Ecrits

La mauvaise interprétation : le terrorisme au prisme de l’art

Ecrit par Marianne Braux le 19 mai 2018. dans La une, Ecrits, Actualité, Société

La mauvaise interprétation : le terrorisme au prisme de l’art

Point de vue

On aurait voulu s’en passer, que ce ne soit jamais à nouveau arrivé, mais la tragédie du 13 mai à Paris nous aura au moins appris ceci : qu’il est urgent de rééduquer les plus jeunes à la poésie. Pourquoi ? Car seule la poésie est plus forte que les fanatismes religieux. Seule la poésie, et derrière elle tous les arts, la Beauté, peut garder un jeune Français influençable et déraciné, en rage contre la vie et en quête de maîtres et d’infini, d’égorger son concitoyen. Seule la poésie peut lui donner les armes pour dépasser son inavouable désespoir et ôter de ses mains le couteau qui a tué son semblable et partant, l’aura tué lui-même. Pourquoi ? Parce la poésie enseigne à l’être parlant qu’est l’être humain à ne pas croire à ce qu’on lui dit. A ne pas prendre toutes choses au pied de la lettre, surtout lorsqu’il s’agit d’une parole imagée et opaque comme celles des textes religieux. La parole dite « divine » n’est telle que parce qu’elle est interprétable au-delà du sens commun des mots. Si elle vient d’un « dieu », d’une figure invisible donc, c’est précisément parce que son sens est cachéet qu’il est du devoir de l’homme de le maintenir tel, à l’abri des regards bien au chaud dans ce que l’on appelle communément le « cœur », le « for intérieur » ou, comme on disait autrefois : « l’âme ». Fixer, plaquer le sens d’une parole biblique ou poétique – car c’est au fond la même chose – sur le monde extérieur est pour ainsi dire sacrilège. « Dieu » n’est pas un politicien, il ignore les discours, il parle une langue singulière et privée… Une parole n’est « sacrée » que tant que l’ON ne l’aura pas complètement comprise, tant que JE, et non pas le troupeau des MOI, peut s’y sentir directement et exclusivement concerné. Ainsi, comprendre l’ordre violent d’un verset du Coran comme un ordre à la violence entre les hommes sur Terre va à l’encontre du principe même de « Dieu ». Les terroristes sont leurs pires ennemis : des mécréants ! Lorsque le prophète dit :

Sr2. 190. Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes. Allah n’aime pas les transgresseurs !

Sr2. 191. Et tuez-les, où que vous les rencontriez ;et chassez-les d’où ils vous ont chassés : l’association est plus grave que le meurtre.

Lorsqu’il répète cela qu’il a appris de « Dieu », le prophète s’adresse à l’homme intérieur. Il engage chacun à vaincre ses démons, à garder espoir dans une vie meilleure non pas au ciel, mais ici et maintenant. A se débarrasser de son ego tout-puissant pour suivre la voie de l’autre puissance : celle qui mène au paradis sur Terre. Le cœur, l’esprit. La parole « divine » invite l’homme à devenir autre pour pouvoir accepter l’autre autre : son frère, son voisin, l’étranger de passage, l’étranger qui s’installe.

RDT / 68 : 50 ans après, des nouvelles de mai 68 ?

Ecrit par Lilou le 19 mai 2018. dans La une, Ecrits

Mai 68 ? Un ton au-dessous…

RDT / 68 : 50 ans après, des nouvelles de mai 68 ?

Je n’ai plus aucune mémoire, je n’ai que des souvenirs nous souffle mai 68, notre mai 68 à nous, Français pas encore nés à cette époque, ou alors étudiants, jeunes parents, très lointains enfants dorénavant alourdis par cinquante ans de plus. Un demi-siècle, ça fait un bail. La plupart du temps ça se compte en souvenirs de bébés qui avec les années ont vécu, ont été accompagnés vers les sommets, puis laissés vers leurs destins d’Homme et de Femme. Ça fait aussi en chacun de nous des parents et des amis en moins, des ronds de serviettes vides en plus, avec leurs sourires évanouis et ces voix pour toujours envolées. Oui, 50 ans, ça en fait un bail avec ses litres de ratures comme ses immenses bonheurs. Mais bon, si on repart du point de départ de la bobine de nos histoires, nous souvenons-nous comme il le faudrait, à l’échelle du monde et peut être aussi à celle d’une histoire plus globale, de cette année 1968 qui pour nous, Français, n’a le plus souvent que les attributs d’un sang qui coula rouge et noir ?

1968 a mal débuté. Au Viêt-Nam, le 30 janvier, c’est l’offensive du Têt. Plusieurs centaines de milliers de combattants Nord-Vietnamiens lancent l’assaut contre les entrailles d’autres centaines de milliers de Sud-Vietnamiens ayant cru aux mirages des Marines américains à peine âgés de 20 ans avec leurs Lucky Strikeen guise de sourire et leur M16 en bandoulière. Commandés par le premier des faux cons, Lyndon B. Johnson, 58000 d’entre eux ne reverront jamais les collines de Burbank ou la Skyline de New-York. Janis Joplin a beau reprendre Summertime (1), rien n’y fait, le Viêt-Nam devient le père de tous les bourbiers. Khe Sanh finit par être dégagé à force d’y envoyer des B52 chargés jusqu’à la gueule de Napalm et d’autres berlingots au phosphore, mais bon, à la fin de l’année, le désengagement américain devient une évidence. 1968 marquera pour les Américains le début de la fin au Viêt-Nam. Elle posera aussi les jalons de l’humiliation politique devant les caméras du monde entier, et surtout elle signera pour sa jeunesse la fin de l’innocence. Aux USA, plus rien n’y sera comme avant. Surtout dans sa capacité à nous impressionner.

A Rome et à Berlin-Ouest, la guerre du Viêt-Nam cristallise les doutes de tous ceux ne se reconnaissant pas dans les envies de containement du cousin américain préférant les orages de bombes sur Hanoï à la poésie d’Otis Reading qui emporte tout sur son passage (2). Bien vrai ça disent les dizaines de milliers de manifestants de la Potsdamer Platz et de Trafalgar Square qui hurlent contre Washington. L’incompréhension entre ceux qui gouvernent et ceux qui n’y sont jamais conviés est immense, d’autant que pour le pouvoir américain tirant à vue, un bon « Noir » n’est qu’un Marine, les tripes à l’air et peu importe si juste avant de mourir il gorge son désespoir à grandes injections d’héroïne dans les rizières bordant le Mékong. Otis Reading lui, a tout du branleur dont personne ne veut : il est Black et il chante ! Peu importe les droits des minorités à géométrie variable, il n’est pas un héros de l’Amérique en guerre, il n’est « qu’un » parmi la minorité. Martin Luther King pointe l’injustice de cette Amérique inégalitaire en se demandant « pourquoi envoyer des jeunes Noirs défendre à 16.000 km de chez eux des libertés qu’ils n’ont jamais connues dans le sud-ouest de la Géorgie et dans l’est de Harlem, pourquoi envoyer des garçons blancs et noirs se battre côte à côte pour un pays qui n’a pas été capable de les faire asseoir côte à côte sur les bancs des mêmes écoles » ? Le coup est rude, la vérité blesse, la Maison Blanche semble perdre quelques-unes de ses candeurs de vierge pendant que les Beatles nous envoient Helter Skelter. (3) Pour un peu, on s’y croirait au droit des hommes et à la déclaration universelle… Mais le 4 avril, early morning, sur un balcon moite de la périphérie de Memphis, Martin Luther King est abattu comme un pigeon pour ne pas dire un chien de sale race par un extrémiste blanc qui ne se livrera qu’un an plus tard. Tout est à recommencer…

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 19 mai 2018. dans La une, Ecrits

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (17) : «  Il paraît que parler…

 

Il paraît que parler

revient à la mode

On se fait des bisous

de sucre glacé

et de fiel d’abeille

 

Chanter aussi

devient le vox plus ultra

On cigale sa fourmi

on aiguise ses notes

au couteau

de l’harmonica

 

Le ventre de l’espoir

gonfle

comme un ballon

qui rebondit toujours

What I Know about Art (continued)

Ecrit par Ricker Winsor le 12 mai 2018. dans La une, Ecrits

What I Know about Art (continued)

We need skill ; there are technical aspects, but the important part, as I know now, is honesty, sincerity, purity, true feeling, those kinds of qualities. When you know art history from the Venus of Willendorf to the work of Cy Twombly, or Horace Pippin, or Pierre Bonnard, or Joan Mitchell, you will know this is true. Unfortunately, most people don’t know much about art at all and real artists suffer from that, being compared unfavourably to the slick practitioners who fill the commercial galleries all over the world. That’s why most artists give up, fall by the wayside or sell out, even the most talented ones.

At about the time I made my journey to see Ansel and find out about photography as Art, I met Herman Cherry, a first generation New-York School abstract painter and friend of David Smith, the sculptor, Ruben Kadish, the sculptor, Charles Pollock, Jackson’s brother, also a painter, and many more. He was part of the scene from the beginning and knew them all. I was twenty four when I met Cherry and he was fifty nine. We met through a mutual friend, Zena Voynow, a film editor who was the sister in law of Sergei Eisenstein, the legendary Russian film director, someone you study if you study film. We met in East Hampton, the most important place outside of New-York City for artists. Jackson Pollock had a studio there and Willem de Kooning whom I got to know.

My first wife, Melynda, and I were sitting on the veranda of Zena and Andrew’s house and some small crab apples came rolling off the roof and onto the veranda. « That’s Cherry » said Zena, and so it was. We hit it off immediately despite the fact that when he took us over to his house and showed us his new paintings, I said, innocently, « They look like what Frank Stella is doing ». Of course that is one of the worst things you can say to an artist, since artists, as I have mentioned, try like hell to let their own individuality come out, not someone else’s. Zena told me very quickly, pulling me aside, « Don’t ever tell an artist his work looks like someone else’s ». I remembered that.

I think Cherry appreciated my innocent honesty even if it hurt. At that time he was stuck as a painter, and not long after that he stopped painting for a number of years and wrote poetry, quite good poetry. He published a few volumes and was respected as a poet. From that point on I saw all of his life since we became good friends. I did some abstract acrylic paintings, small ones, which he liked and he was very appreciative of my photography. I became friends with his friends, Edie and Ed Dugmore were favourites and I still admire « Doug’s » abstract paintings very much.

Ce que je sais sur l’art (suite)

le 12 mai 2018. dans La une, Ecrits

Texte de Ricker Winsor (What I Know about Art), traduit par Jean-François Vincent

Ce que je sais sur l’art (suite)

Le savoir-faire est nécessaire ; il y a des aspects techniques, mais le plus important – maintenant je le sais – c’est l’honnêteté, la sincérité, l’authenticité du sentiment, bref, des qualités de ce genre-là. Quand vous connaîtrez l’histoire de l’art, depuis la Vénus de Willendorf jusqu’à l’œuvre de Cy Twombly ou d’Horace Pippin ou de Pierre Bonnard ou de Joan Mitchell, vous saurez que c’est vrai.

Malheureusement, la plupart des gens ne connaissent pas du tout l’art et les vrais artistes en souffrent ; car on les compare à ces praticiens chatoyants qui remplissent les galeries dans le monde entier. C’est ainsi qu’une majorité d’artistes – même les plus talentueux – abandonnent, rendent leur tablier ou vendent leur fonds.

A peu près à la même époque que mon voyage pour aller voir Ansel et connaître enfin ce qu’est l’art de la photographie, je rencontrais Herman Cherry, un peintre abstrait de la première génération de l’école de New-York et ami de David Smith, le sculpteur, de Ruben Kadish, autre sculpteur, de Charles Pollock (également peintre, le frère de Jackson) et de bien d’autres. Il faisait partie de ce groupe dès le début et les connaissait tous. J’avais vingt-quatre ans au moment de ma rencontre avec Cherry ; il en avait cinquante neuf. Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire d’une amie commune, Zena Voynow, une monteuse qui était la belle-sœur de Sergueï Eisenstein, le légendaire réalisateur russe, quelqu’un que vous étudiez forcément si vous étudiez le cinéma. Nous nous sommes rencontrés à East Hampton, l’endroit le plus important pour les artistes en dehors de New-York. Jackson Pollock avait là un studio, ainsi que Willem de Kooning dont j’ai fait la connaissance.

Ma première femme, Melynda, et moi, étions assis dans la véranda de maison de Zena et Andrew, quand de petites pommes sauvages dégringolèrent du toit et tombèrent sur la véranda. « C’est Cherry », dit Zena, et, en effet, c’était lui. Entre nous, ça a fait tilt tout de suite, en dépit du fait que, lorsqu’il nous amena chez lui pour nous montrer ses nouveaux tableaux, je dis innocemment : « ça ressemble à ce que fait Frank Stella ». Bien entendu, c’était la pire chose à dire à un artiste, puisque, comme je l’ai dit, les artistes s’évertuent à faire éclore leur individualité, la leur et pas celle de quelqu’un d’autre. Zena me dit très vite, en aparté : « ne dis jamais à un artiste qu’il ressemble à quelqu’un d’autre ». Je m’en suis souvenu.

L’offense de notre mère, la terre

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 12 mai 2018. dans La une, Ecrits

L’offense de notre mère, la terre

Mes 30 ans ont sonné. Eh oui le temps passe et s’écoule entre nos doigts, en sable parfois fin, parfois grossier. Pourtant, nous sommes d’éternels enfants aux yeux scintillants des milles merveilles qui nous entourent, l’émerveillement à fleur de peau ; et à chaque fois heurtés brutalement, un trente tonnes qui nous rentre dedans, comme la première fois, quand survient la Mort, physique ou celle de nos émois.

C’est une mécanique bien rodée qui peut facilement tout broyer dans ses rouages. Elle nous rend parfois clowns tristes, voire pathétiques, avec l’humour et l’autodérision pour seules armes afin de contrer le sérieux autoritaire de ces gens cyniques qui éradiquent leurs semblables sans remords à grands renforts d’arsenic. Il me semble évident que Charlie, humain plein de bon sens, a trouvé la parade idéale pour dénoncer ces grotesques mascarades et les actes odieux de ces pantins sans âmes. Son remède est intemporel, thérapie par le rire.

En ces temps modernes dont tu parles et qui te posent question ; bien sûr que tu as, que nous avons le droit, surtout le devoir d’être heureux. Nous n’avons pas à passer notre temps à pleurer toutes les larmes de notre corps sur le passé ainsi que sur toutes les misères du monde, ce poids est bien trop lourd à porter seul(e). Ce n’est pas un élan égoïste loin de là, mais il faut aussi savoir se préserver un minimum, avoir conscience que dans cette vie parfois si dure, un grain de bonheur est bénéfique pour tous quand il se propage en traînée de poudre. Alors oui, je veux te voir sourire sans te retenir et qui plus est, en être fier.

En ces temps modernes où l’industrialisation, l’urbanisation, la condamnation, la digression ont la part belle, remplacent l’émotion pure ; nous restons authentiques, fidèles aux valeurs antiques ; et retournons à la nature. Ecole cynique, école buissonnière qui nous apprend à nous défaire des conventions sociales, de l’opinion publique ; au mépris des pseudos « bien pensants » dont nous faisons fi.

Nous progressons les yeux grands ouverts, peu soucieux de passer pour des cancres utopiques tant que nous apprenons les bonnes leçons, suivant nos instincts sauvages mais assagis par les meilleurs aspects de la nature humaine.

Là, quelques bouteilles jetées à la mer, pas de frontières, tout juste quelques balises rouge passion et vert espoir. Faut-il tourner à gauche ? A droite ? Je me sais parfois gauche, cependant je m’escrime à être de plus en plus adroite au fil des courants, des alizés.

What I Know about Art

Ecrit par Ricker Winsor le 05 mai 2018. dans La une, Ecrits

What I Know about Art

What are we doing here in this life anyway ? For a lot of people, a six pack of beer and a football game answer that question very nicely. For others it’s family, grandchildren, and community. To be an artist is to not be satisfied by those happy ways. To be an artist is to be an outsider looking in, like Thomas Mann’s « Tonio Kröger », a character to whom I related strongly as a teenager. All those material and social comforts are not for us.

An artist has to find his own way, driven to respond to his experience of life in the best way he can. As my teacher and friend Harry Callahan put it, to share « what I feel and have always known ». That is the motivation, to do something, say something, make something that is a deep expression of who you are and how you feel about this mysterious life. On the most basic level, the artist is someone who produces something, but to be called Art the thing produced must have special qualities attached to it. Skill coming from talent is appreciated by everyone, easily appreciated. Skill is important but, to my mind, other values are more important.

In the best work there is a sense of passionate intention, the desire to capture a feeling in whatever medium. I started as a photographer and the great photographers were able to do that. My heroes were Cartier Bresson, Danny Lyon, and Harry Callahan. I knew them all. But for me, the simple, direct approach of a reed pen drawing in india ink on paper and oil paint on canvas provided a more satisfying experience. So that is what I have been doing now for over forty years.

How did this all happen ? Why did it happen ? The oracle of Apollo in Delphi said in Greek, « Gnothi Seauton, Know Thyself ». It is a hard directive, easier said than done. For whatever reasons, this idea attracted me strongly from a young age. When young Holden Caulfield of « Catcher in the Rye », smack dab in the middle of teenage angst and confusion, went on a quest « to find himself » I related.

The affluent world I was in after WWII was not satisfying to me. And I noticed that it didn’t seem to make the adults I knew very happy either. It certainly didn’t solve the problems of our family, something I wrote about extensively in my book, « The Painting of My Life ».

What did make sense was my father’s clever and skilful cartoons, his writing, my mother’s excellent painting, the painting of my sister Mary, and the good reproductions of Van Gogh paintings on the walls of our house, La Berceuse and Boats at Saintes-Maries-de-la-Mer, as well as my father’s black and white photographs. Our neighbour Rowl Scherman was a teen idol with the guitar and later a fine photographer working for Life Magazine. A book and a film about him came out in 2016 : Eye on the Sixties : The Iconic Photography of Rowland Scherman. His brother Tom was exceptionally talented in drawing and went on to work at Disney. Down the street, a woman twenty years my senior, Lee Schoenburg, was the editorial director at Magnum Photos. We became lifelong friends. My godfather, Paul Rhymer, wrote over three thousand episodes of Ma Perkins, one of the most popular shows on radio before television took over. He is considered one of the great American humourists of the twentieth century, in a class with Will Rogers. That is a whole lot of background, something I haven’t mentioned before.

Ce que je sais sur l’art

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 mai 2018. dans La une, Ecrits

Texte de Ricker Winsor (What I Know about Art), traduit par Jean-François Vincent

Ce que je sais sur l’art

Au fond, qu’est-ce qu’on fait donc ici, dans cette vie ? Pour beaucoup de gens, la réponse à cette question serait volontiers : « un pack de six canettes de bière et le foot ». Pour d’autres, c’est la famille, les petits-enfants et plus généralement, les autres. Etre un artiste, c’est ne pas se satisfaire de cette façon de voir doucereuse. Etre un artiste, c’est être un outsider regardant, tel le Tonio Kröger de Thomas Mann, un personnage dont l’adolescence forme le trait d’union avec soi. Tout le confort matériel et social, tout ça, ce n’est pas pour nous.

Un artiste doit trouver sa voie, mu par le désir de faire écho, de la meilleure manière possible, à son vécu. Comme le disait mon maître et ami Henry Callahan, il s’agit de partager « ce que je sens et ai toujours su ». C’est ce qui vous pousse à faire quelque chose, à dire quelque chose, à créer quelque chose qui exprime en profondeur qui vous êtes et comment vous ressentez ce mystère qu’est la vie. Fondamentalement, l’artiste est quelqu’un qui produit quelque chose ; mais pour que ce quelque chose puisse être qualifié d’art, il doit posséder des qualités spéciales. Le savoir-faire est important ; mais, à mes yeux, d’autres valeurs comptent davantage.

Dans l’œuvre la meilleure, il y a cette espèce d’intention passionnée, le désir de capter – par quelque substrat que ce soit – une émotion. J’ai débuté comme photographe et les grands photographes sont capables de ça. Cartier Bresson, Danny Lyon et Henry Callahan étaient mes héros. Je les connaissais tous. Mais pour moi, le simple contact direct avec une plume en roseau dessinant avec de l’encre d’Inde sur du papier – ou encore avec de la peinture à l’huile sur une toile – m’apportait de plus grandes satisfactions. De fait, c’est ce que je n’ai cessé de faire depuis plus de quarante ans maintenant.

Comment tout cela s’est-il produit ? Pourquoi cela s’est-il produit ? L’oracle d’apollon à Delphes dit : « Gnôthi seauton, connais toi toi-même ». C’est un objectif difficile à atteindre, c’est plus facile à dire qu’à faire. Mais curieusement, depuis mon plus jeune âge, l’idée m’a fortement attiré. Quand le jeune Holden Caulfield de « Paradis dans un champ de seigle », au beau milieu de la peur et du chaos de l’adolescence, se met en quête de « se trouver lui-même », je me reconnus en lui.

Le monde prospère dans lequel j’ai grandi, après la deuxième guerre mondiale, ne me satisfaisait pas ; et il me semblait qu’il en allait de même pour les adultes que je connaissais. Cela ne résolvait certes pas nos problèmes familiaux, comme je l’ai décrit en long et en large dans mon livre, Le Tableau de Ma Vie.

La triazolokosbeviensohainezodiazépines

Ecrit par Khalid EL Morabethi le 05 mai 2018. dans La une, Ecrits

La triazolokosbeviensohainezodiazépines

/ pardon/ je persiste/ je peux créer le néant si facilement/ là/ action/ turfu/ feu d’artifice/je suis en train de créer une image/ arc en ciel/ produit/je suis en train de regarder mes yeux/ le mouvement des veines/ à l’intérieur/ le cœur/ c’est-à-dire/ le visage/ nul/ comme un animal/ j’ignore la question/ je suis curieux/ la triazolokosbeviensohainezodiazépines/ la haine dans l’oreille/ habite le corps/ j’appuie sur mon visage/ la tête rasée comme/ derrière les cheveux/ une plante/ et derrière la mâchoire/ j’insiste quand je mâche un insecte/ la tête/ je parle/ qui n’est pas vraiment la mienne/ le rouge/ qui est logiquement/ absurde/

Battent les ailes du cri

Ecrit par Gérard Leyzieux le 28 avril 2018. dans La une, Ecrits

Battent les ailes du cri

Battent les ailes du cri en fuite sur la forêt

Dans le bruissement de la brume à l’entour des arbres

Écho lointain d’un ruisseau glissant sur le granit de la montagne

Et silence du regard fermé aux accidents du paysage

Balancement du corps à l’écoute éprouvante

Voyage au circuit empli d’incertitudes

Le parcours le long des circonvolutions inexplorées inquiète

Tourmente aussi face à la voie à suivre, prendre, choisir

S’insurgent les sensations malmenées des bruyants vides

Avancer, progresser, se déplacer vers où, quand, comment, qui…

Tout en affichant la solidité du visage souriant

Dans le brouhaha d’une foule inconnue et toujours plus tempétueuse

Se sentir meurtri(e) puis emprisonné(e) dans ses propres absences

Circonscrit(e), enveloppé(e), entraîné(e) vers l’intense troublement qui reste implacablement sans réponse

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