Ecrits

A Miami (4)

Ecrit par Jean-François Chénin le 25 juillet 2010. dans Ecrits

A Miami (4)

A celle qui prendra le pas sur l’autre. A ma table d’aquarelles, je sais qu’elles savent que je les observe. Elles sont d’une prudente inadvertance et rien ne trahira – si ce n’est un léger regard sur les lèvres de l’autre – cette attirance dont elles ne savent rien encore. Ou bien est-ce un jeu, des préludes nécessaires – quelques atermoiements ludiques – à ce qui vient. Elles sont sans vanité et j’agite mes pinceaux dans l’eau si claire de leur désir.

De Miami à Palm Beach, il y a des années-lumière de mondes dissociés, adjacents, des mondes en creux, décidément cachés, dont on suppose l’existence sans les voir, qui font flash parfois dans les sourires de vieilles soupirantes, insatiables et fatiguées, à l’écart des rencontres qu’elles n’ont pas faites ou qu’elles n’ont pas voulues faire, tellement en arrière, tellement en arrêt. Elle dodelinent, fascinantes mystérieuses à l’abri dans les allées vides de leur jardin désert. Et si elles sortent, c’est pour se rejoindre en bande sous les mousselines qu’elles porteront encore le jour de leur disparition. Qui n’alertera personne.

Les mille et une trouvailles de Dédé l'Orthosophe (4)

Ecrit par Eric Thuillier le 25 juillet 2010. dans Ecrits

Les mille et une trouvailles de Dédé l'Orthosophe (4)

La dernière fois, conduit auprès de l’orthosophe par des touristes complaisants, je suis entré, avant même que nous ayons pris la peine de lui dire bonjour, dans des explications qui, si je fournis toutes celles qui sont utiles à une première approche du personnage, courront sur quinze épisodes sans qu’on ait entendu sa voix. Ce serait le trahir.

Aussi, m’inspirant de procédés cinématographiques qui mêlent le proche et le lointain, le général et le particulier, l’hier et le demain, l’ensemble et le détail, procédés à vrai dire éprouvants pour quelqu’un qui peine à se souvenir de ce qui s’est passé l’heure précédente, je vais troubler la chronologie, aller tout de suite au bout de l’histoire, donner un écho du présent le plus récent.

Les occasions ne manqueront pas d’éclaircir l’appellation d’Auri bleue, de décrire la saisissante installation de rue du Théâtre de la sucette, de découvrir le rituel de mise en dépôt des mots usés dans la boutique, d’assister au déploiement de la Charlotte, de nous rendre au cimetière des écureuils, de découvrir du Land Art sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, de participer aux minutes de silence qu’il organise sous tous les prétextes, de détailler le contenu des tiroirs.

Les 1001 trouvailles de Dédé l’orthosophe (3)

Ecrit par Eric Thuillier le 25 juillet 2010. dans Ecrits

Les 1001 trouvailles de Dédé l’orthosophe (3)

Ce texte fait suite à “Et si..? 1 et 2?, ce qui explique sa numérotation en “3?. La suite portera ce titre. La rédaction de RDT

Rencontrer Dédé n’est pas difficile. Il suffit de repérer dans la rue un couple de touristes qui cherche quelque chose, qui à chaque croisement plonge le regard des deux cotés de la rue pour tenter d’apercevoir la célèbre Charlotte et de les suivre. Les plus têtus finissent toujours par la découvrir en parcourant l’itinéraire approximatif indiqué dans le guide le mieux renseigné, celui qui, en plus de la cathédrale St Front et la Tour de Vésonne, signale la présence dans notre ville de Dédé l’Orthosophe.

Les Chambres amoureuses (4)

le 24 juillet 2010. dans Ecrits

Les Chambres amoureuses (4)

Quatrième chambre : l’heure

Huit heures du matin le matin, pas le matin, au réveil pas au réveil

Après la nuit non, dans tes rêves non, dans tes fantasmes

J’y suis tellement avec toi, prends — moi, prends — moi avec toi

Ça ne peut pas être juste platonique, tu ne peux pas juste me regarder

Il n’est pas minuit, mais on est romantique.

Mission impossible au-dessus d'un nid de coucou

le 24 juillet 2010. dans Ecrits

Mission impossible au-dessus d'un nid de coucou

Il sera une fois en l’an 2050…

1. The Mission

“X28, Votre mission, si vous l’acceptez, consiste à retrouver la trace des anciens ministres de Nicolas Sarkozy, disparus en mai 2012. Après les avoir localisés, vous nous informerez de leur état de santé physique et mentale, ainsi que de leur aptitude à exercer de nouvelles responsabilités.

ATTENTION ! Cette cassette n’est PAS destinée à s’autodétruire. Si elle explosait dans les 15 secondes, sortez rapidement de la cabine ! Good luck, X28 !”

La Petite Filles des Rues (7)

le 24 juillet 2010. dans Ecrits

 La Petite Filles des Rues (7)

6.

Tous les matins de septembre, au milieu de la nuit, vers trois heures et demie, mon père venait en pyjama me réveiller, il entrait sans bruit, sur la pointe des pieds, dans notre grande chambre des enfants et, caressant de sa main mon front et mes cheveux, il chuchotait à mon oreille « c’est l’heure ma fille, le jour va se lever, il est bientôt quatre heures ». L’heure de nos mémorables escapades nocturnes-matinales, matins de complicité d’un papa et son « petit garçon » s’en allant main dans la main à l’aube claire des rues désertes de la ville, sur le chemin de la grande synagogue de Tlemcen.

EYELIDS

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 23 juillet 2010. dans Ecrits

EYELIDS

Fermées, elles sont derrière moi.

Et tu les suis pendant que je dors et je dors.

Bien au fond.

Enfouie dans nos innocences.

Derrière mes yeux fermés qui  s’ouvrent devant toi.

Debout sur ce rebord qui sombre entre les choses et moi.

La Petite Fille des rues (6)

le 23 juillet 2010. dans Ecrits

La Petite Fille des rues (6)

5.

Du plus loin que je me souvienne, c’est à l’école maternelle que j’ai commencé à aimer et apprivoiser la rue, cette première école où je passais sans transition de l’autorité maternelle à l’autorité scolaire, quand ma maîtresse, mère en puissance, loin d’être aussi belle que ma mère… sévèrement décidée à mater les petits rebelles, me grondait ou faisait des remarques. La peur au ventre et sur mon banc d’écolière je me pissais dessus… ça coulait tout chaud le long de mes jambes. Paralysée, immobile, je baissais les yeux, plus rien de ce qu’elle disait ne traversait ma tête ni mes oreilles, trop concentrée sur ma peur et ces « larmes » qui mouillaient mes jambes et mon banc quand mes yeux restaient secs et mes joues brûlantes et rougies de honte. Affolée et impatiente, je ne pensais qu’à m’enfuir et me décoller de ce banc tout mouillé par la peur de cette maîtresse-mère que je trouvais trop grande et pas belle. Le bruit froufroutant de ses longues jupes flottantes m’effrayait quand elle se déplaçait dans la classe, son visage large et ses yeux aussi gros que sa voix lui donnaient un air revêche… Imposante et autoritaire, ma maîtresse me faisait peur et ressemblait à une matrone… Et au premier son de la cloche qui sonnait la récréation, c’était dans la cour de l’école que je me précipitais, c’était déjà un peu la rue…

La journée-écolière terminée, soulagée et avide de liberté, je sortais en courant de mon école qui donnait sur une place entourée de grands arbres, je ne me souviens plus de son nom, j’aurais pu l’appeler Place de la Liberté… Et c’est justement sur cette place de « ma » liberté qu’un certain Général était venu un jour dans sa tenue militaire prononcer un discours incompréhensible, « il nous avait compris »… Et pour clore son discours, tout le monde autour de moi applaudissait et chantait une Marseillaise où il était question de « sang impur qui abreuve nos sillons »…

La visite impromptue

Ecrit par Luc Sénécal le 22 juillet 2010. dans Ecrits

La visite impromptue

Un jour d’été flamboyant par une chaleur étouffante

elles vinrent nous rendre visite merveilleuses ingénues,

sans nous prévenir, sans crier gare, comme la nature enfante

avec talent quelques demoiselles toute de beauté nues.

Aux pieds de ces dames patronnesses dont la tête haute

se pare de gracieux clochetons de velours carmin,

Elles se déposèrent dans leur robe de feuille grasse et verte

avant que de relever gracieusement leur col si ténu.

La Petite Fille des Rues (5)

le 22 juillet 2010. dans Ecrits

La Petite Fille des Rues (5)

Il me faisait peur cet infirmier qui venait me faire des piqûres quand j’étais malade. Un gros bonhomme au physique robuste et à l’allure mastoc, aussi vieux que j’étais jeune, il devait avoir la quarantaine, et moi à peine onze ans. C’était en quarantaine que j’étais dans la grande chambre des enfants, je venais d’attraper la scarlatine, maladie contagieuse qui me rougissait tout le corps. Parfois mes sœurs, à qui on interdisait de m’approcher, j’étais contagieuse… dérogeaient à la règle en passant leur tête à la porte de ma chambre-prison pour me voir et me parler, en cachette. Je me sentais si seule, je me croyais punie, pas le droit de prendre mes repas à table comme tout le monde, c’était dans mon lit que je mangeais seule les repas servis par ma mère et sur un plateau.

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