Ecrits

Roman (4)

Ecrit par Jean-François Chénin le 01 octobre 2010. dans La une, Ecrits

Roman (4)

Trahison que ce roman qui ne s'écrit pas, tout entier en gestation, trahison de l'enfance et de ses rêves, trahison des talus escaladés et des adolescences, trahison de toute une vie, imaginée avant d'être écrite, pensée en lieu et place de la vivre, trahison répétée à chaque mouvement de la main, à chaque instant des gestes de ce qui était nous et qui ne viendra pas, trahison, haute trahison de notre existence. Dans la clameur de l'eau, les épaves rejetées de la mer sont les abris illusoires et commodes de nos passés communs. Nous cachons là notre amertume, nous nous divertissons du ressac flamboyant de notre étourdissement à vivre, sans vivre, avec des mots seulement, tracés dans la main, cette main illisible, incompréhensible, cette main fourvoyée jusqu'au silence de trop de signes.

Nous

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 29 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Nous

 

 

 

 

 

Chacun des autres que je suis se met d'abord en place.

M'éparpiller pendant mon sommeil est leur projet.

Loin de Paris (2) St Avaugourd-des-Landes

Ecrit par Pierre Pachet le 27 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Loin de Paris (2) St Avaugourd-des-Landes

Les deux étangs sont un peu plus bas que la grange, en-dessous d’un champ cultivé où croît tantôt le maïs, tantôt, comme à présent, du blé en herbe. Ce sont des étangs artificiels, récemment creusés pour les plaisirs de la pêche dans une terre argileuse sur laquelle abondent les joncs. Le premier étang, de forme oblongue, avec des bords encore un peu chauves malgré le passage des années, conserve le caractère brutal qu’il avait lorsque ses propriétaires l’ont fait venir à l’existence : son eau jaunâtre se ride sous le vent, c’est vrai, elle reflète le bois qui la borde et que le désir de se chauffer à bon marché réduit à chaque saison. Mais il n’attire pas les  animaux,  c’est  comme  si  les  buttes  de  déblaiement  qui l’entourent,  et  qu’habillent  ou masquent herbes et ronces, le dénonçaient au paysage, où se mène une lutte sourde entre les hommes et la terre. La terre qui ne veut rien, les hommes qui ne savent pas ce qu’ils veulent.

Un sourire de mon ami le Lion (3)

Ecrit par Luce Caggini le 27 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Un sourire de mon ami le Lion (3)

Luiz est sculpteur, il est né à Asuncion. Il vit dans Mott Street, juste de l’autre coté de Trinity Church, une église à coté du petit cimetière qui date de1698. La porte de sa maison, maison de vertu s'il en fut, ne fut forte que dans ses manifs mises au point par la  parfaite organisation de nos parades  jardinières  mutilées  du  record  de  nos méandreuses parties de  rage sexuelle, sans vices et sans vertueuses orgies.

- « Viens  donc vivre  avec  nous et  tu verras Trinity  en chair et en orgasme dans la  maison du savetier »…

Vérité  et pérennité, pareilles, partielles, mortelles, magiciennes.

Sa façade longue de trois enjambées, a une vitrine de la dimension d’un placard où il montre ses œuvres quand elles ont la taille d’un pot de fleurs. Parfois, les gens s’arrêtent, il lui est même arrivé de vendre.

Le brushing

Ecrit par Sana Guessous le 24 septembre 2010. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits, Humour

Le brushing

Égarement. Épouvante. Hystérie.

Merde ! Je fais quoi maintenant ?

Je peux essayer de revenir sur mes pas.

Non, non, pas moyen de revenir. J’ai le pied fier, têtu, un peu con aussi. Il n’obéit pas aux ordres de repli. Il s’imagine qu’on abdique. « On marche déjà sur Roudani, putain ! C’est la mobylette qui t’effraie ? La charrette ? Chochotte ! ».

Oui, c’est comme ça que le pied parle à la tête, chez moi. Ici, c’est le mousse qui commande au maréchal. Forcément, c’est un peu branlant. Ça tangue, si vous préférez. Bande de pervers.

Parce que mon pied n’en fait qu’à sa tête, Garcia Marquez est resté à la maison.

Roman (3)

Ecrit par Jean-François Chénin le 24 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Roman (3)

J'y mettrai ma vie dans ce roman, mais je ne l'écrirai pas. Au commencement, c'est une maison où l'ombre glisse vers la lumière. J'aime les maisons désertées. Elles regorgent de pièces vides, volets clos heurtés par un soleil blanc, enfilades de clair-obscur où le regard n’a pas de prise et renonce à donner une forme à ce qu'il tente de voir. Il n’y a rien à voir, seulement des raies d’ombre et de lumières balayant des murs blancs troués de portes plus claires ou plus sombres au-delà desquelles d’autres pièces m’attendent. Une fine poussière flotte à tout passage. J’aime dans ces maisons les parquets qui prolongent les lignes de fuite de la lumière, bousculée si j’avance, arrêtée si je m’arrête. Maisons hantées du silence de mes silences, je m’y perds parfois mais toujours invulnérable, intouchable, ailleurs. Derrière des volets où le jour s'échappe, où le soleil claque chaque fois que des mains s'approchent et se touchent, derrière ces volets noirs, il y a moi, moi qui attend la fin.

Le désespoir des heures de pointe

Ecrit par Rebecca Wengrow le 22 septembre 2010. dans Ecrits

Le désespoir des heures de pointe

« Le Désespoir des heures de pointe », c'est un recueil de sept nouvelles sur la fragilité humaine. Sept nouvelles, sept situations différentes, mais toujours, ce regard sur l'autre. De soi vers l'autre. Cette mère vers le fils qui se meurt d'amour ; cette femme vers un soldat perdu ; ce désespoir des heures de pointe, "les mains collées les unes aux autres sur le poteau central, comme elles ne le seront plus jamais", comment gagner un semblant de liberté dans la mécanique du travail. Cet arbre protecteur d'un enfant à l'étoile jaune. Ce couple qui attend un huissier avec une batte de base-ball. Ce couple devenu fou. Et d'autres encore à découvrir, mais dans chacune, il est question de perte, de soi ou de la raison, et de la conscience de ça.

Lien vers "Le désespoir des heures de pointe"

Baudelaire to Mme Aupick, At Honfleur (1867)

Ecrit par Eric Ormsby le 20 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Baudelaire to Mme Aupick, At Honfleur (1867)

 

Baudelaire to Mme Aupick,

At Honfleur (1867)                           Eric Ormsby

 


Chère Madame, do you remember still

the windows to the garden where we sat

watching the sun on August afternoons

Baudelaire à Mme Aupick, à Honfleur (1867)

Ecrit par Judith Louise Thibault le 20 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Baudelaire à Mme Aupick, à Honfleur (1867)

 

 

 

Baudelaire à Madame Aupick,

à Honfleur (1867)

 

Chère Madame, vous souvient-il encore

des fenêtres vers le jardin où nous nous assoyions

observant le soleil des après-midi d’août

Un sourire de mon ami le Lion (2)

Ecrit par Luce Caggini le 20 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Un sourire de mon ami le Lion (2)

Je suis resté longtemps imprégné des effluves du temps béni de mon enfance africaine encore tiède.

Les images des choses vécues n'ont jamais disparu, elles ont fait de moi un inconnu dans la famille. Je gardais toujours en réserve cet instinct de possession de ma terre de naissance, mais par dessus tout, c'est la douceur prodiguée par ma gardienne, Hessie, qui réchauffait ma mémoire.

Elle avait su aimer, protéger la vie du petit homme venu du paradis, ce qu'elle chantonnait en s'occupant d'une pièce à l 'autre.

Elle me jardinait.

J'avais besoin d'elle nuit et jour, besoin de sa main dans la mienne, de la sentir dans les parages.

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