Ecrits

Tout autre chose que la nuit -2 -

Ecrit par Joëlle Petillot le 20 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Tout autre chose que la nuit -2 -

Il est bien, dans son premier été d’homme, Emmanuel. Quand la femme pâle revient, il entrouvre les yeux. Elle lui prend la main, le poignet, se penche un peu. Quand son visage est assez près, il la regarde, dit simplement : « Laissez-moi ».

Elle lui sourit : « OK », vérifie la perfusion, tripote quelque chose sur la table de chevet.  Elle sort, il n’a pas réalisé qu’il s’endort. Aucune importance, il est retourné là-bas.

Quand il se réveille le jour a baissé. Il a demandé les volets ouverts quelle que soit l’heure, même la nuit. Tant que l’obscurité est celle d’un vivant, aucune raison de s’en priver. Il sait aussi qu’il lui en reste, de cette nuit à venir. C’est à l’aube qu’on prend le Train pour Nulle part. La femme pâle vaque dans la maison, il entend son pas, des voix étouffées. Le mot qui lui vient à l’esprit, à peine un œil jeté au crépuscule dehors est « deuxième ». Deuxième quoi ?

Caprice de la mémoire, mais il ne dure pas. Deuxième-premier. Celui-ci non plus n’était pas banal. « Un premier baiser entre deux personnes consentante ne l’est jamais » lui dirait sa compagne, avec raison comme trop souvent, ce qui n’a pas peu contribué à leur tendre éloignement. « Deuxième ». Ça vient, pense-t-il et il s’entend sourire. Comme il s’entend dormir, attendre, penser. À certain stade de faiblesse, on ne se voit plus. Les gestes les plus légers se font bruit transparent. Celui du sourire est un froissement dans l’ombre.

Classe de troisième, collège… ?  Blanc. Aucune importance.

Ses quatorze années fraîches se râpent au premier rasoir, car il se rase, et n’en éprouve aucune fierté. Il gomme un duvet qui poussé aurait la grâce d’un poireau et l’efface pour éviter ça. Mais le reste de la peau est diaphane et le rasoir ne l’arrange pas.

Elle est minable en maths, s’en fout. Il y a en elle une liberté dansante qui l’attire, aussi parce qu’elle est redoublante, plus âgée, métisse, et qu’elle le regarde avec une sorte de voracité. Elle a des lèvres charnues, presque trop. Parfois le traverse l’idée que l’embrasser doit être accompagné de rebond, comme tomber tête première sur un édredon. Son regard, bizarrement, prend la lumière de la bouche, pas le contraire. Il y a une avidité dans les contours… s’emparer de ses lèvres doit relever de la dévoration. Il a une faim de jeune homme, une faim d’adolescent subjugué, une faim de toutes les diablesses. Cette Fille à la Bouche dont il a oublié le nom, elle le brûle de sa peau dorée, de ses dents immaculées, de ses yeux bruns clairs qui  ne regardent pas mais mangent la vie autour, sans mâcher.

Il y eut un genre de raout bruxellois, voyage de fin d’année en Belgique, d’ailleurs, c’était Bruges et non Bruxelles, voilà que des choses lui reviennent. Ce parc avec des arbres étranges, dont deux ou trois au tronc énormes, et entièrement creux. Les copains rentrent, sortent, s’abritent dessous, parfois seuls, parfois à deux. Il repère le plus large, le plus incurvé aussi. Il la cherche du regard, elle n’est jamais loin, s’il était plus sûr de lui il dirait qu’elle le colle, mais n’ose pas y penser ce qui signifie qu’il ne pense qu’à ça. Deux filles de sa classe, Héloïse Charmel et Caroline Pélissier, d’où ça lui vient, ça, Héloïse Charmel et Caroline Pélissier, sortent de l’arbre creux en riant comme des baleines, il les entend dire qu’on peut se faire sa piaule, là-dedans.

Tout va très vite. Elle est juste à côté de lui, il prend sa main et court en trois enjambées, elle ne retire pas sa main et tous les deux s’engouffrent sous le toit d’écorces. A l’intérieur git une odeur de terre, d’humidité, la délicatesse d’un pourrissement. Le bois les contient comme une cane serre ses petits, un oiseau de bois sans aile qui les enrobe d’un murmure, les branches dehors s’agitent, ça a quelque chose de marin, ce bruit de feuillée qui vire, un chant d’été moussu d’écume ; Peut-être le premier-premier, un peu du sel de son écho aux abords du deuxième-premier…

Qui n’a pas lieu. Enfin, pas comme il l’attendait. 

 

Mots d’amour et d’hiver (1)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 20 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Notre amie et rédactrice Emmanuelle Ménard nous a confié un ensemble de poèmes courts que chacun saura goûter, soyons-en sûrs.

Mots d’amour et d’hiver (1)

Déshabiller l’hiver

et regarder

au fond

au clair de la blancheur

qui tombe

comme flocons

 

Souvenir

comme des braises

au feu

triste

de l’hiver

 

L’hiver a ses humeurs

de neige et de verglas

 

Ses mots

comme des flocons

ont blanchi

ma mémoire

Victoire ou la vie comme elle va… (2)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 13 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Victoire ou la vie comme elle va… (2)

Parfois, Victoire se demande si les hommes n’auraient pas dû s’abstenir… S’abstenir d’inventer le nombre, la règle et l’équerre, le boulier, les lignes aussi, qui servent plus à délimiter et à enfermer qu’à montrer la voie de l’arc. Espérons que les enfants mettront tout dans le même sac et mélangeront bien les billes, pour faire sortir du neuf ! Enfin du neuf qui donnerait l’envie d’aller fourrer son nez dans d’autres coins de la vie, là où la poésie n’a pas encore été « levée ». Les enfants ne sont-ils pas des bandits de grand chemin ? Des détrousseurs de vérités, lesquelles s’entassent, s’entassent jusqu’à ce que « Paf ! », tout s’écroule, et c’est reparti pour un tour. La terre tourne, les vérités aussi… Rien de plus logique après tout. Tournez manège, allez, tous à la floche !

Pfft, toutes les cinq minutes, Victoire doit s’éponger le front ; c’est qu’elle pense, beaucoup trop selon les médecins. La floche, la flotte, allez, hop, tous à la flotte et qu’on n’en parle plus ! C’est pour cette raison aussi qu’on lui a prescrit le soleil. Enfin soyons honnête, c’est avant tout elle le grand manitou des médecins, elle et elle seule qui trouve ce qu’il y a de meilleur pour se soigner. Le « Connais-toi toi-même » n’a pas encore fait son temps ; sans doute immortel, celui-là, ou du moins de l’âge de l’homme.

La chaleur est très efficace : elle ramollit, tout en asséchant des parties. Victoire ainsi se sent partagée, entre des énergies nouvelles et une tête où le vide fait son nid. Oui, c’est exactement cela ! Elle a maintenant des oiseaux dans la tête, et elle ne serait pas étonnée de s’entendre gazouiller la prochaine fois qu’elle ouvrira la bouche. Un peu comme de l’eau sur le feu, le froid des calanques a ravivé son sang, qui ne fait plus qu’un tour, gicle sur le rocher telles des marques de reconnaissance. Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’été…

Cet après-midi, Victoire a plongé nue sous le regard des mouettes ; des rieuses, celles-là, et qui s’entendraient bien avec son cœur, heureuses et tristes à la fois… Dans l’eau, Victoire ne sait plus si elle est en haut ou en bas et si la vie vaut la peine d’être vécue ou pas. Non, elle ne se pose plus toutes ces questions puisque dans l’eau, elle est réduite à soi, une goutte parmi les autres…

La mer est sa cathédrale, la chute délicieuse où elle boit le Tout, l’extase qui l’ouvre à l’hypocentre. La mer est, Victoire est… Il n’y a plus ni naissance ni mort, ni terre ni ciel, comme si tous les mots tombaient les uns après les autres, toutes les choses aussi… L’instant est sacré, et elle saute dedans.

A trop réfléchir, elle pourrait prendre peur, hésiter, faire la moue, faire la bête. Caprice bien humain ou coquetterie déguisée… Un doigt dans la bouche pour faire la petite fille qui se fait désirer ; un doigt pour s’étrangler et rater encore l’occasion de la rencontre. C’est bien connu, le moi tire sur la corde tant qu’il peut ; il n’a pas envie de perdre au change et de disparaître, disparaître pour de bon !

Ouf, plongeon divin et puis rentrer dans sa peau… Victoire s’étend sur la roche calcaire, creuse un peu plus dans le massif pour s’y déposer. Question de confiance tout simplement ; le mot clef de voûte qui a perdu sa pierre, parce que les hommes ont oublié…

TOUT AUTRE CHOSE QUE LA NUIT - 1 -

Ecrit par Joëlle Petillot le 13 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Une écriture magnifique en 3 épisodes, de notre amie rédacrice, Joëlle Petillot. Comme un cadeau en cette rentrée littéraire...

TOUT AUTRE CHOSE QUE LA NUIT - 1 -

Il rêvait éveillé pour profiter de la vie comme on la distille. Parfois la femme pâle ouvrait la porte, jetait un coup d’œil : il fermait les yeux, contrôlant sa respiration. Il savourait plusieurs chances : avoir eu une vie acceptable, s’acheminer vers la sortie sous son toit et sans souffrance majeure, faire semblant de dormir comme à huit ans, quand une mère angoissée – pléonasme – au point de le garder à la maison avec 37° 7 de température, venait dans sa chambre toutes les heures afin de déposer sur le front de son Prince un baiser transparent comme sa propre conscience.

Le présent étréci relevait de la même imposture : je ne dors pas vraiment, laisse-moi rêver.

La femme pâle n’était pas maternelle, on la payait pour s’occuper de lui. Mais il aimait son visage. Elle sortait de la chambre comme on s’envole, s’évaporant dans un parfum de sauge, une odeur miellée de tisane proche de celle de l’oubli. Après quoi il reprenait les berges paresseuses du fleuve-mémoire, sans s’épargner les grands trous de vase douce, les herbes masquant le fond, les rides de l’eau, les reflets. Il s’installait dedans malgré des peurs fugaces, en homme sûr de ses pas qui ne s’en laisse pas conter. Il perdait parfois des choses, mais lui ne se perdait jamais.

Dispensé de la faim par sa perfusion, l’œil tourné vers la fenêtre où les arbres dessinaient de solides arabesques au crayon de leurs branches nues, Emmanuel Sabran remontait le temps mais pas n’importe lequel : celui des premiers baisers ; les plus lointains, ceux d’avant une épouse encore à ses côtés. La paresse de se quitter laissait entre eux un peu d’amour et pas de guerre : pas si mal après des années accolés. Au cœur de son présent indéfini il fouaillait les souvenirs, cherchant un brouillon d’adulte inconnu depuis un temps si extensible qu’il peinait à le circonscrire. Fil délicieux, frénétique, du début à peine poilu à la quarantaine mûre comme un coing de novembre. Précoce en bien des domaines, Emmanuel avait été tardif pour deux choses : le mariage et la paternité. Alors, dans le silence de sa chambre trop blanche il distillait ce fleuve à l’envers du monde et de lui-même : non pas le passé en soi, mais ce passé-là.

Premier premier, premier de tous.

Bretagne, vacances d’été, treize ans à peine. Il joue à nager vers le ponton avec une amie retrouvée tous les ans à pareille période, fille d’amis de ses parents. Elle est un peu plus âgée, va sur ses quinze et revêt à ses yeux une importance nouvelle : son haut de maillot d’ordinaire inutile s’est fait contenant à rayures de deux sphères sans timidité qui s’agitent quand elle nage. Emmanuel sait ouvrir les yeux sous l’eau, talent dont il se garde bien d’évoquer l’existence, ce qui lui permet, à marée haute, quand ils peuvent enfin nager du bord vers le ponton, de brasser coulé en prenant sa respiration avec une régularité de métronome.  Donc de regarder par en-dessous les seins de l’amie, puisqu’elle en a enfin, et il doit lutter contre l’idée absurde qu’ils ont poussé en une seule nuit. A travers le trouble de l’eau, dont le sel lui pique les yeux mais qu’importe, il voit son corps à elle nager en ondulant, et le flou de la réverbération fait de sa chair blanche un ivoire vivant dont le lissé imaginé un instant sous sa main le fait rater une respiration. Il boit la tasse et se retient de tousser, en vain. Passé cette embardée aquatique, il reprend sa brasse, remet sa tête sous l’eau. Bénit la Manche dont la température en Juillet s’élève à 18 ° maximum… L’érection ne se pointera pas, d’autant que le ponton est presque là, qu’en deux enjambées sur la petite échelle ils vont se retrouver dessus, que le jeu est de ne pas s’asseoir. Car le ponton oscille, il faut un pied sûr pour ne pas tomber. Un pied d’enfant du pays, de marin terre-neuvas. La marée monte, l’eau bouge. Il faut écarter un peu les jambes, les pieds sur le bois tiède à ravir, se planter solidement et anticiper un peu le balancement. L’un et l’autre le font sans même y penser, depuis le temps. Il sait qu’elle a nagé avec le caillou dans la main, ce qui est une gageure. Une fois, il avait essayé de brasser les poings fermés, et s’était vu agiter les jambes comme un fou pour ne pas avancer, ou si peu. Sans parler d’une sensation étrange à la limite du désagréable. Pas de doute, elle est douée.

Victoire ou la vie comme elle va… (1)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 06 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Victoire ou la vie comme elle va… (1)

Comment commencer ? Par « Il était une fois une rêveuse trop rêveuse… » ou par « Elle enfourche son vélo, regarde l’horizon, et fonce, pédale dans le vide tellement elle va vite ! »

Victoire, c’est le prénom qu’elle a choisi… Et qui court après les échecs pour apprivoiser le chemin. Mais un chemin, c’est quoi au juste ? Eh bien des routes, un entrelacs de routes et qui, le plus souvent, partent dans toutes les directions.

Victoire n’a pas dit sa dernière route : elle hume l’air du jour et puis se laisse emporter ! Sa chair est légère et prend l’eau de la pluie, la chaleur du soleil, la blancheur de la lune… Entre les bornes, elle lève la tête, traverse des yeux le ciel… L’azur est son moteur, l’ami qui lui veut du bien. Marseille, allons-y pour la mer, se faire pêcher par le poisson ! Car n’est pas sujet qui croit et les rênes tiennent les mains… Au port il y a les barques et les bateaux ; d’autres rêves qui flottent sur l’eau… Et puis aussi les cris, les regards tristes et sales, qui se lavent au soleil, à la lumière du temps. Derrière le port, une auberge où elle entasse ses fatigues. La chambre, sombre, l’accueille et lui donne de l’espace. Elle se retrouve enfin, posée entre quatre murs, regarde du balcon le bal des hommes sans femmes, les couples qui se ressemblent, ou le jeu d’un ballon. Victoire adore être en haut et regarder en bas… Les scènes de vie, des saynètes qui tournent, se répètent, traînent les mêmes couleurs. Enfin, pas toujours ! Victoire a plusieurs lunettes, celles qui glissent sur le nez, celles qui lui chatouillent la peau, et celles qu’elle voudrait garder tellement c’est beau !

A l’auberge, dans la cuisine plus exactement, les hommes sont mélangés. C’est ce qu’elle aime, Victoire, le mélange. On appelle cela l’espèce humaine mais elle y voit un grand manteau, et qui tient chaud, très chaud, surtout quand, sous le cœur, on sent ce courant d’air qui n’arrête pas de faire baisser la température… Les mots font du bruit, certes, et l’on ne s’entend plus rêver mais… Des yeux tournés vers vous, ça fait tellement du bien ! Bruit de casseroles aussi, et de corps qui chahutent, font la danse de la nuit, quand les entrailles s’enflamment…

Marseille a sa chanson, celle du ciel qui tombe dans la mer et prend la voile, oh moussaillon. Marseille a ses rideaux, rouges comme au théâtre, pour faire brûler les jours/heures sur les planches… Victoire entend le port, le reflet des étoiles, et court jusqu’à son lit pour l’imaginer encore plus près, ce port.

Demain elle ira aux calanques ou suivra le soleil… A moins qu’un bus ne passe et qu’elle saute à sa vitre, à moins qu’un homme la prenne comme on prend les secondes. Sait-on jamais, demain est l’aventure, et l’aventure un pas vers une route, d’autres routes… Ou peut-être se contentera-t-elle de suivre son corps qui, elle le sait, ira jusqu’à la mer, pour oublier la gravité, les marques du savoir et des années passées. L’eau comme un gant qu’elle passera sur sa vie, l’eau qui nettoiera ses désirs et fera des éclaboussures tel le bouchon qui saute !

Et si le lit se fait lourd et qu’elle ne veut pas du jour, eh bien elle s’enterrera sous les draps et jouera avec ses pensées, ou ses idées. Victoire adore jouer mais sans règles du jeu, comme ça, comme un navire qui se perd, au fil blanc du brouillard, dans l’écume des nuages, les embruns d’une mélancolie…

Quoi de plus chic que de décider ? Sortir ou ne pas sortir du lit, sauter dans la lumière ou se cacher dans le noir… Victoire n’a qu’un seul compte en banque, celui des émotions. Elle l’appelle son compte V ; V comme son prénom, V comme Victoire, V comme Vie, V comme les ailes d’un oiseau en plein vol. Pas besoin de se déplacer au guichet ou d’aller chercher l’argent dans les murs. Victoire se nourrit de ses intérieurs, sortis tout droit du ventre de la rue, là où il y a les sourires, les yeux qui fuient ou s’accrochent, les autres. Victoire a d’ailleurs un don : elle traverse les gens, passe avec les passants, court avec les coureurs, s’arrête avec les rêveurs. Un don de transparence ? Peut-être… Ou peut-être pas… Elle s’engouffre dans l’autre, prend de l’épaisseur, monte jusqu’à ses hauteurs, ou descend dans ses peurs. Larmes et joie, yeux qui brillent de tristesse ou d’espoir, Victoire est de toutes les couleurs et ne ferme que de fausses portes.

Finding Indonesia

Ecrit par Ricker Winsor le 06 septembre 2017. dans Ecrits, La une, Voyages

Finding Indonesia

After four years as an expat here in Indonesia, with permanent residence status and no idea of turning back, I might be able to say a few things about this extraordinary country, a country made up of seventeen thousand islands stretching three thousand miles. It is the biggest Muslim country in the world.

Seven years ago, during a long-distance call, I said yes to a school director in Surabaya, and, within three weeks, packed up my house, found some tenants, sent a parcel ahead with books and art supplies, and got on the plane. I think I had just enough time to look at my atlas to see that, yes, Indonesia did exist, and, yes, it was « over there », wherever that was, in Asia.

It is worth mentioning that this happened in the afflicted year of 2009. Like so many other people, I was affected by the greedy worshipers of Mammon having stolen everything in sight by selling junk bonds, phony mortgages, and things of that nature at the expense of the helpless citizenry. My job as a part-time college administrator was eliminated so « Indonesia here I come ».

I wrote extensively about my initial year here in my first book, Pakuwon City, Letters from the East. I only stayed a year at that time due to many things including homesickness, tenants in my house deciding not to pay, things like that. But the fine woman I had met in Surabaya followed me several months later and that autumn, on a crisp October day, we were married in Vermont, in a field belonging to the justice of the peace. After a year in the snow and two more teaching in Trinidad, we came back to Indonesia, first to Bali for two years, and then to Surabaya, my wife’s home town.

Now I have a Chinese Indonesian wife, an extended family, two language teachers who teach me twice a week, a teaching job twice a week and full life in all ways. I am on the East side of Surabaya, the old side, and not the side where one might find other foreigners. I go months without seeing another bule, (pale face), which is fine with me. I speak Indonesian and have an Indonesian driver’s license and a Kitap Visa, permanent residence status. This is not so easy to obtain since they, perhaps wisely, and perhaps as a reaction to three hundred and fifty years of colonial life under the Dutch and three under the Japanese, don’t want foreigners involved here too much. Makes sense to me.

That being said, there are plenty of foreigners if you look for them, mostly in Jakarta or in Bali, and they pay their visa fees and enjoy a fine life. All this is a very brief introduction to what I want to say, that Indonesia may be the best place in the world to live at this time, perhaps at any time. And that is not because of the cost of living or the excellent cuisine. It is because of a culture of non-aggression, non-confrontation, a culture « sopan dan rama » which means polite and friendly. The subtlety of this goes down levels deeper than I can venture yet. Even the beginners’ depths are astoundingly different from what I am used to as a product of a violent, competitive culture, America.

Trouver l’Indonésie

Ecrit par Jean-François Vincent le 06 septembre 2017. dans Ecrits, La une, Voyages

Texte de Ricker Winsor (Finding Indonesia), traduit de l’anglais par Jean-François Vincent

Trouver l’Indonésie

Après avoir passé quatre ans ici en Indonésie, en tant qu’expatrié avec un statut de résident permanent, je suis en mesure de parler un peu de ce pays extraordinaire, composé de 1700 îles qui s’étendent sur plus de 300 km. Il s’agit du plus grand pays musulman du monde.

Il y a sept ans, au cours d’un appel téléphonique venant de très loin, j’ai dit « oui » au directeur d’une école de Surabaya, et, dans les trois semaines, j’ai vidé ma maison, trouvé des locataires, emballé et envoyé à l’avance mes livres et mon matériel artistique, puis j’ai pris l’avion. Je crois bien que j’ai juste eu le temps de regarder dans mon atlas pour voir que – oui ! – l’Indonésie existait et que – oui ! – c’était « par là », peu importe où, en Asie.

Il faut dire que ça se passait en 2009, de triste mémoire. Comme beaucoup d’autres, j’avais subi la voracité des adorateurs de Mammon : ceux-ci, en effet, avaient volé tout ce qu’il y avait à voler, en vendant des obligations pourries, des prêts hypothécaires bidon, et des trucs du même ordre, sur le dos des citoyens démunis. Mon boulot administratif à mi-temps dans une université passa ainsi à la trappe. C’était : « Indonésie, j’arrive ! ».

J’ai beaucoup écrit sur ma première année ici dans mon premier livre, Pakuwon ville, Lettres de l’Est. Je ne suis resté qu’un an à cette époque, à cause de plein de choses : la nostalgie du pays, les locataires de ma maison décidés à ne pas payer, des trucs comme ça. Mais la jolie femme que j’avais rencontrée à Surabaya me suivit quelques mois plus tard et, cet automne-là, par un jour d’octobre frisquet, nous nous sommes mariés, dans le Vermont, dans un champ appartenant au juge de paix. Après un an dans la neige et deux autres passés à enseigner à Trinidad, nous sommes retournés en Indonésie ; d’abord deux ans à Bali, puis ensuite à Surabaya, dans la maison de ma femme.

Maintenant j’ai une femme indonésienne d’origine chinoise, une famille élargie, deux professeurs de langue qui m’enseignent deux fois par semaine, un boulot d’enseignant également deux fois par semaine et une vie bien remplie de toutes les manières possibles. Je vis du côté Est de Surabaya, le côté ancien, pas celui où l’on trouve les autres étrangers. Je passe des mois sans voir un autre « bule » (visage pâle), ce qui me convient très bien. Je parle indonésien et j’ai un permis de conduire indonésien ainsi qu’un visa Kitap, c’est-à-dire un statut de résident permanent. Ce n’est pas facile à obtenir, car ils ne veulent pas que les étrangers se mêlent trop de leurs affaires ici, peut-être à raison, peut-être en réaction contre 350 ans de colonisation hollandaise.

Cela dit, à bien y regarder, il y a des tas d’étrangers, la plupart à Bali. Ils payent les frais de visa et ont la belle vie. Voici donc une brève introduction à ce dont je veux parler : l’Indonésie, qui est, à l’heure actuelle – et peut-être de tout temps – le meilleur endroit au monde pour y passer sa vie ; et pas à cause du coût de la vie ou de l’excellence de la cuisine, mais en raison de la culture de non agression, de non confrontation, une culture « sopan dan rama », ce qui signifie « poli et amical ». La subtilité de cette culture va bien au-delà de ce que je peux m’aventurer à raconter pour l’instant : même pour un nouvel arrivé, la différence frappe par rapport à ce dont je suis habitué, le produit d’une culture de violence et de compétition, celle de l’Amérique.

Les indonésiens sont prêts à beaucoup de choses pour éviter une confrontation directe et, d’une manière générale, tout ce qui est désagréable. Je l’ai appris aujourd’hui, via Skype, de Djoni, mon professeur : les Javanais placent toujours l’autre au-dessus d’eux-mêmes ; au fait, Djoni est javanais et musulman. Nous sommes sur l’île de Java (autrement dit, pour nous occidentaux, le café), et Jakarta est la plus grande ville, la capitale. Surabaya est la seconde plus grande ville, une ville d’affaires, où l’on fabrique les choses, où l’on fait de l’argent.

Fils du vent !

Ecrit par Jean-François Joubert le 06 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Fils du vent !

Fils du vent et du lièvre, tu es l’enfance et masques ta souffrance à coups de danse dans la savane bretonne ce qui étonne les chiens loups…

Il pourrait bien neiger !

Gueule d’ange, tu respires le sans sens de l’esprit de ce siècle où tout est vitesse du ski, à Dakar, oubliés les drakkars. Une vague de misère s’installe sur la table de nos nausées…

Rions, chantons, et pas de mauvaise case pour damer le pion. La vie n’est pas une source d’eau vive, la vie c’est de l’envie, des rêves et des cauchemars…

Un canular dans la mare aux canards, ceux qui t’abreuvent de nouvelles, de croissance, de prix forts, ceux qui prient pour ton avenir pensent à eux et, aux leurres, ils perdent foi en leur propre enfance tant le chemin qui chemine vers le monde dit : « Adulte » est une route sinueuse, un arbre hêtre sans véritable racine, sans savoir d’où provient le nombre d’or !

Dors, et rêve, fais-nous entrer dans ton monde, toi qui l’arpentes du haut de tes six ans, fais-nous croire en nos paroles, fais-nous vibrer en regardant un malabar, fais-nous danser en écoutons un juron, fais-nous oublier que le monde est un jupon, fais-nous rire, tant ta cervelle est d’illusion, ne nous fais pas mentir, car je ne pourrais que vomir, fais-nous gémir de plaisir en étant juste toi, avec ou sans toit d’étoile, au matelas épais, ou sans un fil, défie le ciel, et sa toile rose, deviens une aurore boréale, une sculpture d’ange, un tableau de Miro, un dessin, et un essaim d’abeilles, si nécessaire à la tomme de Savoie, à l’atome de nos voix. Voyage dans ta conscience, enfant des sept lunes dis-nous tout, et nous serons capables d’être quoi : d’être heureux !

Je t’observe et tu regardes une fleur, un camélia orange sanguine, une fourmi et trois musaraignes, reines de ta gourmandise. Tu aimes voir, ton réveil est sourire, une balade la main de ta mère l’enserre, elle te traîne, te porte, et tu avances vers une musique, une ballade de baladin, un va nu pied t’invite à digresser vers une dune au terrain vague, et des murs voguent vers un futur où se lève le phaéton à l’ouest, le grand, et se couche au bord d’un précipice. Comme moi, tu penses que les gens de Chine ont des ancres pour tenir debout, comme moi tu découvres l’amer des confitures des grandes personnes et dis beurk !

Chaque enfant sur une planète est deux, une planète en soi, en soie, si fragile, un cocon qui concocte du baryton, et du bar en papillote, petite grève de la fin, et une colombe avide de liberté que l’on arrête par la voix. Voyage petit sur le murmure de ton imagination, sois un serin, pas un meringue, un mur dingue, sois fou mais doux comme un coquillage mauve guimauve, et phosphore, ne sois pas fort, ne sois pas faible, ne laisse pas la mode t’envahir, regarde, un nid, une cabane, une indienne, zone et arme son arc-en-ciel, jaune, bleu, vert, les couleurs complémentaires en sus.

Sois daltonien, et n’aie pas peur de tes pleurs, pauvre petit sans l’abri du sein, tu es perdu, alors tes yeux s’ouvrent, ton regard perle Agathe ou rubis. La mer est grise souvent incomprise, calme miroir narcisse en flamme, elle ressent de la douleur que le sable ne s’émeut pas devant sa couleur vache de lait, noir et blanche et va piano-piano muette, elle gronde quand le roi se lève, toi l’enfant fils du vent et du lièvre parle océan, laisse-nous reprendre le sens du courant, oublions l’alternatif, mais soyons droits, écoutons le bruit de ce petit, sa logorrhée en rythme, petit homme parle-nous, nous sommes tout ouïe !

Tu me dis me sentir quand tu ouvres un tiroir…

Ecrit par Sabine Aussenac le 06 septembre 2017. dans La une, Ecrits

Tu me dis me sentir quand tu ouvres un tiroir…

Tu me dis me sentir quand tu ouvres un tiroir, comme une ombre légère, un frisson dans le noir.

Me vois-tu au soleil, lorsque dansent les ailes de ces oiseaux bleutés, impalpables hirondelles de nos amours feutrées ?

Je te sens quand je lis des papiers surannés, nos cahiers d’écoliers, ou ces mots des aèdes. Et aussi quand ta main vient danser sur mes hanches, papillon de satin, comme un bien beau dimanche.

Il y a tant de tiroirs en nos vies séparées, et des coins à guetter, et des jours de septembre. Quand les grappes sont lourdes d’avoir bu tant de vent, et que la mer respire sans les rires d’enfants…

Un vertige me prend : tous ces mots à apprendre, rivières à traverser, nos méandres à aimer. Et ces neiges, tant de neiges.

Car une rencontre, c’est comme un névé. Un champ immaculé, un espace à aimer, et la terre qui bat comme un cœur à surprendre. Il faudra bien s’harnacher, pour éviter crevasses, et puis chausser lunettes pour ne pas s’éblouir.

La lumière.

C’est elle qui nous a rassemblés.

Il y avait eu ce feu follet, cet éclair. Comme un son dans l’orage, cet éclat de folie. Et puis l’aube, cet astre immense, c’était toi qui te levais, à l’autre bout du monde : je me sentais renaître en tes rayons nouveaux.

Nous voilà entre chiens et loups, déjà. Je n’ai pas eu loisir de t’apporter le panier du vendangeur, et pourtant j’avais préparé la nappe cirée et le cidre bouché, et les groseilles mûres et le pain frais coupé. J’avais rêvé ce repas sous l’abri des fenières, tout près de la source où chantent les fougères.

Tu m’aurais embrassée au midi. Les foins brûlants auraient piqué nos jambes, mais nous n’aurions senti que les mille douceurs de nos bouches enlacées.

Demain sera un autre jour, et tous les ans encore nous diront cet amour.

Je veux traverser les mondes avec toi, et parcourir des terres. Il m’est égal que tu vives en village éloigné, et que Dame Merveille en soit compagne enchantée.

Je serai ta lutine, ton elfique enjouée, l’autre goût de tes jours.

Tu verras mon visage au couchant apaisé, tu liras mes poèmes au beau cœur de l’été. Je serai ta Dame à la Licorne, ta Poucette, ton secret.

Tu l’ouvriras, le tiroir. Il y aura ce mot griffonné sur le quai, quand après LA rencontre je pleurais en tes bras. Et aussi cette fleur, toute mauve et froissée, de l’arbre à papillon découvert vers les Dômes, quand nous marchions cachés, deux amants polychromes.

Haïkus

Ecrit par Gérard Leyzieux le 30 août 2017. dans La une, Ecrits

Haïkus

-1-

Les reflets du temps

Brillent sur l’onde d’argent

Flux amer et lent

 

-2-

Au jardin de juin

Sous le regard du pinson

Le silence des murs

 

-3-

Oreille t’enivre

Sous le regard clair du vent

Tourbillon des sons

 

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