Ecrits

Il y a cinq ans

Ecrit par Claire Garsault le 17 septembre 2010. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits

Il y a cinq ans

Alain GARSAULT, à qui son épouse Claire adresse ce texte, était professeur de lettres. Critique cinématographique à la revue "Fiction" et membre du comité de rédaction de la revue de cinéma "Positif".  Traducteur d'ouvrages de science fiction. La photo qui illustre ce texte est le bureau dans lequel il travaillait.

 

Le grincement d’un tiroir mal ajusté suivi d’un bruit de poignée qui cogne contre le bois et te voilà revenu…

Ce bruit, si énervant mais, si rassurant, nous donnait le signal de ta mise au travail après ta sieste salvatrice où tu avais pour toute couverture, le livre qui t’était tombé des mains.

Reprise en main

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 17 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Me reprendre.
Tu m'as trop aveuglé la sueur et l'oesophage.
Ramener l'oscilloscope au calme de mes grandes marées.
Me tirer à terre, m'extraire enfin des muscs.
Me tenir,
Pas moins bien placée que l'avant-veille.
M'en tenir à ce que je sais sans plus avant attendre l'hiver.
Ni rien d'autre que le bruit des joncs qui poussent, là et ailleurs aussi.

Roman (2)

Ecrit par Jean-François Chénin le 17 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Roman (2)

Au commencement était le verbe et le roman commence par un verbe. Au commencement de l'histoire - mais toutes les histoires débutent de cette manière - il y a l'ordre, la mise en ordre des mots, le souci de l'origine, l'introduction méthodique des arches et des étais qui soutiendront un ciel et donneront réalité à cette procession qui s'ébranle, où les quelques vides entre les êtres – facilité de la respiration – seront comblés, des vacances faites pour être refermées, un désir primitif de logique comme trois notes – en harmonie - qui se succèdent et se répètent et montent, montent, pour finir dans un chaos de mots, une tempête de verbes heurtés contre les parois du cerveau qui les pense. Parfois un silence, et les cris redoublés qui forment le monde attestent de son poids jusqu'au craquement du prochain silence. Au commencement, ce sera un faux pas, déjà une reddition, aucun verbe n'est assez juste pour être irréprochable au seuil du roman, qui donnerait le plan et le poids d'un récit où il serait son émerveillement et sa logique, aucun verbe assez légitime pour dire, tout entière contenue dans son sens, la loi du texte. Final !

Loin de Paris 1. Saint-Malo

Ecrit par Pierre Pachet le 13 septembre 2010. dans Ecrits, La une, Voyages

Loin de Paris 1. Saint-Malo

Ce texte est déjà paru dans "la QUINZAINE LITTERAIRE"

Après avoir traversé des campagnes qui sentent le lisier, quand on arrive en ville puis qu'on tourne le dos aux remparts de Saint-Malo, sur la plage du Sillon, c'est la baie qui se met à vous regarder comme un œil énorme, un fond d'œil concave gris et marin, un fond d'huître nacré rempli d'une eau savoureuse. L'étendue de sable jaune que parsèment de tout petits personnages est une sorte de silence visible, un tableau surréaliste de Tanguy ou de Dali: un monsieur joue avec un chien qui saute pour poser ses pattes sur sa poitrine, un enfant en ciré jaune et bottes blanches à liseré bleu se baisse périodiquement pour ramasser des coquillages. Près de vous, à l'autre extrémité de ce visible qui vous englobe, un oiseau gris à jabot blanc hoche nerveusement sa longue queue et saute de flaque en flaque. Vous, vous avez voulu venir là pour éprouver une absence; et en effet elle est là qui vous dé-réalise. L'absente est là, dans ce magnifique cadre gris, dans la  mer turquoise qui vous fait penser à elle, penser à rien.

La petite fille des rues (13). Fin.

Ecrit par Gilberte Benayoun le 13 septembre 2010. dans La une, Ecrits

La petite fille des rues (13). Fin.

Reflets du temps termine aujourd'hui la publication du récit autobiographique de Gilberte BENAYOUN, "La Petite Fille des Rues"

 

13.

Charles habitait à l’extérieur de la ville, loin de chez moi. Il avait dix-sept ans, la peau mate, des cheveux aussi noirs que ses yeux, un grand front large épanoui d’un sourire charmeur oriental, irrésistible. On s’était connus en dansant des rocks, des twist endiablés et surtout des slows chez un copain de lycée qui habitait à deux rues de chez moi et organisait parfois, avec la permission de ses parents, les samedis après-midi de plein été, des surprise-partie dans le sous-sol de leur grande maison aménagé en salle de jeux, décorée ces jours-là en salle de danse miniature tamisée de lumières souples et dorées.

J’avais quinze ans. Charles était mon premier vrai baiser.

Un sourire de mon ami le Lion (1)

Ecrit par Luce Caggini le 10 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Un sourire de mon ami le Lion (1)

Reflets du Temps commence ici la publication d'un texte de Luce CAGGINI

 

Ce roman est né à New York,

à la faveur d'une  rencontre

inestimable entre l'auteur

et le jeune Cheanee.

Roman (1)

Ecrit par Jean-François Chénin le 10 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Roman (1)

"Reflets du Temps" commence ici la publication d'un texte de Jean-François Chénin qui se déclinera en cinq parties.

 

Parler de la légèreté de l'âme et des gravités du cœur. Coûte que coûte s’arrimer au monde, ne faire qu'un, se reconnaître aussi, traverser d'autres étendues, interpréter les destinations, décrire les accidents, précéder toute innocence et donner grâce à toute faute, aboutir, s'estimer. S'aimer enfin ! S'aimer dans une longue inspiration sans précaution jusqu'à l'incendie ou la révolte ou la disparition. Redoubler d'exigence dans l'ultime recommandation faite à soi-même : va !

 

Polyphonic Apple

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 08 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Polyphonic Apple

In the small space of my papilla's memory stays an apple.
It's a key.
It once opened the wide market of unknown possibilities.
I want them all.
I want to taste all of the hundreds of apples Man's obstinate talent created.
Not the apple I'll recognize and that will make me fall asleep
While listening to its doctrinal savor.

Souvenir d'été

Ecrit par Ariel Gurevitz le 08 septembre 2010. dans La une, Ecrits

Souvenir d'été

La présence militaire des Alliés en Allemagne avait mauvaise presse dans les années soixante dans une population qui, vingt ans après la guerre, la subissait en grognant. J'avais pour moi de pratiquer un peu la langue, ce qui me permettait de flâner en civil lors des permissions sans me faire repérer. Mes compagnons d'infortune, dépaysés, préféraient passer leurs dimanches à la caserne, où ils consacraient l’essentiel de leurs loisirs à ingurgiter des quantités effarantes de bière.

Quand il faisait beau, j'allais à la piscine municipale de W…, superbe installation de plein air située au sein d'un parc verdoyant. Un jour de canicule je vis s’approcher de l’eau une jeune fille à la démarche chaloupée et à la croupe remarquable. N'ayant qu'une poitrine menue, tout se passait comme si la nature avait voulu compenser ce manque par des fesses somptueuses. Elle paradait ainsi à moitié nue, roulant sous le creux de sa cambrure deux robustes globes bronzés, d'un moule parfait, dont l'opulence était encore soulignée par la finesse de la taille et le galbe des cuisses. Le hasard l'emmena près de moi, et je nouai une aimable conversation avec l’adolescente. Je me surpris à être en verve sans savoir pourquoi.

La Petite fille des rues (12)

Ecrit par Gilberte Benayoun le 06 septembre 2010. dans La une, Ecrits

La Petite fille des rues (12)

11.

 

Le récit de la première partie de la petite fille des rues en dix chapitres, je l’ai écrit en discontinu, impudique, fluide comme un voyage au bout de mes rêves, une cascade d’eau pure, en chute libre. Mais aussi et surtout comme une balade secrète à travers les rues et les ruelles de mon enfance, un film couleurs ciel et sable. Azur et soleil.

Ailes déployées, intrépide et résolue, je me suis laissé porter par une force de désir qui ne m’a pas lâché la main, qui m’a aidée à gravir une à une les étapes de ce périple. De flâneries en déambulations, d’escalades en petites haltes, j’ai survolé du haut de ma mémoire des monts, des montagnes et des collines de souvenirs immanents, vallonnés de saveurs, de sons, ultrasons et perceptions.

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