon aloi et comment, tâtant crûment du divorce que lui permettait son ennemi intime, Bonaparte, alignant quelques amants de passage et un ami-amant au long cours ; Benjamin Constant... mais, vous en serez d'accord, votre loi de moralisation de la vie politique s'arrêtera forcément à la vie privée, alors... Femme de partout,  femme que n'arrêtait aucune frontière, un temps par son mariage, Suédoise, galopant les routes d'Europe, entre Allemagne et Italie, de Suisse Lemanesque, d'où, peut-être avant l'Autre, sur ses rochers de Guernesey, elle rêva du pays de France dont elle fut quasi constamment exilée. Allant jusqu'à patauger dans les neiges si lointaines de Russie, grand reporter à sa manière... Voyageuse, et des meilleures, Germaine, disant des pays d'Europe ces mots qui ne peuvent que vous donner des idées à débattre dans les prochains sommets : « les nations doivent se servir de guides les unes aux autres et toutes auraient tort de se priver des lumières qu’elles peuvent mutuellement se prêter… on se trouvera donc bien en tout pays d’accueillir les pensées étrangères, car dans ce genre, l’hospitalité fait la fortune de celui qui reçoit » . Et vous porter à suggérer, vous qui savez apparemment si bien trouver le chemin des autres, que le drapeau étoilé de L'Europe, s'honorerait de son portrait, de sa face, comme on disait à son époque. Enfin, femme politique de premier plan, de tout premier droit, elle qui jamais ne put évidemment voter ou porter sa voix dans les cénacles du pouvoir – autrement, mais cette forte influence en vaut bien d'autres, qu'en osant écrire, et de quelle façon, des lettres et des pamphlets, des romans jamais mièvres, toujours engagés, mais habiles, sachant marquer les bornes à ne pas dépasser ; un peu « juste au milieu » à votre façon, à vous. Aimant  le vent des idées nouvelles dans la Révolution, frissonnant sous ses terribles abus, bien sûr. Elle devrait vous convenir, ni Droite, ni Gauche, à moins que, et... et. Encore monarchiste sur les bords, à l'anglaise, toujours démocrate façon représentative, intellectuelle convoquant à tire d'ailes les Grands Antiques, pas pétroleuse pour deux sous, mais tellement politique. Convenez-en, Monsieur Macron, cette Germaine est cousue pour vous, vos élans, vos fulgurances raisonnables. De là où elle est, elle a – croyez-moi, voté pour vous et elle marche ; mais méfiez-vous, rapidement – c'est une femme , sans vous quitter d'un œil vigilant, critique, quoique probablement, bienveillant !

 

Œuvres, Madame de Staël, La Pléiade, Gallimard, avril 2017, Édition de Catriona Seth avec la collaboration de Valérie Cossy, 1649 pages, 65 € jusqu’au 31/12/17

 

En La Pléiade, enfin, l’œuvre de Germaine de Staël, bien autant pour la femme actrice-arbitre de son temps s’il en fût, que pour sa plume, classique et lumineuse, solide et ambitieuse, comme elle.

On connaît d’elle sa vie – romanesque – qui fascine par sa modernité et son audace, sa voix et sa présence de femme, incongrue en une époque si peu féministe. On sait la battante en politique qu’elle osât être, et on conserve dans le meilleur des cas quelques relents scolaires d’écritures romancées, demeurant pour autant dans nos anthologies personnelles largement derrière et dans l’ombre des « grands » du XIXème et de ce Benjamin Constant auquel on l’associe. Mais, qui d’entre nous sait l’immense culture – notamment littéraire, mais aussi philosophique, historique – de la dame, sa force d’écriture et sa capacité à utiliser la charpente de personnages fictifs des plus élaborés pour éclairer ces dessous de l’âme de ses contemporains jusque dans les plus infimes détails. Croisée des chemins que G. de Staël, intellectuelle des Lumières – une des très grandes – portant les débuts du romantisme et annonçant les problématiques des « soi, en soi » de toutes les psychologies à venir.

L’anesthésie : une nouvelle stratégie politique

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 juin 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

L’anesthésie : une nouvelle stratégie politique

An-esthésie, ne plus sentir, ne plus ressentir. Insensibilité garantissant l’immobilité indispensable à toute intervention chirurgicale.

Immobilité, c’est en effet LA grande leçon de ce scrutin de premier tour : les électeurs n’ont pas bougé ! 51,3% d’abstention… L’on ne peut que sourire – ironiquement ! – aux déclarations, pour le moins hâtives, de Pierre Rosanvallon, comparant, en terme de changement de donne politique, 2017 à 1958… Tout professeur au collège de France qu’il est, il commet l’erreur – élémentaire – de ne pas comparer les taux de participation : 48,7 aujourd’hui contre 77,2 en 1958 !!!

A l’époque, les votants, bien éveillés par la rhétorique gaulliste, se pressaient aux urnes ; dimanche dernier, la sédation macroniste – tout est plié, « En Marche » a marché – a fait ne pas marcher les gens, tout en les faisant « marcher » : inutile de vous déplacer, restez donc chez vous, « Jupiter » s’occupe du reste…

Alors, évidemment, des facteurs objectifs concouraient à favoriser cet endormissement collectif : la précédence des présidentielles devançant les législatives, accentuant encore la prééminence des premières (décision conjointe de Jospin et de Chirac, gravée dans le marbre par la loi constitutionnelle de 2000, instituant dans le cadre du quinquennat l’antéposition de l’élection du président par rapport à celle des députés, histoire de prévenir toute cohabitation). Le premier magistrat désigné, il ne reste plus qu’à confirmer. L’on pouvait se demander si ce mécanisme de levier – pourtant traditionnel – jouerait encore cette fois-ci. Moi-même, j’en doutais. Eh bien non ! Les Français, tels le lieutenant-colonel Custer de la bataille – perdue – de Little Bighorn, ne discutent pas une décision des Français…

Autre élément décisif : la fluidité, la ductilité d’En Marche ; l’on n’attrape pas l’attrape-tout, l’on n’arrive même pas s’y opposer : divers et varié, au risque de la contradiction, il décourage toute opposition.

« Je suis oiseau : voyez mes ailes

Vive la gent qui fend les airs ! »

disait déjà la chauve-souris de la fable pour anesthésier les belettes. Beaucoup de LR, en particulier Thierry Solère, se proclament « constructifs », par conséquent « Macron-compatibles » ; ils voteront la confiance. Quant au PS, ou plutôt, les débris qui en surnagent après un naufrage historique, il déclare par la bouche de Julien Dray : « Nous ne serons pas dans une opposition systématique ». Bien sûr, le centrisme ne met personne vent debout. Prudemment, Macron s’abstient d’évoquer les sujets susceptibles de fâcher : casse du Code du Travail, hausse de la CSG. Le visage lisse de la modération qu’il affiche n’irrite que les extrêmes, néo-fascistes ou néo-léninistes. Vox clamantis in deserto, ils essayent – mais sans succès – de réveiller les dormeurs.

L’hypnotique – efficace – qu’utilise l’anesthésiste Emmanuel Macron se nomme « changement » : bien plus que le « changement dans la continuité » giscardien de 1974, il s’agit désormais de tout renouveler : les partis – ou mieux d’organiser leur effacement devant des hommes sans parti (la fameuse « société civile ») –, les pratiques (morale et vertu installées comme autant de piliers éthiques du nouveau régime) ; enfin le mode de gouverner (les ordonnances, en guise de Blitzkrieg garante de la célérité réformatrice…).

Et si derrière ce « changement » tonitruant et martelé à grand renfort de tambours et trompettes, il n’y avait, au fond, que la bonne vieille astuce, susurrée à l’oreille du prince Salina, dans le Guépard, par le prince – « révolutionnaire » et garibaldien – Tancrède Falconeri : « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Ecrit par Lilou le 17 juin 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Histoire

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Sa majesté l’abstention

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 juin 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Sa majesté l’abstention

Pas inconnu du tout, le phénomène, récurrent depuis quand même 20 ans, ayant monté en graine depuis 2002, l’année du tournant de l’inversion des calendriers électoraux, l’abstention faisait partie du paysage de nos soirées TV, plutôt costaude dans les « petites » élections, locales ou européennes, plus discrète dans les grandes – législatives –, presque négligeable dans les présidentielles, l’élection préférée des français, tous amateurs de Bonaparte à cheval. On la nommait joliment « aller à la pêche », avec un rien d’indulgence. Ça, c’était avant.

Déjà en 2012, derrière la Bastille gonflée de ses folles espérances, elle guettait : 42,7 au 1er tour des Législatives ; on l’aurait presque oublié. Sous les ponts du quinquennat Hollande, elle n’a cessé d’augmenter, telle une rivière sous épisode cévenol ; les arches étaient menacées, seulement menacées. Depuis hier, on n’entend plus que le sinistre craquement de leurs brisures et effondrements. Raffut d’enfer : 51,29 d’abstention au 1er tour de ces législatives 2017 ! record historique ; plus d’1 français sur 2 n’a pas jugé bon de s’exprimer comme citoyen ; c’est là le sujet majeur de fait, de ce scrutin, son véritable effet en creux, le devenir interrogé.

Car qu’est-ce qu’être un abstentionniste ? Une minorité qui en est à quasi ne rien savoir (ou ne vouloir savoir) du mécanisme institutionnel qui construit notre démocratie représentative – « c’est quoi madame un député ? c’est pour quoi faire ? » me demandaient au bout du doigt levé mes petits élèves de 11 ans à peine passés. Mais 11 ans ! Le genre encoléré qui veut être signifiant, dire quelques menues choses sur sa vie, et qu’on l’entende ! semble être devenu le genre premier de l’espèce, à ranger dans l’armoire aux pas contents du tout avec les copains actifs, qui, eux, votent pour les partis protestataires qui à présent prolifèrent. Abstention ne rime pas avec enthousiasme participatif, ni constructivisme politique, chacun le sait ; dans la colo, c’est le gamin qui ne veut être d’aucune activité, qui ne s’intéresse à rien (ou qui dit n’avoir rien trouvé pour lui dans le panel). Le pas motivé. D’accord, mais hier, c’est d’autre chose qu’il s’est agi. D’où le regard inquiet des politiques, les « En marche » compris ; oui, eux, d’abord, et ce serait bien qu’ils l’appréhendent, pour la suite de leur trajectoire pour le moment triomphale.

Qui s’est déplacé, pour ces élections, pour choisir « son » député ? Ceux qui, au tour d’avant, avaient plébiscité E. Macron pour « rester cohérent », pour « donner au président les outils législatifs pour mettre en place son programme » (mécanisme connu de la Vème, que rappelle ici même Jean-François Vincent dans son texte) ? Pas aussi net, loin s’en faut. L’élection présidentielle 2017 a été, faut-il le rappeler, un faux plébiscite, comme une réussite en creux ; Macron a été « trié » autant par défaut que par adhésion (et à mon avis, davantage par défaut) ; ce mariage n’est pas d’amour ou d’engouement, mais de raison quasi balzacienne. L’avenir dira ce qu’il deviendra ; ne tuons certes pas l’or des possibles, mais soyons lucides et pragmatiques. « Je ne vais pas refaire Macron, ce coup-ci » disait cette copine. Combien d’entre nous tous ont tenté hier de fabriquer un peuple parlementaire de vigies, souhaitaient des voix utiles (évidemment quand il le faudrait, intelligemment constructives), bref, ont voulu bricoler, sans trop y croire, des contre-feux de nature à faire vivre le fait parlementaire, à installer une démocratie vivante et dynamique… combien ont raté la marche ? La carte des Bérézina des LR et bien plus du PS parle d’elle même. Celle, beaucoup plus grinçante, des FN privés de représentation, risque de faire très mal. Nous entrons probablement dans Bonaparte, qui ne l’oublions pas fut « la Révolution à cheval », et bétonna ses « masses de granite », qu’on a portées ou subies presque jusqu’à nos jours. Mais faut-il convoquer l’Histoire, pour se souvenir que : pas, que !! Après ces déconvenues et longues amertumes en bouche, qu’il faudra forcément analyser au soir du 18 juin, c’est vers cet immense peuple « ensilencé », qui n’a pas voulu parler hier, que devront se tourner d’urgence les bannières de la République en Marche, du haut de leur victoire, avec la bienveillance et l’écoute, l’élégance aussi, qui s’imposent. Je veux croire qu’ils en ont conscience.

 

Lundi 12 Juin 2017

[12 3 4 5  >>