Ecrits

Monseigneur Fustigé - Billet d'humeur

Ecrit par Vincent Robin le 18 novembre 2017. dans La une, Ecrits

Monseigneur Fustigé - Billet d'humeur

Monseigneur Fustigé, revêtu du pallium élyséen…

« Dessine-moi un mouton… ! » – réclamait au désert le petit prince.

Bon, d’accord… ! Mais moi, Saint-Exaspéré, je pourrai bien te le peindre cette fois en mode puîné sous les traits d’un « mouton-cadet »… de chez Rothschild.

L’idée d’une population « moutonne » n’est plus aujourd’hui une imagerie bien nouvelle. Avec Esope et Jean de La Fontaine notamment, en passant bien entendu aussi par Rabelais et Panurge, dans le déballage d’une docilité particulièrement naïve et sacrificielle, l’exposition miroitante des tableaux de l’espèce humaine figurée par la race des bêtes laineuses parfois cornues n’en est plus, en effet depuis longtemps, au stade d’un ouvrant vernissage ou d’une très inaugurale manifestation. Regardons alors ces esquisses très nettes et colorées d’antan, qui se renouvellent cependant et font florès dans le champ visuel et politique de maintenant. Celle de l’insouciant animal au lot caustique qui, face au loup à la dent longue, bientôt s’abandonne en gigot facile et consentant pour le très modique prix de son breuvage… Il est vrai que cette eau n’est plus – déjà depuis des outres –, qu’abondamment puisée au torrent médiatique devenu « ma chronique » (« Bouffe mon Foin Macronique ») et plutôt qu’à la désuète claire fontaine sans pub Ushuaia. « Aquam meam potas – inquit ! » : « tu troubles mon eau dit-il ! ». En mots plus courants et moins détournés que ceux du ruisseau paisible et murmurant de l’histoire, tel, en 732, Charles repoussant le Sarrasin sans blé, le canidé-énarque martèle alors : « tu fous le bordel ! »ou encore :« Il faut vivre pour paître et non plus paître pour vivre, bande de fainéants ! ».A ces mots, le très ô-vidé de sa cervelle d’agneau ne se sent plus d’aises… et couvre un large blanc-bec.

Ou pas

Ecrit par Sabine Aussenac le 18 novembre 2017. dans La une, Ecrits

RDT se souvient avec Sabine de ce 13 Novembre 2015…

Ou pas

Putain ils assurent les gars incroyable ça déchire grave c’est vraiment dommage que Fred soit pas là il aurait kiffé grave en plus j’adore le look du type à la batterie faudra que je pense à me dégotter un blouson aux Puces un de ces quatre attends c’est quoi ça merde des pétards n’importe quoi ça craint c’est pas cool en plein concert oh merde non c’est pas des pétards putain ça tire là non je rêve ça tire sur nous putain ils déconnent là les gars de la sécurité y a un dingue qui nous vise ou quoi pas le choix je me jette au sol je vais ramper jusqu’à la scène et me planquer je rêve et dire que la semaine dernière on a encore fait l’exercice de PPMS avec les gamins j’ai passé l’heure à les rassurer je rigolais intérieurement je me disais que c’était du grand n’importe quoi leurs lois sur la sécurité l’état d’urgence tout ça bon cool mec respire un grand coup ça va le faire oh non la fille devant moi vient de se prendre une balle elle hurle et son ventre m’éclate à la gueule je détourne le visage une seconde trop tard quel con j’ai du boyau sur la joue mais je m’en balance complet parce que là ça tire de plus en plus fort je rampe comme un fou je ne vois plus rien j’ai du sang sur les yeux c’est un cauchemar bon ils font quoi là les flics elle est où la police putain de bordel quand on a besoin d’elle et les pompiers putain quoi merde on est en France en 2015 on paye des impôts pour être protégés non ça beugle de partout ça tire je crois qu’ils sont plusieurs j’ai vu des gens arriver à partir par des portes de derrière la scène semble vide mais je vais jamais arriver à passer les mecs et les nanas sont agglutinés au sol devant moi y en a des dizaines qui pissent le sang qui hurlent qui appellent leur mère je vois la blonde qui m’avait filé du feu dans la queue qui me regarde avec les yeux emplis d’effroi elle est touchée on dirait elle me supplie du regard de rester avec elle je cherche au fond de ma poche je tire mon bandana je lui file et je l’aide à entourer son bras ça pisse dru elle en a plein son chemisier blanc je lui murmure ça va aller reste cool reste au sol ne parle pas et juste là on entend les mecs s’approcher je vois rien j’ai la tête penchée vers le sol je bouge pas je suis couvert de sang et de bouts de cervelle putain pourvu qu’ils pensent que je suis mort putain Seigneur si t’existes et que là tu me files un coup de main je te jure je fais tout ce que tu veux genre je vais voir mes parents chaque semaine je touche plus un verre de ma vie j’arrête Tinder je passe le CAPES au lieu de jouer les contractuels depuis des années je me range des voitures putain je te jure attends là ça craint ils tirent apparemment sur tous les gens qui leur adressent la parole qui disent pitié pitié épargnez moi j’ai des enfants bam une rafale ils descendent tout ce qui bouge on est des lapins dans leurs phares ils nous foncent dessus comme des malades je veux pas voir ça je veux me réveiller Seigneur faites que je me réveille merde non ils m’ont touché je sens une douleur atroce qui explose mon genou ils m’ont tiré dessus les salauds je bouge pas je mords ma main jusqu’au sang faut qu’ils croient que je suis mort je bouge pas un cil je suis un cadavre je suis un cercueil je suis ailleurs je n’existe pas putain on dirait que ça a marché ils sont partis à l’autre bout de la salle punaise je regarde vers le bas mon jean est rouge vif je chope un truc qui traîne par terre sous une nana qui regarde vers le ciel vide avec ses grands yeux ouverts horrifiés je crois que c’est un t-shirt il est plein de trucs mouillés mais je m’en sers comme d’un garrot putain voilà enfin ça me sert de m’être farci la formation de secouriste l’an dernier allez mon gars t’es fort t’es un killer tu vas t’en sortir t’es John McClane je sais maintenant pourquoi je préfère Bruce Willis à Woody Allen au moins ça peut servir de bouffer des pizzas devant Piège de Cristal allez respire t’es encore là attends je sens que je pars non c’est trop con pas maintenant non non putain c’est pas vrai ça a pas changé combien de temps je suis resté dans les vapes je glisse un œil à ma montre merde deux heures chuis resté deux heures dans ce boxon y a moins de bruit que tout à l’heure on dirait on entend presque plus rien sauf de temps en temps un sanglot ou un cri suivi d’une rafale ils vont finir par partir non c’est pas possible je les entends de nouveau s’approcher j’ose lever les yeux ils sont jeunes merde mon âge ils regardent de l’autre côté je me glisse sous un type qui a l’air complètement froid déjà je fous ma tête sous son torse et je prie putain je prie de nouveau Allah Vishnou Jéhovah Bouddha allez les gars qui que vous soyez je m’en tape je suis avec vous j’irai au temple chaque dimanche putain ils arrivent ils vont voir le mec bouger avec ma respiration pourvu qu’ils tirent sur lui il s’en fout il est mort putain allez ou alors qu’on en finisse tant pis pour tous ces pays que j’ai pas vus tant pis pour mon job de toutes façons j’y croyais à moitié tant pis pour ce putain d’amour de toutes façons depuis Mathilde j’y crois plus mais je jure je jure devant Dieu que si je m’en sors je prends mon billet pour NY et je lui hurle devant la Statue de la Liberté que je l’aime depuis des années putain quel con j’ai été de l’avoir laissée filer ils arrivent ils tirent mais ouf ils ont dégainé sur son bide la balle frôle mon visage mais je vais bien merci merci merci Seigneur et puis merde ça tire encore non ils sont encore plus nombreux mais c’est pas vrai ah non on dirait que les flics sont là enfin j’espère je vois des corps qui bougent autour de moi je croyais que c’étaient des cadavres non c’était un leurre c’est l’armée des ombres ou la nuit des morts vivants je sais pas mais bordel on dirait le clip de Thriller du coup je tente de me relever aussi je pousse un beuglement d’enfer mais c’est bon plus personne ne tire j’essaye de ramper sur un côté et là la blonde de tout à l’heure qui tient un mec par la main me dit de la suivre elle me tend l’autre main on avance éclopés débraillés ensanglantés on gémit y a des grands gars en cagoule et uniforme qui nous montrent une porte je passe sur des dizaines de corps à terre y a des jeunes des vieux des gamins des couples encore enlacés les yeux grands ouverts une gamine éventrée un vieux motard barbu qui fait un doigt d’honneur dans son sang y a des trucs horribles genre on dirait la Syrie ou les camps de la mort mais je m’en fous je suis là je vais peut-être m’en tirer je sors c’est la nuit mais c’est fini fini fini

ou pas

Sniper, a dog story (part two)

Ecrit par Ricker Winsor le 18 novembre 2017. dans La une, Ecrits

Sniper, a dog story (part two)

If you know about Border Collies, they are not even recommended as pets. My friend Charlie, the veterinarian, advises people who want to buy a border collie to also « buy three sheep ». That’s because border collies are super energetic and, without enough to do, these working dogs can raise a whole lot of hell. Lucky for us, and not knowing any of this at the time, Sniper was already two years old and not totally crazed but plenty strong and energetic. I walked him three times a day, every day, a long one in the morning and two shorter ones so he could mark his territory and feel some freedom.

I found that I couldn’t dominate him the way you can with a Labrador or other dogs like that who are so eager to please and so submissive actually. He almost bit me a couple of times, not a bite really but enough to show me that I had better be careful, that this was more a relationship of equals and not the master/slave thing. Once I got over the shock to my ego I accepted it and learned. He taught me that what we do together is something we share. It is quite amazing and I love how that has evolved. It was less easy for me than it was for him.

I found that his tail had been broken in a fight and hadn’t healed very well but healed it did with a crook in it now. I learned that he is a tough, dominant dog who will attack any male dog whenever possible and win. He has bones like a Swedish peasant and can pull me miles, which at my age is not a bad thing. Having him in the harness, you could plow a field. We found he had some medical problems, liver problems, and that required a couple of trips to the veterinary hospital and medication and x-rays. We learned how to feed him better as to not stress his liver and he is super healthy as a result. My wife cooks for the dogs twice a day, bathes them, and treats them like the children and family they actually are for us. I don’t see a lot of difference between their antics and affection and those of a couple of five-year olds but that is a whole different discussion.

After six months and with « peace in the valley » domestically, one afternoon a Papua man I had never seen came to the gate and wanted « to take Sniper out to play ». That was not something I wanted to do and I told him I was not comfortable with that. He was drunk, a young Papua guy with shaggy hair, strong, getting mad. He started yelling and pushing on the gate, shaking the gate back and forth and then the gate broke, a crucial weld having given way. I retreated to the house pushing my wife back and locked the door while she called the security station and also her mother who lives not far away. I grabbed an iron piece of exercise equipment and waited to see what would happen next as he pounded on the door. He stepped back and took the broken piece of metal from the gate and slung it against the door and then retreated to the street. The security man finally showed up, not too happy since they are scared of Papua people and are not used to having to actually act like security. Mostly they usher in cars at the gate, waving and taking it easy most of the time.

Sniper, une histoire de chien (deuxième partie)

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 novembre 2017. dans La une, Ecrits

Texte de Ricker Winsor, « Sniper, a dog story », traduit de l’anglais par Jean-François Vincent

Sniper, une histoire de chien (deuxième partie)

Vous savez, à propos des Border Collies, qu’on déconseille même de les avoir comme animaux de compagnie. Mon amie Charlie, la vétérinaire, suggère à ceux qui désirent en acquérir « d’acheter aussi trois moutons ». C’est parce que les Border Collies débordent d’énergie, et que, s’ils ne se dépensent pas assez, ça peut devenir infernal. Heureusement pour nous qui, à l’époque, ignorions tout ceci, Sniper avait déjà deux ans ; ce n’était plus un chien fou, mais il était fort et dynamique. Je faisais avec lui trois promenades par jour, une longue le matin et deux, plus courtes, l’après-midi, de telle sorte qu’il puisse délimiter son territoire et se sentir un peu libre.

Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas le dominer comme un Labrador ou d’autres chiens – si soumis, en vérité, et si désireux de plaire. Il m’a presque mordu une ou deux fois ; mais ça a suffi pour me faire comprendre que je devais être prudent et que nous étions à égalité, lui et moi, et non dans un rapport de maître à esclave. Une fois surmontée cette blessure d’amour propre, j’en ai pris mon parti et j’ai appris : il m’a appris que ce que nous faisons ensemble, nous le partageons. C’est incroyable et j’adore la façon dont les choses ont évolué. Mais c’était moins facile pour moi que pour lui.

Je me suis rendu compte que sa queue avait été cassée dans un combat et, n’ayant pas bien guéri, elle était recourbée. J’ai appris que c’était un chien dur et dominant, prêt à attaquer n’importe quel mâle, chaque fois que c’était possible, pour gagner. Ses os ressemblaient à ceux d’un paysan suédois, il pouvait me traîner sur des kilomètres, ce qui, à mon âge, n’est pas une mauvaise chose. Un fois harnaché, il aurait pu labourer un champ. Nous avons découvert qu’il avait des problèmes de santé, des problèmes de foie qui ont nécessité plusieurs visites chez le vétérinaire, des médicaments ainsi que des radios. Nous avons appris comment mieux le nourrir afin de soulager son foie. En conséquence, il était en super forme. Ma femme cuisine pour les chiens deux fois par jour, elle les baigne et les traite comme les enfants. Pour nous, ils font partie de la famille. Avec leurs jeux, leur complicité et leur affection, je ne vois pas beaucoup de différence entre eux et deux enfants de cinq ans. Mais ceci est un autre sujet.

Après six mois de « paix dans la vallée » domestique, un Papou que je n’avais jamais vu s’est pointé au portail et a demandé à « prendre Sniper pour jouer ». Je ne voulais pas de ça et je lui ai dit que ça me mettait mal à l’aise. C’était un jeune Papou, saoul et hirsute ; il était fort et commençait à se fâcher. Il s’est mis à crier et à pousser le portail en le secouant, tant et si bien qu’il s’est cassé. Une soudure avait lâché. J’ai battu en retraite dans la maison avec ma femme et j’ai fermé la porte à clef. Ma femme a appelé les vigiles et sa mère qui ne vit pas très loin. J’ai attrapé un morceau de ferraille, en attendant la suite, tandis qu’il martelait la porte. Il a reculé et, saisissant la pièce métallique cassée du portail, il l’a flanquée contre la porte, puis il s’est retiré dans la rue. Le vigile est venu finalement ; de mauvais gré, car les Papous effraient les vigiles qui, en fait, n’ont pas l’habitude de rétablir l’ordre : la plupart du temps, ils se contentent de faire rentrer les voitures dans la résidence en faisant un geste de la main, tout en se la coulant douce.

Sniper, a dog story (part one)

Ecrit par Ricker Winsor le 11 novembre 2017. dans La une, Ecrits

Sniper, a dog story (part one)

In Bali, we adopted a village-dog puppy we named Nana. She and her sister found their way, at about seven weeks of age, to the workplace of our neighbor. The office security people there were about to throw them against a wall, the customary way to kill puppies.

The dog situation in Bali is always out of control. Many dogs run wild, some with rabies, especially in the villages. Puppies can be born with rabies, a disease that kills them and the people they bite. Every once in a while, the government issues an order for the police to « thin the pack ». The last time this happened the dog death squad shot about nine thousand dogs.

So, the situation in Bali is different than other places. Once in a while, I would wake up in the middle of the night and look out on the street. Making their way silently, five or six very strong, healthy, wild dogs were carefully checking the garbage at each house. Medium-sized, strong village dogs, streamlined, well proportioned, like a pack of tropical wolves, they commanded respect and some fear. The street belonged to them. Once the sun was up they disappeared, vanished like the night.

Minutes before the puppies were about to be killed, our neighbor, Hanny, got involved and saved them. He is a nice man and took on this responsibility despite having two dogs himself. Hanny offered us one of sisters and I refused knowing how much a dog changes your life, no matter how great it is. But I have always had dogs and my wife also loves dogs so I took a careful look and I saw that one of them had long legs like a ballet dancer and perfect proportions, some kind of a Dalmatian mix with black and white patches. We named her Nana.

We brought her with us from Bali to Surabaya and settled in. She is a great dog but not in the way we know from Labradors and Goldens and Shepherds, dogs like that. A village dog has literally thousands of years of DNA tweaked by their special lives lived surviving on the street, avoiding endless dangers including poison. They are not the loyal dog we know who can’t wait to lay down its life for you, not like that. They don’t trust easily ; it takes time, but they are more interesting and a lot smarter than the « normal » dog but paradoxically not in trainability. A friend who has had one of these dogs for many years cautioned, « There are some things they just won’t do ». In some ways, they are smart more in the way a cat is smart. It is difficult to explain. I tell a good friend, a veterinarian, that she is more like a fox than a dog and that seems almost right.

Sniper, une histoire de chien (première partie)

Ecrit par Jean-François Vincent le 11 novembre 2017. dans La une, Ecrits

Texte de Ricker Winsor, « Sniper, a dog story », traduit de l’anglais par Jean-François Vincent

Sniper, une histoire de chien (première partie)

A Bali, nous avons adopté un chiot du village que nous avons appelé Nana. A l’âge de sept semaines, elle et sa sœur se sont faufilées jusqu’à l’endroit où travaille le voisin. Les vigiles du coin étaient sur le point de la flanquer contre un mur : c’est ainsi qu’on a l’habitude de tuer les chiots ici.

Le problème des chiens, à Bali, est chronique et ingérable. Bien des chiens sont à l’état sauvage, en liberté, certains porteurs de la rage, surtout dans les villages. Des chiots peuvent naître avec la rage, maladie qui les tue, eux et les gens qu’ils mordent. Régulièrement le gouvernement décrète qu’il faut « dégraisser la meute ». La dernière fois que ça s’est produit, un escadron de la mort a abattu environ neuf mille chiens.

Donc la situation à Bali n’est pas la même qu’ailleurs. De temps en temps, je me réveillais au milieu de la nuit pour jeter un coup d’œil dans la rue. Déambulant en silence, cinq ou six chiens, très forts, sauvages et en pleine forme, exploraient minutieusement les ordures de chaque maison : de robustes chiens de village, de taille moyenne, à la silhouette effilée, aux proportions harmonieuses ; on aurait dit une meute de loups tropicaux. La rue était à eux. Dès le lever du soleil, ils disparaissaient, s’évaporant comme la nuit.

Quelques minutes avant que les chiots ne soient tués, notre voisin, Hanny, s’en est mêlé et les a sauvés. C’est un brave homme et il a pris ses responsabilités, bien qu’il ait lui-même deux chiens. Hanny nous a offert une des deux sœurs. J’ai refusé, sachant à quel point un chien vous change la vie, même si c’est formidable. Mais j’ai toujours eu des chiens et ma femme adore aussi les chiens ; alors j’ai regardé attentivement et j’ai vu que l’une d’entre elles avait de longues pattes, comme des jambes de ballerine, un croisement de Dalmatien avec des taches noires et blanches. On l’a appelée Nana.

Nous l’avons ramenée avec nous de Bali à Surabaya et nous l’avons installée à la maison. C’est une grande chienne, mais pas à la manière des Labradors, des Goldens ou des Bergers, des chiens comme ça. Un chien de village a des milliers d’années d’ADN, un assemblage bricolé du fait de la particularité de leur vie, ou plutôt de leur survie dans les rues. Ce n’est pas ce chien loyal que nous connaissons et qui n’a de cesse de vous offrir sa vie. Ce n’est pas ça. Ils ne vous accordent pas leur confiance facilement, ça prend du temps ; mais ils sont plus intéressants et bien plus malins que les chiens « normaux », pourtant – paradoxe ! – ils se laissent moins facilement dresser. Un ami qui a eu un de ces chiens m’a mis en garde : « il y a des choses qu’ils refuseront de faire ». D’une certaine manière, ils sont malins à la manière des chats. C’est difficile à expliquer. Je dis toujours à une de mes amies, vétérinaire, que Nana tient plus du renard que du chien, et ça paraît – presque ! – exact.

D’autres vies que la nôtre

Ecrit par Sabine Aussenac le 11 novembre 2017. dans La une, Ecrits

D’autres vies que la nôtre

Dans la voiture, déjà, tu me le disais, en ce premier soir où tu m’embrassas aux étoiles, venu d’outre-océan, cadeau d’un noël tout givré et magique, quand nous nous apprenions comme on chante colchiques.

Tu me parlas de ces « possibles », de ce qui aurait pu être si nous nous étions croisés au lieu de nous être frôlés dans cette Europe immense, à contretemps, en contredanse, si, au hasard de Lille Flandres ou d’une Cannebière, d’un marché en Provence ou d’une clairière, nous nous étions souri.

Et puis tu m’embrassas. Nous ne voulions pas, c’était si fou, toi qui repartais, moi qui m’écroulais, et ta vie si construite et la mienne en désordre, et ta femme là-bas, en vos antipodes… Vous vous aimez encore malgré cent mises à mort.

Nous n’irons pas au bois ce soir, la lune doit attendre, je n’ai que ces sarments à brûler en nos âtres, avant que des serments ne nous mènent au désastre.

D’autres vies que la nôtre, comme elles auraient été douces, si nous avions osé, si nous avions su autrefois déjà nous rencontrer. Tu me dis tant de mondes, je parcours avec toi notre terre qui est ronde, tes femmes et tes combats, tes amis tes batailles, je te vois à l’école, en enfant, en jeune homme, et puis moi je te dis mes amours mes naufrages, et ces intempéries et le Beau et mes plages.

Comme c’est étrange de se rencontrer si tard, entre chien et loup, de s’aimer quand le ciel rougit la campagne, quand au loin les couchants effleurent la montagne ; comme j’aurais aimé parcourir avec toi une aube d’été, marcher en nos rosées, découvrir mille sources. Découvrir en tes yeux que je deviens ta femme, que nos cœurs amoureux vont franchir l’interdit, être nue en tes bras, pétrifiée mais confiante… Comme j’aurais aimé recevoir en cadeau nos soupirs étonnés, et nos joies insouciantes.

Et puis malgré ces années déjà où tu précèdes, nous aurions partagé les folies, les outrances. Goûter tout avec toi, perdre mes innocences, défaillir, m’extasier, et quitter nos enfances. Combien de belles étoiles aurions-nous dégustées, blottis seuls sur la plage, ou couchés dénudés sur un foin parfumé, en ces vastes prairies où tu m’aurais aimée… Et le rock et la route, les concerts, les manifs, les nuits noires vendangées par les doutes. M’aurais-tu supportée, aurions-nous avancé, cœur en tête, vers nos vies en instance ?

Tu regardes au fond du flou

Ecrit par Gérard Leyzieux le 04 novembre 2017. dans La une, Ecrits

Tu regardes au fond du flou

Tu regardes au fond du flou

du mur

du jardin

du vide

Tu examines cet évanouissement de tes sens

Dans l’absence de couleur

de chaleur

de frayeur tout autant

Ton œil n’est plus qu’image

reflet

projection de ce qui te reste de vie

Tout mouvement est suspendu, geste figé

Ta parole aussi est sur arrêt

Tu regardes ces sentiments disparus, jamais atteints

Tu scrutes les événements attendus qui te sont inconnus

Ton regard t’emporte à la découverte de l’oubli

À la recherche de l’au-delà des images

des objets

des échos du temps

Lentement et tes souvenirs s’immobilisent

Pendant que tes yeux se ferment à la vision extérieure

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 04 novembre 2017. dans La une, Ecrits

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (6)

 

Paradis couturés

dans l’infinie mêlée

peau d’âne sur les cœurs

frileux et sobres-morts

je vois d’en haut

la vie

ouverte

comme un corps

 

Filature dans la neige

la page cherche

son livre

le livre

son auteur

l’auteur

sa liberté

la liberté

son maître

le maître

son esclave

l’esclave

la clef du jeu

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 28 octobre 2017. dans La une, Ecrits

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (5)

 

Je suis le miel de Cupidon

l’antre et sourire

au goût de hyène

 

J’offre au désert

des fleurs de doigts

pour cristalliser tous les sens

 

A mes prières je dis pardon

 

Bois hurlant comme la bête

ton âme

à fleur de terre

cogne dans la sciure

 

Ton âme

qui vaut ma peine

quand elle te cherche en vain

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