La sanction de la fraude

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 16 septembre 2011. dans Economie, La une, France

La sanction de la fraude

Nos gouvernants qui ont poussé dans ses derniers retranchements l’art d’informer ont mis au point une campagne de communication radiophonique consistant en de courts dialogues : une voie insidieuse suggère à un chef d’entreprise de ne pas déclarer toutes les heures supplémentaires que font ses ouvriers, à une commerçante de ne pas déclarer toutes ses ventes, et ainsi, dans plusieurs sketchs interprétés par des comédiens dans un registre nettement surjoué, diverses autres « tricheries » habilement mises en situation. Dans tous les cas, l’intéressé répond avec véhémence que tricher c’est frauder et qu’il a trop à y perdre, lui (ou elle), son entreprise, sa famille, ses employés et que s’il cédait à la tentation il risquerait un contrôle du fisc se soldant par une loure amende. La voix du gouvernement rappelle alors que tout le monde à trop à perdre dans la fraude et que les services de l’état sont vigilants sur ce chapitre.

On ne peut que souscrire à la pertinence de cet avertissement bien que des esprits chagrins objecteront que ce donneur de leçon n’est peut-être pas le mieux qualifié pour dénoncer toutes les formes de fraude. A moins qu’il ne s’agisse par analogie d’une autocritique visant à accepter d’avance la sanction qui le menace à l’issue du contrôle par les urnes. Peu probable !

Mais ce qui me semble admirable, c’est que pas un instant il n’est suggéré dans aucun de ces messages que frauder est anticivique, contraire à la morale républicaine, attentatoire à la démocratie. Est-ce que dans cet esprit, on va réformer l’enseignement de l’instruction civique – ne parlons plus de morale – en expliquant bien aux enfants que le pacte social repose d’abord sur l’intérêt individuel ? Va-t-on leur enseigner que corollairement l’état a pour fonction première de poursuivre et de punir et qu’il faut se méfier de ses dangereux fonctionnaires solidement armés pour faire régner l’ordre économique, le seul qui compte véritablement ?


Et ce sont ceux qui osent se référer à Jaurès !


Bernard Péchon-Pignero


A propos de l'auteur

Bernard Pechon-Pignero

Bernard Pechon-Pignero

Après une carrière professionnelle de cadre dans le négoce sidérurgique puis l’industrie chimique, ancien magistrat consulaire, je consacre ma retraite à mes trois enfants adoptés au Mali et à divers bénévolats associatifs autour du livre, de la lecture et de l’édition.

Sous le nom de Bernard Pignero, j’ai publié un roman chez Gallimard « Les mêmes étoiles» (1998), des nouvelles chez HB, un roman aux éditions des Vanneaux « Mélomane » (2011) un récit aux éditions de la Vague Verte « Mémoires d’Airaines » (2011) un roman aux éditions Encretoiles « Traduit du français » (2015) des recueils poétiques et des articles critiques sur la peinture.

REFLETS DU TEMPS  publie mes articles, chroniques et nouvelles depuis 2010

Je vis en Picardie depuis 2008 après quarante ans dans le Gard. 

Commentaires (4)

  • eva talineau

    eva talineau

    18 septembre 2011 à 14:47 |
    ..et aussi, on peut se demander à quoi riment de telles "campagnes de communication", en quoi sont-elles utiles et justifient-t-elles qu'on dépense pour les financer l'argent des contribuables ! si je ne m'abuse, le temps d'antenne publicitaire, à la radio, ça a un coût. Qui, dans quel ministère, a pris la décision de budgétiser la chose ? quel audit bidon payé à prix d'or, a instillé cette lubie dans l'esprit de nos "décideurs" ?

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  • Martine L

    Martine L

    18 septembre 2011 à 09:13 |
    Où l'on voit, cher Bernard, que c'est avec de très petits ruisseaux - en apparence- qu'on grignote sans bruits la démocratie ! votre texte est exactement dans les couleurs de cette " une" politique ! et, en le relisant, j'y vois encore une tonalité qui rejoint d'autres écrits de la semaine : l'individualisme forcené - la menace de tous les jours !

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  • Kaba

    Kaba

    17 septembre 2011 à 19:57 |
    Eh oui.
    Osez, osez, il en restera quelque chose

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    • B. Bonvalet

      B. Bonvalet

      21 septembre 2011 à 17:25 |
      Tout à fait d'accord avec toi, Bernard, surtout que l'individualisme n'est pas en voie de disparition, lui, parce qu'en ce qui concerne le sens civique et la mise en valeur de la solidarité sincère,il me semble que nous avons du souci à nous faire, et c'est un fonctionnaire qui vous le dit !

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