Économie mondiale : la rechute ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 29 août 2015. dans Economie, La une

Économie mondiale : la rechute ?

-5,35% à Paris, -4,70% à Frankfort, -4,61% à Tokyo, mais surtout -8,49% à Shanghai… Ce lundi 24 août fut, selon les termes du très sérieux FT (Financial Times) un « black Monday ». We must be prepared that it’s going to get worse because a major bear market is now clearly underway : « on doit se préparer à ce que les choses empirent, car maintenant se profile, en toute clarté, un marché fondamentalement baissier », annonce, sans ambages, The Aden forecast, une des « lettres financières » les plus influentes de États-Unis.

Alors que s’est-il passé ? Simplement que LA principale locomotive de l’économie mondiale se grippe : avec 4% de croissance (chiffre qui ferait rêver les économies européennes !), la Chine entre en récession (techniquement une baisse consécutive sur deux trimestres du produit intérieur brut). Or la Chine, à elle seule, constitue 10% du PIB mondial ! La raison essentielle en est que la consommation des ménages n’arrive plus à suivre l’emballement de la production. En particulier, une bulle immobilière s’est créée avec un taux de vacance (c’est-à-dire de logements construits et non vendus) de 20%.

Les analystes – et les gouvernements ! – européens se veulent rassurants : « les marchés ont cédé à l’irrationnel », tempère Éric bourguignon, chef économiste à AM Swiss Life ; « réaction excessive » lâche tel autre de ses collègues, en haussant les épaules. Il reste que l’analyse graphique, l’étude de l’évolution des bourses sur la longue durée n’incite pas à l’optimisme, ainsi l’indice DAX de la bourse de Frankfort (un exemple parmi tant d’autres) (cf.infra source www http://www.boerse.de/langfristchart/DAX/DE0008469008).

On le voit : la crise des subprimes de 2008, si dévastatrice fût-elle, ne représente qu’une infime correction. La purge d’une expansion maladive et artificielle, car reposant sur du crédit facile (taux d’intérêts au plus bas), est loin d’être terminée. Pour qu’elle le soit, il faudrait que les marchés redescendent – au moins ! – jusqu’à leur niveau des années 90. L’autre locomotive de l’économie globale, l’Amérique, elle-même monstrueusement surendettée, ne saurait suppléer à la défaillance de son client et déboucher numéro un. L’Europe, quant à elle, à peine en convalescence, ne peut pas grand-chose…

Il a fallu dix ans et une guerre mondiale pour résorber la crise de 1929 (laquelle ne réagissait qu’à une surchauffe de seulement une décennie). Combien de temps faudra-t-il pour mettre à la diète un monde économique, dont la boulimie dure depuis trente ans ? Et quel en sera le prix ? Ce qu’on appelle « économie de l’offre » – des coûts de production toujours moindres avec des salaires gelés, compensés par des crédits attractifs – montre ainsi ses limites. A une croissance artificielle – en vérité, plus virtuelle que réelle – répondent, comme en écho, des crachs non imaginaires, eux. Non, la fin de la crise n’est pas là, seulement le commencement de la fin…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (2)

  • Martine L

    Martine L

    30 août 2015 à 11:58 |
    Merci JF pour ce point fait sur ce qui, dans le brouhaha de la rentrée, pourrait passer pour moins important qu'il ne l'est. Cependant, quelques petites remarques : le déclin de la croissance notamment en chine, mais dans les pays émergents en particulier, était prévu depuis quelques temps et ce n'est en rien une surprise. Tous ces pays ont grimpé en flèche plus ou mois rapide, nous mettant dans les difficultés qu'on sait. Ils ont développé leur croissance sur notre modèle consommatoire, accumulatif de biens, et, hélas polluants. Modèle établi sur le mode du commerce international forcé et sur la concurrence sauvage. Ils sont aujourd'hui, concurrencé à leur tour, par des petits, ou d'autres, émergents. L'arroseur arrosé. Difficile de leur reprocher d'avoir visé ce modèle occidental, après tous ces siècles où nous nous sommes engraissés à leurs dépends. Une croissance moins forte et plus régulée, plus écologique et respectueuse des équilibres de commerce aurait été nécessaire. Quand et comment leur avons-nous recommandé ça ( genre : ne faîtes pas nos bêtises ) ?
    La croissance chinoise ( car, c'est la Chine, plus que les autres émergents qui avait établi cette venimeuse croissance ) est en chute ; on peut dire : tant mieux ; régulation en vue ? Retour de nos industries délocalisées, partage intelligent d'un qui fait quoi, dans une mondialisation demain, plus humaine ? Du désordre peut sortir un nouvel ordre.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      30 août 2015 à 13:14 |
      Au-delà du cas chinois, ce que je voulais dire – et l’analyse technique/graphique le montre mieux que la macroéconomie – c’est que l’expansion exponentielle des trente dernières années nécessite une purge (une récession). Celle-ci a à peine commencé en 2008 ; le plus douloureux reste à venir. Le graphique de ma chronique montre que les discours lénifiants – en particulier ceux tenus par les politiques - sur une prétendue « sortie de crise » sont faux : nous ne sortons pas du tunnel, nous ne faisons qu’y rentrer !

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