Actualité

Le bac, cette Bar-Mitsva de la République…

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 juin 2017. dans La une, Education, Actualité

Le bac, cette Bar-Mitsva de la République…

Baccalaureus

Le mot « baccalauréat » viendrait du latin Bacca lauri, la baie de laurier…

Parfois, je ne suis pas d’accord avec Philippe Delerm. Dans Piscine avant l’oral, le voilà qu’il nous narre un adolescent songeur, à l’orée d’une vie estivale dont il se sent exclu, tout en procrastinant nonchalamment au rythme des cigales…

Moi, j’aime les examens, je suis une bête à concours : je les aime tous, de l’élection des Miss à L’Eurovision (« France, two points… »), du Certif de nos grands-parents à l’élection de la plus belle Charolaise sous l’œil mouillé du Grand Jacques, du BEPC – où je connus ma première humiliation publique, ne sachant plus situer Carthage durant l’épreuve de latin « Delenda est Carthago »… – aux multiples passages de l’agrégation, en passant par l’ENA et même la magistrature…

Passer un examen, et, à plus forte raison, un concours au nombre de places limitées, quel plaisir, quel challenge intellectuel, quelle extase même ! On est les Rois du Monde, on se penche comme Jack dans Titanic au bastingage du navire, la vie est à nous !

C’est simple, si je le pouvais, je repasserais mon bac chaque année ! Ah ces interminables listes de vocabulaire, ces citations plus marquantes les unes que les autres, et le PNB du Japon, et le pacte germano-soviétique…

Je ne connais pas de plaisir plus intense que celui de la joute intellectuelle que l’on se livre à soi-même, dans le plus pur genre d’une disputatio, afin de convaincre le fainéant qui dort en soi qu’il s’agit de se retrousser les manches… L’écrit nous découvre stratège et philosophe, inventeur et fin politique ; nous sommes tous des Marie Curie. Rien n’est plus excitant à mes yeux que ces heures passées à se colleter avec un sujet. Sa découverte, terra incognita à débroussailler ; les balisages en terre neuve ; les jalons posés pour dominer l’espace à définir : et, bien sûr, le paysage mental de la dissertation à modeler, à créer, à enfanter…

Et puis le jour des oraux, c’est l’Agora, nous voilà à haranguer une foule silencieuse au gré de nos jurys, il faut convaincre, se faire tribun. Souverain sur la matière et humble devant le jury, divine équation de la superbe contenue…

Le bac, le bachot comme le nommaient nos pères, c’est un peu la Bar-Mitsva de la République, le rite initiatique de l’Occident. D’aucuns doivent arpenter des savanes et se balafrer les tempes, nos chers boutonneux, eux, échappent difficilement, au rythme des réformes visant à amener quasiment l’ensemble d’une classe d’âge au niveau universitaire, au stress de la Terminale. Professeurs et parents auront beau se plaindre de concert de la baisse du « niveau », nul n’est besoin de toge ou de médaille pour comprendre les affres de ces lycéens soudain privés, quelques jours durant, de leur pain quotidien… Adieu, heures passées devant Facebook et Snap’ à disserter savamment (« Tu kiff koi ? / G jouer 5 heurs à Gladiatus trop for ! T ou ? / O laserkuest tu tamen ? ») : Le temps est à l’orage…

– Je t’interdis formellement de regarder ton smartphone !

– Mais m’man je bosse sur un site d’annales corrigées !!!

Ah, s’ils savaient, nos tendres, comme la vie est rude de l’autre côté du fleuve.

Laissons-leur encore un peu d’innocence, accordons-leur un répit.

Il ne faut pas leur dire.

Que la liberté sera violente. Que leurs rêves s’en iront, fleur au fusil, vers les sanglantes tranchées du réel. Que la vraie vie, c’est Verdun et le bombardement de Dresde réunis, sans aucun armistice, car les snippers ne lâchent jamais leurs cibles. Il ne faut pas leur dire. Que dans dix ans, ils n’écouteront plus NRJ, mais s’avachiront, moroses, devant leur écran plat, s’ils ont eu la mention, ou dans une petite cuisine de colocation, s’ils l’ont eu au rattrapage… Que « être déchiré » ne s’appliquera plus à leurs corps en éveil et à leurs cerveaux avides d’absolu, mais à un pantalon à recoudre – « allo, maman ? ».

Éditorial - Le fou du monde

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 juin 2017. dans Monde, La une, Environnement, Actualité, Politique

Éditorial - Le fou du monde

Plus aucun autre titre n’est à présent possible ; la prochaine fois qu’on le verra à l’œuvre, ce Donald qui ne fait plus rire, ce sera peut-être derrière des missiles face à la Corée…

Reprenant ses postures – le menton, avez-vous vu le menton ! – de sa campagne électorale qui l’a hissé sur le bureau ovale (sur, plutôt que au), le bonhomme-monsieur-le-président-des États Unis-hélas-hélas, a, au cœur de la nuit, décidé avec le fracas qui sied à la manœuvre de retirer son pays des accords de Paris sur le réchauffement climatique, qu’en son temps avait évidemment signé son prédécesseur, Barack Obama. La COP 21, pas moins ; les grands outils du monde, la marche du monde, quoi ! Simple et minable « chiffon de papier » que la chose, dit-il – d’autres et non des moindres ont fait en leur temps dans l’exercice – vision personnelle et des plus inquiétantes au poste où il est de la notion d’engagement, de responsabilité, de ce « ne pas tenir compte des autres et du reste du monde » qui finit par définir Trump. Certes, et si l’on prend l’affaire par ce bout un peu court, cela avait été martelé durant sa tonitruante campagne : le réchauffement climatique n’était-il pas un complot ourdi par l’ennemi chinois pour couler la puissance américaine, et cela avait voisiné dans l’extase des adeptes, avec le mur protégeant du Mexique honni, les musulmans rejetés des aéroports, et sans doute bien d’autres pépites qu’en ce temps, les opinions, dont nous, traitions d’un haussement d’épaules qu’on peut à présent trouver bien léger.

Car la bête, une fois élue – mal, mais qu’importe – une fois lâchée, on a vu : le gouvernement des tweets, les signatures du gamin content de son stylo, le mépris dictatorialisant des « autres », le Congrès, la Cour suprême, les médias – ennemi obsessionnel déclaré – et, dirons-nous, le « reste des pas d’accord ». Foin de tout ça. On l’a dit partout, fallait pas élire – pour de vrai – un péquin comme Trump. Maintenant, faut gérer et digérer la pilule. Alors, ce « je veux agir pour Pittsburgh et non pour Paris… je n’ai pas été élu par Paris » (de mémoire), la bonne blague ! Pas innovante, puisque isolationniste à gros traits, cela a été l’Amérique si souvent, plus souvent d’ailleurs dans les intentions et menaces que dans les faits. Faisons confiance à Trump pour s’essayer, en vrai, à la démarche… et n’oublions dorénavant plus : c’est un gars qui veut voir comment ça fait, le « en vrai »…

Le « rest » du monde, secoué de la nouvelle toquade du monstre, s’ébroue ce matin – mais comment mener les objectifs de Paris sans Washington – pas une paille ! Et les mots de circuler en boucle : dévalorisation, dévalidation… Notre nouveau ministre en charge du secteur, Nicolas Hulot, relayait aux matines l’optimisme forcené qui se veut être la carte de visite de notre nouveau gouvernement, en soulignant une évidence, en montrant l’ouverture, de fait la faille du Donald ; un reste du monde se dressant uni, face à Trump, et une Europe vent debout qui reprend – enfin – du service à la proue des Droits de l’homme (l’environnement vivable en est un des premiers) et de garantie offerte aux plus fragiles, tous les Sud pauvres et parmi eux les réfugiés climatiques qui n’en peuvent mais. Donc, et le nez sur l’effet de souffle du beuglement américain (pardon ! Trumpien), ce choc de billard n’a pas forcément acté l’échec de la partie des « autres », ce mot détesté, presque recraché par le président américain. Or, se situer face, avec, et dans l’altérité n’est-il pas – au jugé de la psychiatrie – un signal de plus ou moins bon fonctionnement humain… et de vous renvoyer à l’abondante et assez pertinente littérature, qui, depuis les débuts fracassants et pas mal fracturés de l’élu américain, foisonne…

Au final, ce qui pourrait être le plus remarquable, mais effarant, dangereux, dans ce recul, refus, entrée en je ne sais quel autisme, de l’homme fort de Washington, acculé à endosser à nouveau les habits du candidat, faute d’avoir su prendre ceux du président, ce sont les incapacités, les positionnements et même les postures : décidément, discuter, négocier, écouter, se mettre autour de la table avec d’autres, tout ça est terre étrangère pour Trump, et il y a du souci à se faire, car comment marche le monde, sans ça ??

La vertu a encore frappé…

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 juin 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

La vertu a encore frappé…

Pour reprendre une formule célèbre, je ne suis pas, je n’ai jamais été et ne serai jamais « macronien », « macroniste » ou « macro-quelque chose » ; comme, d’ailleurs, je n’ai jamais été filloniste. Mais voilà encore que l’infinie médiocrité des rances affaires d’argent diffuse derechef sa pestilence dans la presse et dans les esprits, ravalant ceux qui ont la morbidité de s’y intéresser à la bassesse même de ce piteux sujet.

Médiocre l’affaire Ferrand, comme médiocre était l’affaire Penelope Fillon et pareillement médiocres, les éboueurs journalistiques qui font leur miel malodorant des poubelles où ils émargent. Médiocre donc grotesque, donc objet d’un légitime mépris.

Par contre, ce qui est digne d’intérêt ou, au minimum, d’examen – par opposition à ce qui en est indigne – ce sont ces rengaines moralisatrices, ce néo puritanisme, ces casseroles carillonnées Place de la République, comme autant de mantras de la défunte Nuit Debout. En un mot, le grand retour de la vertu. Ce mot vieilli, obsolète, dix-huitièmiste que tout le monde – ou presque – a à la bouche…

Qu’on en juge : éditorial du Monde du 31 mai : « Quand on professe la vertu, mieux vaut être exemplaire et ne laisser place à aucun soupçon de dissimulation ou de tartufferie ». Tartufferie, mot bien choisi, nous y reviendrons. Et Frédéric Monnier, professeur à l’université d’Avignon, dans le même journal, d’en remettre une louche : « La vertu civique reste fichée au cours de la campagne des législatives ». Ouf ! Au moins il nous aura épargné l’horrible adjectivation du substantif citoyen – une vertu citoyenne, sic ! – (« civique » n’est-ce pas, ça fait trop chic, trop latiniste). Mais le plus beau – si j’ose ainsi m’exprimer par antiphrase – reste la somme rédigée par Jean-Luc Mélenchon, au début de cette année, De la vertu. Son introduction constitue tout un programme : « Tandis que notre morale organise notre comportement individuel, la vertu doit régler ce que nous faisons en société. La vertu c’est une méthode d’action à usage individuel dans la vie politique. Ce livre propose de la faire vivre ».

Les mânes de Robespierre et de Saint-Just doivent jubiler dans leurs tombes.

Seulement voilà ! A politiques vertueux devrait correspondre un peuple vertueux. Or il ne l’est pas. Montant des évasions fiscales : 60 à 80 milliards d’euros ; montant des « niches fiscales », c’est-à-dire de la fraude légale : 74,1 milliards en 2017. Sans parler, bien sûr, du « placement préféré des Français » : les assurances-vie exonérées de droits de succession, licence accordée par un premier ministre de gauche, Pierre Bérégovoy.

Alors le dégoût – vertueux ! – des sondés à l’endroit de leurs hommes politiques (77% estiment qu’ils sont malhonnêtes en 2016, contre seulement 38% en 1977) ne peut que faire sourire : un haut-le-cœur de tartuffes face à la tartufferie… des autres !

Charité bien ordonnée commence par soi-même…

Little girl from Manchester

Ecrit par Sabine Aussenac le 27 mai 2017. dans La une, Ecrits, Actualité

Little girl from Manchester

Little girl from Manchester,

Come with me and take my hand :

You have to listen to the rainbow,

Just become light, forget the shadow !

Our song so glad like a funny big band…

 

Come with me, the sun is waiting,

Don’t be afraid, the night is shining.

 

Little girl from Manchester,

All your dreams a blossom in the night…

Your sweet laugh like butterfly’s dancing,

Stay like a princess in roses, so charming,

Whisper of gold calming your soul, so bright.

 

Come with me, the sun is waiting,

Don’t be afraid, the night is shining.

 

Little girl from Manchester,

The entire world is singing with you

And you can be sure we’ll never forget :

In the raindrop, in the smiles forever and yet,

In every second: eternity will come true.

 

Come with me, the sun is waiting,

Don’t be afraid, the night is shining.

L’amalgame selon Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

L’amalgame selon Macron

Rien qu’en le regardant, on l’imagine, le jeune président, sabre au clair, fendant l’air de ses projets, en tête de ses « marcheurs de la république » – bien jolie quand même, l’appellation. On le voit, car c’est comme cela qu’il se projette, menant à la bataille, que dis-je, à la victoire, des armées révolutionnaires (on va mettre des guillemets à révolutionnaires) fournies de tout un peu.

Dans les temps de la Grande Révolution, au tournant de l’An II, une fois la patrie reconnue « en danger », il en avait fallu du monde – se souvient-on de ces frontières menacées de partout (cela en imposait à mes élèves) sur lesquelles volaient coiffés de leur grand chapeau noir à cocarde ces commissaires aux armées de la république, qui n’ont cessé d’habiter depuis nos imaginaires. Alors, la Convention avait imaginé d’« amalgamer » les petits nouveaux – soldats aux pieds nus du poème de Hugo, encadrés – monitorés dirait-on maintenant – par des aguerris des anciennes armées, et guidés par ces jeunes gradés de la noblesse éclairée, ayant le cœur patriote, puisque aussi bien, l’Ancien régime qui rangeait les gens comme les choses, réservait le soin de combattre à la noblesse. Et, que – cela interrogeait au plus haut point les minots de mes classes, qui ainsi, emportaient pour la vie le sens du mot privilège – même les plus doués d’entre les Bourgeois, et les plus modernes restaient de ce fait devant la porte. Savant mélange, donc ; expérience et compétences ici, fougue et il faut le dire, chair à canon, là. De même, quelques lieues plus loin, quand l’Empire de Napoléon le grand (auquel on se plaît à risquer quelques comparaisons avec le jeune nôtre), quand la fin menaça et que la Grande armée tira la patte, on refit dans le mélange – plutôt des âges, là, avec l’arrivée des bébés Marie-Louise auxquels quelques grognards apprenaient sur le tas, et le tard, le métier…

On aura compris mon propos : l’amalgame est de retour dans les yeux de notre frais élu, avec la fabrication de sa troupe de postulants députés aux Législatives de Juin. Plus de 400 nominés comme candidats d’En Marche (« La République en marche »), et comme le président avait construit sa pelote sur le mot nouveauté, l’équation s’avère difficile, puisque, enfin, on ne doit voir que des nouveaux visages, des jeunes ma foi, ça paraît relever de la cohérence, mi femmes, mi hommes, comme le veut la parité, et un beau boisseau de la Société civile. Pour encadrer la troupe, des « politiques », guillemets, comme si c’était un vilain mot ! piochés savamment côté Juppéistes, Centristes évidemment, et restes de  Socialistes inconsolables… Ça en fait du monde, du beau, on verra, du jamais vu, probablement. Les pedigree semblent aller grosso modo dans le sens de ces demandes, mais ce n’est pas pour cela – ou justement pour ça – que l’inquiétude n’est pas du voyage.

Parce que finalement, depuis les débuts du parlementarisme jusqu’aux heures qu’on vit, qu’est-ce qu’un député « envoyé », littéralement parlant, si ce n’est l’homme qui va faire la loi, relever – difficile autrement – d’un groupe, travailler – beaucoup, quoi qu’on dise, plus et autant en commission que sous les feux des séances plénières, et – surtout – faire ces allers-retours aux airs de reddition de compte entre sa circonscription et l’Assemblée, pour consulter – inlassablement – ceux qui dans l’affaire sont les seuls qui vaillent : ses électeurs. Jusqu’à preuve du contraire, le système de la démocratie représentative demeure, même si on peut supposer – philosophie Macron oblige – qu’une bonne dose de démocratie plus directe sera recherchée (quoi, comment, nul ne sait). Donc, et quoi qu’il puisse s’en murmurer avec haussement d’épaules dans les rangs des En Marche, ce sera compliqué de faire sans le territoire, ou en les survolant seulement, et ce, malgré les ordinateurs… Or, combien de temps auront ces foules postulantes pour apprivoiser ceux qui dans quelques jours voteront peut-être pour plein de « petits Macron », qui n’en seront pas, formule usée partout ces jours-ci.

Ça macronne !

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Ça macronne !

OPINION

 

Oui, ça macronne et dur ! La peoplisation gouvernementale – politique spectacle façon Guy Debord ou Roger-Gérard Schwartzenberg – bat son plein. Très glamour, l’écologiste de salon, Nicolas Hulot, ou encore la diva de l’épée (au caractère, paraît-il, genre Maria Callas), Laura Flessel, surnommée – et sûrement pas pour rien – « la guêpe »…

Au-delà des flonflons de la fête, les fondamentaux du libéralisme classique demeurent : Bruno Le Maire, à l’économie, qui rivalisait avec François Fillon sur le nombre d’emplois à supprimer dans la fonction publique ; ou bien Jean-Michel Blanquer, directeur de la prestigieuse ESSEC, parangon de la « pensée unique » monétariste, à l’éducation nationale.

Bref, une société libérale – dans tous les sens du terme – très avancée, qui rappelle, en beaucoup plus sophistiqué, le « sexy youpi » giscardien (tiens ! un autre inspecteur des finances) de 1974.

Mais la fête ne durera pas. A supposer que l’obstacle des législatives soit levé (ce qui reste à démontrer), l’offensive sociale reprendra de plus belle face à des ordonnances auprès desquelles la loi El Khomri suscitera une nostalgie émue de la part des cégétistes, lordoniens et autres « nuitdeboutistes ». Il faudra à la nouvelle majorité présidentielle (si elle existe !), façonnée de bric et de broc, des riens solides pour résister aux manifestations, échauffourées et occupations de places, qui ne manqueront pas de se produire.

L’alliage friable, à l’amalgame subtil, concocté par Macron courra alors un fort risque de décomposition.

Les paillettes macroniennes, à l’évidence, feront difficilement avaler la potion amère de l’austérité – habilement dissimulée – dont ce sera le grand retour…

Le temps des allégeances

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Le temps des  allégeances

… et peut-être aussi, celui des – fausses – confidences : – t’en es où, toi, avec Macron 1er ?

Certes – qui aurait l’inélégance de le contester – la victoire du 7 fut belle, éclatante même, comme le disent les buccins des soirs de bataille âprement gagnée, bardée de ouf, ouf… La marche européenne du chevalier en sa cour du Louvre fut émouvante, lyrique presque, et ses deux discours, le 1er comme le second, empreints de la gravité qui avait tant manqué à l’étudiant arrivé en tête dans la nuit du 23 avril. Et puis les mots ; j’ai goûté comme vous tous ce « la tâche est immense », et surtout ce « je vous servirai » ; on a connu pires comme anaphores.

Bon, en avant (on va éviter marche) ; l’avenir, s’il n’est pas bisounours, n’en est pas moins ouvert ; chez les pires de pires on commence les règlements de compte à la Borgia, et le Macron-Bashing attendra à la porte.

Mais… cette présidentielle ayant été unique en son drôle de genre, le happening en reprend pour un tour, à peine éteints les flonflons de la fête. Ni trêve, ni repos ; au pas de charge vers les tours 3 et 4 de l’élection du président en pays de France – ne me dites pas que vous pensiez que c’était fini ! Législatives derrière, juste derrière – depuis la réforme pas forcément idéale, loin s’en faut, du calendrier électoral. Car, ils sont foule sur l’échiquier, ceux qui ont certes – naturellement, généreusement même – défendu ce dimanche la république, mais qui, dès lundi, matines à peine sonnées, ont ressorti le vieux jeu de cartes et repoussé à des calendes incertaines le blanc seing au blanc bec. Ce, notamment à Droite, mais largement pas que. Et, chacun de sortir de la naphtaline ses hommes, ses usages et lieux connus donc supposés réconfortants, son programme, son territoire, et là, les nouveaux « candidats internet » auront peut être chaud aux fesses. En route, disent les anciens – c’est assumé ici, murmuré, là – pour un groupe parlementaire massif de nature à peser, voire – rêve des nuits de pleine lune – imposer une cohabitation avant l’heure habituelle. A tout le moins, des influences, des négociations de groupe à groupe ; pourquoi pas des majorités d’idées avec toutes les difficultés de la manœuvre. Derrière l’encore jeune Baroin, se rangent, sourires plus ou moins faux, les LR, « fidèles à la famille », nous soulant du zeste mafieux du mot. L’appétit d’alternance, de vengeance pas moins, porte hauts les drapeaux relevés de la Berezina Fillon. A gauche – en face, on relève les morts – Dieu qu’il y en a ! et il faudrait, on le sait, repartir à la bataille, d’entrée, pour fabriquer vite fait un semblant de muraille contre la houle hétéroclite des marcheurs ; exister, à moindre coût, même modestement, se présenter partout, évidemment avec ce qu’il faut dans la besace. Mais sous quelle appellation ? La vigne est sous la grêle : Mélenchon, bêlent certains, comme devant l’évidence, sous les effluves de sa belle performance… Mélenchon, de gauche encore ? Ça se discute, vraiment ! PS, avec son versant écolos, mais lequel ? Celui de Benoît, sa facette congrès-toute, inenvisageable, on verra justement au prochain congrès. Celui des sociaux-démocrates ? D’aucuns, il est vrai, déjà en haute mer, aiment à dire qu’il n’en faut plus, car on n’a plus les moyens de redistribuer. Tiens donc, et de quoi demain sera-t-il fait, si l’économie le permet à nouveau, ce qui peut raisonnablement s'envisager ? Valls, fut un temps pas si loin, aurait bien relevé ce drapeau-là pour peu qu’il soit pimenté d’un pragmatisme bien visible… Valls, laissons-le souffler, ces jours-ci ne sont vraiment pas les siens… d’allégeance en vrai ralliement refusé avec arrogance et pas vraiment d’esprit citoyen par un « vieux » Macron politicard pointant sous le tout neuf. Autre chose, autres gens ? Pourquoi pas, voyons un peu, imaginons ; le socialisme ne meurt pas si vite ; il est si vieux et si intemporel. Il lui faudra plus de temps que celui qui nous sépare de la mi-juin pour se remettre, ressembler à autre chose en demeurant lui-même. Qui ne le devine… Exister pour d’autres rôles, avec d’autres aussi, tenir sa partition dans le nouvel ordre politique, sociétal, mais exister encore, et avoir besoin, ces jours-ci, de quelques mains fidèles pour accompagner ce terrible fond de pot et cet élan pour rebondir… Un Hollande, un Cazeneuve, une Belkacem et notre Delga de la grande Occitanie parlent en ce sens.

Presse ; Vu de l’étranger, suite

Ecrit par Jean-François Vincent le 13 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Presse ; Vu de l’étranger, suite

Une Europe mi-figue mi-raisin après le second tour de l’élection présidentielle. Certes l’extrême droite est battue, mais l’on doute encore de la France…

 

Outre Rhin : soulagement et scepticisme

La Frankfurter Allegemeine Zeitung titre : « Macron épargne un cauchemar à l’Europe ».

« Ouf ! » soupire, en français dans le texte, Die Zeit : « pour de nombreux Français, Emmanuel Macron était un moindre par rapport à Marine Le Pen, la perdante victorieuse ».

La Süddeutsche Zeitung abonde dans le même sens : « la victoire de Macron évite la catastrophe. Son succès est tout sauf éclatant, le Front national n’est en rien frappé à mort ».

Mais le plus critique reste sans doute le grand quotidien de Zürich, la Neue Zürcher Zeitung : « le nouveau chef de l’état français avance en terrain miné, face à d’importants défis, allant du chômage au terrorisme. Que cet homme de 39 ans connaisse un triomphe est hautement douteux ».

 

Outre Manche et dans le plat pays : prudente expectative

Pour The Daily Telegraph, « Macron est le plus jeune chef d’état que la France ait connu depuis Napoléon. Un résultat lourd de conséquences pour le Brexit et l’Europe ».

The Guardian ne pavoise pas : « Le Pen est battue, mais l’extrême droite française est loin d’être éliminée ».

De Morgen ne se mouille pas trop, lui non plus : « le président Macron fait face à d’immense défis ».

Et Le Soir de conclure : « Emmanuel Macron président, reste à gouverner ».

 

Par-delà des Alpes : l’optimisme prévaut

Le Corriere della Sera fanfaronne : « Macron président, finie la peur ! »

La Stampa, elle aussi, s’extasie : « Macron, l’enfant prodige, qui unit la droite et la gauche ».

Même tonalité chez La Repubblica : « l’optimisme hors les murs : la victoire de Macron contient une leçon fondamentale ; on peut tenir un discours diversifié et vaincre ».

 

Allons, malgré tout, è ancora bella la vita !…

Manu, tu déconnes

Ecrit par Lilou le 13 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Manu, tu déconnes

Pas compris mon cher Manu ce que tu mijotes avec ton pas de deux visant avant tout à prendre la tangente parce que le combat à mener te semble aujourd’hui devenu hors de portée. Tu serais vexé, rancunier façon revanchard, que ça m’étonnerait pas. C’est quoi cette idée de déserter la place quand ça va devenir intéressant ?

Tu sais que je me suis fait couper en deux et parfois en quatre pour te défendre quand pieds et poings liés dans la genèse d’une sociale démocratie à moderniser, d’autres égos te contestaient le droit de le faire ? Tu sais aussi que j’ai juré par avance (en disant « croix de bois croix de fer » en plus) que jamais tu n’abandonnerais ce combat-là. Je m’imaginais qu’un jour tu marcherais sur Solferino assis sur ton cheval blanc et que dans les intervalles je serais devenu ton chambellan et que je me serais occupé de tes photocopies, de 3 lignes et demi de discours et aussi de porter tes flingues de concours.

Bref, mon Manu le Catalan, parce que j’aimais l’idée à ce qu’on ferraille ensemble dans la mitraille d’une certaine idée de la gauche à reconstruire et que là tu te barres avant le chant du coq, je n’irai donc pas par 4 chemins. En partant du PS et refusant ainsi le combat âpre qu’aurait été un congrès de la refondation (avec baffes en guise de viennoiseries et mêlées relevées dès les premières prises de parole), tu déçois mon cœur qui imaginait que le vent viendrait de ton histoire d’homme debout pouvant refaire à défaut de Jarnac un coup d’Epinay !

Le vent ne viendra pas. En alimentant savamment ton investiture auprès de La République en Marche, tu fais en sorte de te faire virer du PS. Ils te vireront comme d’autres se libèrent d’une excroissance au milieu du visage et qui sur les photos de famille fait tache. Tu me fais penser à cet époux volage qui laisse traîner un zeste de parfum sur sa veste parce qu’il n’a pas le courage d’affirmer que 2+2 ne font plus 4 et qu’assumant sa lâcheté, il se rêve davantage dans les bras du martyr de la cause matrimoniale que dans celle de la vérité assumée. Ils te vireront, j’espère que tu n’en doutes pas.

Tu sais je suis allé au meeting de Benoît qui m’a dit entre les lignes de voter pour lui parce que l’histoire de la gauche était belle et que j’en étais devenu un obligé, pour ne pas dire un prisonnier. J’ai compris à ce moment-là que je ne voterai pas pour un parti ne regardant de son futur que les racines de ses plus beaux arbres. Il m’a semblé que dans l’esprit que j’avais pu voir de près pendant tes Primaires à Tournefeuille (31170), résidait la force de poursuivre l’aventure de la sociale démocratie solidement scellée et animée par la volonté farouche de l’adapter au monde dans lequel nous filons à la vitesse de la jeunesse flamboyante et culotée qui, elle, sait comment aller d’un point A à un point B sans passer par les autorisations bridant les émancipations. Bref mon Manu, je ne comprends pas où tu veux en venir à donner le sentiment que tu pars frayer avec les truites voisines parce que les saumons ne sont plus à ton goût. Il me semblait que dans ton attitude à venir, tu resterais le Danton jusqu’au-boutiste qui, les défaites et branlées consommées, deviendrait cet homme que célèbre si justement Rudyard Kipling.

Quoi qu’il en soit… quand même…

Ecrit par Martine L. Petauton le 29 avril 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Quoi qu’il en soit… quand même…

Ce qu’on aurait (ne disons pas rêvé) préféré, nous, gens de Gauche de très vieil itinéraire, ayant depuis si longtemps quitté les rives affriolantes des Gauches radicalisées, pour poser nos valises en civilisation rassurante des sociales démocraties des possibles… ce qu’on aurait quand même pu vouloir se présenter au soir du 23, c’est sans doute, dans le marigot, voir surnager un peu de nous. Une Gauche encore visible, une ou deux branches ici et là, reconnaissables, pimentées d’un reste de solidarités, d’une effluve d’égalité, du « tous », à peine, du collectif – encore un peu. Bref, loin, même en tendant l’oreille, comme à bouche fermée, le refrain du « Temps des cerises »…

Or… Ni Hamon ayant si maladroitement relevé le drapeau du PS à terre, ayant ignoré l’impératif du rassemblement de la « famille », préférant s’agenouiller aux pieds de la « France insoumise », en un étrange retournement de l’Histoire de ces dernières décennies où c’étaient des fourches caudines socialistes dont devait s’accommoder un PC en dérive. Ni Mélenchon en gloire de protestataire, seul mot porteur de la campagne, s’éloignant à grands coups d’ailes de son bastion originel, à grands coups de menton, même, au dire de certains, loin de la gauche en général… ni celui-ci, ni celui-là n’ont incarné de façon satisfaisante la Gauche, celle fixée telle huitre sur les parcs de  Thau, en nos mémoires, pas moins  en  nos imaginaires. Le ni-ni, avant que d’être pour certains encolérés, le nez sur leur pauvre guidon, dans l’acte du 7, est incontestablement dans le tableau du 23 au soir. De Gauche – tous ingrédients rassemblés – il n’y aura pas dans les urnes du 7 ; et que ceux – regards apeurés – qui disent n’avoir rien vu venir, aillent… au diable finalement.

Alors… le raisonnable et rien d’autre, toque à notre huis, même si ce mot n'est pas si fréquent dans certains dicos de camarades. Même. Cela n’aura échappé à personne – quoique le Jean-Luc, à l’heure où j’écris, on se demande...  le 7 mai, c’est la veille du 8 Mai, qui, en France et partout en Europe, sonne le moment de toutes les résistances et de fait, de tous les humanismes, s'il le faut, accommodés à toutes les sauces. Donc, l’Histoire commande, et la nôtre à gauche, encore davantage.

Pas une voix, c’est évident, ne doit manquer à ce « piccolo principe », dont la personne, l’itinéraire, le programme et les engagements n’ont rien à voir avec l’« autre ». Rien, même si le flou, le sinueux, l’aventureux et pas mal de fenêtres encore bien peu ouvertes sur la netteté du réel de demain, peuvent légitimement encombrer nos positionnements dans cet entre-deux-tours. Même si notre bulletin de dimanche en huit, portera de nombreux points d'interrogation ; ponctuation, si l'on réfléchit bien, inhérente à tout acte démocratique fort.

Nous allons donc voter, contre l’autre mais aussi pour demain, donc, se proposer d’être un peuple de vigies des plus exigeantes face au vainqueur probable et hautement souhaitable qui s’annonce. A Droite, et à Gauche, dit-il. Ouvrons, donc, gens de gauche « traditionnelle », notre livre de comptes. Les contrats, les engagements nous attendent… et pas moins les débats.

En marche, en attendant, vers le vote du 7. Cela n’échappe à personne que l’écart sera un critère de la plus haute importance, et que nous, gens de gauche, avons l’habitude – et le sérieux – de pratiquer une citoyenneté d’honneur.

<<  1 2 [34 5 6 7  >>